Akim, Akim
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 6 Septembre 1993
Traduit en français par Eric

Sept
Akim était plongé dans sa version de grec. Piero le regardait : le garçon était complètement absorbé par ce qu'il faisait. Piero aimait le regarder.
Il avait découvert qu'Akim se rasait déjà depuis deux ans. Sa peau était lisse et parfaite et seuls certains éclairages permettaient de deviner l'ombre des poils, surtout sur la lèvre supérieure. Par moment, on pouvait croire qu'il avait dix-huit ans, à d'autre par contre il ne paraissait même pas ses seize ans et demi.
Piero eut une idée subite. Il chercha un livre sur une étagère et le feuilleta jusqu'à trouver la photo du masque de Toutankhamon: oui, il aurait pu être moulé sur le visage d'Akim ! Le garçon leva la tête et regarda Piero avec sérieux.
Il vit son expression stupéfaite et demanda : "Qu'y a-t-il, professeur ?"
"Regarde ça."
"Ah, le masque d'or de Toutankhamon. Il est au musée du Caire." Dit-il calmement.
"Et tu l'as déjà vu, au Caire ?"
"Non, jamais, seulement en photo."
"Et tu n'as rien remarqué en regardant sa photo ?"
"Non... je ne sais pas... je ne comprends pas. Que devra-je remarquer ?"
"Devrais-je, on dit. Lève-toi, viens là."
Le garçon obéit, un peu étonné. Piero l'emmena devant un miroir et ouvrit le livre à côté du reflet de son visage pour qu'il les voit ensemble.
"Tu vois ?"
"Quoi, professeur ?"
"Vous êtes jumeaux, toi et le pharaon."
Akim sourit (ah, ce sourire !) mais il redevint sérieux et dit simplement : "Bah, on est égyptiens tous les deux."
"Oui, exact." Dit Piero et il pensait qu'ils étaient les deux plus beaux égyptiens qu'il ait vu de sa vie. Sauf que l'un était mort depuis près de ... quatre mille ans ? Et que l'autre était là, vivant, en chair et en os. Mais il ne dit rien.
"Je peux retourner étudier, professeur ?"
"Oui, bien sûr. Tout va bien ?"
"Je crois... j'espère. Je crois avoir compris cette fois." Répondit-il et il replongea dans ses livres.

Après le dîner Piero lui expliqua un peu de sciences puis, vers dix heures, il le renvoya chez lui.
Et arriva le jour du départ de Piero. Akim alla alors étudier chez Carla.
Le garçon était vraiment infatigable. Ça faisait maintenant des mois qu'il étudiait toute la journée, tous les jours, même le dimanche, plusieurs heures par jour. Et pourtant il continuait au même rythme soutenu, inflexible.
Piero arriva à Monterosso dans sa voiture et s'installa dans son petit appartement meublé. Dès le second jour il alla à la plage, proche de sa maison. Il dédiait trois heures le matin à nager et prendre le soleil et il écrivait le reste de la journée. Il avait commencé son premier roman. Le texte lui venait facilement, fluide. Comme si une voix intérieure le lui dictait et qu'il se contentait d'écrire. Parfois il devait s'arrêter et se masser la main, dolente d'avoir tant écrit, mais il lui semblait perdre des minutes précieuses. Pour ne pas perdre de temps à faire les courses, la cuisine et la vaisselle, il descendait chez un petit traiteur à deux pas.
Il avait trouvé un bon rythme. La nage, la plage et le soleil le matin le revigoraient. C'était une plage minuscule, entre les rochers, accessible seulement à la nage, et d'habitude Piero y était seul. Parfois quelques nageurs ou nageuses y venaient, y faisaient une courte pause et repartaient. Ils échangeaient des sourires, rarement des mots.
Une fois seulement arriva à la nage un jeune qui attira son attention et suscita son désir. Le jeune s'assit à côté de lui et commença à discuter. Piero commença à espérer. Il cherchait comment amener la conversation plus favorable à des discrètes avances, quand une jeune fille arriva à la nage.
Le jeune la salua de la main et dit à Piero : "C'est ma femme. Il faut que j'y aille. Salut !" et il se leva et courut à l'eau où il disparut de sa vue. En quelques brasses il parut être à côté de la fille.
Piero sourit à cette illusion-désillusion qui n'avait duré que quelques minutes, puis il s'allongea de nouveau sous le soleil dans une solitude heureuse.

Cela faisait huit jours qu'il était là quand, revenant chez lui après la plage, il se retrouva face à Akim. Oui, c'était vraiment lui. Il avait une paire de jeans blancs et un T-shirt rouge, une vieille valise, tenue par une corde nouée autour.
"Akim ! Que fais-tu ici ?"
"Je... ne vous mettez pas en colère, s'il vous plait, professeur... Mais je..."
"Entre chez moi d'abord. Puis tu m'expliqueras !" dit Piero en coupant sec les bafouillements confus du garçon et en lui ouvrant le chemin, renfrogné.
Oui, il était troublé par son arrivée improviste, mais... content, au fond, de le revoir. Mais il ne devait pas le laisser voir... surtout à lui-même !
Dedans, il fit s'asseoir Akim et s'assit face à lui : "Alors ?"
"Voila, je... je veux étudier avec vous, pas avec cet autre-là... La professeur Carla Testa ça va, mais..."
"Comment as-tu fait pour me trouver ?"
"Je... j'ai dit à la professeur que je ne voulais pas étudier avec celui-là et que je voulais votre adresse et..."
"Et elle te l'a donnée ?"
"Elle ne voulait pas, mais j'ai dit... j'ai dit que... si je n'allais pas chez vous je n'étudierais plus et..."
Piero nota que le garçon avait baissé les yeux et il pensait que c'était un signe de honte.
"Bref, tu l'as fait chanter."
"En fait... oui. J'ai fait chanter la professeur Carla Testa et elle m'a donné votre adresse."
"Mais... et les sous pour venir ici ?"
"Auto-stop. Et puis un peu que m'a donné mon père pour manger... de l'argent je veux dire."
"Ton père sait que tu es ici ?"
"Bien sûr. Mon père sait tout de moi."
"Et... il était d'accord ?"
"Il dit que c'est mon choix, pas le sien."
"Qu'il s'en lave les mains."
"Il s'en... ? Oui, il s'y lave les mains. Chez nous, à seize ans, on est majeurs."
"Je vois, mais ici c'est l'Italie."
"Mais dans trois mois j'aurai dix-sept ans !"
"Mais la majorité en Italie, c'est dix-huit. Et puis, si je ne voulais pas de toi ici ?"
"Je rentrerais chez moi et j'arrêterais d'étudier." Répondit Akim en regardant Piero droit dans les yeux et Piero comprit qu'il ne plaisantait pas.
"Alors tu me fais chanter moi aussi."
"Oui, alors je fais chanter aussi le professeur. Parce que je ne peux rien faire d'autre. Je sais que ce n'est pas bien. Mais si vous ne voulez pas de moi ici, si vous ne voulez pas m'aider, je n'étudie plus."
"Et il ne te semble pas que je t'ai déjà bien aidé, jusqu'à présent ?"
"Oh si, bien sûr. Vous m'avez tellement aidé, vraiment. Et Akim est reconnaissant, vraiment. Mais... mais je... je ne serai pas un poids. Je sais que vous devez écrire et moi je ferai tous les travaux pour le professeur, mais pourtant... non, juste mais, mais j'étudierai. Si vous ne me renvoyez pas."
Piero secoua la tête, indécis. D'un côté, ne serait-ce que par principe, il aurait voulu le renvoyer. Mais de l'autre... il savait que ce serait plaisant de l'avoir de nouveau à la maison, en fait il lui avait manqué, ces derniers jours. Mais par principe... Mais n'était-ce pas là un principe à deux sous ? Quel mal y avait-il à céder à ce... chantage ?
Pendant que Piero réfléchissait, le garçon le regardait toujours dans les yeux, retenant presque sa respiration dans l'attente. Puis, timidement, il chuchota : "Le professeur... veut une heure pour réfléchir ? Je descends dans la rue et je reviens dans une heure, si vous voulez."
Piero eut du mal à réprimer un sourire, et en tant que prof, il y était bien entraîné.
"Non, c'est inutile. J'ai déjà pris ma décision."
Akim écarquilla les yeux et se pencha légèrement en avant.
"J'ai décidé que... tu peux rester." Dit Piero avec sérieux.
Un sourire très doux et très lumineux s'épanouit sur le visage d'Akim et ses yeux s'emplirent de grosses larmes, puis il s'agenouilla devant le professeur, posa les deux mains sur ses cuisses et pencha le front vers les genoux de Piero et dit d'une voix casée par l'émotion : "Merci, merci, merci... oh, merci !"
Piero fut pris à l'improviste par ce geste. Il sentit les mains du garçon sur ses cuisses nues, grandes, solides et fortes et il sentit un long frisson d'émotion. Il se leva et prit Akim par les aisselles, le fit se relever, puis recula d'un pas, encore plus troublé par le contact de ses mains sur ce corps qui n'était plus celui d'un adolescent, comme il l'avait toujours considéré, mais d'un homme pas encore mur, encore jeune, mais un homme sans l'ombre d'un doute. Cette brutale prise de conscience avait fait battre son sang à ses tempes et l'avait secoué. Il était troublé par ce double contact, d'abord sur ses cuisses puis sur le thorax d'Akim.
"Il faut t'installer... décider où tu vas dormir..."
"Par terre, sur le sol, c'est bien. Ne vous en faites pas !"
"Et quoi encore ? Le... le lit est grand, il a deux places, on peut y dormir à deux.
"Je serai sur le bord, je ne gênerai pas."
"Bien sûr. Je te vide un tiroir pour tes habits."
"J'ai juste mes livres et seulement de quoi me changer une fois, un tiroir est inutile..."
"Tes livres, oui... mets-les sur cette étagère."
"Professeur..."
"Oui ?"
"Vous être très très en colère contre moi ?"
"Très très, non. Un très seulement."
"Mais... vous pouvez me pardonner ?"
"Bien sûr, si tu te tiens bien. On verra."
"Je me tiendrai très bien. Je ferai tout ce que vous direz. Absolument tout."
"C'est bien. Tu dois être fatigué là, et en sueur. Tu veux prendre une douche puis dormir un peu ?"
"Comme vous voulez..."
"OK. Alors prends une douche et étends-toi jusqu'à l'heure du déjeuner."
Il lui montra la salle de bain, lui donna une grande serviette et le laissa là. Akim ferma la porte et il entendit le verrou jouer. Peu après il entendait l'eau.
Il s'assit au bureau et sortit son manuscrit. Il voulait écrire encore un peu avant le repas. Il entendit à peine la douche s'arrêter, puis la porte se rouvrir. Il ne vit pas Akim sortir, le regarder, comprendre que le professeur était absorbé dans son écriture, marcher sur le pointe des pieds vers la chambre, grimper sur le lit et s'y étendre, vêtu seulement de la serviette nouée autour de la taille et qui lui descendait aux chevilles.
Quand Piero regarda sa montre, il s'aperçut qu'il était déjà une heure.
"Akim !" appela-t-il vers la chambre, mais il n'eut pas de réponse.
Il se leva et alla voir dans la chambre. Le garçon était couché sur le dos, un bras plié sur le front, l'autre lâche sur la poitrine nue. La serviette lui couvrait le ventre et les cuisses et il n'en sortait qu'une jambe, légèrement pliée, et un pied. Le garçon dormait profondément. Piero le regarda : il ne s'était pas trompé, ce corps était mature, il aurait pu avoir vingt ans... et il était beau ! Trop beau, désirable. Dangereux !
Même la position d'Akim, plus qu'innocente, lui parut être involontairement sensuelle. Et ces lèvres à peine closes, douces, tentantes...
"Mon dieu, dans quel chausse-trappe me suis-je encore fourré ? Je vais devoir me battre contre moi-même, pour arriver à le respecter ! Pour essayer de ne pas le prendre dans mes bras, de ne pas l'embrasser... pour cacher mon trouble. Carla, Carla, qu'as-tu fait ! Non... Piero, Piero, qu'as-tu fait !"
Il décida de ne pas le réveiller et descendit manger. Avant de sortir, il leur demanda de préparer un plateau avec le repas pour le garçon. Il se serait sûrement réveillé affamé. Il rentra. Akim dormait encore, dans la même position que quand il était parti. Piero sortit de la chambre, posa le plat sur la petite table, à la cuisine et retourna au bureau où il se remit à l'écriture de son roman.
Vers quatre heures, il entendit un bruit. Il se leva et vit Akim sur le seuil de la chambre. Il s'était rhabillé, il portait un jeans noir et un T-shirt blanc : son autre tenue.
"Salut : tu as faim ?"
"Un peu... j'ai dormi longtemps ?"
"A peu près quatre heures..."
"Autant ?" dit-il stupéfait.
"Et bien c'est que tu en avais besoin. Va par là et mange, maintenant. Après tu te mettras à travailler."
"D'accord." Répondit Akim.
Piero l'entendit manger. Puis il le vit à côté de lui.
"Je peux étudier à la cuisine, pour ne pas vous déranger..."
"Oui, d'accord. Mais si tu as un problème, tu dois venir me demander tout de suite, d'accord ?"
"D'accord, merci."
Akim prit quelques livres et disparut de nouveau à la cuisine. Piero l'oublia, jusqu'à entendre huit heures sonner au clocher.
"Akim, c'est l'heure du dîner !" Appela-t-il.
"Vous me dites ce que je dois préparer, professeur."
"Rien. Nous descendons au restaurant."
"Mais... le restaurant est cher. Je sais cuisiner et à la maison c'est beaucoup moins cher... le professeur économise."
"C'est moi qui paie, ne t'en fais pas." Dit Piero en se disant que le garçon n'avait certainement pas beaucoup d'argent.
"Mais le professeur ne doit pas dépenser pour moi..."
"J'aurais quand même dépensé des sous pour tes leçons. Alors, au lieu de payer le professeur, je paie le restaurant."
"Mais je..." objecta le garçon.
"Tu as dit que tu m'obéirais, non ?" le coupa d'un ton bourru Piero.
"Oui, bien sûr, je... j'obéis."
Ils descendirent au restaurant. Ils dînèrent presque en silence. Puis Piero paya et ils sortirent.
"Excusez-moi, professeur, mais moi... j'aurais mieux cuisiné et ça aurait coûté la moitié. Moins de la moitié."
"Tu es ici pour étudier, et puis tu feras ce que je dis, non ?"
"Bien sûr, professeur."
Piero se dit qu'il devait arrêter de le traiter durement, mais il sentait que cette dureté était une sorte d'autodéfense dans son conflit intérieur sur le garçon. Ou plutôt son combat contre l'attraction qu'il sentait pour le garçon.
A la maison, Piero décida de lui expliquer un peu de sciences, la matière où il était le plus faible. En grec, il s'en sortait pas mal, il fallait juste qu'il fasse beaucoup d'exercices et révise bien les conjugaisons et déclinaisons. Mais en sciences, plusieurs points n'étaient pas encore clairs pour lui.
Ils passèrent une heure et demi l'un à côté de l'autre et à plusieurs reprises Piero dut réprimer l'envie de lui poser un bras sur l'épaule, de le serrer contre lui, de l'embrasser. Le pire était qu'il pensait, qu'il savait, que le garçon l'aurait laissé faire, décidé qu'il était à faire "absolument tout" ce que lui voudrait. Il aurait considéré ça comme son devoir, une façon de remercier, de rembourser. Et c'était bien la dernière chose que souhaitait Piero.
Finalement, vers minuit, ils allèrent au lit. Ils se déshabillèrent en se tournant le dos, chacun de son côté du lit. Piero, contrairement à son habitude, ne retira pas son T-shirt et son slip. Il entendit le garçon se glisser dans le lit et il y monta aussi. Akim était torse nu et Piero espérait qu'il avait au moins gardé son caleçon. Akim tenait promesse et était tout au bord du lit. Piero aussi se tenait près du bord, de son côté. Il éteignit. Il lui dit bonne nuit mais fut incapable de s'endormir.
Peu après, la respiration profonde du garçon lui fit comprendre qu'il s'était endormi. Alors seulement lui aussi réussit à glisser lentement dans le sommeil, la tête et le cœur pleins d'Akim.
Piero se réveilla : il était six heures du matin. Le soleil filtrait déjà par la fenêtre. Pendant la nuit, il avait dû rejeter les draps et il était découvert. Il regarda vers Akim : lui aussi était découvert.
Il portait un petit slip en coton bleu clair avec l'élastique azur. Et le cœur de Piero s'affola dans sa poitrine : Akim avait une érection très visible, la classique érection matinale et son slip non seulement n'en cachait rien, mais il semblait même la souligner, la mettre plaisamment en valeur. Et le sexe qu'on devinait sous le fin tissus tendu était bien celui d'un homme mur, pas celui d'un garçon ! Piero était fasciné. Il en détourna le regard avec peine et ses yeux descendirent caresser les belles jambes, bien formées et fortes, remontèrent vers cette glorieuse érection, puis sur le ventre plat et ferme, ciselé par les abdominaux, puis sur la poitrine, large et glabre, belle et enfin sur le visage doucement détendu par le sommeil.
Piero s'aperçut qu'il était complètement en érection, alors il se secoua et sortit lentement du lit par son côté, alla à la salle de bain et prit une douche en espérant calmer ses ardeurs, mais il n'y réussit qu'en se masturbant sous le jet. Et il réussit à ne pas penser à Akim, mais à sa première fois avec Luca, au sauna, avec le chaud et irrésistible Luca, Luca le blond, Luca et ses yeux célestes... si différent de ceux de... et il éjacula en pensant au nom d'Akim.
Il s'habilla et regarda sa montre : seulement six heures et demie. Il décida de se mettre à écrire il savait que seul cela aurait le pouvoir d'arracher le garçon de ses pensées, de l'empêcher de retourner vers le lit pour chercher le confort de ce corps si sensuel.
A huit heures et demie, il réveilla Akim et lui dit qu'ils allaient à la plage. Le garçon obéit mais demanda à emporter des livres. Piero lui dit que le matin au moins, il faudrait qu'il se détende s'il ne voulait pas s'épuiser.
"Mais je suis très fort, professeur."
"Mais toute force a sa limite et je ne veux pas que tu l'atteigne." Coupa Piero en soulignant le mot "veux".
Akim comprit et acquiesça.
"Tu as un maillot de bain ?"
"Non..."
"Mais... tu sais nager ?"
"Bien sûr. Petit, je nageais beaucoup dans la mer, près de notre maison."
"Peut-être qu'un de mes maillots t'irait... nous ne sommes pas si différents de corps."
Il chercha et lui donna un maillot un peu étroit pour lui. Le garçon alla à la salle de bain et en revint vite :
"On dirait qu'il est fait pour moi !" dit-il, l'air surpris.
"Le tissus est extensible, il s'adapte bien."
Ils allèrent à la plage. Akim nageait vraiment bien. Ils s'étendirent au soleil. Piero lui demanda de lui raconter ses souvenirs d'Egypte et il se tourna sur le ventre pour ne pas regarder ce si beau corps à deux empans du sien.

Huit
Les troubles de Piero continuèrent les jours suivants sans qu'Akim ne fasse rien pour les provoquer. Et plus Piero cherchait à les repousser, plus ils semblaient se renforcer. Il se levait toujours à six heures, comme s'il avait une horloge interne, et il voyait chaque matin l'érection d'Akim et il devait sortir du lit et s'éloigner pour ne pas succomber à la tentation.
Puis, après qu'ils aient passé six jours ensemble, Piero se dit qu'il ferait peut-être mieux de se coucher plus tard que le garçon, dans l'espoir de se réveiller après lui. A minuit il lui dit d'aller se coucher et le garçon posa son livre et obéit. Piero resta éveillé jusqu'à deux heures, là il se sentit fatigué et décida de se coucher.
Akim, sans doute parce qu'il s'était endormi seul, n'était pas comme d'habitude bien dans son coin, mais au centre du lit, les jambes écartées et juste couvert du drap léger.
Et il advint ce qui, aux yeux de la loi et de l'opinion publique, n'aurait jamais dû se produire.
Piero aurait dû le réveiller et le faire se déplacer, simplement. Mais fut-ce l'idée de ne pas le déranger, ou la fatigue qui l'empêchait de penser clairement, ou la solitude, ou le désir trop longtemps réprimé et pas soulagé par la masturbation matinale... Ou fut-ce un peu de tout cela, mélangé en un cocktail explosif...
Piero monta sur le lit en cherchant à éviter le contact avec le corps du garçon, dans le vague souhait de ne pas violer la règle qu'il s'était imposée et il se recroquevilla dans le petit espace libre, en retenant sa respiration.
Il éteignit et essaya de dormir. Mais son cœur battait si fort qu'il fut surpris que cela ne réveille pas Akim. Ce dernier lâcha un petit soupir et se retourna... et une de ses mains effleura le visage de Piero, un de ses doigts effleura ses lèvres et Piero frissonna, presque terrorisé par l'intensité de l'émotion que ce léger contact involontaire avait suscité en lui. Plus que de l'émotion : Piero se sentit soudain complètement excité. Il n'osait pas bouger. Akim se tourna encore et sa jambe toucha celle de Piero et provoqua une autre secousse électrique des plus violentes. Piero avait le cerveau en flammes, le corps en flammes. Et une de ses mains, comme mue par sa propre volonté, se tourna et ses doigts effleurèrent un téton du garçon qui se durcit immédiatement sous le contact.
Piero sentait sa tête exploser, sa nuque, sa poitrine... et même plus bas. De l'autre main il chercha et effleura la lèvre douce comme la soie du garçon. Lequel se tourna encore et se mit sur le côté, face à Piero, et un bras d'Akim se posa sur le côté de Piero, comme pour une étreinte involontaire et inconsciente. La main de Piero abandonna le téton et descendit doucement caresser légèrement le ventre puis plus bas, sous le drap, jusqu'à sentir contre sa paume la douce chaleur de ce sexe... pas de garçon, mais d'homme bien formé. Et le sexe répondit à la caresse par un frémissement, puis un autre, et commença à durcir rapidement et Piero le sentit, solide, presser contre sa main. Alors, tâchant de rassembler ses dernières bribes de volonté, il réussit à éloigner lentement sa main du membre tentateur et se dit qu'il devait à tout prix sortir du lit, quitte à passer une nuit blanche.
Et à cet instant il entendit Akim murmurer "Non..." et sa main se poser sur la sienne et la guider de nouveau sur son érection. Piero, figé d'émotion, regarda le visage d'Akim et vit ses yeux ouverts et brillants le regarder et s'illuminer dans un sourire tendre et Piero ne fut plus capable de s'opposer à son propre désir. Ce sourire lui avait ravi ses dernières forces, toute sa volonté, lui avait coupé toute retraite.
"Non..." répéta-t-il avec douceur, "vous ne devez pas fuir..."
Et Akim approcha son visage de celui de Piero, lui offrit ses lèvres à embrasser, d'une main il maintenait celle de Piero contre son érection, tandis que l'autre allait chercher son impérieuse érection.
Leurs lèvres se trouvèrent et la langue d'Akim se fraya un chemin dans la bouche de Piero qui répondit au baiser avec un abandon complet, sans plus penser à rien, sans plus d'obstacles ni de résistances.
Et Piero se rappela de son rêve et confusément il pria que personne ne sonne pour interrompre celui-ci.
Akim fit glisser le drap, de ses mains il fit s'asseoir Piero sur le lit et s'assit à son tour devant lui, les jambes écartées autour des siennes, et il lui caressa le visage et ses yeux brillèrent intensément à la faible lumière des réverbères qui filtrait à travers les fenêtres. Puis les mains d'Akim descendirent pour saisir le bas du T-shirt de Piero et le retirer lentement. Puis ses lèvres descendirent sucer un téton, puis l'autre, tendres, chaudes et douces. Piero le laissait faire, presque content qu'Akim lui-même donne corps à son rêve en le rendant réel. Leurs doigts s'entrecroisaient, il se serraient et s'embrassèrent de nouveau.
Akim descendit la main à la recherche du sexe de Piero, lequel en fit autant. Akim passa les doigts sous l'élastique et le força à descendre sous la base du dur pieu de chair et ses doigts explorèrent le membre puissant de Piero. Lequel lui en fit autant, sans qu'ils ne cessent de s'embrasser et de jouer doucement de leurs langues.
Akim, de ses doigts forts et effilés, fit descendre le prépuce de Piero. Piero caressait les lourdes testicules en les palpant délicatement. Tout se passait en silence, un silence irréel, tout comme dans un rêve.
Puis ils s'étendirent encore, étroitement enlacés, sur le côté, et se libérèrent l'un l'autre de leur slip. Ils s'embrassèrent encore, pressant leurs bassins l'un contre l'autre, leurs mains essayant de caresser le dos et les fesses de l'autre. Piero sentit Akim frémir, se raidir, se serrer contre lui vigoureusement et entre leurs ventres pressés, jaillit un jet, puis un autre, et encore un autre et alors Piero jouit aussi, un jet après l'autre. Leur semence jaillissait encore quand il sentit Akim lâcher un profond soupir et se détendre entre ses bras. Il eut encore un ou deux frissons puis un autre profond soupir.
Puis Piero le sentit glisser rapidement dans le sommeil.
Alors il se sépara du garçon maintenant étendu sur le dos. Il sortit du lit, étourdi. Il alla à la salle de bain, se nettoya le ventre, prit une petite serviette, la mouilla un peu et rentra dans la chambre pour nettoyer délicatement et soigneusement le ventre du garçon, qui continuait à dormir.
Piero se sentait comme un criminel qui retourne sur les lieux du crime pour supprimer les preuves de son méfait. Il jeta la serviette sous le lit et remit son slip et son T-shirt. Il ne pouvait pas remettre à Akim son slip, pour ne pas le réveiller, alors il le lui posa à côté du bassin, il le couvrit avec le drap et se coucha pour dormir. Il tarda à trouver le sommeil. Que se passerait-il demain matin ? Le garçon réagirait-il comme rien ne s'était passé ? Peut-être ne se souviendrait-il de rien... non, impossible, pas avec son slip posé à côté! Il serait peut-être distant, peut-être voudrait-il rentrer chez lui... et tout dire à son père. Ou...
Mais qu'as-tu fait, Piero ? se demandait-il confusément, en sombrant dans un sommeil agité.
Le lendemain il fut réveillé par le bruit de la douche. Akim n'était plus au lit. Piero se leva et en lui une alarme lui rappela soudain ce qui était arrivé pendant la nuit. Son cœur battait comme un fou.
Il remarqua le slip d'Akim, soigneusement replié sur son pantalon, sur la chaise à côté du lit. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Son cœur s'arrêta quand la douche se tut. Et il sentit une crampe à l'estomac quand la porte de la salle de bain s'ouvrit et qu'apparut la figure fine du garçon et la serviette autour de sa taille.
"Ah, je venais vous réveiller, professeur. C'est l'heure de partir à la plage, non ?" demanda sereinement Akim.
Il avait décidé de se comporter comme si de rien était ? se demanda Piero.
"Oui, je me prépare tout de suite." Et il alla s'habiller.
Ils descendirent prendre le petit déjeuner puis allèrent à la plage et s'étendirent au soleil.
Alors Piero, la voix hésitante, lui demanda : "Tu vas bien, Akim ?"
"Bien sûr, professeur." Répondit-il tranquillement.
"Tu ne regrettes pas... pour cette nuit ?"
"Non, pourquoi ?" demanda Akim, presque surpris. Puis inquiet : "Et vous, ça vous a déplu... peut-être ?"
Ils se regardèrent dans les yeux et Piero dit à mi-voix, plus pour lui que pour Akim : "Non."
"Alors c'est parfait." Conclut Akim en se recouchant avec une expression satisfaite.
"Oui, c'est parfait..." murmura Piero ébahi, en se rappelant ses craintes disparues comme neige au soleil et qui le laissaient dans une sorte de calme serein et doré.
La journée se déroula normalement, comme les autres.
A minuit, Piero dit à Akim : "Au lit, maintenant !"
Le garçon répondit en le regardant dans les yeux : "Et vous ne venez pas ?"
"Si... si..."
"Maintenant ?"
"Maintenant." Répondit-il et il se sentit de nouveau bouillir.
Qu'allait-il se passer maintenant ? Il s'était juré de ne rien faire, de faire comme si rien ne s'était passé entre eux, comme les autres soirs.
Piero commença à se déshabiller en tournant le dos à Akim, comme toujours, jusqu'à ce qu'il l'entende se glisser dans le lit. Alors, en T-shirt et en slip, il se mit lui aussi au lit.
Mais Akim, en le regardant, lui dit : "Vous pouvez enlever tout ça, non ?"
Piero ressentit un coup dans sa tête. Puis il vit le petit sourire d'Akim et il se sentit fondre et il décida, comme en transe, de se mettre nu. Le sourir d'Akim s'accentua à peine. Nu, il se glissa sous les draps et tendit la main pour éteindre.
Mais Akim dit, à mi voix : "J'aimerais qu'on ait de la lumière, cette fois..."
"Comment ? Oui, comme tu veux..."
Akim, sous les draps, se glissa contre lui, l'embrassa et se blottit contre lui, posant la joue sur sa poitrine. Piero le caressa doucement et il se serra plus fort contre lui et Piero sentit une vigoureuse érection presser contre sa cuisse. Et lui aussi était complètement excité maintenant.
"Professeur ?"
"Oui, quoi ?"
"Ça fait des mois que je rêve de cet instant !"
"Toi ? Des mois ? Mais comment savais-tu que...?
"Je ne le savais pas. Et je n'osais pas l'espérer. J'ai beaucoup de chance."
"Je... je suis ton premier homme ?"
"Non, mais le meilleur. Vous êtes vraiment le meilleur, dans tous les sens du terme."
"Si... si toi et moi... on recommence faire..." commença Piero, mais il se tut. Il ne savait que dire : l'amour ? ou juste du sexe? ou ce jeu ?
Mais Akim vint à son secours : "L'amour, professeur ?"
"Oui... tu devrais arrêter de me vouvoyer et de m'appeler professeur. Au moins tant qu'on est ici. Appelle-moi Piero."
"Vraiment ?" demanda Akim en le serrant et en tournant la tête pour embrasser son téton.
"Oui."
"Comme... comme deux amants ?"
Pour Piero ce fut un choc. Mais il se reprit et répondit : "Je ne sais pas... pas encore... comme deux amis." Suggéra-t-il.
"D'accord, Piero. Mais devant les autres je t'appellerai professeur et je te vouvoierai, d'accord ? Personne ne doit savoir, sinon ils nous sépareront..."
"Exact."
"Mais toi Piero, tu es content de m'avoir ?"
"Oui, très."
"Je... te plais ?"
"Beaucoup."
"Et... je suis ton premier garçon ?"
"N... non..."
Akim soupira et lâcha d'un ton joyeux : "Tant mieux !"
"Tant mieux ? Mais pourquoi ?"
"Si j'étais ton premier garçon il y aurait plus de chances que tu me dises qu'on doit arrêter. Là, par contre... Mais alors, je te plaisais déjà avant ? Tu avais déjà envie de moi avant ?"
"Oui, en effet."
"Et moi qui avait peur que tu me renvoies si je t'avais fait comprendre... Tu étais tellement... professeur, avec moi."
"Parce que je te désirais mais je ne voulais pas me l'avouer. Mais toi, hier soir, tu avais tout organisé ?"
"Oh, non ! Je n'aurais jamais eu le courage, je n'aurais jamais osé. Mais quand tu m'as touché les lèvres et que je me suis réveillé, j'ai compris et j'ai attendu, pour être sûr."
Piero rit et lui raconta comment tout avait commencé.
Akim, à la fin, dit : "Et bien, quelle chance j'ai eu. Mais maintenant, Piero, veux-tu faire de nouveau l'amour avec moi ?" Moi je voudrais tellement..."
"Oh, bien sûr, mon petit pharaon, bien sûr." Répondit Piero, maintenant heureux, et il monta sur le corps d'Akim, avec une impression de légèreté et de libération au fond de lui.
Akim répondit avec enthousiasme et à présent il souriait presque tout le temps. Et quand Akim sentit que Piero était au sommet de l'excitation, il s'offrit à lui en murmurant tendrement : "Fais-moi tiens, je t'en prie... fais-moi sentir que je suis à toi !"
Piero s'exécuta volontiers. Il souleva ses jambes et les passa au dessus de ses épaules, le saisit par la taille tandis qu'Akim lubrifiait avec de la salive son petit trou palpitant. Puis le garçon attrapa délicatement sa verge et la guida entre ses fesses chaudes et fermes, vers sa cible frémissante et Piero commença à pousser à fond, et entrer lentement en lui. Et il pensa qu'Akim était la beauté incarnée, une fleur. Il le prit avec autant de délicatesse que de vigueur. Les yeux d'Akim brillaient d'une lueur chaude et intense pendant qu'il l'accueillait en lui et ses lèvres se fermèrent en un sourire des plus tendres et béats.
Piero commença à bouger en lui, d'avant en arrière, il descendit embrasser ces lèvres de soie, cette bouche fraîche qui sentait le lait et le miel. Cette nuit, il firent longtemps l'amour et Piero vibrait aux bas soupirs de plaisir que lâchait Akim. A la fin, quand ils furent rassasiés l'un de l'autre, ils s'endormirent étroitement enlacés.
Ils ne firent qu'un somme et se réveillèrent à neuf heures. Après s'être embrassés en guise de bonjour, ils se levèrent et reprirent leur routine quotidienne. Mais maintenant, pour les deux, tout avait changé : en bien mieux, parce qu'il y avait entre eux un nouveau lien, intime, tendre et fort à la fois.
Piero, à cette époque, pensait beaucoup à Akim et à lui-même. Et il se rendit compte qu'il était profondément amoureux d'Akim. Mais il ne savait pas s'il devait le lui dire. Peut-être que oui, le garçon était très mur pour son âge, et pas seulement physiquement. Mais il se dit qu'il devait d'abord en parler à Carla, lui demander conseil. Comment Carla prendrait-elle ça ? Comme l'autre fois ? Mais cette fois un de ses élèves était impliqué, un mineur, en plus... qu'il n'aurait jamais dû toucher, pas même d'un doigt et qu'au contraire...
Et pourtant, Piero ne se sentait pas coupable, absolument pas. D'abord parce qu'il lui semblait évident qu'Akim était amoureux de lui. Il suffisait de voir comment maintenant son visage s'illuminait à chaque fois que leurs regards se croisaient. Ce sourire autrefois si rare était désormais toujours prêt pour lui. Une telle transformation ne pouvait être due qu'à l'amour.
Peu à peu, pendant leurs matinées à la plage, Akim se mit à parler de lui à Piero. Il lui raconta son enfance, pauvre mais plutôt heureuse, dans la ville de Quseir, sur la Mer Rouge. Sa famille, copte, venait de Qûs, mais son père s'était installé à Quseir dès qu'il avait été diplômé. Il avait travaillé pour une petite entreprise du port. Là, il avait rencontré sa mère, ils s'étaient mariés et lui était né, l'aîné de quatre fils. Girgis, Hennes et Butros. Seul Akim n'avait pas été baptisé d'un nom chrétien, parce que son père avait voulu lui donner le nom d'un de leur bienfaiteur, un musulman.
Quand Akim avait six ans, l'entreprise où travaillait son père fit faillite et ce fut le début de leur calvaire. Son père trouva divers petits boulots, mais entretenir une famille de quatre enfants était dur. Aussi, à huit ans, Akim fut-il envoyé travailler comme commis d'un tailleur. Et là, à dix ans, il avait eu sa première expérience sexuelle avec un autre commis, un garçon de quinze ans.
Ce dernier, un jour où le patron était absent, l'avait emmené dans l'arrière boutique où il avait soulevé sa tunique et lui avait montré son sexe en érection. Cette première fois, ils s'étaient juste touchés et masturbés l'un l'autre. Puis, après quelques autres fois, il l'avait convaincu de le sucer, ce qui avait plu à Akim. Enfin, moins d'un mois après, lui soulevant la tunique et le faisant se tourner, il l'avait pénétré. Cela aussi plaisait à Akim, même s'il comprit que l'autre, bien qu'il l'appelle son petit amant, voulait juste "s'amuser".
C'est à cette époque que son père, n'arrivant pas à entretenir sa famille, chercha du travail d'abord au Caire puis était parti en Italie. Après un an, ayant trouvé un travail régulier, il fit venir sa famille à Turin. C'est ainsi qu'ils déménagèrent. Et c'est à Turin qu'étaient nés Hennes et Butros.
Son père avait voulu que ses fils étudient. Pour Akim, ça avait été dur d'apprendre une nouvelle langue et de nouvelles coutumes. Et les enseignants se contentaient de ce que ce garçon arrivait à faire tout seul, sans qu'ils ne l'aident vraiment ni ne le stimulent ("Comme toi, par contre, tu as fait").
A Turin, il avait eu une deuxième expérience sexuelle. Un voisin, un algérien de vingt ans. Ce dernier, sous prétexte de se faire aider à bouger quelques meubles chez lui, l'avait appelé, avait fermé la porte, l'avait pris dans ses bras et embrassé. Akim s'était excité (c'était son premier baiser) et quand l'autre l'avait déshabillé et porté sur le lit, il l'avait laissé faire. La baise avait été agréable mais l'algérien, bien qu'il soit un beau et grand garçon plutôt sympathique, ne plaisait pas beaucoup à Akim, parce qu'au lit il le traitait "comme sa femme. Mais moi je suis un homme !".
Après environ un an, Akim connut un garçon (cette fois un italien) de vingt trois ans qui l'avait pris en auto-stop et qui à un moment l'avait touché entre les jambes. Ça plut à Akim et quand le garçon lui proposa d'aller chez lui, il le suivit et ils firent l'amour. Ils se revirent plusieurs fois et devinrent amant. Le garçon n'était pas mal, il lui plaisait autant par son caractère que physiquement et sexuellement. Ils restèrent ensemble près de quatre ans, jusqu'à ce qu'Akim devienne élève de Piero. C'est alors qu'Akim, tombé amoureux de son professeur, décida de rompre avec son dernier amant, "parce que désormais je ne m'intéressais plus qu'à toi. Je ne pouvais pas être à un autre, je ne pouvais pas faire l'amour à un autre et penser à toi, ce n'était pas honnête envers lui. Même si je n'avais pas vraiment l'espoir de... de pouvoir t'intéresser. Et pourtant... maintenant, grâce à toi, je suis l'homme le plus heureux du Monde."
Piero sourit au mot "homme" mais pensa qu'en dépit de son état civil, Akim était bien plus un homme qu'un enfant.
Piero le caressa et éprouva du plaisir à sentir tout son corps frémir. Et il sentit qu'Akim était bien à lui, corps et âme. Pour Piero c'était une nouvelle émotion : jamais personne ne s'était donné à lui avec un tel abandon, aussi pleinement. Il sentait la grande responsabilité qu'il avait prise en acceptant ce don. Il ne devait pas, il ne pouvait pas décevoir ce garçon. Et il ne le décevrait pas, se jura-t-il.
Les vacances arrivaient à leur terme. Ils étaient tous les deux bronzés et heureux (la peau d'Akim avait une magnifique couleur de bronze doré qui le rendait plus que jamais beau et désirable et encore plus la copie vivante de Toutankhamon).
Ils rentrèrent à Turin.
Pendant le voyage, ils parlèrent encore d'eux : "Akim, ça va être difficile pour toi de retourner à l'école, de me vouvoyer, de ne pas faire voir aux autres ce qu'il y a entre nous."
"Non. C'est un secret entre nous, juste nous. Et je sais garder un secret. Tu me traiteras comme les autres élèves et je te traiterai comme un professeur. Et quand tu devras me gronder, tu me gronderas et je saurais qu'il est juste qu'il en soit ainsi. N'aie pas peur, Piero, tu verras que tout se passera bien. Fais-moi confiance."
Piero sourit à l'assurance de son Akim. Maintenant qu'il le connaissait mieux, il voyait, derrière la douceur d'Akim, une force, une détermination et une assurance dignes d'un vrai adulte, mur. Et c'était peut-être justement ce contraste enfant - homme qui le fascinait.
"Pourquoi tu t'es... tu t'intéresses à moi ?" demanda Piero à un moment.
"Parce que... et bien, parce que j'ai lu dans tes yeux du respect et de l'intérêt pour moi. Et de la confiance. Et puis parce que tu es beau. Un jour tu es venu à l'école avec un costume qui serrait tellement ton corps et moi... pendant tout le cour... j'ai eu une érection et je n'arrivais pas à penser à autre chose que ce qu'il serait agréable d'être entre tes bras."
"Et... je ne t'ai pas déçu ?"
"Déçu ? Non, au contraire. C'est encore meilleur que tout ce que j'ai pu rêver. Quand dieu t'a donné la vie, je crois qu'il pensait à moi."
"Je ne crois pas être aussi parfait..." protesta Piero.
"Je n'ai pas dit que tu étais parfait. Nul n'est parfait, à part Dieu. Mais tu es la bonne personne pour moi. Et moi... moi j'espère être la bonne personne pour toi. Ou le devenir."

Retrouvez les autres textes d'Andrej sur : http://www.andrejkoymasky.com/

Suite