Akim, Akim
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 6 Septembre 1993
Traduit en français par Eric

Cinq
La nouvelle année scolaire commençait, comme mille autres. Les sessions de rattrapage puis la formation des nouvelles classes.
Il y avait un nouveau dans sa troisième : un jeune égyptien, Akim Abd'el Fawzi, à seize ans, il avait deux ans de retard sur les autres élèves. C'était un garçon déjà bien développé, fin, grand, les cheveux noirs et frisés, de vifs yeux noirs, le visage d'un ovale parfait, la peau olive et des dents parfaites, très blanches. Il avait une expression presque soucieux.
Il était vêtu de façon simple et modeste, mais il était propre et net. Après le premier cour, où comme d'habitude Piero s'était présenté et avait expliqué le programme et ses méthodes, et après s'être occupé des deux classes suivantes, il était allé au secrétariat consulter le dossier du jeune arabe.
"Qui, le marocain ? avait demandé la jeune secrétaire.
"Non, l'égyptien, Akim Abd'el Fawzi" répondit sèchement Piero.
"Bon, égyptien marocain... c'est toujours un 'tu veux acheter ?' Ils sont tous pareils, n'est-ce pas, profeseur ?"
"Pas du tout. C'est un élève de ce lycée et il se trouve qu'il est égyptien." La rembroua Piero encore plus sèchement.
La fille haussa les épaules et chercha le dossier demandé. Piero le parcourut. Il venait du collège de Porta Palazzo. La lie de la ville. Il était passé, mais avec des notes vraiment médiocres, c'est à dire qu'ils l'avaient certainement autorisé à passer dans la classe supérieure 'pour avoir atteint la limite d'âge' comme disaient certains profs.
Il habitait rue des Trois Poules... profession du père : manutentionnaire au marché de poissons. De la mère : femme au foyer. Le tableau était complet. Et il était inscrit en section classique, la plus difficile ! Piero rendit le dossier en réprimant à peine un soupir, puis il se rendit en salle des profs.
"Salut, Cerulli. Nous avons un égyptien dans notre quatrième, tu sais ? Demanda-t-il à sa collègue de religion.
"Oui, je ne l'ai pas encore vu, mais le proviseur m'en a parlé."
"Je suppose qu'il a demandé à être excusé pour tes cours."
"Non, bizarrement, non. Il semble qu'il ne soit pas musulman, mais chrétien... copte, je pense."
"Ah, intéressant. D'autres informations ?"
"Il a été admis pour..." répondit-elle avant de s'interrompre.
"Age limite." Suggéra Piero.
"Oui, plus ou moins. J'imagine qu'on va avoir du fil à retordre..."
"Tu crois ? Pourquoi ?"
"Il n'a aucune des bases nécessaires, il va encore perdre une année et il n'en sera que plus frustré..."
"Mais ce ne sera pas le seul. Tu sais bien comme la petite section prépare mal les élèves, de nos jours..."
"Mais lui... pauvre garçon..."
"On tâchera de l'aider, Tu ne crois pas ?"
"Si, bien sûr, mais ce ne sera pas facile. Tu sais comment sont ces arabes..."
"Non, comment ?" demanda Piero en cherchant à cacher l'énervement dû au ton de sa collègue.
"Méfiants, renfermés..."
"Bien, à nous de vaincre sa méfiance et de l'aider à s'ouvrir, s'il est renfermé, non ?"
"Et bien... on essaiera, bien sûr... pauvre petit."
"Et pour commencer, tâchons de ne pas penser à lui comme à un pauvre petit. S'il s'est inscrit en section classique, c'est au moins qu'il a quelques ambitions."
"Ou des illusions ?"
"Peut être moitié moitié. Mais tâchons de ne pas le décevoir."
"Parfois, la déception peut rendre service."
"Je croyais trouver une alliée en toi, Cerulli."
"Une alliée, pour quoi ?"
"Pour essayer d'aider cet Akim."
"Mais bien sûr qu'on va l'aider, tout ce qui est humainement possible."
"Au moins sur le plan culturel." Dit Piero en insistant lourdement sur le dernier mot.

L'année scolaire avançait et les problèmes commencèrent.
Akim écrivait un italien effroyable, dénué de grammaire et il écorchait les mots au point qu'il était souvent difficile de comprendre ce qu'il cherchait à dire. A l'oral aussi il s'exprimait mal et d'évidence les ricanement des autres élèves lui faisaient honte. Mais Piero arrêta net les ricanements, en disant clairement qu'ils devraient avoir honte de se moquer d'un copain qu'ils feraient mieux d'aider.
Il se mit à corriger les compositions d'Akim avec un soin particulier en écrivant sur ses copies des explications sur tous les points à corriger, et en lui demandant d'essayer de recommencer le devoir. Le garçon s'exécutait, toujours sérieux, toujours gêné, mais il le faisait. Il était presque toujours isolé des autres, et pendant la récréation il restait en classe pour reprendre ses devoirs et étudier.
Et les problèmes commencèrent avec ses collègues. Le prof de math posait moins de problèmes que les autres, en fait lui aussi s'était dédié à combler les lacunes du garçon et il avait fini par décider de faire un programme de rattrapage pour lui seul. Mais les autres collègues... ils le considéraient tous comme irrécupérable et renonçaient à perdre du temps avec lui, malgré la pression et l'insistance de Piero et de Ferrero, le prof de maths, et de madame Cerulli.
A la fin du premier trimestre, la moyenne d'Akim était en dessous de huit sur vingt, malgré deux dix, en italien et en maths. En latin il avait quatre, en grec deux !
Un jour, à la réunion avec les parents d'élèves, le père d'Akim se présenta. C'était un homme sec, les tempes un peu dégarnies, robuste mais pas une brute. Piero comprit qu'il était comptable diplômé, en Egypte. Il parlait un italien simple et incorrect, mais clair.
Le père lui dit que d'autres profs lui avaient conseillé de sortir son fils de l'école.
"Tu penses pareil de mon Akim, monsieur professeur ?" demanda-t-il en tordant son béret dans ses mains.
"Le garçon veut continuer ou arrêter ?" demanda Piero au lieu de répondre.
"Continuer, continuer, lui. Mais je dis: je dépense les sous. Mais je me plains pas. Mais si tous dire arrêter, je dis : à quoi bon continuer ?"
"Parce qu'il veut continuer. Il redoublera peut-être, peut-être deux fois, mais c'est un garçon intelligent et je crois qu'il peut réussir."
"Ah, mon fils dit toi bon professeur. Il dit toi passer beaucoup de temps à lui apprendre. Et professeur mathématique aussi. Mais..."
"Ecoutez, monsieur Fawzi, nous voulons aider votre fils, non ?"
"Mais oui, bien sûr, c'est pour ça être là. Mais moi pas pouvoir payer autre professeur, j'ai trois autres enfants et ma femme...."
"D'accord, je comprends. Mais essayons. Si Akim travaille beaucoup, il devra peut-être redoubler, mais l'an prochain il pourrait passer."
"Oh, lui travailler beaucoup, oui, très beaucoup et sa tête tombe sur livre le soir et moi l'envoie au lit parce que je dis santé plus importante que livres..."
"Vous avez tout à fait raison, monsieur Fawzi. Bien, nous essaierons de l'aider. Revenez me parler, surtout s'il y a des problèmes."
"Merci, monsieur professeur, merci. Tu es un homme dans le cœur de Dieu. Merci." Dit-il avec un sourire reconnaissant.

Les vacances de Pâques arrivèrent.
Le dernier jour de classe, Akim donna à Piero une petite colombe en pain d'épice, faite par sa mère, et lui demanda : "Je peux avoir l'adresse du professeur pour lui envoyer le carte de Pâques ?"
"On dit : la carte. Oui, mon adresse est dans l'annuaire. Il n'y a qu'un Piero Gribauldo, moi. Mais ne gâches pas le timbre, tu viens de me donner tes vœux, merci."
"Je ne gâcher pas... ne gâche pas si c'est pour vous."
Piero sourit mais insista. Akim, toujours sérieux et toujours soucieux, acquiesça et partit vite à la station de tram. Piero monta en voiture et rentra. Ce garçon faisait de réels progrès en italien et en maths. S'il pouvait être aidé dans les autres matières... Mais comment faire ? Il était intelligent, et pas qu'un peu. Et il avait une volonté incroyable pour un garçon de seize ans. Mais ça ne suffisait pas.
Arrivé chez lui, il fit quelques achats pour le repas et monta se préparer à manger. Il dîna puis se mit en robe de chambre, mit un CD, s'assit pour lire le journal. Il avait décidé qu'il passerait cette semaine de vacances de Pâques à la maison, il avait en tête une nouvelle qu'il voulait écrire tranquillement.
Vers seize heures il posa le journal, alla à son bureau, prit un nouveau dossier, une ramette de feuilles blanches et son stylo, s'assit et commença à écrire.
Il en était à la cinquième page quand il entendit sonner. Il se leva en se demandant qui ça pouvait être, il n'attendait personne. "Sans doute des témoins de Jéhovah..." pensa-t-il un peu sèchement. Il ouvrit.
"Akim ! Que fais-tu ici ?"
"Je n'ai envoyé aucune carte, alors mais..."
"Cependant." Le corrigea automatiquement Piero.
"Oui, cependant je dois... parler au professeur. Si professeur veut et a du temps pour moi."
"Entre." Dit Piero en soupirant, mais il s'écarta pour le laisser passer.
Il le conduisit à son bureau, lui donna une chaise et lui fit signe de s'asseoir. Le garçon s'assit sur le bord, droit, les jambes jointes, les mains croisées sur les genoux, sérieux et, comme toujours, soucieux.
"Alors ? Qu'avais-tu de si urgent à me dire ?" l'encouragea Piero, intrigué de cette visite.
"Je ne suis pas stupide, vrai ?"
"Très vrai."
"Je ne suis pas un faitnn... feignant, si ?"
"Un fainéant ? Non, pas du tout."
"Non. Pas fainéant, pas stupide. Mais moi, même si suis un peu plus bon en italien..."
"Meilleur, on dit meilleur."
"Oui, meilleur. Meilleur en italien et aussi un peu en maths, tout le reste je suis mal. Non, attendez... Pour tout le reste, je suis mauvais." Se corrigea-t-il.
"Oui, malheureusement."
"Oui, malheureusement. Mais je ne veux pas être mauvais dans les autres matières. Je sais que je le peux et je... et si je fais fautes d'italien, s'il vous plait laissez-moi me tromper... je sais pas comment faire si personne m'aide. Quand professeur Genta, et pas que lui, non, je ne comprends pas certains de ses mots et je dis... désolé, je pas compris, mais lui dit qu'il ne peut pas perdre son temps pour moi et au-revoir !"
Piero écouta en silence la longue plainte du garçon et éprouva de la tendresse pour lui. Ses yeux étaient plantés dans les siens, fixes et pénétrants. Piero se souvint avoir entendu que, chez les arabes, fixer des yeux était signe de sincérité et il chercha à ne pas détourner le regard, à éviter de baisser les yeux.
"Oui, Akim, je te comprends, mais je ne vois pas comment je..."
"Toi... vous professeur bon et intelligent. Bon enseignant. Vous devez m'aider à étudier." Dit Akim presque comme un défi.
"Oh... mais tu vois, mon garçon, je le ferais, moi. Mais tu sais qu'un professeur n'a pas le droit de donner des cours particuliers à un de ses élèves, hein ?"
"Mais vous me donner pas de cours particuliers parce que moi pas demander pour italien. Pour italien et maths vous déjà aider beaucoup en classe. Et puis pas cours particulier, parce que mon père pas beaucoup d'argent, pas pouvoir payer et pas encore savoir que moi ici. Mais si professeur Gribaudo m'aide il doit perdre beaucoup de temps. Alors j'ai pensé... je suis pensé ?"
"Non, j'ai pensé était correct." Dit Piero en souriant.
"C'est ça, j'ai pensé que moi faire vaisselle, laver par terre et faire lit... le lit. Je sais faire ces choses. Mais pas pouvoir payer, alors pas être cours particuliers : le professeur m'aide et moi je l'aide. Je sais faire beaucoup de choses. Je..."
Et il se tut sans détacher le regard du sien et Piero lut dans ses yeux une prière si triste, si pressante et si touchante qu'elle se passait de mots et les dépassait. Cela l'émut et il sut qu'il ne pouvait pas lui dire non, il ne pouvait pas décevoir ce garçon qui le suppliait de lui venir au secour, de ne pas l'abandonner. Il déglutit deux ou trois fois, de peur que sa voix ne trahisse son émotion.
Puis il dit : "Ecoute-moi bien, Akim. Je voudrais t'aider, vraiment, mais... non, laisse-moi terminer. Maintenant il faut que tu me laisse le temps d'y réfléchir. Reviens d'ici une heure, ça te va ? Et je te donnerai ma réponse. Donne moi juste le temps d'y penser."
Akim acquiesça, toujours sérieux, toujours soucieux, mais il se leva, ébaucha un salut de la tête : "Merci. Une heure. C'est bien. Merci." Dit-il et il partit résolument vers la porte.
Piero se leva pour le reconduire mais le garçon était déjà sorti et avait refermé la porte derrière lui sans faire de bruit.
Piero se rassit et lâcha un long soupir bruyant. Il se gratta la tête puis pris le téléphone et appela Carla.
"Piero, c'est de la télépathie ! J'allais t'appeler pour te souhaiter de joyeuses pâques."
"Comment va la jeune maman ? Et son gros ventre ?"
"Pas mal. C'est une question de jours maintenant, peut-être d'heures..."
"Pauvre petit..." dit Piero sur un ton de plaisanterie.
"Quoi ? Pourquoi ?"
"Naître si près de Pâques : il n'aura jamais qu'un seul cadeau pour son anniversaire et pour Pâques, quelle malchance."
Carla rit : "Je n'y avais pas pensé. Je te promets que je lui ferai toujours deux cadeaux : tu es content ?"
"Bien sûr. Mais maintenant, écoute..." dit Piero et il lui raconta la visite d'Akim en concluant : "Tu ferais quoi, à ma place ?"
"Quelle question ! Dis-lui oui. Il suffit que la chose reste secrète au lycée. Et puis tu ne feras aucun mal, au contraire ! Fais-lui promettre qu'il garde le secret et dis-lui oui."
"C'était bien mon idée. Mais il y a une autre solution : je pourrais payer pour qu'un autre lui donne des cours particulier..."
"Non, ça te coûterait très cher !"
"Ça me coûtera de toute façon, je vais perdre plein de temps libre."
"Oh, ça va. Aider un garçon qui le mérite n'est pas perdre son temps, mais bien l'utiliser. Dis-lui oui. Après, quand je serai remise de l'accouchement, je pourrai peut-être lui donner quelques cours moi aussi, pour te soulager un peu..."
"Tu es sérieuse ?"
"Bien sûr, c'est promis."
"Bien, Carla, merci."
"Joyeuses Pâques, abruti!"
"Joyeuses Pâques, ma belle !"
Après une heure tout juste (bien que le garçon n'ait pas de montre, se dit Piero) il sonna. Il le fit entrer et s'asseoir et lui dit que c'était d'accord, qu'il l'aiderait, mais à une condition, et même deux.
"Tout ce que professeur veut, tout." Déclara solennellement Akim.
"D'abord, personne ne doit jamais savoir que tu viens ici, pour éviter tout problème."
"Bien, c'est normal. Je ne veux pas créer problèmes à professeur."
"Bien. Ensuite il ne faut pas que tu perdes ton temps à m'aider à la maison : je n'en ai pas besoin et ton temps est précieux, nous ne devons pas le gâcher. Tu auras besoin de tout ton temps et ce sera dur."
"Alors je saurai dire merci à professeur autrement à autre moment."
"Tu me diras merci en passant en classe supérieure. Ça me suffira, même si ce n'est pas cette année..."
"Non, non, cette année, si le professeur aider Akim."
"Bien, on commence quand ?"
"Demain matin être bien pour professeur ?"
"Demain matin. A neuf heures, ici. Avec tes livres et tes cahiers. Mais tu diras quoi, chez toi ?"
"La vérité. Je ne mens jamais à la maison. Mais ils ne diront rien, il garderont secret, il n'y a pas de problème."
"Parfait. A demain, Akim."
"A demain, professeur. Et merci, du fond du cœur."
Ainsi le garçon commença-t-il à venir régulièrement chez Piero.
Akim passait des heures et des heures chez lui et ils mangeaient souvent ensemble. Piero s'aperçut que finalement le garçon lui demandait peu de temps parce qu'il travaillait tout seul, juste de temps en temps, il demandait une explication ou se faisait corriger un devoir ou un exercice. Piero pouvait continuer à s'occuper de ses affaires, corriger les copies, préparer les cours du lendemain, écrire ses nouvelles, faire le ménage ou autre chose.
Sa présence ne lui pesait donc pas, au contraire, il commençait à apprécier cette compagnie discrète et silencieuse, cette figure fine absorbée par ses études. Parfois il l'épiait, le front plissé, un doigt jouant dans les cheveux, penché sur ses livres, et il sentait de la tendresse pour lui.
"Professeur toujours travailler et étudier." Observa un jour Akim.
"Bien sûr, si je veux être un bon professeur, je suis bien obligé."
"Oh, le professeur est un très excellent professeur. Oui, je sais que très excellent ne se dit pas, mais dans ce cas c'est juste." Dit Akim et, pour la première fois, son visage s'illumina un instant d'un sourire espiègle.
Pour Piero, ce fut comme s'il avait assisté à un miracle, à une révélation : le sourire transformait son visage et le rendait magnifique ! Piero se replongea dans ce qu'il faisait, troublé par ce qu'il venait d'éprouver pour le garçon. Ce n'était pas du désir sexuel explicite, pas du tout. Mais Piero se connaissait assez et était assez honnête pour savoir que sa réaction devant le sourire du garçon pourrait bien être les prémices d'une attirance physique, le début d'un désir fort. Et il ne voulait pas, il ne pouvait pas permettre à une telle chose de se produire. Il devait faire attention, très attention, se dit-il.

A la fin du deuxième trimestre, Akim avait une moyenne de 9,52 sur vingt. Ils en furent très fiers tous les deux. Pendant le conseil de classe, certains avaient fait remarquer les progrès inattendus du garçon dans toutes les matières.
"Une convulsion..." dit le professeur de grec.
"Vous ne pouvez pas dire ça !" le rembroua madame Cerulli, la prof de religion, "vous-même lui avez donné un huit, au lieu de l'infâme deux du premier trimestre !"
Piero sourit. En italien, en maths et dans deux autres matières il avait eu des dix (pas octroyés mais bien mérités, nota le prof de maths) et huit en latin. L'amélioration était notable et évidente dans toutes les matières.
Akim et Piero attaquèrent le troisième trimestre avec une détermination renforcée.

Six
L'année scolaire s'achevait.
Akim avait des notes moyennes en grec et en sciences, avec deux dix. Piero et Akim accueillirent cette nouvelle comme une vraie victoire. Carla, entre temps, avait aussi aidé Akim par quelques leçons. Elle les invita tous les deux à déjeuner dans un restaurant au village de Rondissone, pour fêter ça. Akim arriva avec un nouveau costume que son père lui avait acheté comme récompense.
"Aujourd'hui est un des plus beaux jours de ma vie !" dit Akim quand ils s'assirent. Et il sourit.
Ceci, se dit Piero en proie à un grand trouble, est le cinquième sourire de tueur d'Akim depuis que je l'ai rencontré. Dieu qu'il est beau ! S'il savait ce qu'il me fait quand il sourit...
Après le repas, profitant de ce qu'Akim était au toilettes, Carla demanda à Piero :
"Dis-moi, tu pars quand en vacances, et combien de temps ?"
"Je pars le 28 juillet et je rentre le 28 Août. Pourquoi ?"
"Pour les leçons d'Akim... Zut ! Moi je pars le trois Août. Comment fera Akim quand aucun de nous ne sera là ?"
"On pourrait lui payer un prof, qu'en dis-tu ?"
"Oui, il faut qu'on fasse ça. On paie moitié moitié. Je trouverai quelqu'un, j'ai un bon ami au lycée Alfieri, il me fera un prix. Bien, c'est réglé. Tant qu'on est en ville, on va continuer à lui donner des cours, puis... c'est d'accord !" coupa-t-elle en voyant Akim revenir.
Ce dernier, en s'asseyant, demanda à Piero : "Professeur, demain je peux venir chez vous, reprendre les leçons de grec et de sciences ?"
"Oui, bien sûr."
"Ça ne vous embête pas de continuer à perdre votre temps avec moi ?"
"Non, au contraire, surtout maintenant que le but est si proche. Et puis, je ne serai pas là en Août, alors il faut travailler beaucoup, d'ici là..."
"Bien, en Août vous serez absent." Repris Akim, toujours sérieux (mais pas soucieux)
"Tu sais, Akim, en Août je serai aussi ailleurs, mais on a pensé qu'on te trouverait un autre professeur pour nous remplacer et que tu puisses continuer à étudier..." dit Carla en guettant sa réaction à cette nouvelle.
"Mais... comme vous décidez, c'est bien." Dit-il, mais un petit pli dur apparu sur sa lèvre leur fit comprendre qu'il n'en était pas content.
Ils firent semblant de ne pas le remarquer et ils changèrent de sujet. Le garçon leur raconta sa vie en Egypte, dont sa famille avait émigré quand il avait onze ans.
"L'Egypte te manque ?" lui demanda Piero.
"Oui et non...J'ai deux pays, maintenant. Je suis très bien, ici. Peut-être que j'y retournerai, peut-être pas, après l'université.
"L'université ?" répétèrent-il d'une seule voix.
"Et... tu veux t'inscrire en quoi, à l'université ?" demanda Carla sur un ton doux pour rattraper le ton surpris d'avant.
"En langue et littérature anglaise, je pense. Mais il y a le temps, j'y penserai encore..." dit Akim.
Ils rentrèrent en ville, laissèrent Akim à Porta Palazzo puis Piero raccompagna Carla chez elle, en voiture, et ils parlèrent encore un peu d'Akim, d'eux deux et du bébé de Carla.
"Tu pars où, en vacances, Carla ?"
"A Lugano, chez le frère de Beppe. Et toi ?"
"A Monterosso, aux Cinq-Terres. J'ai loué un petit appartement, juste sur la falaise, face à la mer."
"Oh, romantique ! Tout seul ?"
"Tu veux savoir si j'ai un copain? Non, tout seul."
"Tu me le dirais, si tu avais un copain ?"
"Bien sûr, Carla, et je te le présenterais. N'es-tu pas ma meilleure amie ?"
"Si, bien sûr !" dit Carla en souriant, "Et j'espère que tu trouveras la bonne personne, je veux te voir heureux."
"Mais je suis bien comme ça, même seul, au moins pour le moment."
"La compagnie ne te manque pas ?"
"Non. Et puis Akim est d'agréable compagnie."
"Ce n'est pas pareil... Akim est un garçon charmant, mais je pensais à un autre genre de compagnie, idiot !"
"Oui, je sais."
"Tu sais, parfois je me demande quel est ton type d'homme..."
"Grand, blond, les yeux bleus, gentil, riche..."
"... avec un costume bleu ciel et un cheval blanc ! Le prince charmant, en somme." Fit Carla l'air de se moquer de lui.
"Ma foi, à peu près. Enfin, s'il n'est pas riche ou si son cheval n'est pas blanc ou son costume pas bleu, je pourrais m'en contenter. Pourvu qu'il soit intelligent, gentil et amoureux."
"Je te souhaite de le trouver, et vite."
"Rien ne presse. Mais j'en serais heureux."
"A quand remonte ton dernier copain ?"
"Trois ans, tout juste. Trois ans et deux jours..."
"Tu te souviens même de la date ! C'était donc si dur ?"
"Bah... c'est moi qui ai rompu. Mais oui, ça a été dur."
"Ce n'était pas le prince charmant."
"Non, même s'il était blond aux yeux bleus. Mais il était... il dépendait trop de moi. Et il paraissait ne s'intéresser que... que au côté physique."
"Mmmh, la moitié de toi, donc. Un peu court, c'est vrai. Mais toi... tu étais amoureux ?"
Piero n'était pas gêné par les questions de Carla, mais il répondit juste "Oui", sans commentaire. Et Carla comprit qu'il n'avait pas envie d'en parler et elle changea de sujet. Puis ils se quittèrent et Piero rentra chez lui. Mais il pensait à Luca, son (ex) beau Luca. Il n'était pas très beau, de visage, mais agréable, et avait un beau corps, pas splendide, mais très, très sensuel. Oui, vraiment beaucoup.

Il l'avait rencontré au sauna, la seule fois où il avait décidé d'essayer. Le sauna San Martino.
A son arrivée, il était presque désert. Il se mit à explorer, juste vêtu d'une serviette autour de la taille. Luca prenait une douche. Piero le vit et le trouva attirant. Surtout quand Luca le regarda et lui sourit. En fond sonore, il y avait une chanson de Nannini, il s'en souvenait bien, c'était "Ragazzo dell'Europa". Il répondit à son sourire, enleva sa serviette et passa sous la douche, à un pas de lui. Et un pas c'est très peu entre deux garçons attirés l'un par l'autre. D'abord ils se lavèrent chacun, mais sans détourner les yeux de la nudité de l'autre. Puis Luca lui proposa de lui savonner le dos et il fit de même pour Luca et leurs mains savonneuses se firent caressantes et ne se limitèrent pas qu'au dos, mais se hasardèrent d'abord sur la poitrine, puis sur le ventre et, presque à l'unisson, sur le sexe.
"Pas ici..." murmura Luca d'une voix chaude et sensuelle, "séchons-nous et sortons d'ici."
Piero le suivit et nota amusé que leurs serviettes ne cachaient rien de leur érection qu'elles mettaient plutôt en évidence. Ils passèrent devant quelques clients assis à fumer qui les regardèrent avec un intérêt évident. Luca s'arrêta devant un rideau en plastique et regarda derrière, puis il fit signe à Piero d'entrer. Il n'y avait dedans qu'un matelas marron foncé, de deux mètres sur deux, qui occupait tout l'espace et s'arrêtait juste à l'entrée, en faisant une marche d'environ quarante centimètres de haut. La lumière filtrait à travers les lanières du rideau.
"Ici ?" demanda Piero stupéfait.
"Oui, bien sûr. Etends ta serviette à côté de la mienne."
"Mais... c'est ouvert... il y a juste cet espèce de rideau..."
"Personne ne va nous déranger, parce que personne ne veut être dérangé par d'autres."
Piero voulait refuser, mais il grimpa sur le matelas, enleva sa serviette de ses hanches et s'assit dessus. Luca le suivit et fit de même puis se mit immédiatement à lui titiller les deux tétons d'un toucher léger et expert.
"Mais ici... c'est sûr ?" redemanda Piero.
"Oui, détends-toi, allez ! Ah, tu me plais vraiment !"
"Toi aussi..." répondit Piero sans y penser.
Mais il lui plaisait vraiment, il l'attirait beaucoup. Luca le poussa sur le dos, s'étendit sur lui et ils commencèrent à faire l'amour et Piero oublia toute crainte et toute retenue parce que l'autre savait jouer de son corps et en obtenir la réponse qu'il voulait. Et quand Luca lui fit comprendre son désir de le pénétrer, il s'offrit sans hésitation ni retenue. Pendant que Luca se glissait en lui, il commença à se masturber mais Luca lui enleva vite la main, d'un geste délicat mais assuré.
Il lui dit avec un sourire très érotique : "Non, tu ne dois pas jouir, il faut que tu me prennes, après..."
Piero obéit. Luca savait vraiment y faire et Piero se laissait guider, mais il était loin d'être passif ou inerte, il participait avec un enthousiasme croisant. Luca n'aperçut pas les deux doigts qui écartaient le rideau et les deux yeux qui prenaient plaisir à la scène excitante de leurs ébats. D'ailleurs, se dit Piero, même s'il avait remarqué, il aurait sans doute continué comme si de rien était, excité comme il était. Et puis Piero fut surpris de se rendre compte qu'il était excitant d'être espionné...
Le sexe de Luca était le plus grand et le plus long qu'il n'ait jamais accueilli en lui et pourtant il ne lui faisait pas mal, au contraire !
Luca aussi semblait satisfait quand, en lui mordillant l'oreille, il murmura : "Que tu es étroit ! Tu me plais !"
Puis ils échangèrent de rôles, plusieurs fois, jusqu'à jouir ensemble et le spectateur silencieux s'enfuit en hâte, content de la belle scène qu'il avait pu observer sans être dérangé. Piero se détendit, comblé.
Luca lui offrit un verre au bar, puis lui demanda s'il voulait aller ailleurs avec lui. Piero accepta.
"Je peux t'inviter à dîner ?" demanda Luca dès qu'ils furent dehors, en regardant sa montre.
"Volontiers, mais on partage." Répondit-il.
Ils allèrent à un restaurant chinois presque en face du sauna et ils se présentèrent enfin et commencèrent à se connaître un peu mieux. Piero lui parla de Gianni, puis de quelques unes de ses aventures les plus intéressantes. Luca lui parla de lui. De comment il avait été dépucelé à douze ans par un cousin de seize ans.
Son cousin, sous le prétexte de jouer aux espions, l'avait attaché à une malle au grenier et avait commencé un interrogatoire : il lui avait baissé le pantalon et commencé 'la torture' pour le faire parler. D'abord avec un doigt couvert de salive. "Non, assez, par pitié..." disait Luca, pas parce que ça lui faisait mal, mais pour le jeu. Il découvrit que le doigt qui entrait lui apportait du plaisir. Luca était déjà pubère (on est tous précoces, dans la famille, expliqua-t-il) et il identifia dans ce jeu un clair plaisir sexuel. Puis le cousin mit un deuxième doigt, puis trois ... et il finit par le pénétrer vraiment. Luca sentit une petite gêne mais aussi beaucoup de plaisir. Il répétait toujours "Non, assez... non, assez.." mais surtout parce que ça avait l'air d'exciter son cousin qui s'activait alors avec encore plus de vigueur.
Puis Luca lui raconta son premier grand amour. C'était un copain de classe de dix-sept ans, un redoublant, lui n'en n'avait que seize. Il était allé chez lui pour jouer à un jeu électronique. Quand soudain le copain l'avait embrassé et touché entre les jambes, il avait immédiatement fait de même.
Ils furent amants jusqu'à la fin du lycée, ils passaient des jeux aux devoirs puis à la baise chez son copain, dont les parents ne rentraient qu'à l'heure du dîner. Ils utilisaient en général le lit de ses parents qu'ils refaisaient soigneusement après.
Mais après le bac, son ami s'inscrit en psycho à Padoue et ils durent se quitter. Luca prit un travail où il rencontra son deuxième homme. Il était magasinier (Luca était comptable) marié et père de deux enfants. Ils s'étaient rencontrés et compris dans les toilettes de l'entreprise : l'homme était aux urinoirs, il regardait en se masturbant et quand il vit le regard de Luca fixé sur son sexe, il le lui montra et lui demanda s'il avait envie de l'attendre à la sortie. Ils restèrent ensemble pendant deux ans, se retrouvant presque tous les jours à la sortie du travail. Il l'amenait dans un garage qu'il utilisait comme débarras et où il avait aménagé un coin avec un matelas confortable. Puis l'homme se lassa de lui et l'abandonna.
Depuis, Luca avait eu plusieurs amants successifs, mais en ce moment il était libre...
"Et toi, tu es libre ?" demanda Luca en guise de conclusion.
"Oui."
"Tu vis seul ?"
"Oui."
"Alors... je peux venir chez toi, ce soir ?"
"Oui, bien sûr."
Ils firent de nouveau l'amour et dormirent ensemble. Piero pensa qu'il était agréable de dormir à côté du corps nu de l'homme avec qui on venait de faire l'amour et de le sentir, chaud et doux, pendant la nuit : c'était une nouvelle expérience. Luca, sans qu'ils n'en parlent, s'installa chez Piero. Au début, ce dernier pensa avoir trouvé la bonne personne. Luca s'occupait de tout à la maison et lui laissait beaucoup de temps libre pour son travail et pour écrire, ne l'interrompant que de temps en temps pour faire l'amour, un complément à la séance au lit, chaque soir.
Luca paraissait insatiable. Toujours "chaud" comme il disait, toujours prêt à faire l'amour.
Mais Piero, petit à petit, s'aperçut qu'il n'y avait pas de communication entre eux, pas de dialogue. Ils étaient ensemble, oui, ils baisaient et c'est tout. Et même baiser, pour Piero, devenait un peu de trop, il ne résistait pas au rythme de deux ou trois fois par jour. Il essaya de lui en parler mais Luca ne sembla pas comprendre.
"Je ne te plais plus ?"
"Mais si, tu me plais, j'aime beaucoup ta façon de faire l'amour, mais... pas si souvent !"
"Mais tu me plais trop, moi j'ai besoin de toi !"
"Mais Luc, deux, trois fois par jour, tous les jours... c'est trop pour moi. Une fois, même une seule fois, ne peux-tu pas comprendre que je suis fatigué, que je n'ai pas envie, même si tu me plais beaucoup."
"Mais pour moi... c'est peu. Si tu es fatigué, étends-toi sans bouger, je ferai tout."
"Non, non, ce serait pareil. Ça me fatiguerait autant, ça m'épuise..."
Et pendant quelques jours, Luca le lâcha un peu, le laissa tranquille pendant la journée, parfois même la nuit. Mais Piero l'entendait se masturber tout seul et ceci, d'un certain manière, le gênait et le faisait se sentir coupable. Alors ils avaient repris le rythme frénétique d'avant et Luca était heureux, mais Piero déprimait...
La situation traîna en longueur jusqu'à ce que Piero se décide à dire à Luca qu'il ne la supportait plus et qu'il valait mieux qu'ils se séparent et qu'il cherche un autre homme, mieux adapté à lui et à ses besoins.
"Alors c'est fini ? Tu ne veux plu de moi ?"
"Oui, Luca, je suis désolé, c'est fini."
Ainsi Luca quitta la maison et ils ne se virent plus. Et Piero se sentit comme libéré. Indubitablement, Luca faisait l'amour magnifiquement, mais... trop c'est trop. Et Piero se retrouvait tout seul. Il s'accordait quelques aventures, parfois. Mais plutôt rarement. Il n'aimait plus tellement aller dans les lieux de drague et de moins en moins au parc ou dans les toilettes. Et ce n'est pas facile de trouver quelqu'un hors des lieux de drague, même si Luca semblait y être parvenu facilement à plusieurs reprises.
"C'était quand, la dernière fois ?" se demanda Piero en reposant la photo de Luca avec celle de son autre amant et de quelques conquêtes d'un soir. "Au moins six mois... non, cinq." Pensa-t-il en souriant au souvenir de cet apprenti plombier.
Ce jour-là, le siphon de son lavabo s'était cassé et il avait appel un plombier pris au hasard dans les pages jaunes. Le plombier était venu avec son apprenti. Il était quinquagénaire et corpulent. Le garçon allait sur ses vingt ans, bien fait. Le chef regarda les dégâts et dit au garçon :
"C'est un boulot facile. Je te laisse le matériel et les outils, fais du bon travail, je te fais confiance. Et quand c'est fini, si le monsieur veut bien te laisser faire un appel, tu me téléphones et je passe te prendre. Appelle au numéro habituel..." et il partit.
A peine fut-il sorti, la garçon se mit à rire, regarda Piero et lui dit : "Vous savez où il va, le patron ? Chez sa maîtresse. Il fait toujours comme ça : sa femme ne se doute de rien. Et moi, pour un boulot d'une demi heure, il faut que j'attende une heure et demie pour... lui laisser le temps..."
Piero sourit puis, jaugeant le garçon et le trouvant pas mal du tout, il lui demanda : "Je parie que tu voudrais changer de place avec ton patron, dans cette histoire."
"Moi ? Il ne manquerait plus que ça !"
"Elle est si laide, la maîtresse de ton patron?"
"Non, c'est juste que ... ça ne m'intéresse pas... de baiser."
Piero le regarda, surpris par cette réponse franche et inattendue. Le garçon était assis les jambes écartées sous le lavabo et il s'activait avec adresse. Piero remarqua le gonflement du jeans entre ses jambes.
"Tu n'aimes pas baiser ?"
"Noon ! Les femmes sont une plaie. Elles te collent au dos et qui peut s'en débarrasser ? Je suis jeune, moi, et je veux rester libre, libre comme l'air, vous comprenez ?"
"Mais... il ne t'arrive pas d'avoir... du désir ?"
"Et comment ! mais je le fais passer..." répondit-il en le regardant de sous le lavabo avec un clin d'œil et en agitant le poing de bas en haut dans un geste dont l'allusion était claire et il ricana.
"Oui, bien sûr..." dit prudemment Piero, "mais tout seul... ce ne serait pas meilleur, à deux ?"
"Bien sûr, c'est mieux à deux. Mais ce n'est pas toujours facile de trouver..."
Piero avait envie de dire "Je suis là..." mais il n'osa pas. Mais cette braguette généreusement gonflée le mettait en appétit. Le garçon finit la réparation et sortit de sous le lavabo et se mit debout devant Piero qui ne s'écarta pas.
"C'est fait. Maintenant il faut que je l'appelle et que je l'attende dans la rue pendant une bonne heure..."
"Tu peux attendre ici..." suggéra Piero dont le cœur commençait à accélérer : il venait de décider d'essayer avec ce garçon.
"Ici ? merci mais... je ne vais pas vous déranger ?"
"Non, pas du tout."
"Je peux me laver les mains ?"
"Bien sûr, viens à la salle de bain."
Piero ne sortit pas de la salle de bain, il observait le garçon qui se lavait les mains. Le jeans le fascinait et il aurait voulu poser la main sur le petit cul ferme qu'il voyait.
Le garçon s'essuya le mains à la serviette que Piero lui tendit, puis, montrant sa braguette, il dit : "Excusez-moi, mais je dois..."
"Vas-y." répondit Piero mais sans bouger.
Le garçon le regarda un moment l'air surpris, puis un petit éclair traversa son regard et il se mit à ouvrir sa ceinture, mais sans se retourner vers les toilettes. Piero ne bougea pas. Le garçon ouvrit un à un les boutons de la braguette et l'ouvrit, toujours sans se tourner. Piero ne bougeait pas et il le regardait avec un léger sourire.
Le garçon descendit un peu son jeans, mit un doigt sous l'élastique du slip gris perle et lui dit : "Si vous restez là, vous allez avoir un beau spectacle..."
"J'imagine !" répondit Piero à voix basse.
"Non, n'imaginez pas : regardez !" dit-il en baissant d'un geste décidé le slip pour révéler un sexe à moitié en érection de dimension vraiment remarquable.
Piero se lécha les lèvres d'instinct.
"Alors ?" demanda fièrement le garçon, sans l'ombre d'une gêne.
"Ouaouh ! Vraiment beau, remarquable. Mais j'aimerais voir le reste."
"Le reste ?" répéta le garçon sans comprendre, pendant que son sexe se dressait lentement.
"Le reste de ton corps."
"Nu ?"
"Nu."
"Alors il vaut mieux qu'on aille ailleurs. Tu as un lit, non ?" dit le garçon en passant soudain au tu, avec un sourire malicieux et en se caressant le sexe qui tressaillit en réponse.
"Viens..."
Au lit Piero eut une autre surprise : le garçon, après quelques préliminaires et après que Piero l'ait sucé un peu, lui offrit son cul d'une voix rauque de plaisir : "Prends-moi ! vas-y !"
Ce garçon aux traits si virils voulait être pénétré ! Et Piero s'exécuta avec un vrai plaisir et à la satisfaction évidente du garçon qui s'agitait pour accompagner savamment ses poussées. Le patron, ce jour-là, aurait tout le temps pour faire la chose avec calme... se dit Piero en souriant alors qu'il jouissait de ce garçon si chaud et complètement disponible.
Ils se revirent deux ou trois fois, jusqu'à ce que le garçon lui avoue qu'il avait un amant, très jaloux, qui commençait à avoir des soupçons :
"Je suis désolé, mais je ne veux pas me fâcher avec lui, tu comprends ? Il n'est pas aussi bon que toi, au lit, mais je l'aime bien et..."
"C'est la première foi que tu... le trompes ?"
"Oui. On est ensemble depuis huit mois. On cherche un appartement ensemble. Il a ton âge, mais il travaille au marché, il vend des légumes avec ses deux frères. Lui aussi c'était un de mes clients, comme toi..."
"Alors tu dragues tous tes clients ?"
"Non... non, je ne pense jamais à ça. Comme avec toi. Lui, il m'a... euh, fait comprendre qu'il avait envie de moi et alors... mais maintenant je veux lui être fidèle, tu comprends ? Ne m'en veuilles pas..."

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