JOURNAL D'UN APPRENTI
de JMB
3ème partie

Ce récit relate des faits en partie véridiques, datant des années 1970. Pour cette raison, aucune mention du préservatif, dans ce récit, préservatif dont on ne parlait pratiquement pas.

Jules et Gilles, ces deux prénoms rappelleraient presque le titre d'un film. Deux malabars, virils au possible, un soupçon sujet à la "gonflette", charmants à faire pâmer n'importe quel acariâtre. Et délicats avec ça. Pas de "c'est ton nouvel ami ?" ou de "enfin tu te cases". Non, pas de persiflages. Ils viennent à moi comme s'ils éprouvaient le besoin de me parler, de me connaître, de passer un agréable moment en ma compagnie et ce, nonobstant la présence d'Adrien qu'ils ne négligent aucunement. Le revers de la médaille ! Je veux dire qu'ils sont l'opposé de ce que j'ai pu voir la semaine passée. Pas de gestes évanescents, de hauts cris sur voix perchées, comme dit je ne sais trop qui. Ils s'aiment, ces deux là. Leurs regards parlent pour eux bien que les mains soient sagement placées où la bienséance l'exige. Ils ne posent pas, ne sont pas en représentation. Je sombre dans une espèce de béatitude, heureux d'avoir enfin trouvé une ambiance à mon goût. Je me détends, tente de suivre la conversation qui, très vite, aborde des sujets totalement inconnus de ma petite personne. Sans qu'ils s'en rendent compte, les trois font bande à part, m'excluant. Ils débattent du dernier bouquin sorti mais surtout de son auteur dont je n'ai jamais entendu parler. De là, ils divergent en direction du cinéma et en profitent pour éreinter un couple d'acteurs peu crédibles selon leurs conceptions. Tout ça pour arriver à leurs amis communs, ou plutôt leurs connaissances communes. Je suis totalement ignoré. Je commets une incongruité en bâillant, main devant la bouche sans émettre aucun son, comme me l'a appris maman. Personne ne s'en aperçoit. Enfin, Jules se rappelle mon existence et du même coup ma présence parmi eux :
<< - Excuse-nous ! On parle entre nous de personnes que tu ne connais pas. Ce n'est pas très gentils ni respectueux de notre part. Promis, on change d'attitude ! >>
Je fais signe que cela n'a aucune importance. Le changement dure cinq minutes, au bout desquelles ils retournent dans leur monde à eux. Ils retrouvent ces personnes dont j'ignore tout mais aussi des sujets auxquels je ne comprends rien. Ma petite tête bouillonne. La honte me terrasse, puis la révolte. Et inversement.
Nous quittons les deux gentillets sur de gros bisous très affectueux après avoir accepté une invitation à dîner pour samedi prochain. Moi et Adrien, on fait très couple ! Cette pensée me force à sourire.
Restaurant cambodgien. Je ne risque pas une indigestion, je n'aime pratiquement rien et surtout pas cette espèce de daube archi-sucrée dont je m'empresse d'oublier le nom tout comme celui de l'établissement. Adrien, la mine déconfite de me savoir déçu, me propose une ballade. Ensuite, dit-il, il m'emmènera souper comme cela se faisait aux temps jadis. J'accepte la ballade mais décline le souper optant pour un solide sandwich.
Alors que nous musardons sur la rive d'un étang, je sens mon humeur virer au morose. Le sandwich refuse de se laisser digérer tandis que mon crâne s'obstine à me rappeler mon ignorance crasse. Je n'ai même pas pu participer deux minutes à la conversation, cet après-midi chez Jules et Gilles. Pourtant, ce dont ils parlaient paraissait connu de tous, choses que nul ne peut ignorer. Si je comprends bien, dans ce milieu homosexuel, deux options s'offrent à moi. Soit je fréquente les endroits comme ceux de la semaine passée, soit je m'accoquine avec des gars genre ceux d'aujourd'hui. Adrien semble ne plus être le même. Sa mine se renfrogne. Je m'en aperçois au passage sous un réverbère. Je replonge dans mes pensées à telle enseigne que j'entends à peine mon compagnon s'excuser du besoin pressent qui l'oblige à s'éloigner momentanément. À vrai dire, je ne me sens pas très bien, un frisson parcourt mon dos. Peu à peu, ma tête se vide de toutes pensées car chassées par des lancements très douloureux. Elle va exploser. Je m'allonge sur l'herbe, ferme les yeux. Le froid m'enveloppe. Je me relève trouvant qu'Adrien met bien du temps pour vider sa vessie. Je vais dans la direction prise par lui. Plusieurs dizaines de mètres plus loin j'entends des soupirs, m'approche discrètement. J'entrevois la scène. Pantalon sur les chevilles, Adrien enfile un gars avec brutalité ou tout comme. Je suis pantois. Résonnent à mes oreilles les "han ! " poussés par l'enculeur et les petits couinements émis par l'enculé. Ces manifestations sonores vont crescendo quand enfin elles atteignent leur apogée, accompagnées de spasmes résultant de leurs éjaculations. Impossible de bouger, ce spectacle me fige sur place. Pour le coup, ma tête est vraiment vide. Je ne réalise pas, incapable d'évaluer quoi que ce soit de la situation présente. Le couple se rhabille, sans geste d'affection, pas de caresse ou de baiser, pas même un remerciement. Chacun part de son côté comme si la rencontre n'avait jamais eu lieu. J'observe Adrien qui se rapproche de moi. Lorsqu'il me voit, il se contente de dire, tout en achevant de remettre son pantalon en place :
<< - Ah ! Tu es là. Tu n'as pas trop attendu, j'espère ? Fais pas la gueule, c'était juste un petit coup vite fait. Un éclair au chocolat, en passant, rien de plus ! >>
Je le suis sans répondre. Je n'évoque que ce que je viens de voir lorsque, enfin, je retrouve la parole. Je lui fais tout bonnement part de mon questionnement concernant les milieux homosexuels fréquentables ou non. Il hausse les épaules, décrète un peu sèchement :
<< - Tout est fréquentable sous réserve de le vouloir et de savoir où l'on met les pieds. Les résultats sont différents, c'est tout. Vois-tu, Daniel, tu te poses trop de questions. Sortir avec toi devient du ressort d'un psychologue. Tu n'es pas drôle à vouloir tout disséquer. Si tu te contentais de vivre simplement, tu ne crois pas que ce serait mieux ? >>
Silence jusqu'à l'arrivée chez lui. Alors que je m'apprête à prendre une douche en sa compagnie, il me donne le coup de grâce, à sa façon :
<< - Fais vite, j'ai pas mal de trucs à voir après t'avoir ramené chez toi.
- Je croyais que tu ne bossais pas demain.
- C'est vrai mais j'ai besoin d'être seul. >>
Le ton me paraît glacial comme son visage. Pourquoi ce revirement subit ? Je n'ose le questionner tant il me semble étrange au point que je préfère écourter ma présence en face de lui. J'opte pour la douche chez moi. Au cours du trajet nous prononçons peu de paroles, juste le minimum, comme si nous étions des étrangers ou des amants fâchés. Pourtant, je croyais, ce matin encore, que notre relation se déroulait à la perfection allant toujours en s'améliorant. Je ne comprends pas, je ne comprends plus. Alors qu'il ralenti à l'approche de la maison, je quémande, piteusement :
<< - Qu'est-ce qui t'arrive d'un coup ?
- Rien qui te regarde. Allez, à la revoyure ! >>
J'ai à peine le temps de fermer la portière qu'il démarre en trombe. Je reste là, sans bouger, cherchant à comprendre ce que j'estime comme étant incompréhensible.




Plus de cinq semaines sans nouvelles d'Adrien. Au début, j'espérais qu'il viendrait me chercher afin de nous rendre à l'invitation de Jules et Gilles : en vain. Maintenant, dès que j'ai une minute, je m'approche d'un téléphone, décroche, commence à composer son numéro. Je m'interromps sachant que cela lui déplairait souverainement. À l'inverse, peut-être attend-il que je l'appelle. Que cela est compliqué ! Je tiens à lui. C'est le seul avec qui je peux parler. Impossible avec mes parents. Je me vois mal leur faisant part de mes doutes sur les homosexuels fréquentables ou non, sur les lieux de rencontres ou plus simplement sur mon insertion dans ce milieu en général. De toutes façons ils n'y connaissent rien, là dedans. Ce qui me paralyse le plus c'est l'attitude d'Adrien. Je devais le barber avec mes questionnements, il me l'a clairement fait comprendre. À moins qu'il ne se soit lassé de moi sur le plan sexuel. Après tout, il venait de se farcir un gars, vite fait bien fait, dans ces fourrés. Il devait en avoir marre de ma pomme, oui c'est ça ! Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? Peur de me blesser ? Pas le genre d'Adrien, il y va toujours franco. Alors quoi ? Rien tant que je ne l'aurai pas obligé à dire ce qu'il a sur le cœur. Mais de quel droit devrais-je l'obliger ? Je n'ai aucun droit sur lui, pas plus qu'il n'en a sur moi. Une fois encore je cesse mes cogitations, nuitamment, la main engluée de foutre, l'image d'Adrien gravée dans mon cerveau.
Malgré le chagrin qui ne cesse de me tarabuster, je ne renie pas la vie. Le travail reprend pour plusieurs mois consécutifs, sans interruption. Les beaux jours reviennent avec leurs milliers de touristes. L'un d'eux devrait me consoler de mes misères. Renaud est un fragile jeune homme de mon âge, préoccupé par sa virginité qui le démange. Telles sont, du moins, mes conclusions le concernant. Je suis presque fier de le déniaiser (dans un futur que je souhaite très proche), un peu comme le fit, jadis, un certain Adrien avec moi, bien qu'il ne soit pas l'initiateur premier mais notre ex-patronne. Revenons à Renaud. Tout l'opposé d'Adrien. Même taille que moi, guère plus épais. Cheveux blonds, longs, raides qui encadrent élégamment un visage aux trais fins et néanmoins virils. Un petit nez droit que j'ai envie de mordiller. Une fossette sur chaque joue, provocatrice à souhait. Deux oreilles mignonnettes appelant à des passages de langue onctueuse et à des confidences en sourdines très cochonnes. De suite, dès le premier regard, mon slip se tend, mon corps désire le sien. Je sens déjà sa peau contre la mienne, sa queue dans ma bouche, la mienne entre ses fesses à moins que ce ne soit l'inverse. Les approches ne devraient pas durer : nos appétits exigent un assouvissement prompt. Nous remettrons à plus tard les palabres et autres gâteries d'usage, nous promettant de les multiplier par dix. Tout cela sans rien dire tant nos esprits communiqueront par je ne sais quel miracle. Bon ! Voilà que je rêve tout éveillé, maintenant ! Mes élans érotiques se voient contenus : trop de gens nous entourent. En effet, la rencontre se déroule sur le marché alors que Renaud vaque à ses achats alimentaires tandis que je marne comme vendeur occasionnel de fruits et légumes. Raison pour laquelle je dois écourter mes premiers regards énamourés voire égrillards. Cet après-midi congé donc liberté de dévoyer le bel adonis que j'informe de la chance que nous avons. Il opine, traînassant ostensiblement devant mon stand. Il m'apprend son statut de vacancier, fils et petit-fils de vacanciers, quasiment tenu en laisse par sa parentèle qui cherche désespérément à le marier contre son gré. Le jeune homme refuse obstinément, laissant entendre qu'en cas de mariage il aimerait porter robe et voile blanc, guêpière et talons hauts, sans omettre le bouquet indispensable à une telle féérie. Personne ne l'entend de cette oreille, dans cette famille. Je l'écoute le plus attentivement du monde, malgré les incessantes interruptions provoquées par la gente acheteuse, contraint que je suis d'effectuer mon boulot. Le monologue dure un bon quart d'heure au cours duquel je n'ai d'yeux que pour lui et lui pour moi. Mes gestes sont ceux d'un automate, mes paroles envers la clientèle des phrases toutes faites débitées sur le ton monocorde de celui qui s'en fiche totalement. Heureusement, on me connaît et nul ne prête attention à mon air un peu bizarre.
Nous remballons l'étalage. Le patron embarque tout dans le fourgon. Je ne débande pas, la tête hantée par le Renaud, la bite enflammée de désirs inassouvis depuis plusieurs semaines, hormis les soulagements obligatoire dispensés par la Veuve Poignet. Au restaurant, je ne mange pas, j'engloutis. Tout juste si je remercie mon boss pour son invitation et la paie qu'il glisse dans ma main. Je cours, je vole. La maison : salut vite fait aux parents, douche soignée, tenue sexy de rigueur. Je me juge acceptable, mettable. Papa sourit, goguenard. Maman se renseigne :
<< - Tu dînes avec nous ce soir, mon poussin ? >>
Non, le poussin ne dînera probablement pas avec maman poule et papa coq. Enfin, je l'espère. La soirée, puis la nuit, devraient être longues et fort bien remplies. Tellement obnubilé par mes espérances de galipettes grivoises que je ne réfléchis même pas de savoir où nous passerons la nuit. Tout tremblotant, je me pointe au bistro. Renaud est là, attablé en compagnie d'une palanquée de personnes plus ou moins âgées. Il se lève, me rejoins, dépose une bise sur chacune de mes joues, prends ma main. Je le suis, surpris. Nous arrivons devant la tablée. D'une voix un peu haut-perchée causée par l'émotion, il claironne distinctement :
<< - Je vous présente mon petit ami, Daniel ! Nous allons vivre ensemble dorénavant ! >>
Patatras ! J'imagine que ma tronche est à l'identique de celles des destinataires du message. Si je m'attendais à çà ! Non mais, pour qui il se prend, l'admirable que j'admire ? Bon, d'accord, je pète de fierté. Il m'a choisi, moi, pour jouer le rôle du petit ami ce qui n'est pas rien quand même ! Cela entendu, que faire maintenant ? Renaud sait que faire, lui. Il avait mûri son coup depuis un moment et pris comme complice involontaire le premier benêt venu pas trop mal balancé. Il m'entraîne hors de l'établissement, d'un pas rapide, m'explique :
<< - Fallait que ça sorte. Je n'en pouvais plus. J'ai failli crever à cause d'eux. Cette sale manie qu'ils ont tous de croire qu'on est fait comme eux, qu'on éprouve des sentiments identiques aux leurs… >>
Et de vider son sac sans aucune retenue. Vu sous son angle à lui, je comprends l'urgence mais pas la manière de m'incorporer à sa mise en scène. Je pourrais me consoler en pensant que j'ai aidé ce garçon à se libérer. Seulement j'en pinçais vraiment pour lui, enfin pour son corps. Et me voilà ramené au rôle de figurant bon à jeter une fois la pièce jouée. Une autre pensée effleure mon esprit, je lui en fais part :
<< - Content de te savoir soulagé. Seulement tu aurais pu me préciser, lors de notre rencontre, que je ne servirai qu'à cette petite comédie et, par la même occasion, demander mon accord. En outre, tu aurais dû penser que j'habite dans ce village, que j'y travaille. Ici, tout le monde me connaît. Tu viens tout bonnement de crier que j'étais une pédale. Tu te rends compte du désastre ? >>
On dirait qu'il revient sur terre, le Renaud. Penaud, déconfit, il bredouille de vagues excuses que je n'entends pas tant il est confus dans ses paroles, avant de se rebiffer estimant mes inquiétudes mal venues en un moment pareil. Cette marque d'égoïsme cette inconscience, me mettent hors de moi. J'oscille entre lui foutre une bonne tannée et l'enfiler ici, tout debout sur le trottoir. J'opte pour une troisième solution : je le plante là. Il court derrière moi, me rattrape, geint :
<< - Tu as raison pour tout, Daniel. Mais le mal est fait. Cherchons plutôt à réparer, tu ne crois pas ?
- Et comment, je te prie ?
- Je ne sais pas moi …. Et si je disais que j'ai fait cet esclandre uniquement pour embêter mes parents, que je t'ai pris au hasard parce que tu entrais juste dans le troquet ? Qu'est-ce que tu en penses ? >>
Nous voilà échafaudant des plans plus tordus les uns que les autres et qui, pour la plupart, provoquent des fou-rires. Finalement, on arrive à bien s'amuser, sans perdre de vue ce qui nous a réunis : l'attrait de nos corps. D'ailleurs, profitant d'un coin désert, nos bouches laissent nos langues s'entrecroiser à loisir. C'est qu'il embrasse divinement le Renaud. J'en oublie complètement les désagréments causés par son petit esclandre. Je me consacre donc aux plaisirs que me procurent ses appâts. Mes mains s'affolent au contact d'une peau douce, légèrement duveteuse. Cependant, je n'ose pousser trop avant mes investigations : un reste de prudence. Je glisse à l'oreille de Renaud mon désir de le voir m'accompagner chez moi, profitant de ce que mes parents sont "en ville" et ne rentreront pas avant 22 h sinon plus. Je réalise, dans le même temps, que ce sera la première fois que j'emmène un amant à la maison afin de découvrir les charmes de sa nudité. Cette pensée me procure un sentiment de fierté, de plénitude aussi, mais également un besoin d'indépendance, besoin que je n'avais jamais ressenti jusqu'à ce jour alors que je pestais sans cesse de ne pouvoir trouver un endroit tranquille où effeuiller mes conquêtes. Renaud me sort de mes pensées lorsque je sens ses doigts s'emparer de ma bite. Pressé, le jeune homme ! Je stoppe ses élans, lui remontrant que nous apprécierons mieux nos galipettes dans une maison, sur un bon lit. Il retire prestement sa main de mon pantalon, fait une mine boudeuse, portant un de ses doigts à ses lèvres, doigt qu'il suce langoureusement, prenant une attitude qui se veut sensuelle et que je qualifie de pause putassière. Je lui enjoins gentiment d'en revenir à des gestes plus virils et de garder ses gâteries pour plus tard lorsque nous ne risquerons aucun regard indiscret, lui rappelant ses hauts faits. Il accepte, à contre cœur me semble-t-il. Tout au fond de moi, je comprends qu'il vient de perdre à mes yeux, en quelques minutes, une grande partie de son charme. Je me trouve bien embarrassé. Je souhaite le voir s'en aller loin d'ici, me laisser seul. Ma queue se met au diapason de mon esprit : elle ne bande plus malgré son envie de dégorger sur un autre ou dans un autre corps. Je regrette cette rencontre. D'un coup, je lui trouve tous les défauts de la terre. Je qualifie sa démarche d'efféminée, comme sa tenue vestimentaire. Je devine son visage apprêté si ce n'est maquillé. Tout à l'avenant. Il remarque mon changement, comprend qu'il perd tout intérêt pour moi. Je ne cherche nullement à cacher mon humeur nouvelle. Il s'arrête de marcher, prend mon bras :
<< - Nous avons mal démarré tous deux, n'est-ce pas ? J'ai tout gâché.
- Oui, je crois.
- J'ai compris. Inutile de se forcer. Peut-être qu'une autre fois … >>
Il s'éloigne, prenant la direction à l'opposé de la mienne. Je n'entends pas la fin de sa phrase. Je le regarde : non sa démarche n'est pas efféminée par contre je vois un garçon abattu, paumé. Alors je le rattrape, lui prends la main et l'entraîne avec moi, sans le regarder. Il renifle le plus discrètement possible. A peine arrivé à demeure, Renaud s'effondre sur un fauteuil du salon, pleurant en silence. Je vais lui chercher de l'eau, lui tends un mouchoir, m'assieds sur l'accoudoir, pose une main sur son épaule. Je souris en voyant qu'aucun maquillage ne pollue le tissu du mouchoir. Je me juge idiot, ne sachant plus que faire. Passées une bonne dizaine de minutes, Renaud relance son monologue que je veille à ne pas interrompre. De son récit il ressort que sa vie est un enfer, ce dont je me doutais. Sans cesse courant après l'affection de ses parents, il plie à toutes leurs exigences, y compris celle de changer sa sexualité ! Ils utilisent tous les moyens psychologiques (profession du père : psychiatre) dont ils disposent. Les résultats se faisant attendre, ils recourent à la violence depuis un certain temps. Renaud relève sa chemise, découvrant une poitrine meurtrie, couverte d'hématomes récents ou anciens, dus à des coups de ceinturon en cuir, dernier vestige de la gloire militaire appartenant à grand-papa. Je me retiens, soucieux de laisser Renaud parler. Mais je suis au bord de l'explosion tant la colère m'envahit. Dans le même temps, je suis heureux d'avoir été le complice de ce que Renaud nomme, dorénavant, sa rupture d'avec les tortionnaires. Les esprits s'apaisent comme les douleurs. Nous parlons calmement d'avenir. Il ne peut plus rentrer auprès de sa famille. Malheureusement, il est sans ressource. Je lui propose de le cacher à la maison, mes parents seront certainement d'accord. Nouvelle surprise : Renaud avoue être encore mineur pour cinq mois environ, il s'est un peu vieilli, tout à l'heure, histoire d'accomplir sa "délivrance". Rester ici serait mettre ma famille dans une bien triste situation. Nous revoilà délirant sur des plans farfelus, riant de nos extravagances, aidés dans nos fou-rires par quelques verres de mirabelle maison. Vers 20h, nous grignotons un reste de poulet froid, pain et fromage, le tout arrosé d'un fond de bouteille de vin rouge. Ensuite, retour au salon. Trop tard pour envisager un assouvissement auquel nous ne pensons même plus. Épuisé, Renaud s'endort dans le fauteuil. Je dépose un petit bisou sur ses lèvres avant de quitter la pièce. Que faire ? Cette question me tarabuste tandis que je m'installe dans le jardin d'où je verrai arriver mes parents. Ils ne tardent guère et comprennent rapidement que je ne suis pas dans mon assiette. J'ai beaucoup de mal à ne pas leur mentir tant je me sens empêtré dans moi-même. Enfin je termine en leur annonçant que Renaud dort au salon. Mon père écarte les bras, décrète :
<< - Eh bien ! Laissons-le dormir. Demain nous verrons. >>
On s'embrasse tendrement, comme à l'accoutumée. Ils regagnent leur chambre, moi je m'installe dans un autre fauteuil.
Un bruit de pas me réveille. Je suis surpris de me retrouver au salon, courbatu. Les brumes matinales dissipées, je me souviens de Renaud qui dort encore. Dans la cuisine, mes parents déjeunent. Affectueux bonjours. Tandis que j'avale mon chocolat brûlant, comme je l'aime, mon père constate :
<< - Tu ne risques plus rien, après votre équipée d'hier, toi et ce Renaud. Remarque tout le monde au village se doutait que tu n'effeuillais pas la marguerite pour les filles. Ta mère et moi encore moins. Alors autant clarifier les choses une bonne fois pour toutes, ce que vous avez fait.
- Et pour Renaud ?
- Très simple, fiston. Nous allons le faire voir à un médecin, ensuite nous irons voir qui il faut pour le sortir de là. S'il le veut, évidemment. >>
Une voix somnolente, en provenance de la porte, attire notre attention :
<< - Je veux en finir avec tout ça, emmenez-moi où il faut, comme vous dites. >>
Ma mère lui propose de s'asseoir, de se servir. Ce disant, elle dispose bol et couverts tout en nous faisant signe de nous serrer un peu. Hésitant, Renaud s'attable. Il n'ose se servir, expliquant que chez lui cela lui est interdit, ses parents lui assénant continuellement qu'il leur doit, et leur devra tout pour toujours.
Alors que notre invité prend une douche, papa me demande :
<< - Tu n'as rien fait avec ce garçon, Daniel ? Il est mineur.
- Il sera majeur dans quelques mois, Pa'.
- La question n'est pas là, fiston. La question est : que feraient ses parents s'ils apprenaient que lui et toi… enfin tu vois ce que je veux dire. Je te fais confiance, je sais que tu ne me mentirais pas. >>




J'ai beaucoup de mal à me concentrer sur mon travail. Aujourd'hui j'œuvre en plein champs. Pas très compliqué de conduire l'engin qui déverse les engrais. Pourtant j'évite de peu, à plusieurs reprises, de rater un virage et faire ainsi un manque sur toute une longueur de terre. Comble de malheur, je me rappelle difficilement tous les champs à traiter. Mon patron se rend bien compte que je ne tourne pas rond. Un brin égrillard, il me lance :
<< - Dur mon gars ! Hein ? Mais faut pas te mettre la tête au court-bouillon ! Ici, on se fout de savoir où tu trempe ton goupillon ! Le principal, c'est qu'on te voit pas faire. >>
Une mise au point, en quelque sorte, au nom du village (qui sait ?). Bien, il faut en prendre mon parti. Pas facile à mettre en pratique. En parlant de pratique, Renaud pratique à mon égard la plus belle ignorance, une indifférence des plus notoires, durant le reste de son séjour dans notre communauté rurale. Papa l'a emmené chez un médecin qui a constaté les dégâts, ensuite à la gendarmerie du grand village voisin. Plainte a été déposée au service de l'enfance. Depuis, plus rien, si ce n'est le retour de l'enfant martyr auprès des siens bourreaux. Serait-il un peu beaucoup maso, le Renaud ? Possible ! Je renâcle contre son attitude envers moi. D'un autre côté, je suis soulagé de cette fin de drame. Je me voyais mal embarqué avec un cas "social" sur les bras et dans le cœur, cas auquel je ne comprenais pratiquement rien ne possédant pas tous les éléments, pas plus que je n'entrevoyais une solution qui permettrait à la victime de mieux vivre. Pour dire le vrai, je n'ai pas la carrure nécessaire pour m'atteler à une telle relation. Ma réaction est assez lâche, je le sais pertinemment. Deux mois plus tard, mon père curieux de connaître la fin de l'énigme, se rend à la gendarmerie où on lui indique que le fils prodigue et martyr a obtenu que sa famille lui fiche la paix sinon il promettait d'annoncer ses malheurs en public avec preuves médicales à l'appui. La peur du scandale, plus forte que celle d'avoir un fils pédé, résonne papa et maman qui se disent, qu'après tout, d'ici peu ils jetteront le dévoyé à la porte puisqu'il aura 18 ans. En guise de conclusion, papa déclare :
<< - Comme l'a dit le gendarme, le petit Renaud a bien manœuvré et t'a bien couillonné. Mais c'est le seul moyen qu'il a trouvé. Faut pas lui en vouloir, mon garçon. >>
L'épisode Renaud effacée, je me prépare à passer l'hiver au calme. Cette année, je ne chômerai pas. Tout juste si je pourrais prendre une ou deux semaines de vacances entre deux boulots. Jamais je n'avais eu à faire face à une telle activité. Cela m'arrange. J'envisage de quitter le cocon familial. Mis au courant, mes parents débordent de conseils, de propositions, d'aides concrètes tout en regrettant que ma décision soit si brutale et s'ingéniant à retarder le plus possible l'heure de la séparation. J'éprouve un besoin de totale indépendance. En effet, depuis quelques temps je me plonge dans des lectures cochonnes, histoire de combler mes soirées solitaires. J'ai acquit deux objets destinés à me procurer certains plaisirs, à défaut de les savourer en compagnie d'un homme fait de chair et de sang. Ma mère, toujours à l'affût de rangement, même là où tout est en ordre, risquerait de trouver ces babioles qu'elle estimerait délictueuses. En outre, je me sens mal à l'aise, à l'étroit. Papa comprend. Maman ne veut rien savoir jurant que je peux amener qui je veux à la maison, même pour dormir comme elle dit. De longues discussions entre eux s'avèrent nécessaires pour que maman cède, mais à contre cœur.
La chance vient à mon secours. Un industriel fortuné possède une immense propriété non loin du village. Il aimerait avoir un gardien à demeure. Le contrat me paraît alléchant. Payé à plein temps, petite maison de gardiennage avec l'intérieur refait à neuf (trois pièces, cuisine, salle de bain rare de nos jours). Le salaire au SMIG, rehaussé par les avantages non négligeables accordés tels que la gratuité de l'eau, de l'électricité et du logement. En échange, je devrai effectuer de menus travaux comme l'entretien de la pelouse, veiller à ce que tout fonctionne dans la maison etc. Marché conclu, sans consulter personne. Du côté parental on est heureux de cette solution : je ne suis pas loin. Ma mère promet déjà de veiller à mon logis, ce à quoi je m'oppose fermement soutenu en cela par papa. Les moins contents sont mes employeurs occasionnels divers et variés. Toutefois nous trouvons un terrain d'entente. Jamais je ne travaille une journée complète chez eux, donc je peux assumer si l'on s'arrange entre gens de bonne compagnie. Finalement ils cèdent, comprenant qu'un emploi stable, pour moi, c'est assurer l'avenir et ainsi de suite…
Mes quelques meubles (le minimum indispensable) installés, je suis dans ce que j'appelle d'ores et déjà "mon déduit". Pas folichon sur le plan décor, mais tout à un début. Le seul point d'achoppement qui a bien failli faire capoter mon embauche, résidait sur ma liberté à recevoir "chez moi". J'ai finalement obtenu gain de cause sur promesse de veiller à ne pas "emmener n'importe qui". Mes pantoufles posées dans la chambre, mon premier souci est de trouver un garçon qui ne soit pas n'importe qui, inauguration oblige. Je reste sur ma faim, et sur mon impatience, durant deux semaines. La cause : beaucoup de travail. Le parc a été négligé ces dernières années, la piscine quasi abandonnée. Quant à la maison dite de maître, un sérieux nettoyage de fond en comble s'avère indispensable. Outre mes occupations de gardien, je surveille les ouvriers dont les patrons ne voient pas d'un bon œil qu'un gamin, comme moi, donne des directives, agissant en tant que représentant de leur client.
Comme d'habitude, tout en emménageant, j'imaginais plonger immédiatement dans une vie de débauches sitôt les meubles posés. Eh bien ! Je me suis fourré le doigt dans l'œil et rien dans un endroit plus intime. J'entame une série de jérémiades mentales, plaignant le pauvre Daniel sevré d'amour mais surtout de sexe. J'en arrive à regretter l'époque où vaquant entre plusieurs employeurs, je pouvais lorgner de belles paires de fesses même si j'en tâtais trop peu. Une présence s'en vient me distraire de cette petite descente dans la morosité. Un contremaître, presque chef de chantier si j'en crois ses subordonnés, ne cesse de venir me parler sous divers prétextes, certains très oiseux. La trentaine finissante, type méditerranéen, un physique des plus ordinaires mais un sourire à faire se pâmer les jeunes en manque d'affection, comme moi. Mes urgents besoins d'affection mâle me donnent tous les culots possibles. Alors qu'il vient à moi pour la énième fois de la journée, je le bouscule un peu :
<< - Si je ne vous savais pas consciencieux dans votre travail, je croirais que vous me draguez.
- Qu'est-ce qui vous fait penser ça ?
- Vos demandes pour la plupart assez futiles, n'ayant que peu de rapport avec votre boulot. Bien, soyons directs : ce soir, après votre travail, la petite maison au fond du parc. Ça va ? - Pas froid aux yeux, le petit minet. Trop sûr de lui, pourrait connaître des désillusions.
- Le petit minet est aussi sûr de lui qu'il jurerait que vous bandez si je me réfère à votre braguette qui se gonfle dès que nous sommes en présence l'un de l'autre, ce qui est le cas actuellement. Alors il dit oui, l'ancêtre ?
- Tout doux, mon mignon. C'est pas parce que t'as envie que je te baise qu'il faut me manquer de respect. - Mille excuses, monsieur le susceptible. >>
Une grosse pelle comme acompte en guise de conclusion momentanée. Sa langue virevolte dans ma bouche, ses lèvres happent les miennes qu'elles dévorent pendant que nos mains palpent impatiemment nos coins les plus secrets. Des pas approchent mettant fin à notre petite prise de bec.
À l'heure, le monsieur ! Et pressé, avec ça ! À peine entré, il me saute dessus comme un loup affamé sur un joli petit agneau. Bernard, tel est son doux prénom, me prouve qu'il est un vrai manuel. Ses doigts agiles provoquent une flopée de frissons sur tout mon être, pendant que sa langue titille à loisir le bout de mes seins. Je sens ses jambes enserrer les miennes, son bassin se coller au mien. Une grosseur s'appuie à la mienne prouvant que nos bites sont en contact. J'en jouirais presque, là, après seulement quelques minutes de câlineries. Je tempère la fougue du bonhomme, lui faisant comprendre que la famine de ces dernières semaines pourrait bien être responsable d'une éjaculation précoce de ma part. Apéritif, amuse-gueule nous donnent le temps de mieux nous admirer, yeux dans les yeux, entre deux lampées ou deux lichettes. Nous batifolons en amoureux transis laissant nos queues sortir de leur gangue de toile respective et se dresser fièrement le long de nos ventres. Nous ne prenons pas le temps de nous dévêtir entièrement, abandonnant toute résistance. Allongés sur le canapé, tête-bêche, nous gobons chacun l'engin de l'autre afin de lui infliger une fellation très attendue. Ma cavité buccale se voit envahie par un braquemart des plus conséquents pour ne pas dire énorme. J'aime à m'occuper de grandes affaires, surtout ce genre-là. Chose promise, chose due ! Je lâche mon foutre, non sans avoir au préalable retiré ma bite de la bouche avenante. J'humidifie copieusement le visage d'un Bernard sidéré par l'arrosage généreux dont je le gratifie, mais très heureux de notre performance. D'autant qu'il crache son jus dans la foulée. Enduits d'un masque facial à base de sperme, nous achevons le déshabillage avant de nous glisser sous la douche. Comment peut-on se laver correctement tout en restant collés l'un contre l'autre ? Je me pose à chaque fois cette question. Mystère de la passion charnelle, probablement. Nous sortons de la salle de bain, propres malgré l'énigme précédemment posée. Nos épidermes éprouvent beaucoup de mal à se séparer. Je suis subjugué par la virilité de Bernard. Ce geste machinal de passer furtivement son pouce sur l'aile droite de sa narine, m'émeut au-delà du raisonnable. Sa démarche me rappelle celle de certains professionnels du crime tels qu'on nous les présente dans des films. Sans parler de sa façon de me molester afin de me procurer un billet pour le septième ciel ! Je me sens petite chose dans ses bras, tout chose entre ses cuisses, quelque chose quand il murmure à mon oreille son désir de me sauter. La délicatesse de la pénétration n'a d'égal que les sensations inoubliables qu'elle me procure. Le corps entier de l'amant se meut dans le seul but de me faire jouir. J'accepte l'idée, me promettant de lui rembourses la dette avec de gros intérêts. La queue glisse dans ce qui devient son antre, caressant ma prostate, électrisant ainsi tout mon être. Une main me branle doucement, frôlant par moment le gland avec la paume afin de bien étaler l'abondant lubrifiant naturel qu'il produit. Passées de longues minutes en position du missionnaire, je décide de changer, bousculant tendrement mon julot de service, tout en prenant garde de bien conserver sa bite dans mon anus. Me voilà assis sur lui, entamant une sorte de gymnastique dite du plongé vertical avec remontée idoine. J'imprime un rythme langoureux, soucieux de faire durer le plaisir et ce, nonobstant les mouvements enculatoires effectués par mon partenaire. Sa main continue de merveilleusement torturer ma queue qui explose. Il grogne : ses jets de foutre s'écoulent frénétiquement dans mes entrailles. Un peu de repos ne sera pas du luxe. Bernard, toujours en moi la matraque bien tendue, nous bascule afin d'être couchés sur le côté. Derechef, il reprend le massage interne de ma personne, n'écoutant pas mes admonestations concernant la faim qui tiraille mon estomac. Ses gestes servent d'arguments. Convaincu du bienfait de la chose, je l'assiste dans son action en lui roulant une pelle. Las ! Des coups de sonnette viennent interrompre notre envolée charnelle, provocant la débandade générale de nos membres contrariés car, illico, nous débandons. Un peu inquiet par ce que je considère comme une intrusion, j'enfile ma robe de chambre, ferme la porte idoine, vais ouvrir l'entrée :
<< - Coucou ! Surprise ! C'est moi, ton Adrien !
- Qu'est-ce que tu fous là ? Tu m'as clairement jeté, pourtant.
- Charmant l'accueil.
- Comment tu as fait pour me trouver ?
- Tes parents, bien sûr. Ils m'aiment bien, eux. Je peux entrer ou tu me jettes ?
- Je te jette. Nous allions remettre le couvert avant que tu nous déranges.
- Bon, alors salut ! >>
Sans que je puisse ajouter quoi que ce soit, Adrien s'en va. Il ne se retourne même pas pour me faire un petit signe gentil. Susceptible lui aussi, à ce que je vois : du genre fais ce que je dis pas ce que je fais.

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