L’été brulait les âmes et les corps, mais les garçons turbulents savaient s’en moquer et jouir de ces instants de liberté qu’offraient ces colonies de vacances qui venaient enfin les arracher de la torpeur parisienne. Jérôme y voyait une contrainte, les premières heures étaient pour lui un déchirement, privé de sa liberté, de ses copains du quartier qui eux ne partaient pas, et de ses clopes qu’il avait le loisir d’aller fumer en cachette dans les buissons du parc voisin. Un peu à l’écart, il n’arrivait pas à partager l’enthousiasme de ses comparses et se réfugia dans sa musique, et les quelques cassettes qu’il avait pris le temps de préparer avant son départ.
Il venait d’une famille moyennement bourgeoise et menait une scolarité à degré variable, véritable tare en primaire, il se révèle au collège avant de plonger dans les affres de l’adolescence et leur cortège de plaisirs, d’explorations et de découvertes aussi délicieuses qu’interdites et réprouvées. Cette satanée cigarette, il pourrait la laisser chaque jour nouveau, mais il s’obstine, c’est si difficile de s’y mettre, et ça en jette devant les autres. Il a aussi intégré la communauté des fumeurs de joints, en apprécie l’effet, les fous rires niais et les révélations que cet état second lui réserve à l’écoute des musiques qu’il croit pourtant connaître par cœur.
Des filles, il feint de s’y intéresser, mais son actualité en la matière n’est pas des plus remplies du collège, disons qu’il se montre discret. Il sait au fond de lui que c’est au vestiaire que se trouve son poste d’observation, sa source d’inspiration pour nourrir un imaginaire exigeant, celui ou il se glisse le soir en présence de la veuve poignet. Mais il ne se voit pas homo, pour lui c’est un passage, un truc normal, alors il n’en parle pas. Il ne se tourne pas pour autant vers le beau sexe, les filles, ce sont de bonnes amies, rien de plus. Disons que la révélation lui viendra plus tard.
Le train finit par arriver, tout ce petit monde se retrouve dans un car pour une expédition joyeuse vers le camp de vacances. C’est une colo un peu exceptionnelle, celle sur laquelle tout le monde lorgne dans le catalogue édité par la mairie. Jérôme ne sait pas trop à quoi est du ce coup de chance, mais toujours est-il qu’il pourra faire du monomoteur et du planeur dans un centre en montagne, près de Barcelonnette. La colonie tourne autour d’un centre près duquel un simulacre de bivouac a été installé, de grandes tentes abritant chacune 4 lits de camps. Un peu plus loin des douches et quelques bâtiments en dur pour manger et les activités.
Son cœur est plus léger le soir, les radios hurlent le tube à venir de Khaled, une guitare traîne dans le centre, lui qui regrettait de n’avoir pu prendre la sienne, et il s’est lié d’amitié avec ses comparses qui partageront sa tente. Après le dîner, les moniteurs les emmènent faire le tour des avions, le petit malin de service qui a fait la colo l’an dernier croit nécessaire de ramener sa science sur tout et n’importe quoi… Jérôme l’ignore, il a hâte d’attaquer la pratique, et rêve déjà à demain.
Le soir, l’excitation trouble le sommeil, ça rigole puis se calme, certaines mains s’activent sous les duvet, Jérôme est surpris par la sensualité à peine voilée de ses voisins, ils savent montrer qu’ils prennent du bon temps malgré leur jeune âge, lui qui croyait nécessaire de se faire discret… Probablement la force de la maturité qu’on acquiert entre douze et quatorze ans, celle qui le distingue de ses voisins.

Le réveil est agité, Jérôme se rend à la douche, étape nécessaire pour une journée réussie, il s’étonne de son excitation, la proximité avec tant de corps désirables dont on est séparé par une simple cloison, s’est est trop ! Il repense aux gémissements de la veille tout en se caressant, il s’imagine collé contre un de ses voisins invisibles, frottant son sexe contre sa chute de reins, ses mains encadrant le corps de sa proie pour le masturber et stimuler des bourses qu’il s’évertue à vider. Ses lèvres tendres et duveteuses inlassablement posées sur le cou de son amant imaginaire. Il vient, fort, se prend de fascination pour le plaisir que lui procurent ses éjaculations, phénomène encore jeune et mystérieux pour lui. Il en apprécie le plaisir violent puis la douceur qui lui succède, il s’imagine recouvrant ainsi le ventre d’un amant avant de s’effondrer sur lui et profiter de ce lubrifiant pour se frotter à lui.
Le petit déjeuner le ramène à une vision plus réaliste des choses, il est en colonie de vacances et non pas à la tête d’un harem, quoique, à y regarder de plus près, il serait prêt à beaucoup de concessions. Le groupe est bien fourni en jolis garçons, souvent un peu trop jeunes malheureusement pour qu’il puisse s’amuser réellement avec eux. Jérôme ne croit pas spécialement en Dieu, mais il y a de quoi s’interroger par moments, car, en plein travail de repérage, voilà que la réponse s’offre à lui, face à son regard, il venait de s’asseoir.
Spontanément, il se sent l’envie d’être très avenant, sympathique pour ce garçon qu’il ne connaît de nulle part. Il croit voir un Jacques Villeneuve en modèle de quatorze ans, les traits ronds de l’ado, mais une voix grave et chaude, et ces lèvres légèrement humides qui feraient fondre n’importe quelle âme sensible tant la sensualité qui s’en dégage est intense.
Jonathan.
Il est électrisé, le cœur à 8000%, l’envie de ne plus le quitter, jamais, de le gouter tout de suite, de se lover dans ses bras. Jusque là, tout reste jouable, encore faudrait-il qu’ils soient dans le même groupe. Faire de l’avion a ses vertus, mais cela vous traîne par définition vers des lointains où certains devront supporter l’éloignement d’avec les autres. La réunion du matin offre un grand secours à Jérôme, son Jonathan est à ses côtés et semble tout aussi enthousiaste de se savoir dans la même équipe que son voisin.
Commencent alors les travaux pratiques, sur ce qu’est un avion, sur les codes secrets de la communication aéronautique, sur la météo, la préparation d’un vol. Des choses un peu plus ludiques aussi, fabrication de fusées à eau, un peu de sport et sorties en piscine. Nos deux comparses accrochent bien, malgré le fait qu’il soit difficile de conclure dans ce genre d’environnement, et rien n’est acquis, Jonathan ne laisse rien transparaitre d’une éventuelle affection pour les jolis blonds. Pour se rassurer, Jérôme se dit que lui non plus ne ressemble pas aux images répandues des garçons qui en goutent d’autres.
Quelques signes existent malgré tout, Jonathan ne s’offusque pas de voir Jérôme passer la main sous son tee shirt officiellement pour le pincer alors qu’ils se chamaillent. Disons que le préliminaire au pincement était murement réfléchi. Les deux se reluquent en sortant des douches, se cherchent la journée, mais la peur du premier pas est trop forte.
Le salut viendra-t-il de la boom traditionnelle du samedi de mi-séjour ? Les moniteurs les avaient pris à part en tant qu’ainés pour leur filer un vague verre de vin à boire, modeste privilège de l’âge, mais le geste était sympa. Assez rapidement, ils se dégagèrent du groupe pour aller dans des fourrés bordant une piste en terre de l’aérodrome. Jérôme n’avait pas renoncé à ses projets de fumette et extirpa le paquet de Camel passé clandestinement et de haute lutte. Les deux refont le monde, le lieu est d’un cliché qui en devient presque pathétique, la nature, le ciel étoilé, cigarette au clair de lune. « T’as une copine ? »
Jérôme comprit qu’il était à cet instant singulier que l’on appelle le tournant de la conversation. Le hasard fit qu’une feuille s’était glissée dans les cheveux de son collègue, ce qui lui permit de lui passer tendrement la main dans les cheveux.
« - Pas vraiment non, et toi ?
- Non plus »
Jonathan en profitait pour lui rendre sa caresse, probablement pour une feuille imaginaire. La nécessaire clarification faisait foi d’aveu, nos deux compères ne communiquent plus que par gestes, se caressant le visage, avant de se rapprocher, Jérôme se coucha près de Jonathan, lui même posé sur le flanc, la tête soutenue par la main. L’appel était irrésistible, Jonathan se pencha et offrit en don ses lèvres humides à son compagnon. La main repassa sous le tee-shirt, pour sonder, toucher et attirer l’amant si désiré.
On a le désir gauche à cet âge là, mais ça n’a pas d’importance, on veut savoir, enfin découvrir, faire grossir cette bosse douloureuse à mesure que les corps se frottent. Tout se passa sans mots, Jérôme inverse la vapeur, plaque son cher au sol et le parcourt de la langue. Ça a bon gout un garçon, c’est tendre, on sent son cœur palpiter sous le téton sensible au contact de la langue. La main descend fébrile au contact de la bosse. Quelques frictions pour ajouter en volume, Jonathan y est plus que sensible. Il est temps d’aller de l’avant. Le 501, Jérôme le maîtrise, un bouton dégrafé, il suffit de tirer de part et d’autre et le trésor se révèle.
Toucher cet objet de désir les rends perplexes. Donner du plaisir à une bitte quand on ne connaît que la sienne, c’est étrange, ça ne réagit pas pareil, ça n’a ni la même forme ni la même dureté et pourtant… Jonathan part en transe, c’est une première, une branlette, c’est si banal, là ça devient extraordinaire, dire qu’il suffisait de changer de capitaine ! Jérôme pousse son investigation et ne laisse pas le loisir à Jonathan de réfléchir, il engloutit son membre, une démonstration vaut mieux que tous les discours. Il est surexcité par ce gout, ces odeurs qui l’assaillent, il prend conscience du pouvoir infini qu’on a sur l’autre à ce moment là. Il monte, descend, fait tourner sa langue et découvre les meilleurs gestes à mesure que son compagnon se déhanche et murmure. La récompense ne tarde à venir, Jérôme semble retrouver sa propre éjaculation de l’autre matin, un jet fort, copieux. Jonathan lui tient la tête, il n’est plus capable d’autre chose, il n’est que spasmes. Jérôme s’en contente bien, partisan du travail bien fait, il lui lèche tendrement le chibre avant de le rendre à la douceur cotonneuse de son caleçon.
Le temps de quelques câlins, Jonathan rend à son tour les délices qu’il vient de découvrir. Jérôme n’imaginait pas que de tels plaisirs puissent exister, le moindre arrêt de son double, le temps d’une respiration lui semble une éternité, bien que le souffle chaud sur son jeune gland sensible lui semble une merveille incroyable.
Après avoir offert son foutre en témoignage d’une jouissance nouvelle et intense, il rapatria cette bouche vers la sienne. Le câlin qui s’ensuivit fut des plus tendres, ils auraient aimé ne jamais le finir.
Quelle ne fut pas leur trouille en voyant débarquer Sam’, le moniteur.
« - Bon, vous songez retourner à la fête, par ce que le directeur du centre s’inquiète de plus vous voir »
Sam en savait manifestement beaucoup, du moins c’est ce qu’il laissait présager, face à leur malaise, il les rassura :
« - Et, pour ce que vous faisiez là, ça va de soi que c’est entre nous, restez discrets, il y a des petits ici, les parents pourraient nous prendre la tête s’ils avaient des détails sur vos amourettes champêtres »
De retour à la fête, le cœur léger, ils eurent bizarrement des envies de douches communes…