Journal d'un apprenti (6/8) de JMB
vendredi 5 mars 2010, 18:35 - JMB - Lien permanent
<< - C'est la première fois ? - Oui, la première fois pour tout. - Je m'en doutais. Promis, tu n'auras pas mal. On va mettre ce qu'il faut pour que ça glisse tout seul. Tu verras, c'est truculent. Bien sûr, un homme s'y prendrait mieux qu'une femme. Tu serais choqué si un homme le faisait sur toi ? >>
JOURNAL D'UN APPRENTI
de JMB
6ème partie
Ce récit relate des faits en partie véridiques, datant des années 1970. Pour cette raison, aucune mention du préservatif, dans ce récit, préservatif dont on ne parlait pratiquement pas.
Les anniversaires, comme les fêtes de fin d'année, se déroulent chez les parents. Donc, pour mes vingt bougies je campe dans la maison familiale, doux cocon que j'aime à retrouver de temps à autres et où rien de méchant ne peut m'advenir. Les frimas automnaux piquent les joues lors des sorties matinales ou le soir au crépuscule voire avant. Les feuillent achèvent de tomber, me laissant espérer enfin un peu de répit et occuper mes journées à autre chose qu'à les ramasser et les entasser dans un endroit nommé compost.
Je ne compte plus le nombre de semaines passées sans Théo qui, lorsque lui et Luc viennent, ne daignent même plus me jeter une œillade amicale. Certainement que je les verrai dans un peu plus d'un mois, à l'occasion de noël. Curieusement, leur absence ne m'atteint plus trop. Côté amours, je suis comblé. Bernard, de retour pour plusieurs mois dans la région sur un chantier de longue durée, continue de passer quatre soirées et quatre nuits hebdomadaires à la maison. Adrien m'honore les vendredis soir par simple besoin nouveau d'avoir un semblant d'attache avec un amant. Mario, quant à lui, passe le dimanche en ma compagnie s'il n'a pas trouvé un exemplaire de la gente féminine, ce qui lui arrive souvent. Les soirées de solitude, rares disons-le, je les passe chez maman et papa, ce qui les ravit, d'autant que je ne quémande rien d'autre que la chaleur de leur amour pour moi qui le leur rend au mieux de mes possibilités. Je ne suis pas du genre fiston qui amène son linge à laver ou à raccommoder, pas plus que celui venu faire ses courses dans le réfrigérateur maternel. J'ai mon quant-à-soi, comme dit l'autre, et ma fierté. Cela paraît idyllique mais en vérité je mène la vie triste d'un jeune gars amoureux, à l'âme errante, insatisfait, qui court après deux trop beaux garçons dont l'un est hétérosexuel, les deux d'un autre monde. Rien de nouveau sous le ciel, comme on dit.
Si ! Du nouveau apparaît sous la forme d'un facteur tout juste frais émoulu dans le métier. À peine son serment prononcé, pas plus tard que l'an passé. Un novice, en somme. Mais quel novice ! Solidement bâti sur des jambes que l'on devine musclées, un torse imposant comme ses épaules, une gueule de julot des rues, une gouaille de titi parisien (Paris sa ville natale). Pas rébarbatif, avec ça. Très liant, nous faisons parfois la causette. Je le vois presque chaque jour. Ce n'est pas que je reçoive beaucoup de courrier, c'est plutôt pour mes patrons et leur progéniture. Cela précisé, je crois que ma compagnie lui sied, au jeune préposé qui m'agrée. Je joue les fanfarons, les petits maîtres de maison alors que je ne suis que gardien. L'agent des PTT n'est pas dupe, loin s'en faut ! Il me taquine parfois, me ramenant à plus de réalité. Ses mains m'obnubilent. Je les imagine sur mes fesses, dans mon dos, me caressant, me protégeant. Ses lèvres m'attirent. Souvent, lorsqu'il me parle, je fixe sa bouche tout en résistant pour ne pas lui rouler une galoche. Et son sourire ! À mourir de bonheur rien qu'en le voyant. D'ailleurs, j'ai l'impression qu'il se doute de quelque chose, de son effet sur moi et qu'il s'en amuse à mes dépens. Pédé ou non ? Telle est la question. Je n'ose l'aborder avec lui. J'ai bien trop peur qu'il ne se renferme dans sa coquille et ne m'adresse plus la parole. Parfois, je rêve qu'il me tabasse en réponse à une avance de ma part. J'aime deviner sa force sur mon corps, ses coups meurtrissant le mien de corps. Au lieu de cela, il vient me tendre la perche ou je ne m'y connais pas. En effet, alors que nous devisons sur l'inconvénient de travailler pour autrui, il me lance, à brûle-pourpoint :
<< - Giron comme tu es, tu dois plaire aux filles et aussi aux fils du châtelain. Ne me dis pas qu'ils ne t'ont jamais fait du rentre-dedans, le Théo et le Luc. >>
La remarque me laisse pantois. Muet que je suis ! Coi, le Daniel ! Je crois bon, après une longue minute à rester béat, de mettre une chose au point :
<< - Attends, Théo n'est pas le fils de la maison. C'est Luc.
- Non ! Non ! Erreur mon vieux. Luc c'est un cousin de Théo.
- Ce n'est pas possible. Je suis bien placé pour le savoir. Je suis gardien de la propriété quand même. Et d'où sors-tu cette information ? - Ben … Luc me l'a dit, pardi !
- Il t'a fait marcher, c'est leur spécialité à tous les deux.
- Y'avait aucune raison. Quand il m'a dit ça, on se donnait du bon temps, moi et Luc. Il avait pas la tête à galéjer, crois-moi. Ils avaient fait un pari : qui des deux m'aurait le premier. C'est Luc qu'a gagné.
- Luc, pédé ? Je n'y crois pas ! Tu me racontes des histoires.
- Je te jure que c'est vrai. Même qu'il a une queue énorme qui tourne un peu vers sa gauche quand y bande. Je jure ! >>
Il tend la main, fait mine de cracher au sol. Donc mon préposé au courrier ne ment pas. Les deux détails fournis ne peuvent l'être que par une personne ayant eu des relations très intimes avec Luc. Je vois mal les gens de la grande maison faire de telles confidences au facteur. Mais qui ment ? Mon merveilleux Théo ? Mon fabuleux Luc ? Les deux ? Et pourquoi mentir ? Mes oreilles enregistrent la voix d'Augustin (Gus pour les amis), qui ajoute :
<< - Puisqu'on en est aux confidences intimes, on pourrait discuter de ça un de ces soirs, tu crois pas ? Tu me plais beaucoup. J'ai remarqué ton manège, ta façon de me regarder par en-dessous. Ça trompe pas ces yeux là … >>
Nouvel étonnement. La proposition des plus directes me surprend autant qu'elle m'agrée. Je râle mentalement pour ne pas avoir tenté ma chance plus tôt. J'accepte, me promettant d'avoir une conversation sérieuse avec les deux beautés du château qui, j'en jurerais, m'ont pris pour un grand couillon.
La mise au point ne tarde pas, mais sans eux. Elle se produit dès le lendemain, lors du passage du fonctionnaire habilité par les PTT, le magnifique Augustin qui me laisse admirer, une fois de plus, ses splendeurs externes tout en me signalant qu'il a un recommandé pour Théo. Il me fourre le pli sous le nez, ricanant à l'envi :
<< - Qu'est-ce qu'on lit comme nom de famille de Théo : celui de ton patron eh banane ! Qui avait raison, hein ? >>
L'évidence est là : Théo est bien le fils de famille. Je suis plus que troublé. J'en oublie presque de faire la causette avec le beau préposé qui me secoue un peu :
<< - Alors, tu prends le recommandé, oui ou non ?
- Je ne sais pas trop …
- T'as une procuration signée ?
- Non, évidemment ! Je ne suis que le gardien.
- Justement, le gardien a souvent une procuration. Bon, si t'en as pas, je remballe ma marchandise. Mais faudra leur dire qu'ils te fassent une procuration, c'est mieux pour tout le monde. Je te laisse un avis. Bon, toujours d'accord pour la fiesta à deux, demain soir ?
- Rien de changé, toujours d'accord, Augustin.
- Tu dis mon prénom vachement bien. Ça me fout la gaule ! Je te la mettrais bien dans le trou si j'étais pas si pressé ! Putain, tant pis, faut que je tire un coup ! Tu me branches trop ! >>
Sans attendre ma réponse, il plaque une de ses mains sur mes fesses, m'attire à lui, colle ses lèvres aux miennes permettant ainsi à nos langues de faire connaissance. J'en profite pour laisser mes doigts visiter superficiellement ce corps qui s'offre momentanément. Lui s'active à baisser mon pantalon d'une main tout en déboutonnant sa braguette de l'autre. Il commente :
<< - Laisse-toi faire, histoire de patienter jusqu'à demain. Je sais que tu crèves d'envie de l'avoir au cul. >>
Subjugué par le personnage et son audace, je ne regimbe pas, bien au contraire. Je vois surgir de son slip une matraque des plus prometteuses compte tenu de ses dispositions bien horizontales, sans aucune mollesse. Alors, abandonnant toute hésitation, obnubilé par cette impressionnante tige, je n'ai plus qu'une idée en tête : la recevoir dans mes entrailles, la faire jouir. Augustin comprend qu'il a définitivement gagné. Prestement, il me doigte l'anus, salive abondamment sur sa queue qu'il glisse entre mes fesses puis sur ma rosette. Aucune crainte de ma part, je la veux, je la reçois. Elle provoque des tressaillements dans mon corps. Je la sens aller et venir en moi, gaillarde, vivace, dure mais douce. Les mains du facteur soulèvent chemise et maillot de corps, gratifient mes seins de titillements bien choisis avant de s'aller malaxer mes fesses. Il dépose de petits baisers dans mon dos qu'il mordille au moment d'éjaculer. Je sens le foutre s'écouler en moi. Il donne six coups de rein, un pour chaque giclée. Ma queue lâche son trop-plein qui arrose mes pieds. Nous concluons cet assaut par une pelle langoureuse. Augustin se rhabille, heureux de lui, se déclare satisfait de cette première prise de contact charnelle. Il remonte sur son vélomoteur, me promettant des milliers d'étoiles pour demain.
D'explication point. Ni de la part de Luc ni de celle de Théo. Ils ne jugent pas nécessaire de m'affranchir. Je reste donc dans le brouillard le plus complet en ce qui les concerne. À cela une raison valable : on ne se voit plus malgré les nombreux efforts de ma part pour les rencontrer sous prétexte de leur donner leur courrier alors qu'avant je le mettais avec celui de toute la famille. Nos relations se réduisent à des salutations minimales, froides. Je décris à Adrien ce que je qualifie de déboire. Avec sa franchise habituelle, il me rappelle à l'ordre :
<< - Tu n'as pas compris que tu n'es pas des leurs ? Ils se sont amusés de toi et avec toi. Maintenant c'est fini, tu ne les intéresses plus. Faut t'y faire mon grand. Niquer avec un garçon n'est pas l'aimer. Et ces deux là, mises à part leurs petites personnes, ils n'aiment rien. Surtout pas toi, gardien de la propriété, employé de leurs parents. Ils se sont offert un gars mignon, c'est tout.
- Mais avec Théo ça n'était pas juste un coup.
- Si ça ce trouve, ton Luc et ton Théo forment un couple qui s'est disputé et séparé durant quelques temps. Théo s'est jeté sur toi pour rendre l'autre jaloux. Va savoir ! >>
Après tout, pourquoi pas ! N'empêche, ça fait mal quelque part. On m'a pris pour un benêt, une roue de secours, en me laissant croire que j'étais le roi. Voilà où le bât blesse. Peut-être ont-ils raison, après tout. Faut que je me cuirasse sinon j'irais de déconvenue en déconvenue. Un sourire me vient aux lèvres en même temps qu'une pensée : certes j'étais pincé de Théo mais cela ne m'a pas empêché de voir ailleurs et sans interruption. Quant à Luc, c'est un rêve réalisé une fois.
L'avenir c'est Augustin. Je me focalise sur lui qui s'en vient me visiter régulièrement, une fois son service achevé. C'est qu'il s'attacherait, le polisson. Je reconnais ma grande faiblesse pour son sex-appeal, sa douceur énergique, ses gentillesses maladroites à mon égard, tout comme ses paroles lorsque nous nous aimons. Il se dit heureux en ma compagnie, apprécier ma disponibilité. À y regarder de près, il fait plus viril que Théo ou Luc, plus beau aussi, en tout cas moins sophistiqué. Je me console comme je peux, à ma grande joie. Une seule ombre au tableau : Augustin renâcle de me voir fréquenter d'autres amants. Il prétend ne pas être jaloux tout en arguant qu'avoir d'autres aventures est un manque de respect envers lui, de ma part. Au fil de nos conversations, j'apprends qu'il ne couche qu'avec moi, n'a pas d'autres aventures sexuelles. Auparavant, il se contentait d'attouchements et de branlettes avec les garçons, vite fait bien fait dans quelque recoin. Cet aveu me gêne. Je le croyais libertin et libre, comme moi, impression acquise suite à notre première séance porno. Or c'est un timide, un frustré que j'ai aidé inconsciemment à sortir de sa coquille. Je lui explique que ses élans sentimentaux sont uniquement dus au fait de la nouveauté, que je suis le premier. Il rétorque :
<< - Pas du tout ! Je baisais avec des gonzesses, avant. Enfin, je baisais avec elles parce que je trouvais pas de gonzes pour vraiment baiser avec eux. Je sais pas pourquoi, mais avec eux ça finissaient toujours par des pignoles et basta ! C'est comme ça qu'on a fait, avec le Luc. J'ai même cru que j'étais pas fait pour baiser avec un gars. Pourtant, je savais que c'étaient les gars qui me faisaient vraiment bander. Toi, excuse mais c'est pas méchant, j'ai senti que t'étais facile, pas compliqué, qu'il fallait juste te dire… >>
Il promet de se tenir en dehors de ma vie privée, quand nous ne sommes pas ensemble, tout en maugréant un tantinet. La discussion se clôt sur une pelle des plus prometteuses qu'accompagnent des mains farfouilleuses qui s'attardent sous mon slip côté fesses. Je réponds à l'appel en trifouillant sous son caleçon, là où se dresse une verge des plus généreuses. Nos corps collés s'acheminent vers la table de la cuisine, pièce dans laquelle nous nous trouvons. Il pousse délicatement les couverts, m'allonge, me dévêt amoureusement avant de happer ma queue dans sa bouche humide et chaude. Ses doigts fricotent avec mes tétons, ses lèvres suçotent mon gland qui rougeoie. Je soupire de bonheur, sentant mon braquemart entamer une remontée irréversible. Ces manifestations de plaisir s'accentuent lorsque ces mêmes doigts s'en vont taquiner l'intérieur de mon anus alors qu'une langue folâtre aux alentours. Inerte, je déguste ces préliminaires annonciateurs de tant d'autres bienfaits. En un rien de temps, nous nous retrouvons debout, contre le mur. Je fais le poireau, comme on dit. Augustin me tient par les chevilles. Je lui procure les délices d'une fellation tandis qu'il me rend la politesse. Cette séance de tête-à-queue à la verticale m'excite un maximum. Je sens la sève bouillonner et supplie mon beau tortionnaire d'arrêter un instant. Faisant fi de mon opinion, il insiste jusqu'à ce que mon sperme noie sa bouche. Il avale tout ce qu'il peut. Alors je m'active sur sa queue qui se raidit encore plus si c'était possible. Je la sens gonfler puis se rétracter à plusieurs reprises, éjectant la crème de ce corps d'homme. À moitié couchés sur la table, nous scellons cette première joute du jour par un baiser goulu, encore sous le coup de cet apéritif inédit. La nuit se passe en ébats torrides dont nous sortons éreintés, vidés, comblés. Enlacés, nous sombrons dans un profond sommeil réparateur, non sans nous jurer de remettre la séance dès le réveil. Ce que nous faisons. La journée de dimanche nous voit flirtant dans tous les coins de la maison, grignotant de temps à autres, entre deux pelles gloutonnes. Nos mains ne cessent de palper nos corps, nos langues s'épuisent à les lécher. Lorsque nous décidons de mettre un terme à ce combat, nous n'avons plus de jus. Augustin nettoie avec précaution sa queue irritée par tous les assauts, tout comme je m'applique à soulager la mienne et mon cul en feu par tant de masturbations et de pénétrations. Nous dînons en amoureux, nous contentant d'innocents attouchements bien que nos désirs soient très forts d'aller au-delà de ces coquineries anodines.
Mes amours suivent leurs cours au point que je m'habitue au rythme des visites de mes amants. Quand, en l'espace de deux semaines, tout se trouve chamboulé.
Adrien m'annonce son départ précipité pour les USA où il sera mieux payé et où précise-t-il, les chercheurs et les laborantins de son niveau sont respectés et pris en considération. Il saute sur une chouette occasion de carrière professionnelle, jurant également sauter sur tout qu'il pourra là-bas, de l'autre côté de l'Atlantique, pays du libertinage croit-il. Il ne dit rien de la pruderie, de la pudibonderie qu'il va rencontrer, entre autres délices.
Deux jours après cette annonce, c'est au tour de Bernard qui m'apprend sa mutation à l'autre bout du pays, avec avancement. Pas question pour lui de refuser cette aubaine qu'il espérait de longue date. Finies donc les soirées pépères au coin du feu avec l'homme marié et père de famille.
Début de la semaine suivante, Mario y va de son couplet genre grande nouvelle : il convole en justes noces. Toutefois, avant de prononcer le OUI qui se veut définitif et fatidique, il s'envoie en l'air une ultime fois avec mézigue. Il reconnaît que la bite lui manquera. Dans ce cas, pourquoi se marier ? Pour faire comme tout le monde, pour avoir une vie normale sans omettre qu'il est hétérosexuel d'origine. Mais surtout, reconnaît-il en palpant mes fesses, pour avoir une affection "à domicile" et ne plus chercher. En somme, il veut se poser comme ont dit. Selon lui, ce sont des raisons valables, imparables, irréfutables. Il n'en démord pas. Je ne cherche nullement à le détourner du chemin qu'il choisit de prendre, le laisse parler. Il s'inquiète :
<< - Me dis pas que t'en pinçais pour moi ? J'ai rien fait pour ça, je jure ! >>
Je le rassure sur mes sentiments inexistants envers lui si ce n'est que j'appréciais sa compagnie et son physique. Soupire de soulagement chez lui et nouvelle remarque :
<< - Peut-être que ça me manquera, un cul de gonze, et que je repiquerais à la sodomie. Ce qui sera chiant c'est que je devrais trouver quelqu'un d'autre. On quitte le coin, moi et ma donzelle… >>
Déjà nostalgique. Le connaissant, je sais qu'il ne sera pas en peine de trouver à satisfaire ses petits caprices salaces. Je ne lui dis pas que je trouve son mariage soudain et ne m'inquiète pas de savoir qui est l'heureuse élue. J'ai comme dans l'idée qu'il ne tient pas à évoquer ces sujets puisqu'il n'en parle pas lui-même.
Me voilà donc revenu à un seul et unique amant en la personne d'Augustin, le pétulant facteur à qui je demande :
<< - Tu ne vas pas te faire muter, j'espère ? Pas de promotion en vue ? Pas de mutation projetée ?
- T'es fou ou quoi ? Je suis pépère ici. Un boulot peinard, un chef qui m'enquiquine pas, des collègues pas emmerdants. Le poste chouette pour tout dire. Remarque, on nous fout la paix vu que personne veut venir bosser dans ce trou perdu. Moi, ça me branche. Et y'a ton cul pour dégorger ma bite. Qu'est-ce que je voudrais de plus, hein ?
- Délicate façon de qualifier notre relation. Je croyais que tu serais content de savoir que tout le monde s'en va et que tu restes le seul. - Ouais ! Je biche vachement. Maintenant, t'es à moi, rien qu'à moi. Je plaisante ! T'es aussi libre que tu le veux. T'inquiète ! Tu me plais comme ça. Prends pas mal quand je parle comme j'ai fait. C'est toi entier que j'ai vraiment à la bonne et pas que ton cul. >>
Il me prouve ses bonnes pensées en le prenant, mon cul, avec sa grosse bite qui frétille une fois de plus dans mes entrailles avant de les arroser copieusement pendant que j'envoie la sauce sur le carrelage de la salle de bain. Putain qu'il embrasse bien, le salaud ! Qu'il baise avec frénésie, le cochon ! Qu'il me bourre langoureusement, la merveille ! Je deviens dingue de son corps. Mais qu'en est-il de sa personne ? Sympa, évidemment. On se ressemble sur pas mal de points, bien que je sois guindé et lui un peu brouillon. Depuis plusieurs semaines, nous ne nous voyons que le dimanche. Parfois, il m'appelle au téléphone (enfin branché à la maison !). On s'excite mutuellement en jouant au téléphone bleu (rose c'est pour les filles). Ce sont des séances de mots doux, de soupirs, de branlettes, de doigts englués par le foutre. Dans ces cas-là nous avons beaucoup de mal à raccrocher. Souvent, afin de retarder le moment d'interrompre la communication, on remet ça. Ces minutes érotiques ne nuisent en rien aux élans affectifs, sexuels, de nos retrouvailles dominicales. Chaque dimanche, nous nous jetons dans les bras l'un de l'autre, puis l'un contre l'autre, l'un dans l'autre, comme si nous n'avions pas fait l'amour depuis des mois. Sans compter sa venue quasi journalière lors de sa tournée, passage au cours duquel on échange deux ou trois pelles, deux ou trois câlins, sans plus étant donné nos occupations respectives et le respect des administrés qui attendent leur courrier. Cette nouvelle vie me convient parfaitement. Bien sûr, j'ai dû m'adapter au vide laissé par les amants partis. Mais j'ai compensé en devenant plus entreprenant avec le touriste de passage. Augustin, pour en revenir à lui, garçon fougueux, ne freine pas ses pulsions quelles qu'elles soient. Nous ne parlons pas d'amour entre nous mais d'entente merveilleuse.
Retour inattendu, inopiné, d'un Théo déconfit. Je reste cloué sur place en le voyant arriver pensant qu'un pépin est advenu au "château". Je comprends vite qu'il désire me parler de bien autre chose, qu'il hésite ne sachant trop comment s'y prendre : honte de sa conduite envers moi, probablement. Qu'importe ! C'est à lui de faire le premier pas, je ne suis pas allé le chercher. Mauvais que je suis quand j'ai la rogne ! Il entre sous la terrasse, après un bonjour des plus discrets, s'assied, regarde la cafetière, demande s'il peut, bien sûr qu'il peut. Il se sert dans ma tasse et ajoute une sérieuse rasade de cognac. Une grande gorgée de café mêlé à l'alcool lui redonne la parole :
<< - Ne nous en veux pas, Daniel. Luc et moi, ça s'est fait comme ça, quelques semaines après qu'avec toi, ici… Je sais, nous n'avons été corrects. Nous aurions pu te dire ce qui s'est passé entre lui et moi.
- En effet, c'était une bien meilleure solution. Je ne méritais certainement pas que vous me fassiez la gueule, que vous m'ignoriez comme vous l'avez fait. Il y a autre chose que j'ai beaucoup de mal à encaisser : vos mensonges sur vos liens familiaux. C'est toi le fils de la maison, pas Luc. Pourquoi ces mensonges ?
- Nous sommes tous les deux les fils de la maison. Luc a été adopté. Né de père inconnu, il a été adopté par mon père à l'âge de 1 an ½ à la mort de sa mère. Raison pour laquelle il ne porte pas le même nom que nous. Tu sais, Luc et moi nous n'aurions jamais pensé qu'un jour… Enfin tu vois ce que je veux dire …
- Je vois, effectivement, et je ne veux pas en entendre davantage ni sur le comment, ni sur le pourquoi, ni sur le quand. Ça ne me regarde pas. Mais merci quand même pour ces explications tardives. Donne-moi plutôt la raison de ta visite car, je suppose que tu n'es pas venu pour te remémorer mes qualités ?
- Pourquoi, ça ne te plaisait pas, nous deux ? Nous avons passés des moments délicieux, ensemble.
- Des moments délicieux, c'est vrai, que tu t'es empressé de détruire comme un enfant gâté qui casse son jouet parce qu'il en aperçoit un autre qu'il désire. Le jouet cassé, c'était moi. Remarque, pour être honnête, en agissant ainsi tu m'as obligé à en revenir à la réalité. Je rêvais trop sur vous deux. Si ça avait continué, je ne sais pas comment ça aurait fini. Peut-être m'as-tu fait espérer l'impossible, à ton insu. Mais revenons à toi, à la raison de ta visite.
- Je crois que Luc a un amant.
- Si tu crois que je suis cet amant, tu te fourres le doigt dans l'œil.
- Je sais bien que ce n'est pas toi. C'est le facteur.
- Augustin ? !
- Oui, c'est lui. Ils se sont connus ici. Mais je crois qu'ils se voient en ville à M… Quand Augustin porte le courrier et que nous sommes là, Luc a un regard pour lui qui ne trompe pas. Les sourires qu'ils échangent, les sous-entendus.
- Tu crois que tu ne t'emballes pas un peu vite, Théo ? Luc et Augustin ont fricoté, c'est vrai.
- Ah ! Tu vois que j'avais raison de soupçonner quelque chose !
- Laisse-moi finir. C'était tout au début qu'Augustin faisait sa tournée dans le coin. Luc et toi n'étiez pas encore ensemble, si je crois ce que tu m'as raconté. En plus, ça n'a pas été bien loin d'après ce que m'a dit Augustin : amusements façon collégiens, sans plus. Toi, les as-vu entrer dans un hôtel ensemble ? Les as-tu surpris se pelotant ou se bécotant ? Un truc comme ça ? - Non, mais quelque chose me dit qu'ils fricotent dans mon dos.
- Je connais bien Augustin, je ne pense pas qu'il s'envoie en l'air avec un gars comme Luc. Il sait rester à sa place, Augustin, et veut à tout prix éviter les embrouilles dont vous semblez si friands. Maintenant, je ne comprends toujours pas pourquoi venir pleurer dans mon giron alors que je n'ai aucune raison de t'écouter. Pour en finir, pose franchement la question à Luc et tu verras bien.
- Il mentira, c'est évident. De ton côté, Daniel, tu ne pourrais pas essayer de savoir quelque chose avec Augustin. On dit que vous êtes de bons copains tous les deux.
- Certainement pas ! Augustin est un garçon très sympa, à l'amitié duquel je tiens énormément et je ne vais pas ternir cette relation par une inquisition quelconque. En outre, tu n'as tout de même pas cru sérieusement que j'allais t'aider de cette manière après ce qui s'est passé entre toi et moi ? >>
Théo insiste. Je ne change pas d'idée mais ne suis plus du tout à notre entretien. Ma tête va exploser tant elle est en ébullition. Augustin me serait-il infidèle ? Mais pourquoi infidèle ? Quelles raisons justifient ce qualificatif ? Aucune. Nous sommes deux garçons bien faits de leur personne, s'attirant mutuellement, se donnant l'un à l'autre corps à corps et aimant cela. Rien de plus.
Une urgence devient évidente : voir Théo foutre le camp de chez moi et au plus vite. Toutefois, en apparence, je suis très calme, n'omettant pas d'observer la bienséance envers un visiteur. Enfin, la poignée de main salvatrice sur le pas de la porte que je referme, quand il est sorti, en poussant un gros soupire de soulagement mêlé de rage. Ainsi donc, Augustin se fout de moi ! Il gémissait de me voir fréquenter plusieurs amants que je connaissais bien avant lui. Il se disait le plus heureux des hommes quand il s'est retrouvé mon seul amant. Et toute cette comédie simplement pour que je ne fasse pas comme lui ! Mais pour qui il se prend ? Pour le coq de la basse-cour ? Le mâle du harem ? Je vais les rabattre ses couilles ! Je vais la lui ramollir sa grosse queue ! Attends un peu voir qu'il se pointe, l'Augustin.
Mauvaise nuit. Impossible de dormir. Je renaude contre moi. Après tout, il fait sa vie, l'Augustin. Rien ne doit l'en empêcher et surtout pas moi qui jadis folâtrais à qui mieux-mieux tout en le fréquentant assidûment, le facteur. S'il s'est retrouvé mon seul amant c'est uniquement dû à un concours de circonstances et non de ma propre volonté. Alors quoi ? Et puis, rien n'est sûr dans cette affaire. Théo suppose. Je m'emballe, je m'emballe bêtement, voilà ce qui est certain. Je finis par m'endormir, au petit matin, rasséréné.
On tambourine à la porte. Mal au crâne parce que trop peu dormi. Un regard furtif à la fenêtre m'indique que l'hiver est là. De la neige partout. Les sapins ploient sous le poids de cette eau devenue poudre glacée. Je lorgne vers le bas : mon patron en personne s'impatiente. Ça sent la catastrophe, me dis-je, tout en enfilant pantalon et pull. Je me précipite, le fais entrer tout en lui présentant mes excuses pour ma tenue, alléguant un pseudo rhume. Il grelotte, le cher homme. Lui aussi me présente ses excuses. Non, il me prie d'accepter ses excuses pour le dérangement inopiné : courtois le boss. Non moins courtoisement, je lui propose un café bien chaud qu'il accepte volontiers. Tout en bavardant presque amicalement, je l'observe. Pas à délaisser le quinquagénaire (presque sexagénaire selon les mauvaises langues. De beaux restes quand même. On jouerait bien avec par un après-midi de solitude. Doit avoir de l'expérience, le vieux. Sous sa braguette en velours côtelé, j'aperçois une bosse très alléchante. Banderait-il ? Une énorme envie de le déculotter, puis de lui sucer la queue s'empare de moi. Faut absolument que je me maîtrise. Tout juste si je ne passe pas ma langue sur mes lèvres en lorgnant les vestiges dudit "châtelain". Il m'annonce, tout de go, le rose aux joues revenu :
<< - Je viens vous demander de nous servir de chauffeur, mon cher Daniel. Ma femme et moi sommes arrivés tout à l'heure, pour les fêtes. Malheureusement, la chaudière fait des siennes : panne complète et le chauffagiste ne peut venir nous dépanner que lundi. Nous ne devions venir que dimanche. Un impondérable nous a permis de prendre quelques jours de repos en plus. Nous aurions dû vous prévenir dès que nous avons décidé d'avancer notre départ. Nous n'y avons pas pensé. Résultat, vous n'avez pu vous occuper de la chaudière avant notre venue comme prévu. Enfin ! C'est fait, n'est-ce pas ! Trop tard pour gémir. Donc, à peine arrivés ici, le chauffeur a appelé un taxi pour aller à la gare. Il part dans sa famille. Ni ma femme, ni moi, n'avons le permis de conduire. Plus de train avant demain. Nous ne pouvons pas rester dans cette maison glaciale. Alors nous avons pensé à vous. - Navré de ce contretemps, Monsieur. Mais vous vous adressez à quelqu'un qui n'a pas son permis. Les seuls engins que je conduis sont des machines agricoles et des tracteurs. J'oubliais ma mobylette. Je compte m'inscrire pour le permis.
- Manquait plus que cela ! Un comble de malchance !
- J'ai une autre solution à vous proposer. Appelez votre épouse afin qu'elle nous rejoigne ici, au chaud. Ensuite je contacterai le chauffagiste que je connais bien, c'est un ami. Je crois qu'il viendra d'ici ce soir. >>
Ce qui fut dit, fut fait, comme dirait un faux snob. Madame arrive cinq minutes plus tard, transie de froid, heureuse de goûter une température clémente et un café bien chaud. Quant au chauffagiste (un de mes patrons occasionnels) il accepte de venir en début de soirée, ajoutant :
<< - … Pourquoi qu'y m'a pas dit que c'était ton patron ? J'aurais venu de suite, mon gars. Maintenant je suis pris et j'ai personne de libre avant tout à l'heure. Qué couillon ! >>
Mondanités coincées en attendant l'homme de l'art. Cela étant, je n'ai rien à dire à mes patrons, mis à part des questions boulot. Alors on comble le silence par des banalités plus que banales. À telle enseigne que Madame bouscule la monotonie du moment par une observation que d'autres jugeraient saugrenue :
<< - Je suppose que vous connaissez nos fils ? Ils n'ont pas manqué de venir fouiner par ici, j'en suis certaine. >>
Le ton sec, limite dégoûté, n'augure rien de bon. Je décide de me contenter d'un minimum de mots dans mes réponses. Las ! Je commets ce que je pense être une gaffe :
<< - Je les connais, en effet. Théo mieux que Luc.
- Je vois. Tout le monde sait que l'un ne va pas sans l'autre. Ils ont probablement tenté de vous expérimenter, Daniel. C'est leur expression pour définir leurs relations avec autrui. >>
Je suis coincé, c'est le moins que l'on puisse dire. Pris au piège pour je ne sais quelle raison. Monsieur le Patron tente vainement de détourner la conversation. Je suis soulagé de le voir encore plus gêné que moi. Elle insiste. Ses yeux fixent un horizon indéterminé, sa bouche se contracte. Je devine, enfin, qu'elle cherche noise à son mari. Pour moi, le piège réside dans le fait que je suis entre les deux. Témoin utile pour l'heure (encore que je ne vois pas où se trouve cette utilité) mais qui deviendra très vite bon à jeter à peine la scène achevée. Sans le vouloir vraiment, je désamorce la bombe prête à éclater dans la pièce :
<< - Oh ! Vous parlez de leur façon un peu spéciale de plaisanter. En effet, ils s'y sont essayés avec quelque réussite, tout au moins au début. Quelque peu puéril, leurs petits jeux, mais bien innocents… >>
Soit béni le chauffagiste ! Une camionnette pénètre dans la grande allée. Nous l'apercevons se dirigeant vers la maison. Deux énormes "ouf" sortent de deux mâles poitrines tandis que Madame semble désappointée de n'avoir pas réussi sa manœuvre. Elle procède à une ultime tentative :
<< - Ils auraient tenté de vous dévoyer que cela n'aurait rien d'étonnant. Mais peut-être … >>
Je n'entends pas la suite. Elle quitte la maison, presque tirée par son époux impatient de la voir occuper ses pensées ailleurs. Il lui enjoint sans cesse de revenir chez eux. Une grosse veste doublée mouton et je les accompagne puis vais rejoindre mon ami le chauffagiste. Rien de bien grave : le gicleur est encrassé. Il me montre comment le nettoyer, remet tout en place et quitte les lieux aussitôt.
Revenu chez moi, les réflexions de ma patronne me laissent perplexe. Madame semble au courant de la sexualité de ses fils qu'elle doit certainement qualifier de perverse. Elle semble supporter difficilement cet état de fait. Par contre, Monsieur se veut plus compréhensif, accepte la situation, pour le moins. Quant à l'expérimentation supposée des deux larrons sur moi-même, les soupçons de madame sont amplement justifiés. Reste que les deux compères ne sont pas discrets puisque tout le monde connaît leurs "turpitudes". Sans raison, quelque chose en moi les défigure, les enlaidis. Du coup, Luc et Théo me paraissent quelconques. Est-ce leur fratrie, ce côté incestueux de leurs relations ? Oui, possible. Pourtant, je ne renâclais pas quand je ne savais pas. Comme quoi … si on ne sait pas avant, mieux vaut ne pas savoir après. Une chose est sûre : si j'avais su avant, jamais je n'aurais fricoté avec les deux ensemble. Ces pensées montrent que je me suis sali, en quelque sorte, en participant à ce trio sexuel. Je me secoue, jugeant qu'il me faut oublier cet écart involontaire et mettre un terme au copinage avec les deux oiseaux. Cela étant, le copinage était devenu des plus ténus, ces derniers temps.
Tandis que je m'affaire à la cuisine, le patron s'en vient, une bouteille de whisky à la main, afin de me remercier pour l'hospitalité. Il ajoute :
<< - Je suppose que vous êtes au courant, pour mes deux gaillards. Ils traversent une crise de fin d'adolescence. Ils veulent s'affirmer, comme ils disent. Alors ils nous provoquent, sa mère et moi. Comme vous l'avez pu constater, mon épouse supporte très mal cette situation et encore plus mal leurs …. Enfin vous voyez ce que je veux dire.
- Est-elle au courant, pour moi ?
- En tout cas, si elle l'est, ce n'est pas par moi. Je n'en ai parlé à personne.
- Alors vos enfants le lui auront dit. J'ai eu une petite explication avec Arielle, au début. Luc et Théo étaient présents.
- Manquait plus que ça !
- Rien d'important, vous savez ! Arielle me draguait ouvertement, devant eux. J'ai tenu à ce que tout soit clair. Sans plus. Elle l'a d'ailleurs fort bien pris. >>
Ouverture de la bouteille de whisky, dégustation, confidences sur la progéniture quelque peu dévoyée, mais combien attachante, du patron. Il déplore que cette famille, si unie un an plus tôt, soit en train de se désagréger. Il espère que ce séjour, à l'occasion des fêtes de fin d'année, ressoudera les liens. Je crois voir dans ses yeux qu'il se persuade déjà de l'échec de sa tentative. Penaud, le patron rentre dans sa grande maison de maîtres après m'avoir gratifié d'un boni en matière pécuniaire et d'une chaleureuse poignée de mains. Oui, vraiment, j'en ferais bien un après-midi de solitude …
Alors que je m'attable, m'apprêtant à savourer un reste de civet de lièvre, j'entends gratter à la porte d'entrée. Par la fenêtre je vois un Mario grelotant, sautillant afin de se réchauffer, aux aguets, inquiet. Pas de véhicule ou de vélomoteur à proximité : il est venu à pied. Mais d'où et pourquoi ? Cette visite impromptue me laisse envisager des ennuis bien qu'elle me ravisse car elle me permet d'oublier le patron, sa femme, et leur progéniture.
D'abord, dégeler le glaçon humain, debout face à moi, sale des pieds à la tête, des vêtements que l'on dirait tout droit sortis d'une poubelle. Il claque littéralement des dents, l'œil apeuré. Il ne reste rien de l'hidalgo fringant habituel. Mario n'arrive pas à prononcer un mot tant il tremble de froid mais également de peur. C'est contagieux, la peur. Je sens ma tête s'affoler. Je le tarabuste afin qu'il parle au plus vite. Impossible de lui soutirer un son quelconque exceptés des "brrr" à répétition. Je lui ôte sa veste de ville qui ne doit certes pas le préserver du froid. Elle pèse une tonne, signe que le Mario a séjourné pas mal de temps dehors. Il s'assied près du radiateur. En fait, il est totalement trempé. Je lui dis de se dévêtir entièrement sous peine d'attraper la crève, si ce n'est déjà fait. Il obtempère. Ensuite, direction la douche pour une friction générale du corps sous l'eau chaude. Il obéit une fois encore, se laissant diriger comme un enfant. Séché, un peu revigoré, je lui donne un de mes pyjamas ainsi que des vieilles pantoufles. Ensuite, nous allons dans la cuisine où je lui prépare un grog bien tassé qu'il boit lentement tandis que je ronge mon frein, craignant le pire. Alors qu'il avale les dernières lampées d'alcool, son visage retrouve quelques couleurs. Il se décide, la peur dans la voix :
<< - Tu sais, l'ébéniste, il s'est fait cambrioler. On lui a chouravé la caisse avec pas mal de liquide dedans. Les poulets me soupçonnent à coup sûr. - Je croyais que tu vivais avec ta femme, à M… Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Ben je suis venu pour le boulot. Là-bas, à M… impossible de trouver dans la menuiserie ébénisterie. Alors j'ai téléphoné ici. Le patron m'a dit qu'il aurait besoin de quelqu'un après les fêtes alors je suis passé le voir. J'étais vachement content : bath de trouver du boulot. C'est que je suis toujours en conditionnelle. En plus, ma donzelle est en cloque avec une bedaine grosse comme celle d'un éléphant. Tout ça pour dire qu'avant de venir, j'avais le blues tu comprends. Revenir travailler ici, ça fait chier parce qu'il faudra déménager encore. Le patron a dit qu'il a quelque chose pour nous loger. Voilà l'histoire !
- Si j'ai bien compris, tu es venu pour te faire réembaucher, ça a marché mais le patron s'est fait cambrioler. Pourquoi on te soupçonnerait, toi ?
- Ben j'étais tellement joice de tout ça que j'ai un peu beaucoup picolé au Bistro de la Poste. Après j'ai voulu rentrer à la turne en faisant du stop. Un bonhomme m'a pris. Un kilomètre plus loin, les condés ont arrêté la bagnole. Quand y z'ont vu mes fafiots y m'ont demandé de les suivre, sans me dire pourquoi. J'ai eu les jetons. Je veux plus retourner en cabane. J'ai déjà donné deux fois. Faire la pute des marlous c'est pas mon truc, tu comprends. Et puis y'a le môme qui va arriver. Tout ça m'est passé par la tête alors, sans réfléchir, je me suis taillé vite fait dans les bois. Les condés ont pas pu me rattraper. Remarque, y s'attendaient pas à ça. Y m'ont perdu. Toute la journée j'ai marché en me planquant sans savoir quoi faire pour me sortir de cette merde. Cette nuit, j'ai dormi dans un recoin pour me protéger un peu du froid. Ce matin, j'ai recommencé à marcher et je me suis aperçu que j'étais pas loin de chez toi. Tu sais, j'ai cru que j'allais crever tellement je me les gelais.
- Dis-moi franchement : c'est toi qui as piqué la caisse ?
- Non ! Je te jure sur ma tête ! Je sais que j'aurais pas dû me barrer comme un con.
- Pour ça, oui, tu as joué aux cons.
- Y doivent me chercher, à cette heure. Y sont surement chez moi à cuisiner ma femme. J'ai pas pu la prévenir, on n'a pas le bigophone. - Bon, eh bien ! Maintenant, il faut réparer tes conneries. On va téléphoner au père Dupuy et tout lui expliquer. On verra ce qu'il dira. >>
Mario accepte, trop heureux de n'avoir rien à entreprendre. Charmant, le père Dupuy. Ce qui ne manque pas de m'étonner. Il me donne la raison de sa bonne humeur : le voleur a été arrêté, son argent retrouvé. Il écoute mon histoire, enfin plutôt celle de Mario, s'esclaffe lorsque j'ai terminé :
<< - Les gendarmes voulaient simplement l'entendre comme témoin. De toute façon, le vol s'est produit quand Mario picolait au bar. C'est moi qui leur ai parlé de sa visite, de son embauche et tout le tintouin … >>
Je lui passe l'intéressé. Mario retrouve le sourire qu'il a éternellement superbe ce qui provoque un éveil sous ma braguette. Toutefois, je me retiens : mon invité se remet tout juste d'une aventure de glaciation. Nous expédions un télégramme à Mme Mario afin de la tranquilliser puis nous dînons à la bonne franquette, partageant les restes de civet arrosés de moult verres de vin, histoire de se remettre des émotions. Dehors, la neige tombe façon tempête. Entre les arbres, j'entrevois les lumières de la grande maison, lueurs falotes, tremblotantes, qui s'amenuisent alors que les petites étoiles gelées s'intensifient. Je me retrouve en tête-à-tête avec Mario qui narre ses exploits de futur papa, émerveillé de ce que le bébé bouge etc. Très vite, le sujet épuisé, nous ne savons plus que dire ni que faire. Marié, bientôt en charge de marmaille, je ne veux pas l'obliger à se dévoyer malgré mon envie d'essayer. Lui ne semble connaître aucun embarras. La preuve, il s'approche de moi alors que je termine tout juste de ranger la cuisine. Je sens deux paumes s'appesantir sur mes fesses, des lèvres bécoter mon cou puis une langue flirter dans mon oreille droite. Illico ma bite se dresse. Je devine une autre bite se frotter contre mes arrières. C'est parti !
Dans un soupir plein de reconnaissance, Mario m'adresse un compliment :
<< - Putain ! Y me manquait ce petit cul ! J'arrivais pas à l'oublier ! Les femmes, c'est pas pareil. Et pi, on perd pas facilement les bonnes habitudes, comme t'enculer ! >>
Je suis touché au cœur. Les avatars de ces dernières vingt quatre heures n'ont aucun effet néfaste sur la virilité de mon visiteur. D'une main il baisse mon pantalon jusque sous mes fesses, de l'autre il dégage sa bite du pyjama. Je la sens très vite appuyer contre ma rosette. L'excitation monte mais ne produit aucun lubrifiant, preuve que quelque chose ne fonctionne pas très bien dans nos organismes. Mario s'empare de la bouteille d'huile d'olives qui se trouve à portée de mains. Dextrement, il enduit mon anus avant de procéder à la pénétration délectable. Comment oublier un tel engin et la maestria du gars qui procède ? Je constate simplement qu'il me manquait, malgré tout. Je la sens coulisser dans mon tréfonds pendant que des mains palpent toutes les parties de mon corps. Je tends les miennes de mains, en arrière, m'empare des fesses de mon enculeur que je colle encore plus près contre moi. Il ricane doucement, heureux de ce mouvement qui lui prouve mon appétit et ma satisfaction. Il mordille mon cou avant de lui infliger un suçon des familles alors que sa queue crache sa divine liqueur. Il se retire, délicatement, me présente son cul sur lequel il applique une lichée d'huile d'olives avant de s'occuper de ma bite en feu. La pénétration demande quelques efforts. Mario se contracte. Une bonne claque sur les fesses et me voilà entièrement en lui. Il râle ferme mais très vite manifeste son contentement. Je m'épanche dans ses entrailles. Nous gagnons la chambre où nous remettons le couvert, prenant soin cette fois de nous attarder sur les préliminaires.