La laisse (3/5) d'Andrej Koymasky
vendredi 19 février 2010, 18:40 - Andrej Koymasky - Lien permanent
Claudio m'a senti trembler : "Allez, Daniel... viens..." insistait-il en me serrant dans ses bras et en me faisant sentir son érection à travers nos habits. "Je... ne l'ai jamais fait... Je... ne sais pas..." je bredouillais. J'aimais être dans ses bras, j'aimais sentir son érection presser contre moi, et pourtant... j'étais vraiment terrorisé, même si mon subconscient savait très bien pourquoi il m'avait invité chez lui.
LA LAISSE
par Andrej Koymasky © 2006
écrit le 17 Février 2003
Traduit en français par Eric
CHAPITRE 5
"JE M'APPELLE GUILLERMO OLIVERA."
Le lendemain matin, j'étais dans un état semi-éveillé et j'éprouvais une étrange sensation que dans un premier temps je n'ai pas su identifier. Puis je me suis complètement réveillé et tout d'un coup j'ai réalisé ce qui se passait.
"Pablo" était installé entre mes jambes et suçait mon sexe dressé, tout en caressant délicatement mes testicules et mon ventre.
Je suis resté un moment immobile, à la fois au plaisir de ses agréables attentions et à me demander pourquoi il le faisait. Pour "mériter" son argent ? Simplement parce qu'il aimait ? Par pure habitude ? Ou encore par une espèce de gratitude...
Un peu après j'ai bougé le bras et lui ai caressé les cheveux d'une main. Alors le garçon a commencé à mettre plus d'énergie à ce qu'il faisait. Je l'ai pris et détaché de mon sexe, je l'ai tiré vers moi pour le faire se coucher sur moi. J'ai senti que lui aussi était excité, son beau sexe était dur et palpitait contre mon corps. J'ai pris sa tête entre mes mains et je l'ai embrassé. Il a activement répondu à mon baiser.
"Vous voulez m'enculer, señor ?" m'a-t-il demandé à mi-voix.
"Et toi ? Tu veux que je te prenne ?" lui ai-je demandé du même ton.
"Je ne suis pas là pour ça ?"
Puis, avant que je réponde, il s'est mis à califourchon sur moi, a tenu mon sexe et s'est apprêté à s'empaler dessus.
"Attends..." lui ai-je dit en le prenant par la taille pour l'arrêter.
Il m'a regardé dans les yeux, puis hoché la tête : "Prenez un préservatif, señor, et donnez-le moi. Je vous le mets." a-t-il dit.
"Ils sont là, dans le tiroir de la table de chevet."
Il est agilement sorti du lit, a ouvert le tiroir, pris un sachet, l'a déchiré et il est revenu au lit. Il m'a enfilé le préservatif puis s'est remis en position sur mon bassin, a guidé d'une main mon sexe entre ses jambes et s'est laissé descendre dessus.
"Tu ne prends pas de gel ?" lui ai-je demandé.
"Je n'en ai plus besoin. J'en ai tellement prises..." il a dit en haussant les épaules, et il est descendu.
Il m'a accueilli en lui sans difficulté. J'étais complètement entré en lui. Toutefois, il était chaud et étroit... Je le lui ai dit.
"Je sais comment faire pour paraître étroit." a-t-il expliqué, tranquille, sans me regarder.
Il a commencé à bouger de bas en haut, puis il s'est mis à me frotter les tétons. J'ai gémi doucement.
"C'est bien, comme ça, hein ? Oui, je me rappelais." Il a dit, toujours sérieux.
Pendant qu'il continuait à bouger de haut en bas, je lui caressais le ventre, la poitrine, les flancs et les cuisses. Je regardais les deux sparadraps que je lui avais mis, son œil au beurre noir... et je me suis demandé comment on pouvait faire du mal à un tel garçon... à qui que ce soit, mais surtout à un garçon.
J'ai pris en main son beau sexe dur et en le serrant bien, par ses seuls mouvements sur moi, je l'ai masturbé. "Pablo" continuait à s'empaler sur moi, et son expression n'avait pas changé, il était sérieux, peut-être concentré sur ce qu'il faisait pour mon plaisir. J'avais envie de le prendre, le faire se coucher sur le dos et marteler en lui... mais je l'ai laissé faire à sa façon.
En quelques minutes, à bouger au-dessus de moi et faire palpiter son sphincter, il m'a conduit à l'orgasme. Quand il m'a senti jouir en lui, il s'est arrêté, a pressé ses petites fesses fermes contre mon ventre et agité doucement le bassin dans un mouvement circulaire. Puis il a fermé les yeux et joui lui aussi, en inondant ma poitrine et mon ventre. Alors je l'ai attiré contre moi, je l'ai fait se coucher sur moi. Je l'ai embrassé et je lui caressai le dos.
"Allons prendre une douche..."
"Vous devez aller au travail ?"
"Non, c'est samedi, aujourd'hui, je ne travaille pas."
Il s'est relevé et il est sorti du lit. Je suis allé dans la salle de bain avec lui. J'ai réglé l'eau.
"Entre. Douchons-nous ensemble." ai-je dit.
On s'est lavé l'un l'autre. Ses mains étaient délicates, agréables. Il m'a fait avoir une autre érection, il en a aussi eu une.
"Vous voulez me baiser de nouveau ?"
"Non, Pablo, ce n'est pas nécessaire."
"Mais je vous demande pas plus d'argent. C'est inclus."
"Ça va comme ça." ai-je dit en arrêtant l'eau. "Séchons-nous et habillons-nous. Puis allons prendre le petit déjeuner à la cuisine."
"Où avez-vous mis mes habits ?" a-t-il demandé tandis que nous finissions de nous sécher.
"Ils sont encore à la machine, ils doivent être secs."
Je les ai pris et les lui ai tendus. Il n'avait pas de sous-vêtements, rien que le short et le gilet.
"Tu n'as pas d'autres habits ?" lui ai-je demandé.
"Non, je n'ai que ceux-là."
"Ils sont en sale état... que feras-tu quand ils se déchireront ?"
"Je verrai... Il y a les fripiers... Et quand j'ai pas assez d'argent, il y a un fripier qui me donne de vieux habits contre quelques baises..."
Nous nous sommes habillés et avons été à la cuisine. J'ai préparé un copieux petit déjeuner à l'anglaise : œufs au bacon, toasts, marmelade, fruits et lait.
Comme la veille au soir, le garçon a mangé lentement et en mâchant longuement, à petites bouchées et avec beaucoup de pain. Il a bu trois verres de lait. Je lui ai demandé s'il voulait aussi un café et il a accepté.
"Vous cuisinez très bien, señor. Tout est bon." m'a-t-il dit.
"J'aime faire la cuisine. Ce ne sont que des choses simples. As-tu déjà mangé italien ?"
"Non... je mange ce que je trouve, quand je peux..."
"Ta mère... elle habite à Buenos Aires ?"
"Non ?"
"Loin ?"
"Non."
"Il y a longtemps que tu ne l'as pas vue ?"
"Non."
"Elle n'est pas inquiète de ne pas te voir ?"
"Non."
A l'évidence, il n'avait pas envie d'en parler, aussi n'ai-je pas insisté. J'ai décidé de changer de sujet.
"Qu'est-ce que tu aurais aimé faire, si tu pouvais ?"
"Vivoter."
"Et quoi d'autre ?" ai-je insisté.
"Vivoter." a-t-il répété, têtu.
"Tu as des amis ?" lui ai-je demandé, un cherchant un sujet qui le rende loquace.
Il m'a regardé, surpris : "Des amis ? Qui voudrait d'un chien comme ami ?"
"Mais tu n'es pas un chien."
Il a haussé les épaules. Je me demandais si ce geste si souvent répété signifiait que je ne pouvais pas comprendre, qu'il s'en fichait ou encore autre chose.
Après le petit-déjeuner, pendant que je débarrassais, il a dit : "Je peux le prendre ?"
J'ai vu qu'il montrait l'argent que j'avais mis sur la table la veille et qui était encore là.
"Bien sûr, il est à toi."
Il l'a mis dans sa poche. Il a pris sa laisse qui était restée sur le dossier de chaise et m'a dit : "Il faut que j'y aille, maintenant."
"Il le faut ?"
"Oui."
"Je pourrai te revoir ?"
"Peut-être. Vous me trouverez là-bas. Le portier va me laisser sortir ?
"Prends l'ascenseur et sors par le garage."
"Je n'ai pas la clé."
"Je t'ouvre. Pour sortir il ne faut pas de clé. Mais quand tu sors par la petite porte du garage, referme-la tout de suite, sans quoi l'alarme sonne et tout le monde se précipite là... et on pourrait te prendre pour un voleur."
"Je fermerai."
Je l'ai accompagné sur le palier, lui ai ouvert l'ascenseur et dit au revoir. Il n'a pas répondu et a appuyé sur le bouton. La porte de l'ascenseur s'est fermée. Je suis rentré chez moi. Je me suis assis à la table de la cuisine et j'ai pensé à "Pablo".
Il était très beau garçon, un peu trop maigre... mais fermé comme une huître, un vrai hérisson en boule, et je n'arrivais pas à le faire abandonner la cuirasse avec laquelle il se défendait. A huit ans... aux mains de nombreux hommes qui profitaient de lui. Plus de la moitié de sa vie passée à satisfaire des hommes sans scrupules, juste pour ne pas mourir de faim. Et sa mère ? Sa famille ?
Je savais que des garçons vivaient dans la rue, mais beaucoup étaient orphelins... Combien de "Pablo" étaient-ils à la rue ? Les garçons que j'avais payés avant lui étaient habillés, sinon bien, au moins dignement... Ils avaient des chaussures, des sous-vêtements, peut-être pas toujours très propres mais jamais dans un tel état. Lui, il n'avait que ce short noir, un peu trop serré, ce petit gilet noir et sa laisse rouge... rien d'autre.
Que faisait-il de ses journées ? Le soir, il tapinait... mais après ? Il flânait... regardait la télé dans les vitrines... Mais après ? Je n'arrivais pas à imaginer ce que pouvait être sa vie, ses journées. Moi, me disais-je, je n'avais jamais eu faim, souffert de la faim. Parfois on dit "j'ai faim" mais en fait on a juste de l'appétit... Dormir dans la rue... et quand il pleut ? Et si on tombe malade ?
Peut-être que d'autres aussi, parfois, lui faisaient passer une nuit au lit, mais j'en doutais : si les hôtels de passe marchent bien, c'est justement parce que les gens "bien" rechignent à ramener un tapin chez eux. Et on n'y passe pas la nuit, mais au plus deux heures... Moi comme les autres. "Pablo" était ma première exception. Un directeur de banque ne devait pas faire de telles imprudences. Je l'avais fait... et je ne le regrettais pas le moins du monde, du moins pour l'instant.
Plus tard je suis sorti faire quelques courses et j'ai aussi fait un saut au musée d'Art Hispano-américain "Isaac Fernandez Blanco" à Suipacha. C'était un beau bâtiment de style colonial où étaient exposées de belles collections d'argenterie, de peintures et de meubles anciens. Je devais y retrouver José Maria Alencon, le fils du conservateur du musée, un ami qui m'avait promis de me procurer une statuette art déco d'un athlète nu, en étain argenté.
Quand il m'a donné la boîte qui la contenait et que je l'ai admirée, j'ai pensé que, si seulement "Pablo" avait été un peu plus musclé, la statuette aurait presque pu être à son image... Et puis, quand j'ai donné son chèque à José Maria, je me suis demandé combien de jours aurait pu vivre Pablo, avec cet argent... et j'ai eu comme des scrupules.
Je suis allé déjeuner "Au Bec Fin", un restaurant français assez renommé, à Vicente Lopez, vers la Recoleta, avec José Maria qui m'invitait. J'ai à nouveau pensé qu'avec ce que mon ami avait payé ce repas pour deux, Pablo aurait sans doute vécu un mois, voire plus...
Je n'arrivais pas à m'ôter ce garçon de la tête. José Maria a remarqué que j'étais songeur. Il m'a demandé ce que j'avais. Comme il était gay lui aussi, je me suis un peu ouvert à lui, sans tout lui raconter.
"J'ai rencontré un garçon. Un peu jeune à mon goût, mais... il me plait."
"Il a quel âge ?"
"Dix-sept ans, ou presque."
"Au-dessus de quinze ans tu ne risques rien, en Argentine..." m'a-t-il dit.
"En général je les préfère au-moins entre dix-neuf et vingt-quatre ans... Mais lui, je ne sais pas pourquoi, mais il m'attire."
"Il est bon au lit ? Il se laisse mettre ?"
"Oui."
"Bon, alors où est le problème ?"
"Un problème ? Je ne sais pas... Je le connais à peine. On n'a couché que deux fois..."
"Et tu as apprécié ! Et bien connais-le mieux et si c'est un garçon bien, garde-le, sinon tu lui diras merci et salut !"
"Et toi ?" lui demandais-je pour changer de sujet.
"Moi ? J'ai trouvé un garçon de vingt-deux ans, mignon... le genre qui te plairait... c'est pour ça que je ne te le présente pas." m'a-t-il dit en riant. "Un jeune flic béjaune. Quand on le voit, il a l'air réservé, mais au lit c'est une bombe. Et il se laisse tout faire."
"Tant mieux pour toi."
"Il m'a fallu trois mois pour le mettre dans mon lit... mais ça valait la peine d'être patient et de ne pas renoncer, je te le jure."
"Splendide."
"Et ton copain, il fait quoi ?"
"Mais c'est pas mon copain, je t'ai dit, je le connais à peine."
"A peine, mais assez intimement, non ? Il s'appelle comment ? Je le connais ?"
"Je ne crois pas."
"Un lycéen, j'imagine."
"Non, il travaille."
"Oh, tu donnes dans la classe ouvrière ?"
"Je me moque qu'il soit ouvrier, lycéen, fils à papa ou..."
"Tu te contentes qu'il te donne son cul, hein ?" Il a ri. "Tout comme moi, d'ailleurs. Dommage que tu aies les mêmes goûts que moi, j'aurais bien aimer baiser avec toi."
"Mais si comme moi, tu aimes les garçons plus jeunes !" ai-je lancé.
"Mais tu es bel homme et sensuel... je ferais volontiers une exception pour toi..." m'a-t-il dit.
Nous sommes allés nous promener un moment Calle Florida, une rue piétonne, regarder les vitrines, puis nous nous sommes dit au revoir. Je suis passé chez moi rapporter la statuette, que j'ai mise au salon, sur une étagère à côté du téléphone et d'une lampe : elle était vraiment belle.
Je suis ressorti. J'ai marché longtemps... et peu avant l'heure de dîner je suis passé à Cerrito... Pablo était là, assis sous son réverbère habituel. Au lieu d'aller vers lui, j'ai pris une rue latérale où je savais que je trouverais des vendeurs de rue. Ils exposaient sur le trottoir, sur leurs traditionnels carrés de tissu rouge, noir, vert, des marchandises les plus variées. J'ai vu un garçon qui vendait des colliers, des broches, des bracelets et des bagues. J'ai choisi un collier de perles en verre blanc, l'ai acheté et mis en poche.
Puis je suis revenu au Cerrito. Pablo y était encore. Je suis venu devant lui et lui ai dit bonsoir. Il m'a regardé.
"C'est pour toi, Pablo." lui ai-je dit puis j'ai sorti de ma poche le collier et je le lui ai tendu.
"Pourquoi ?" m'a-t-il demandé, sans le prendre.
"Pour remplacer ce collier de chien... quand tu viens avec moi."
Il l'a pris, l'a regardé, puis mis dans la poche de son gilet. "Vous me voulez encore ?" m'a-t-il demandé en me jetant un très rapide coup d'œil.
"Oui. Mais allons d'abord dîner quelque part..."
"Vous ne faites pas la cuisine ? Vous avez dit que vous cuisiniez bien." m'a-t-il dit à voix basse, toujours sans me regarder.
"Je peux, si tu veux. Que veux-tu manger ?"
"N'importe quoi."
"Alors suis-moi. Faisons quelques courses puis allons chez moi. Mais enlève cette laisse..."
Il l'a enlevée, l'a roulée et a essayé de la mettre dans la poche de son short. Elle n'entrait pas bien, alors il l'a ressortie et enroulée autour de sa taille. Puis il a mis le collier au cou. Je l'ai regardé batailler. Quand il l'a pu bien accrocher, il m'a regardé comme pour me demander si c'était bien comme ça. J'ai hoché la tête.
Nous sommes partis. J'ai acheté de quoi faire à manger. Puis nous sommes passés devant une boutique d'habits de seconde main.
"Entrons." ai-je dit.
Il m'a suivi. J'ai dit au vendeur que je voulais quelque chose pour "le fils du jardinier"... il m'a regardé l'air de dire qu'il était sûr que ce garçon n'était évidemment pas le fils de mon jardinier... mais il n'a rien dit et m'a demandé ce que je voulais. Je lui ai acheté des chaussures, des chaussettes, des sous-vêtements, un jeans et un T-shirt, le tout en bon état. J'ai payé et tendu le sac en papier à Pablo.
"Tu te changeras chez moi."
"C'est pour moi ?"
"Ils seraient trop petits pour moi."
Il a pris le sac. Il n'a pas dit merci, il n'a rien dit. Nous sommes retournés chez moi, en passant par le garage.
"Si je dois me changer, je peux me laver d'abord ?"
"Comme tu veux." lui ai-je répondu, en me disant qu'il s'était lavé à peine douze heures avant... au lever, ce matin... mais si ça lui faisait plaisir, pourquoi pas.
Je suis allé à la cuisine et je me suis mis aux fourneaux. J'ai préparé un bon dîner à l'italienne, rien d'exceptionnel, rien de lourd mais des aliments nourrissants et de bon goût. Quand Pablo est venu à la cuisine, vêtu des habits que je lui avais achetés, il avait l'air d'un autre. Il était encore plus beau qu'avant. Et le collier lui allait bien, il mettait en valeur son teint et son visage. Il est resté debout à la porte.
"Assieds-toi. J'ai bientôt fini. Tu as faim ?"
"Pas trop." a-t-il dit en s'asseyant.
"Tu veux me donner un coup de main ?"
"Qu'est-ce que je dois faire ?"
"Ouvre ce tiroir et sors les sets de table. Puis les couverts sont là..."
"Oui, j'ai vu où vous les mettiez."
Il s'est levé et a commencé à mettre la table. J'ai vu qu'il cherchait tout en ouvrant sans hésiter le bon tiroir ou la bonne porte, à l'évidence il avait observé, la veille ou le matin, où je rangeais tout. Quand la table a été prête, il est resté debout à côté.
"Je dois faire autre chose ?" a-t-il demandé.
"Non, merci. Assieds-toi, si tu veux."
"Oui." a-t-il dit, et il s'est assis.
Peu après je suis passé à table. J'avais préparé un petit risotto aux champignons, des paupiettes aux œufs durs, une salade mélangée, une macédoine de fruits et une tarte aux pommes qui finissait de cuire au four.
Il a encore mangé lentement, par petites bouchées. Je lui ai servi un doigt de vin qu'il a bu peu à peu, à petites gorgées. Il a tout mangé et, comme toujours, à chaque plat il sauçait son assiette avec soin. J'ai remarqué que quand il coupait un bout de pain, si des miettes tombaient sur la table il les ramassait entre ses doigts et les mangeait. Il ne gâchait pas un gramme de nourriture.
Quand je lui ai servi de la tarte aux pommes chaude, il l'a mangée en la savourant. Il a tout de suite accepté une deuxième part. Puis on a pris un café à l'italienne, fait dans ma fidèle moka Bialetti.
"Ça t'a plu ?"
Il a hoché la tête.
"Tu veux encore manger quelque chose ?"
Il a fait non de la tête.
J'ai débarrassé et tout laissé dans l'évier. Puis j'ai mis vingt pesos sur la table.
"Tu les prendras quand tu veux, maintenant, plus tard ou demain matin. Et tu dors de nouveau avec moi. C'est d'accord ?"
Il a hoché la tête.
"Viens, avant d'aller au lit, regardons un peu la télé."
Il m'a suivi au séjour. Je l'ai fait asseoir sur le sofa devant la télé, je me suis assis à côté de lui, j'ai pris la zappette et allumé la télé. J'ai un peu zappé pour voir ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant.
"Qu'est-ce que tu voudrais regarder ?" lui ai-je demandé.
"Peu importe..."
Je lui ai tendu la zappeuse. "Appuie sur ces touches, tu vois, pour changer de chaîne, en avant et en arrière, et arrête-toi où tu veux. Non, pointe ce côté vers la télé... voilà, comme ça..."
Il a essayé. Il changeait de chaîne, d'abord assez vite, puis plus lentement. Il regardait l'écran, attentif. J'épiais son expression. Il a fini par s'arrêter sur une chaîne qui transmettait une chansonnette argentine depuis un théâtre quelconque. Une chanteuse que je ne connaissais pas, vêtue de lamé argenté et un chanteur habillé en noir, accompagnés par un petit orchestre chantaient "Pedacito de cielo".
"Tu aimes ?"
"Ma grand-mère chantait cette chanson, quand j'étais petit."
"Tu aimais bien ta grand-mère ?"
Il a hoché la tête. Et j'ai vu qu'il avait les yeux humides. Il a reniflé pour ne pas pleurer. J'ai eu envie de le prendre dans mes bras, mais je ne l'ai pas fait, j'ai préféré le laisser seul avec ses émotions, j'ai senti que je n'avais pas le droit de m'y immiscer.
Quand le couple de chanteurs eut fini de chanter et qu'un trio de comique les eut remplacés, Pablo s'est tourné vers moi. Il m'a regardé droit dans les yeux.
Puis il m'a demandé : "Pourquoi ?"
"Pourquoi quoi ?" lui ai-je demandé, presque le souffle coupé.
"Le collier, les habits, le repas, tout... pourquoi ?"
"Parce que tu n'es pas un chien, tu es un petit d'homme, tu es Pablo."
Il a fait non de la tête. Il est resté silencieux un instant, mais cette fois il n'a pas détourné le regard. Il me regardait, sérieux. Je le regardais, serein, en tâchant de lui montrer, mieux que par un sourire qui pourrait être trop pour lui, que j'aurais aimé être son ami. Qu'il pouvait me faire confiance. Et il l'a compris.
D'une voix très basse, il m'a dit : "Je ne m'appelle pas Pablo. Je m'appelle Guillermo. Je m'appelle Guillermo Olivera."
"Enchanté, Guillermo. Bienvenu chez moi. Moi je m'appelle Daniel Savoldi."
"Je pourrais être un voleur..."
"Tu l'es ?"
"Je ne suis jamais allé en prison. J'ai jamais été pris. J'ai toujours fui à temps, j'ai toujours couru plus vite qu'eux. Mais je n'ai jamais volé, señor, je vous le jure."
"Je te crois."
"Je n'ai jamais volé, señor, même quand la faim me faisait mal..."
"Je te crois..."
"Même quand la tentation était forte, señor, même quand le type l'aurait mérité, señor."
"Je te crois." lui répétais-je encore, d'un ton tranquille, et je lui ai tendu la main.
Guillermo l'a prise et serrée entre les siennes, puis il y a posé le front et j'ai senti que ses larmes coulaient enfin, en silence, sans un bruit, sans secousses ni sanglots. J'ai posé l'autre main sur ses cheveux et les ai caressés. La télé passait une autre chanson, j'ai reconnu " Naranjo en flor".
Il a levé la tête et m'a de nouveau regardé : "Vous m'emmenez au lit, señor ?"
"Appelle-moi Daniel, dis-moi tu..."
"Tu m'emmènes au lit, Daniel ?" a-t-il corrigé, les joues pleines de larmes.
Je lui ai caressé la joue : "Tu es fatigué ?"
"Tu ne... tu ne veux pas me baiser ?"
"Non... mais je voudrais faire l'amour avec toi, ça oui."
"Faire l'amour ? Quelle différence ?"
"C'est peut-être proche, pour le corps... mais dedans, ça change tout."
"Je ne sais pas faire l'amour, Daniel, tout ce que je sais faire c'est me faire baiser." m'a-t-il dit d'un ton las. "Je n'ai rien fait d'autre de toute ma vie."
"Alors... attends. Restons encore un peu ici."
Je l'ai attiré contre moi, l'ai pris dans mes bras et embrassé sur la bouche, tendrement. Il s'est agrippé à moi, presque convulsivement. Je l'ai serré contre moi.
"Ce n'est pas la peine de baiser, Guillermo. On peut aussi rester comme ça, ici ou au lit, tant que tu n'as pas envie de faire l'amour..."
"Tu m'amènes dans ton lit, Daniel ?"
"Bien sûr."
"Nus, comme hier ?"
"Bien sûr."
"Et tu me serres comme ça ?"
"Oui..."
CHAPITRE 6
LE LANGAGE DES HOMMES
Nous étions couchés sur le flanc dans mon lit, nus, dans le noir. Je tenais Guillermo dans mes bras et il se lovait contre moi. Et, à mon grand étonnement, ni Guillermo ni moi n'étions sexuellement excités, bien que nos corps soient si étroitement collés.
"Tu n'as pas envie de m'enculer ?" m'a-t-il demandé après un moment, presque dans un murmure.
"Pas maintenant. Je suis bien comme ça."
"Moi aussi..." et on aurait dit la voix d'un enfant. Après un court silence, il a dit : "Daniel..."
"Oui, Guillermo ?"
"Rien... j'aime dire ton nom... et t'entendre dire le mien..."
"Oui, Guillermo."
"Demain, c'est dimanche."
"Oui."
"Tu ne travailles pas."
"Non."
"Tu... tu veux que je reste avec toi ? Tu peux me garder ici encore demain ?"
J'ai réfléchi. Je n'avais qu'un rendez-vous, rien d'important, je pouvais l'annuler sans problèmes.
"Oui, bien sûr, Guillermo."
"Je ne t'ennuie pas ?"
"Absolument pas."
"C'est vrai ?"
"C'est vrai, Guillermo."
"Quand tu voudras me baiser... je suis partant... chaque fois que tu voudras, Daniel..."
"On verra..."
"Et... pas la peine de payer, cette fois. Avec toi... avec toi je le fais volontiers."
"Merci."
"Merci ? Personne ne m'a jamais dit merci, Daniel. Je n'ai rien d'autre à te donner, Daniel, contre... contre tout cela. Je n'ai rien d'autre à te donner que mon cul..."
"Tu n'as rien à me donner, Guillermo. Et puis... tu m'as déjà donné quelque chose, tu m'as dit ton nom."
"Quand... quand j'avais huit ans... un homme m'a dit de venir avec lui... il m'a donné à manger... puis il m'a dit que je devais... qu'il avait été gentil avec moi et que je devais donc être gentil avec lui... Il m'a mis dans son lit, il m'a fait lui sucer la bite... puis il m'a retourné et... il est venu sur moi... et il m'a enculé...
"Il me faisait mal, j'ai pleuré, je voulais pas... mais il était fort... et il me disait que j'avais mangé et que je devais donc lui donner mon cul en remerciement... et il m'a baisé à fond et il martelait en moi... il me disait d'arrêter de pleurer... Il me faisait mal, j'avais l'impression qu'il me déchirait le cul... Et il martelait en moi... Il n'était plus gentil, il me faisait mal, il me tenait fort et martelait en moi et moi je ne devais pas pleurer... je ne devais pas pleurer...
"Alors j'ai appris à ne pas pleurer. Et après quelques jours ça ne m'a plus fait trop mal... il me donnait à manger... et il me baisait... deux ou trois fois par jour... Chaque fois que je voulais manger, je devais lui demander s'il te plait, baise-moi, et il me baisait... et après je pouvais manger.
"Je n'avais jamais autant mangé... je me suis habitué... et il me donnait aussi quelques pesos... que je donnais à maman, pour elle et mes frères, pour qu'au moins eux aussi puissent manger... et maman savait ce que ce monsieur me faisait... elle aussi se faisait baiser, pour nous faire manger, elle me l'avait dit. J'étais l'ainé, il fallait que je l'aide, elle me disait...
"Puis ce monsieur m'a vendu à un ami. Un italien, comme toi, Giulio Barale, qui faisait des photos et des films avec des gamins de mon âge ou plus grands, ainsi que des hommes qui nous baisaient... On habitait tous dans une seule pièce, j'y dormais avec cinq ou six autres gamins... de six à dix ans... que les plus grands l'aidaient à trouver, les hommes changeaient, à part trois permanents... c'étaient des touristes. Américains, italiens, français, allemands ou d'ailleurs, ils payaient Giulio, choisissaient l'un de nous et le baisaient.
"Les garçons les plus grands devaient trouver de nouveaux gamins... ces garçons avaient été là avec nous, mais ils étaient trop grands, alors ils devaient tapiner et ils aidaient Giulio. Et dans les films ils étaient comme un grand frère, et les hommes comme un père ou un voisin qui nous surprenaient à nous toucher et alors ils nous baisaient... et nous devions avoir l'air contents... si un gamin pleurait pendant un film, ils le frappaient... nous devions faire semblant d'être contents et nous laisser baiser. Et parfois ils avaient une trop grosse bite et c'était dur d'avoir l'air content... mais si on n'avait pas l'air content on ne mangeait pas et on nous battait.
"Valentin avait six ans... il disait qu'il voulait être astronaute, quand il serait grand... La nuit il dormait dans mes bras... Et puis il y avait Rufo, qui avait huit ans comme moi... Sa mère avait disparu, il était resté seul. Il n'avait pas de maison, il n'avait que cet endroit. L'hacienda, on disait. Nous étions les animaux de cette hacienda. Et il y avait aussi Alejandro, il avait dix ans et il était à l'hacienda depuis quatre ans.
"Pendant un film, Valentin, à neuf ans, devait se faire enculer par un garçon noir qui avait une trop grosse bite... il a crié, pleuré... ils ont arrêté de filmer et l'ont battu... et ils ne lui donnaient plus à manger... moi, en cachette, je lui ai donné un peu de ma nourriture, mais Alejandro m'a surpris... et ils m'ont battu moi aussi... Puis une nuit, Valentin s'est enfui...
"Trois jours plus tard, ils nous ont dit que Valentin était mort... qu'il s'était tué, qu'il s'était pendu... et ils nous ont dit que ceux qui n'obéiraient pas finiraient comme lui... Et la nuit, Alejandro est venu me baiser, je lui ai dit non, s'il te plait... il s'est mis à rire et m'a demandé si je voulais finir comme Valentin... Ils l'avaient pendu... Alejandro a dit que c'était parce qu'il était allé à la police... Mais ils payaient la police et ils l'ont su... Et ils l'ont puni... Ils l'ont pendu. Il n'avait que neuf ans.
"Il me racontait ça en me baisant... et je pleurais... oh, ça ne me faisait plus mal, à l'époque... mais je pleurais pour Valentin... Puis il y a eu Olindo, il avait dix-huit ans... J'aimais baiser avec Olindo... Il était plus gentil que les autres et il baisait bien... et il était beau, Olindo. C'était lui qui nous payait et il me donnait toujours quelques pesos de plus, en cachette. Une fois par mois j'allais voir ma mère et lui apporter les sous... Puis Olindo a fini en prison pour avoir volé le portefeuille d'un touriste, un client je crois... je ne l'ai plus jamais vu, je n'ai plus rien su de lui.
"Puis je suis devenu trop grand pour ces films... ils voulaient que j'aille tapiner et trouver d'autres gamins... mais j'ai refusé... J'ai dit que je ne voulais pas que d'autres gamins vivent cette vie par ma faute. Alors ils ont commencé par me battre, puis ils m'ont jeté à la rue... Je suis arrivé à tapiner un peu, mais pas assez. J'avais de plus en plus faim... et je n'arrivais plus à ramener d'argent à la maison.
"Un jour un homme a donné de l'argent à ma mère et m'a ramené chez lui, il m'a mis la laisse et m'a fait faire le chien... Il s'appelait Roberto Chiesa, c'était un industriel de Milan qui a une succursale à Buenos Aires. Il me jetait à manger par terre, mais avant de manger ses restes je devais le sucer, puis je pouvais manger mais seulement en me mettant à quatre pattes quand il tenait ma laisse et m'enculait... et je dormais au jardin, dans une niche de chien, fermée à clé.
"Il avait une photo de famille dans un cadre d'argent : une belle épouse élégante et trois beaux enfants, bien habillés, souriants, le plus jeune avait mon âge... Il appelait parfois chez lui, parlait avec sa femme et lui disait « mon amour »... pendant que j'étais entre ses jambes à le sucer... et il parlait à ses enfants qu'il appelait « mon trésor »... en me mettant un doigt dans le cul... Et il me faisait me coucher dans sa baignoire pour me pisser dessus... avant de dire que je le dégoûtais...
"Puis il a dû rentrer quelques mois en Italie... et je me suis encore retrouvé à la rue. J'avais encore la laisse que Roberto m'avait mise... et ça plaisait à certains hommes... j'ai découvert qu'en faisant le chien je gagnais un peu plus... alors je suis devenu... un chien... et j'ai à nouveau pu ramener un peu d'argent à la maison... j'ai six frères et sœurs maintenant, tous plus jeunes... et je ne veux pas qu'ils aient la même vie que moi... Et ma mère ne fait plus trop d'argent, à présent... elle est trop vieille et en trop mauvais état et rares sont ceux qui veulent la baiser. Moi par contre je suis encore jeune..."
Il s'est arrêté, avec presque un sanglot. Je l'ai serré contre moi, sans voix, horrifié. Il s'est remis à parler.
"Un jour moi aussi je serai trop vieux, mais j'espère que mes frères pourront alors travailler... et je ferai quelque chose, j'ignore encore quoi. Pour l'instant... la laisse marche encore... Même s'il y a des clients qui aiment me faire mal... Mais quand je pense à Valentin... Je crois que j'ai de la chance...
"J'ai été baisé par tant d'hommes que j'ai perdu le compte... mais je n'avais jamais vu... je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme toi, Daniel... jamais... personne..."
Je l'ai serré contre moi et bercé, j'avais envie de pleurer avec lui... Il m'appelait Daniel à l'espagnole, l'accent à la fin... mais mon nom était doux, dans sa bouche. Je lui ai caressé les cheveux et je lui répétais à voix basse : "Guillermo... Guillermo..." Je n'arrivais à rien lui dire d'autre que "Guillermo... Guillermo..."
Puis j'ai chuchoté : "Fido est mort. Pablo n'est plus... Il ne reste que toi, Guillermo, et moi... rien que toi et moi..."
"Tu te lasseras de moi... Tu me renverras à la rue... Je le sais. Tu te lasseras de moi..."
"Pourquoi ?"
"Tout le monde se lasse de moi... Qui suis-je ? Rien de plus qu'un cul, une bouche, un chien à maltraiter... Je n'ai rien d'autre... Je ne vaux rien, moi, hormis quelques baises... Je grandis, on voudra de moins en moins de moi..."
"Moi, en général, je préfère les garçons plus vieux que toi, alors je crois que si tu grandis, tu me plairas encore plus..."
"N'essaie pas de me donner des illusions... qu'est-ce que tu as à foutre de moi ? Tu me donnes à manger, du fric... des habits... tu me gardes avec toi... pour l'instant... Mais moi, à part mon corps, que puis-je te donner ?"
"Ce que tu me donnes... à cet instant précis..."
"Et quoi donc ? Ce n'est que commerce, tout ça. Donner et recevoir, vendre et acheter. Mais si tu as tous les jours du gâteau, tous les jours le même, tu ne vas pas te lasser ? Surtout si tu ne meurs pas de faim ? Toi... n'importe quel garçon serait ravi d'être avec toi. Tu n'as pas besoin de moi."
"Mais qu'en sais-tu ?"
"Je le sais. Tu es mieux que les autres, mais..."
"Je suis revenu te chercher, non ? Bien qu'en général je préfère des garçons plus âgés, pourquoi serais-je revenu te chercher ?"
"La nouveauté... la curiosité..."
"Pourquoi m'as-tu raconté tout cela ?" lui ai-je demandé.
"Parce que tu es le premier à m'avoir écouté. Parce que je ne pouvais plus le garder pour moi seul. Parce que tu m'as dit que c'était bien comme ça aussi... que tu ne t'intéressais pas qu'à mon cul..."
"Et alors ?"
"Et alors, tant que ça dure... tant que ça dure, ça me va. C'est comme si... après tant d'années, j'avais enfin des vacances, au moins tant que ça dure."
"Et tu tâcheras de faire durer, comme moi j'essaierai."
"Tu ne veux pas m'enculer, Daniel ?" m'a-t-il demandé après un court silence.
Pour la première fois de la soirée, j'ai réalisé que Guillermo était excité, maintenant son membre pressait contre moi.
"Tu en as envie ?" lui ai-je demandé.
"Oui."
"Mais tu aimes coucher avec un homme ?"
"Oui. J'aimais avec Olindo... et j'ai aimé avec certains clients. Avec toi j'aime. Baise-moi, Daniel..."
Il se poussait contre moi, me caressait, se frottait doucement contre moi et je n'ai pas tardé à bander aussi.
"Je n'ai pas envie de te baiser..."
De sa main, forte et délicate, chaude et douce, Guillermo a pris mon sexe déjà dur.
"En voilà un qui est d'un autre avis..."
"Je n'ai pas envie de te baiser... j'ai envie qu'on fasse l'amour..." ai-je complété.
"Faire l'amour... bon, alors fais-moi l'amour... mais tu me la mets dedans, s'il te plait..."
"S'il te plait ?"
"Oui... pas pour le fric, pour me faire plaisir..."
"Mais tu n'as pas besoin de ce fric ?
"Pour une fois, Daniel, pour une fois, laisse-moi oublier le fric..."
Je l'ai embrassé et, si les fois d'avant il avait répondu à mes baisers, j'ai senti cette fois sa réponse différente. Cette fois-ci je l'ai senti s'abandonner à moi, qu'il me désirait vraiment. Je ne saurais pas dire pourquoi ni comment, mais je sentais que cette fois... il avait besoin de moi plus que de mon argent, et pas parce qu'il l'avait dit.
J'ai aussi senti que bien qu'il dise ignorer la différence entre baiser et faire l'amour, cette fois Guillermo voulait faire l'amour et pas juste baiser. Alors je me suis consacré à lui.
Je l'ai caressé longuement, nous nous sommes embrassés, un moment nous avons partagé un tendre soixante-neuf. Puis, sans un mot, presque sans s'en rendre compte, il s'est offert à moi. Je suis venu sur lui et il m'a serré la taille entre ses jambes. Il m'a passé les bras au cou et a bougé de façon à se faire pénétrer. Puis, avant que je ne le pénètre, il s'est arrêté et dégagé de moi. Un peu étonné, je l'ai laissé faire en me demandant pourquoi il avait changé d'idée mais, malgré mon excitation, je voulais le laisser faire, le respecter.
"Laisse-moi... un instant..." a-t-il chuchoté.
Encore un peu perplexe, je me suis enlevé de sur lui. Guillermo a glissé hors du lit, allumé la lampe de chevet, ouvert le tiroir et sorti une capote. Il est revenu près de moi et m'a regardé avec son sérieux habituel mais, pour la première fois, serein.
"Tu ne dois pas oublier ceci... je pourrais avoir une sale maladie... j'ai couché avec trop... je ne veux pas te faire courir de risque, Daniel... tu ne le mérites pas..."
J'ai hoché la tête et je lui ai souri. J'étais si pris par ce garçon que j'avais oublié la capote. J'ai tendu le bras pour prendre le préservatif qu'il avait sorti du sachet, mais il a fait non de la tête.
"Laisse-moi faire, Daniel..." a-t-il murmuré.
Il s'est accroupi sur le lit, à côté de moi, et en quelques gestes agiles il m'a mis le préservatif. Puis il s'est couché sur le dos et a replié les jambes sur sa poitrine.
"Prends-moi maintenant, Daniel, s'il te plait..."
J'allais éteindre, mais il m'a demandé de laisser allumé. Alors je me suis mis sur lui. Je lui ai caressé une joue. Il a fermé les yeux. Je me suis penché sur lui et l'ai embrassé. Tout en répondant de nouveau à mon baiser, il a glissé une main entre nos corps et guidé mon sexe dur vers lui. Quand j'ai senti la chaleur de son trou, j'ai commencé à pousser. Dès que j'ai commencé à entrer il a retiré sa main, m'a remis les bras autour du cou et s'est poussé contre moi.
Je me suis enfoncé en lui lentement. Guillermo avait fermé les yeux. Je regardais son air sérieux, son œil au beurre noir, le sparadrap près de sa bouche... il était si beau. Quand j'ai été tout en lui, je me suis arrêté. Il a fait palpiter son sphincter à la base de mon membre, puis il a aussi contracté le rectum chaud et tendre autour de mon sexe.
"Allez..." a-t-il murmuré.
J'ai commencé à reculer lentement, puis à me repousser en lui, en avant et en arrière, en avant et en arrière et Guillermo bougeait sous moi, heureux, de façon à accentuer nos si agréables sensations.
"Ça va, comme ça ?" lui ai-je demandé.
Il a acquiescé, toujours les yeux fermés.
J'ai mis une énergie croissante dans mes poussées et lui s'est pressé avec plus de vigueur contre moi. Après quelques minutes, Guillermo a ouvert les yeux, j'ai lu l'étonnement dans son regard, je l'ai senti frémir, trembler et il a joui à grands jets entre nos ventres. Je me suis arrêté.
"Non, continue... Continue Daniel... je n'avais jamais joui comme ça... continue..."
"Tu aimes ?" lui ai-je demandé en regardant ses magnifiques yeux sombres et profonds.
Il a hoché la tête. Je me suis remis à bouger en lui. Il ne fermait plus les yeux et il continuait à me regarder dans les yeux. Je sentais son sexe encore dur contre mon ventre. Il m'a tiré contre lui pour m'embrasser. C'était la première fois que c'était lui qui voulait un baiser... Nous bouches aussi se sont unies pendant que, avec moins de vigueur, je continuais à bouger en lui.
Maintenant sa langue jouait avec la mienne et ses mains, croisées derrière mon cou, se sont séparées et de l'une il me caressait le long de l'épine dorsale tandis que l'autre me caressait la nuque et les cheveux. A présent Guillermo participait pleinement à notre rapport. Ce qui a encore intensifié mon plaisir.
J'oubliais que ce n'était qu'un tapin, j'oubliais les horreurs qu'il m'avait racontées sur sa vie, j'oubliais la laisse, j'oubliais son œil au beurre noir, la joue enflée avec le sparadrap : j'étais avec un merveilleux garçon et nous faisions l'amour...
Je sentais le plaisir que je lui donnais plus encore que celui qu'il me donnait et je me suis senti transporté à un niveau supérieur, dans un nouveau monde, propre, juste. Quand j'ai senti que j'approchais le sommet du plaisir, je me suis senti heureux... et j'ai fini par jouir en lui, dans une série de grands jets et avec tant de plaisir. Je continuais à bouger en lui, puis j'ai vu ses yeux s'illuminer, briller, et Guillermo aussi a joui, pour la deuxième fois, entre nos corps.
Et pour la première fois j'ai vu dans ses yeux l'éclair d'un sourire très doux, mais très fugitif. Puis, quand nous nous sommes arrêtés, il a refermé les yeux... et des larmes en ont coulé, doucement. J'ai caressé sa joue, en retenant ma respiration, comme si j'avais peur de troubler cet instant qui avait quelque chose de magique.
Je me suis abandonné sur lui et Guillermo a étendu les jambes, mais sans desserrer l'étreinte de ses bras dans mon dos. Je le sentais haleter un peu et frémir de temps en temps sous moi. Nous nous sommes détendus lentement.
Mon sexe et le sien, lentement, sont redevenus mous, et le mien a glissé hors de lui. Je me suis installé mieux, pour ne plus peser sur lui, et j'ai glissé à côté de lui. Il s'est aussi mis sur le côté, sans cesser de me serrer fort dans ses bras. Je le caressais doucement. Je l'ai pris dans mes bras et j'ai passé mes jambes autour des siennes. Il s'est pressé contre moi.
"On a fait l'amour, hein ?" m'a-t-il demandé dans un murmure, "on n'a pas que baisé, hein ?" a-t-il ajouté.
"Oui, Guillermo, on a fait l'amour."
"Tu n'aurais pas dû..."
"Quoi ?"
"Me faire ça."
"Quoi ?" Je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire.
"Me faire faire l'amour..."
"Pourquoi ?"
"Parce que... c'est trop bon..." a-t-il dit, sans cesser de pleurer en silence.
"Regarde-moi..." ai-je murmuré.
"Non..."
"Pourquoi ?"
"Laisse-moi le temps..."
"De quoi ?"
"De... de... oh, Daniel, pourquoi as-tu fait ça ?"
"Parce que... parce que tu es important pour moi, Guillermo."
"Important ? Important comment ? Pourquoi important ?"
"Mowgli a quitté la jungle... il est revenu vivre avec les hommes."
"Ce n'est pas qu'une fable ?" a-t-il demandé, de nouveau avec sa voix de petit garçon.
"Non, Guillermo, ce n'est pas qu'une fable..."
"Mais qui tu es, toi ? Que veux-tu de moi ? Tu attends quoi ? Qu'est-ce que je peux te donner ?" s'est-il presque lamenté.
"Moi aussi, au fond, j'ai toujours été seul... Seul comme toi, même si moi je croyais tenir la laisse au lieu de l'avoir au cou. Seul, jusqu'à ce que je te rencontre..."
"Je ne te connais pas, tu ne me connais pas..."
"Mowgli ne savait pas parler, bien qu'il connaisse tous les langages des animaux. Mais il ne savait pas parler la langue des hommes. Mais... mais il l'a apprise, après... et il est redevenu un homme, parce que c'était déjà un petit d'homme."
Guillermo a fait non de la tête, mais je devinais que ce n'était pas une dénégation, mais seulement la tentative de comprendre quelque chose qu'il n'avait jamais eu l'occasion de voir. Il a rouvert des yeux pleins de larmes et m'a regardé.
"Tu ne me renvoies pas ? Au moins quelques temps ? Au moins le temps que... que j'apprenne le langage des hommes ? Des vrais hommes ?"
"Non, je ne te renvoie pas."
"Mais qu'est-ce que je peux faire, moi, pour toi ?"
"Ne t'inquiète pas de cela, pour l'instant. On trouvera bien, si on le veut vraiment, tous les deux. Moi je le veux, et toi ?"
Il a hoché la tête, s'est à nouveau serré contre moi et m'a encore embrassé. Puis je l'ai senti se détendre, toujours serré contre moi. Il a refermé les yeux et, lentement, il s'est endormi. Son étreinte s'est relâchée. Je regardais son beau visage tuméfié qui semblait maintenant détendu, presque serein. Et je me suis laissé aller moi aussi et j'ai lentement été gagné par un sommeil paisible.
Je me suis réveillé quelques heures plus tard, le soleil brillait déjà. Guillermo était encore lové contre moi et dormait. Je l'ai caressé, doucement pour ne pas le réveiller. Il a poussé un petit gémissement et s'est serré plus fort contre moi.
J'essayais de ne pas bouger pour ne pas le réveiller, mais je sentais une envie de plus en plus pressante, prosaïque mais intraitable, d'aller aux toilettes. Finalement, en tâchant de faire le plus doucement possible, je me suis dégagé de l'étreinte de Guillermo et j'y suis allé.
A mon retour dans la chambre, Guillermo était réveillé, assis sur le lit. Son corps nu était beau. Quand je me suis approché du lit il avait l'air sérieux et ses yeux étaient dans les miens. Je me suis assis au bord du lit, à côté de lui, et j'ai caressé du bout des doigts sa poitrine et ses petits tétons foncés.
"Tu as bien dormi ?"
Il a acquiescé. Et lui aussi il m'a caressé la poitrine.
"C'est dimanche. On a toute la journée pour nous..."
"Tu m'emmènes... à la messe, à la cathédrale ?"
Je ne m'attendais pas à cette demande, ça faisait des années que je ne mettais plus les pieds dans une église, sauf comme touriste...
"Tu ne m'as pas dit que Dieu aussi était une fable ?" lui ai-je demandé gentiment.
"Mais Mowgli aussi, c'est une fable, hein ?"
"Oui..."
"Et toi tu as su me la faire vivre ! Alors... qui sait... peut-être que Dieu aussi pourrait ne pas être qu'une fable, hein ?"
"Comme tu veux. Allons à la messe. Mais pour l'instant, tu ne crois pas qu'il vaut mieux que je prépare le petit déjeuner ?" lui ai-je demandé, avec un sourire.
Il a hoché la tête.
"Tu as faim ?" lui ai-je demandé en me levant.
Il a sauté lestement du lit. Encore une fois j'ai admiré sa grâce féline et je me suis demandé comment on pouvait "se servir" d'un garçon comme Guillermo... Personne ne mérite qu'on se serve de lui, bien sûr, aucun humain n'est un objet et tout le monde mérite le respect, mais devant un être gentil et sans défense, il me semble que ce devoir de respect est encore plus impérieux...
Nous sommes allés faire notre toilette. Il m'a demandé si j'avais un rasoir jetable et une brosse à dents... Je lui ai trouvé ça. J'ai été attendri de le voir raser son duvet. Puis on a mis des peignoirs et on est allés à la cuisine où j'ai préparé un petit déjeuner copieux. Sans rien dire, Guillermo a mis la table.
"Guillermo ?"
"Oui ?" a-t-il dit en me regardant, la fourchette arrêtée à mi-chemin.
Il me regardait plus souvent qu'avant.
"Tu sais... tu l'as dit, nous ne nous connaissons pas encore vraiment... mais nous commençons à nous connaître..."
"Oui..."
"Si tu restais chez moi, je sais pas... peut-être pour faire les travaux ménagers... je pourrais te donner un salaire, en plus du toit et du couvert... et tu pourrais donner un peu d'argent à ta mère pour tes frères et sœurs... et ne plus vivre dans la rue... et ne plus devoir chercher de clients... ça te dirait, Guillermo ?"
"Mais... je ne sais rien faire... Et puis, tu me fais confiance ?"
J'y ai réfléchi : je risquais quoi ? Qu'un jour il disparaisse, qu'il me vole quelque chose... Je pensais qu'il ne ferait pas ça, mais j'étais prêt à prendre le risque.
"Je n'ai aucune raison de ne pas te faire confiance. Du moins tant que toi tu ne m'en donnes pas."
"Mais je ne sais rien faire, moi..." a-t-il répété.
"Tu ne sais pas mettre la table ?" lui ai-je dit en lui souriant, et j'ai ajouté : "Et le reste, tu pourras l'apprendre. Je t'apprendrai quoi faire et comment. C'est d'accord ?"
"Et... je vivrai ici avec toi, Daniel ?" m'a demandé le garçon, en me regardant l'air stupéfait.
"Oui. Si tu veux, j'ai une chambre libre, tu pourrais l'utiliser..."
"Hein, quoi ? Tu ne me veux plus dans ton lit ?"
"Chaque fois que toi tu le voudras..."
"Alors pourquoi il me faudrait une chambre ? Mais il faudra que tu m'apprennes vraiment tout... je ne sais rien faire... Et je ne sais pas si j'arriverai à faire ce que tu veux..."
"Mais tu as envie d'essayer ?"
"J'ai aimé faire ce château de sable, mais après la pluie l'a détruit..." a-t-il répondu, à nouveau les yeux au sol. "Et les autres garçons m'ont frappé et chassé."
"Parfois les choses peuvent tourner bien... Tu n'as pas envie d'essayer ?"
"Moi... oui, j'aimerais essayer... mais toi... tu seras patient avec moi ?
"Je crois, Guillermo, si toi aussi tu es patient avec moi."
"Moi ? Moi être patient avec toi ?"
"Il faut être deux à le vouloir, pour être bien ensemble."
"J'ai peur..."
"Peur ? Et de quoi ?"
"De... de ne pas en être capable, de te lasser... de devoir retourner dans la rue après... après avoir eu l'illusion de commencer à vivre... que les choses pourraient changer..."
"N'aie pas peur, Guillermo. Pas de moi."
"Mais que vont dire les gens si tu me gardes ici ? Un garçon des rues..."
"Inutile qu'ils le sachent. Je t'achèterai de meilleurs habits, nous dirons à tout le monde que tu es mon domestique, au portier aussi pour que tu puisses sans problème entrer et sortir par l'entrée principale... Nous dirons que je cherchais un domestique et que je t'ai trouvé..."
"Mais si on me demande ce que je faisais avant ? D'où je viens ?"
"Tu m'as dit que ta mère n'habitait pas loin. Tu veux bien me dire où ?"
"A Bemal... près de Bemal..."
"Alors je t'ai trouvé à Bemal. Tu y étais déjà domestique, dans une famille de mes connaissances, quand je t'ai embauché."
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Commentaires
genial j adore cette histoire