LA MARQUE DES FORCEPS
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 8er Mai, 1985
Traduit en français par Christophe

CHAPITRE 3
COMMENT OLAF EST SECOURU PAR LE CHEVALIER GUNTAR
Ainsi, Olaf passa ses nuits dans le lit de différents voyageurs, arrivant finalement sur la côte dans un grand port. Pendant ses nuits de sexe, il avait aussi gagné un peu d'argent. Une nuit, un homme dans la force de l'âge lui avait demandé de le prendre. C'était le premier et il aima ça. Toutes les rencontres n'étaient pas agréables, bien qu'elles ne soient pas affreuses. Mais certains des hommes qu'il rencontra lui plurent, surtout un jeune homme de vingt-six ans, qui partait dans le royaume voisin pour se marier.
"Tu vas te marier mais tu aimes les garçons ?" demanda Olaf, ébahi.
L'autre rigola. "En fait, j'aime vraiment le frère de ma fiancée. Si nous devons être amants, j'ai décidé de me marier avec elle. Nous avons compris que de cette façon, nous pourrons vivre ensemble. On vivra ensemble comme deux couples. On ira pêcher, et quand on sera sur la mer, on pourra faire l'amour tranquillement."
"Mais comment vous vous êtes rencontrés ?"
"En mer. L'année dernière, il a fait naufrage et c'est moi qui l'ai secouru. On est tombés amoureux et on a décidé qu'on devait vivre ensemble. Il partage sa maison avec sa petite sœur, alors..."
"Et vous préférez tous les deux les hommes ?"
"Moi, c'est sûr. Lui... Je suis son premier. Il a commencé par gratitude. Et puis il a trouvé qu'il préférait le faire avec moi qu'avec sa femme. En plus, elle est frigide."
"Je te crois, tu es un amant parfait, j'ai beaucoup aimé ce que tu m'as fait."
"Olaf, tu es aussi un gamin délicieux."
Quand Olaf arriva au port, il alla d'auberge en auberge. Beaucoup de marins lui offraient leur chambre en échange de ses faveurs. Olaf ne s'inquiétait pas, il n'avait pas trouvé le travail qu'il cherchait mais il pouvait vivre de ses charmes.
A l'arrivée de l'automne, il décida de quitter le port et de partir pour le royaume voisin. Il aurait peut-être plus de chance là-bas. Il espérait aussi rencontrer le jeune homme qui lui avait plu, ce beau pêcheur avec lequel il avait passé cette merveilleuse nuit d'amour.
Olaf avait dix-sept ans et il était très beau. Il prit la route, son sac sur le dos, marchant le long de la côte, s'arrêtant dans une auberge chaque soir. Il trouvait toujours quelqu'un prêt à le prendre dans son lit.
Dans une des auberges, un homme à moitié ivre l'invita à sa table. Olaf s'interrogeait quand un autre, plus beau et à jeun, lui fit la même offre. Olaf décida d'aller avec lui et s'assit à la table du second.
Le premier se dressa, attrapa Olaf par le bras et dit, "J'ai demandé le premier, tu viens avec moi !"
"Laisse le garçon tranquille !" dit l'autre sèchement. Il se dressa et posa sa main sur le manche du poignard pendu à sa ceinture. "Il reste avec moi."
L'ivrogne comprit que l'homme au poignard ne plaisantait pas et retourna prestement à sa table, le regard plein de haine, après avoir lâché Olaf.
Olaf se demanda s'il avait bien fait mais il était trop tard pour se raviser. Il resta avec l'homme au poignard. Ils mangèrent, puis montèrent dans la chambre. Dès que la porte fut fermée, ils se mirent faire l'amour. L'homme était infatigable. Il était rude mais pas violent, et tout bien considéré, Olaf n'était pas mécontent d'être monté avec lui. Quand enfin l'homme le laissa dormir, Olaf était épuisé, mais comblé. Il fut réveillé à l'aube et ils se remirent à faire l'amour.
Olaf était effaré par l'appétit sexuel insatiable de l'homme et quand ce dernier après avoir eu un énième orgasme, se détendit, apparemment satisfait, Olaf lui dit, "Je n'ai jamais vu un homme capable de me faire l'amour autant de fois que toi. Tu es vraiment extraordinaire."
"Ça fait cinq ans que je n'ai pas baisé. J'en avais vraiment besoin, et tu es un beau petit mâle."
"Cinq ans ? Comment ça ?" Le garçon en était stupéfait.
"Tu ne devines pas ? J'étais en prison, voilà pourquoi."
"En prison ? Pourquoi ?" demanda Olaf. L'homme n'avait pas un air d'un criminel.
"Tu me demandes pourquoi ? Pour un garçon beau comme toi. C'était le fils du vice chambellan du Roi Oder. Et dire que c'est lui qui m'a séduit, moi, un simple gardien de chiens."
"...Et c'est pour ça que tu es venu sur les terres du Roi Harold ?"
"Oui. Il m'accordé son pardon et m'a exilé."
"Mais si c'est le garçon qui t'a séduit, pourquoi es-tu allé en prison ?"
"Quand ils nous ont surpris, il a menti et ils l'ont cru, bien sûr. C'était moi qui dévoyait les jeunes, un serviteur a toujours tort. J'ai passé cinq ans, à l'isolement, dans l'obscurité, l'humidité, pour avoir cédé aux avances d'un garçon comme toi."
"Il était beau ?"
"Comme toi. Plus musclé que toi, mais si tu t'entraînais... Tu pourrais passer pour un fils de la noblesse..."
"De la noblesse, moi ? Je ne connais pas mes parents, je suis né dans un petit village dans la montagne."
"Qui sait ? Ton père pourrait être un noble qui a fauté avec une fille du village. Tu es trop beau pour être le fils d'une personne quelconque," dit l'homme pensivement en le caressant.
"Mais ce garçon, ce n'était pas ton premier, non ?"
"La première fois que j'ai couché avec un garçon, j'avais quatorze ans. C'était l'apprenti du forgeron, il avait dix-huit ans. Il m'a presque violé. Je dis presque, au début, je ne voulais pas, mais ça m'a tellement plu que j'ai voulu qu'il continue. Quand j'ai eu ton âge, j'ai pris un autre garçon pour la première fois. Il avait quinze ans et un petit cul en or, un vrai délice. Je l'aimais tant que j'ai décidé d'arrêter de la prendre. Après ça, je la mettais presque toujours. Oui, il savait vraiment y faire. Il couchait avec la moitié de la garnison, mais ça ne lui suffisait toujours pas. Tu dis que je suis insatiable ? Il était inépuisable. En sortant d'un lit, il cherchait déjà le suivant. Mais un jour, il est tombé amoureux d'un écrivain public et il n'a plus été qu'avec lui. Incroyable ! Et d'un coup, il lui est resté fidèle."
Le bonhomme plaisait à Olaf, mais il le quitta pour reprendre sa route, cherchant d'autres rencontres, et surtout un travail.
Il marchait sur la route le long d'un fjord quand il vit trois hommes assis sur une souche au bord de la route. Ils avaient l'air de passants pensa-t-il tranquillement. Quand il se rapprocha, il vit que l'un d'entre eux était l'ivrogne de la veille.
L'homme le reconnut et, d'un bond, il l'attrapa, l'immobilisant de son étreinte.
"Ah ! Te voilà ! Cette fois, tu ne t'échapperas pas, mon joli !"
"Lâchez-moi ! Qu'est-ce que vous voulez ?"
"Ce que je veux ? Ton cul, mon garçon."
"Hé ! Lâche-le, qu'est-ce que te prends ?" demanda un des hommes assis.
"Oh non ! Hier soir, ce jouvenceau a refusé de me rejoindre dans mon lit. A la place, il est parti baiser avec un autre qui l'avait invité après moi. Et maintenant, d'accord ou pas, je vais me le faire." dit l'homme avec décision.
Olaf tentait de se dégager mais les deux autres ricanaient. "Ah, un gamin à louer, hein ? On pourrait aussi se le faire, nous aussi..." dit le troisième en se levant pour tenir Olaf par l'autre bras.
Alors, celui qui était resté assis sur la souche les rejoignit avec un sourire vicieux et prit Olaf par le menton. "Un mignon garçon, pour prendre du bon temps," dit-il.
"Non, laissez-moi... lâchez-moi..." hurla Olaf en cherchant désespérément à se libérer.
Mais les trois hommes rigolèrent et le portèrent à bout de bras dans une clairière. Olaf, se débattit de toutes ses forces en hurlant, mais c'était inutile. Les six mains le tenaient fermement, et quand ils furent dans les buissons, ils le déshabillèrent. Ils étaient calmes et le laissaient hurler à son aise en riant, excités par la résistance du garçon.
"Qui commence ?" demanda l'un.
"Moi. Je l'ai vu hier soir. Tenez-le bien," dit l'homme en ouvrant sa braguette et en sortant son manche tendu.
Les deux autres tenaient en position Olaf qui continuait à se débattre de toutes ses forces en hurlant, bien qu'il sache que c'était inutile.
"Un beau petit cul, pas vrai, les amis ?" dit le premier en se préparant à le pénétrer. "Regardez comment je vais la lui mettre !"
"Non, pitié... Noooon...." cria Olaf.
Les autres hommes riaient fort. "Pitié ? La pitié de te la mettre ?" dit l'un d'eux en le tenant fermement.
Olaf sentit qu'on le pénétrait et hurla, pas tant de douleur que de rage.
Soudain, il entendit une voix crier. "Lâchez-le, canaille !" et Olaf se retrouva libre.
Au début, il pensa que c'était l'homme avec lequel il avait passé la nuit. Quand il se retourna, nu et tremblant, il vit que les trois hommes s'enfuyaient à toutes jambes. Un chevalier se tenait tête nue à quelques pas de lui, ses cheveux blonds flottant dans le vent, une épée à la main. Le chevalier se tourna en se demandant s'il devait les poursuivre. Puis il revint vers le garçon qui le regardait émerveillé. Il n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi beau que cet ange vengeur. Il était jeune, pas plus de vingt-cinq ans, ses yeux étaient du bleu profond d'un lac de montagne et brillaient de colère. Il se tourna vers le garçon en rentrant son épée au fourreau, fixa le corps nu du garçon, les yeux radoucis.
Sous le regard du jeune homme, Olaf se rappela qu'il était nu et se couvrit instinctivement des deux mains en rougissant.
"J'espère que je suis arrivé à temps, mon garçon," dit le chevalier d'une voix basse et chaude qui fit frémir Olaf.
"Pas vraiment, Seigneur." répondit impulsivement le garçon.
"Je suis désolé. Dès que j'ai entendu tes cris, je suis descendu de cheval je suis venu. Tu ne te rhabilles pas, à présent ?
"Si, Seigneur... merci..."
Pendant qu'Olaf ramassait au sol ses vêtements chiffonnés et s'habillait, le chevalier lui demanda, "Comment t'appelles-tu, mon garçon ?"
"Olaf, Seigneur."
"Et quel âge as-tu ?"
"Dix-sept ans, Seigneur."
"Je t'en aurais donné deux de plus... Tu as un beau corps ? Que fais-tu ? Où habites-tu ?"
"Je n'ai pas de maison, Seigneur. Je cherche un travail, c'est pourquoi je voyage."
"Et ta famille ?"
"Je suis seul au monde, Seigneur..." répondit Olaf qui s'était rhabillé, regardant la riche vêture du beau chevalier.
"Tu es seul et tu cherches du travail ? Que penses-tu, alors de devenir mon serviteur ? Je voyage seul. Ton aide et ta compagnie me feraient plaisir."
"Voulez-vous de moi comme serviteur, Seigneur ? Vraiment ? Je suis à vous, vous m'avez sauvé, et..." dit-il et il s'arrêta. Il allait dire, "et vous êtes si beau !" mais il eut peur que le chevalier n'apprécie pas ces paroles.
"Allons-y. Je m'appelle Guntar et je suis un chevalier au service de Roi Harold. Je fais mon voyage initiatique."
"Votre voyage initiatique ? Qu'est-ce que c'est, Seigneur ?"
"Le Roi m'a fait chevalier lors de la fête du milieu de l'automne, et pendant un an, je dois voyager dans tout le royaume, pour protéger les faibles, pourchasser les criminels, acquérir de l'expérience, m'endurcir. Nous vivrons à la dure pendant le reste de l'année. Mais avec moi, tu seras vêtu, nourri, logé et protégé. Quand l'année sera finie, tu viendras avec moi dans le château familial, dans le domaine et tu recevras tes gages. C'est tout ce que je peux t'offrir. En échange, tu apprendras à t'occuper de mon cheval, de mon armure, de mes vêtements et tu devras toujours obéir à mes ordres. Acceptes-tu ?"
"Avec grand plaisir, Seigneur."
"Bien, Olaf. Je demanderai au tailleur des vêtements qui conviennent au serviteur d'un chevalier. Tu ne peux pas me suivre vêtu de tels haillons. Tu devras te laver plus souvent. Tu ne sens pas très bon, à présent," lui dit le chevalier en souriant pour atténuer la rudesse de ses paroles.
Olaf rougit légèrement et dit, "Si vous m'apprenez à bien vous servir, vous verrez que vous n'aurez pas à regretter de m'avoir pris à votre service, Seigneur."
"Et ne m'appelle plus Seigneur. Chevalier suffira; Olaf."
"Oui, Chevalier."
Guntar se remit en selle et reprit sa route, suivi par le garçon qui marchait à ses côtés, heureux d'avoir trouvé un aussi bon travail, au profit d'un si beau chevalier.
Ils cheminèrent plusieurs heures, ne s'arrêtant que pour boire à un ruisseau et pour abreuver le cheval. Quand ils arrivèrent dans une petite ville, Guntar se rendit à l'auberge. Dans l'écurie, il montra à Olaf tout ce qu'il devait faire pour panser et nourrir le cheval. Puis il entra dans l'auberge et demanda à l'aubergiste de lui préparer un bain chaud et de faire venir un tailleur.
Quand Olaf entra dans l'auberge, le bain était prêt. Guntar demanda à Olaf de l'aider à retirer son armure et ses vêtements, et entra nu dans le baquet puis il demanda au garçon de le laver. Olaf était excité. Le corps de son chevalier lui paraissait merveilleux et l'idée de le toucher l'enfiévrait. Il espérait que le chevalier voudrait lui faire l'amour. Pendant qu'il frottait soigneusement le corps splendide de Guntar, rien ne se passa. La seule réaction de Guntar fut une phrase dite avec un naturel extrême.
"Tu as un toucher très doux. J'aime bien. A présent, tu peux me sécher. Et puis tu prendras ton bain. Quand tu auras ta nouvelle livrée, tu devras te laver souvent." Puis Guntar lui expliqua, "Quand nous mangeons en public, tu devras me servir et tu mangeras après. Tu dois apprendre à servir à table, nous allons commencer tout de suite. Quand nous serons seuls, nous mangerons ensemble." Il lui montra comment tenir les couverts, de quel côté il devait se tenir, comment faire attention.
Olaf apprenait vite, grâce à sa prodigieuse mémoire et à sa bonne volonté.
Le tailleur se présenta. Guntar choisit le tissu et lui fit faire trois jeux de sous-vêtements et deux livrées complètes. Le tailleur l'assura que tout serait prêt dès le lendemain. Olaf, à la pensée d'avoir des sous-vêtements se sentit riche. L'idée d'avoir une livrée aux couleurs du chevalier, vert clair et bleu ciel, l'enchantait.
Ils allèrent marcher et le chevalier fit des exercices entre les arbres et les fit aussi faire à Olaf. Quand ils furent fatigués, ils rentrèrent à l'auberge. Dans la chambre du chevalier, le lit était large.
"Le serviteur dort toujours aux pieds de son chevalier, là sur le lit, en travers, au fond. Il doit protéger son sommeil et être prêt à lui obéir. A la maison, tu auras un lit au pied du mien. Comprends-tu ?"
"Bien sûr, chevalier. Est-ce que je ne devrais pas dormir au sol tant que je n'aurai pas ma livrée ? Je ne veux pas salir votre lit avec mes vêtements sales."
"Non, pas par terre. Cette nuit, tu n'auras qu'à te déshabiller et à mettre une de mes chemises et il n'y aura pas de problèmes. Il suffit que tu te tiennes propre. A présent, tu dois apprendre à plier mes vêtements, quand je me déshabille."
"Dois-je vous aider pour vous déshabiller ?" demanda Olaf plein d'espoir.
"Non, ce n'est pas nécessaire. Quand j'enlèverai mon armure, tu devras m'aider. Pour les vêtements, je peux le faire seul, je ne suis pas si vieux, après tout," dit-il en souriant.
Olaf aimait le sourire du chevalier. Il y voyait la fraîcheur, la sincérité, une chaleur indescriptible
Quand ils furent nus, Guntar tendit à Olaf une de ses chemises de nuit, et en enfila une. Ils se couchèrent et Olaf souffla la lampe.
"Tu m'as dit que tu étais seul, Olaf."
"Oui..."
"Tes parents son morts ?"
"Je ne les ai jamais connus. On m'a trouvé dans un panier près d'un puits. Quand j'étais petit, on m'appelait, 'Olaf du puits'."
"Et qui s'est occupé de toi ?"
"Une femme du village qui allaitait encore son dernier né. Elle m'a élevé."
"Elle a été comme une mère pour toi ?"
"Oui. Mais quand son mari est mort, elle s'est remariée. Son nouveau mari ne voulait pas d'enfant qui ne soit pas de lui chez lui, alors elle m'a placé chez un boulanger qui vivait plus bas dans la vallée."
"Elle t'a abandonné ? J'imagine que tu as du te sentir malheureux..."
"Non, je l'ai comprise. Elle avait fait beaucoup pour moi et j'étais assez grand pour quitter la maison."
"Alors pourquoi es-tu parti de chez le boulanger ?"
"Et bien... ses deux fils étaient cruels avec moi. J'ai décidé de partir pour chercher fortune ailleurs..."
"Tu n'as pas eu une vie facile..."
"Je ne me plains pas, Chevalier..."
"Tu vivais sur les terres du Roi Olaf, pas vrai ? Qu'est-ce qui t'a conduit sur celles du Roi Harold ?"
"Je n'ai pas de vraie raison. Je voulais partir au sud, où les nuits d'hiver, à ce que j'ai entendu, sont moins longues. Peut-être parce que le destin voulait que je vous rencontre, qui sait ?"
"C'est vrai. Et je pense que je suis arrivé pile ! Ces hommes allaient profiter d'un garçon sans défense ! J'aurais dû tuer ces chiens puants."
"Avez-vous déjà tué des hommes, Chevalier ?"
"Pas encore. Peut-être, si une guerre était déclarée..."
"Mais que fait un chevalier royal ?"
"Il met sa vie au service de son suzerain, le Roi."
"Mais exactement, il fait quoi ?" insista le garçon.
"Si le Roi lui donne un ordre, il l'exécute sans poser de question. Le reste de son temps, il s'entraîne pour être prêt, il est courtois avec les femmes, compose des poèmes ou des ballades, chasse, prend part à des tournois et à des joutes... En bref, il fait ce qu'il préfère. Et contrairement aux nobles, il n'a pas de responsabilités particulières.
"Mais vous êtes né chevalier ?"
"Pas exactement. On peut naître dans une famille noble, mais le cadet n'hérite ni du titre, ni des terres et de la fortune, alors ils devient chevalier. Mon père était conte, je suis son quatrième fils, alors..."
"Seuls les nobles peuvent devenir chevaliers ?"
"Normalement, il est rare que le roi adoube chevalier un homme qui n'est pas d'origine noble. Oui, très rare. De ma vie je crois que ça n'est jamais arrivé. Pourquoi, voudrais-tu devenir chevalier ?"
"Moi ? Non, je n'y pensais même pas. C'est seulement que vous êtes le premier chevalier que je rencontre et j'étais un peu curieux. Pour moi, c'est déjà une chose incroyablement belle d'être votre serviteur."
"Vraiment ? Pourquoi ?"
"Parce que... vous m'avez sauvé..."
"C'est mon devoir de chevalier. Le roi a le devoir de protéger le faible et il le fait avec l'aide de ses chevaliers. Nous sommes les mains du roi, ses yeux, ses oreilles, ses pieds, et aussi son épée !"
"Comment est le roi ?"
"Le Roi Harold ? C'est un roi extraordinaire, le meilleur qu'on puisse désirer. Il est sage, fort, droit, magnanime."
"Quel est le nom de votre cheval ?"
"Foudre..."
"Il est très beau..."
"Oui, je l'ai depuis que je suis écuyer. Je pourrais dire que nous avons grandi ensemble. Il ne permettrait à personne de le seller ni de le monter. Il n'obéit qu'à mes ordres."
"Mais il me laisse l'étriller..."
"Parce que je le lui ai demandé, sinon tu n'aurais pas pu l'effleurer d'un doigt."
"Vous lui parlez ?"
"Bien sûr, c'est mon ami."
"Moi aussi, je peux lui parler ?"
"Si tu veux..."
Olaf était heureux. Il s'endormit lentement, en sentant qu'il commençait une vie nouvelle, merveilleuse, aux côtés d'un homme extraordinaire et. beau.
Le jour suivant, Olaf vint pour panser Foudre et il lui parla tout le temps, lui dit des milliers de choses, le caressant de temps en temps. L'animal le suivait des yeux, attentif. Le couturier arriva avec la nouvelle livrée et le linge pour Olaf. Celui-ci, après un bon bain, se changea et jeta les vieux vêtements. Fièrement, il se présenta à Guntar.
Ce dernier le regarda avec des yeux émerveillés.
"On dirait quelqu'un d'autre. Tu es complètement transformé. Sais-tu que tu es vraiment beau ? Tu pourrais passer pour un noble !"
"Allez, ne vous moquez pas de moi ! Moi un noble ? Un garçon de la montagne..."
"Je ne plaisante pas. Il suffirait que tu te coupe les cheveux à la mode de la Cour... Je vais me faire prêter une paire de ciseaux par l'aubergiste et le faire."
Après que Guntar ait coupé les cheveux d'Olaf, il le regarda avec satisfaction. "A présent, tu es parfait. A la Cour, tu serais le page le plus admiré !"
"Mais je ne suis pas noble, je suis juste un manant." répondit Olaf avec un sourire.
Guntar ne répondit pas. Il se leva et dit, "D'accord. Allons nous entraîner. Viens et fais comme moi."
A la fin, Olaf était épuisé, sa peau était blanche et rouge comme une pomme et il était heureux. Guntar, par contre, était frais et dispos comme s'il n'avait produit aucun effort.
Ils quittèrent l'auberge et voyagèrent le long de la route côtière, contournant plusieurs fjords, jusqu'à ce que Guntar décide de s'arrêter quelques jours; Chaque jour, ils s'entraînaient et Olaf s'endurcissait progressivement, à la satisfaction du chevalier. Il prenait également soin des vêtements et l'armure était toujours resplendissante, en parfait état. Il tenait également Foudre immaculé, parfait.
Un jour, en entrant dans l'étable, Guntar entendit Olaf qui disait au cheval, "... et alors, j'ai pris ma fronde, je l'ai fait tourner et avec seulement une pierre petite comme ça, j'ai touché à la tête un canard en vol et il est tombé mort. Alors je l'ai vendu au marché et j'ai gagné assez pour manger plusieurs jours. Personne n'était meilleur que moi à la fronde, tu sais ? J'étais vraiment bon."
"Ah oui ? Tu ne m'as jamais dit que tu savais bien te servir d'une fronde..." dit le chevalier avec un sourire.
"Oh... Je ne vous ai pas entendu arriver..."
"Tu le dis à Foudre parce que tu penses qu'il croit n'importe quoi ?" demanda Guntar, moqueur.
"Non, j'étais vraiment bon..."
"Très bien, alors pourquoi ne me le montres-tu pas ?"
"Je n'ai plus de fronde, maintenant..."
"Tu saurais en faire une ?"
"Si j'avais du bon cuir... Bien sûr..."
"Très bien, allons chercher du bon cuir, alors. Je veux voir si tu es aussi bon que tu le prétends."
Guntar le conduisit chez un sellier et dit à Olaf de choisir le meilleur cuir qu'il pourrait trouver. Le garçon passa ses mains sur différentes peaux, mais il ne semblait jamais satisfait. Il les voulait plus fines ou plus épaisses, plus rigides ou plus souples... Guntar souriait en silence en pensant que ce n'était qu'un prétexte pour ne pas avoir à faire cet essai.
Mais soudain, Olaf, en examinant une peau, s'exclama triomphalement, "La voilà, celle-là est parfaite !"
"C'est le meilleur cuir que nous ayons..." dit le sellier, "Il est tanné avec des racines, à l'ancienne..."
"Très bien, je l'achète." dit Guntar. Puis il demanda à l'homme une alène et la tendit à Olaf, "Voilà, taille ta fronde, mon garçon."
"Un cuir aussi coûteux pour une fronde, Chevalier ?" demanda le sellier, presque horrifié par un tel sacrilège.
"Bien sûr ! Voyons quelle sorte de fronde notre Olaf pourra en faire."
Le garçon examina longuement la pièce de cuir, puis avec des mouvements rapides et sûrs, il découpa dedans trois frondes de longueurs différentes.
Il les essaya et en fut satisfait, puis il dit, "Et voilà. Avec ça, je peux atteindre tout ce que vous me demanderez, chevalier."
"Bien. Peux-tu atteindre la petite pierre sur le haut de la cheminée ?" demanda Guntar en montrant le toit de la maison de l'autre côté de la place du village.
"C'est facile ! C'est une cible immobile. Tout ce que je dois faire, c'est trouver la bonne pierre," dit le garçon sûr de lui. Il commença à chercher au sol. "Un galet de rivière serait mieux, mais... voilà, ça devrait être bon..."
Il la mit dans la sangle la plus courte qu'il attrapa et fit tourner rapidement tout en fixant sa cible. Soudain, il lâcha une extrémité de la lanière. La pierre siffla dans l'air et frappa la cible avec un bruit sonore et rebondit au loin.
"Bien ! Une frappe parfaite !" dit Guntar avec une admiration sincère.
Olaf ne sembla pas entendre. Il se pencha, prit une autre pierre, la mit dans la sangle moyenne, et commença à la faire tourner de plus en plus vite.
"Que veux-tu atteindre, à présent ?" demanda Guntar, la curiosité éveillée.
"Cet oiseau, là, qui vole vers nous," dit le garçon, les yeux fixés sur la cible volante. Guntar suivi le regard du garçon et vit un petit arc noir volant rapidement dans le ciel bleu.
"Un martinet ! Tu ne l'atteindras jamais !"
La fronde envoya la pierre sifflante avec rapidité et elle disparut au regard, et le vol du petit martinet cessa et il tomba au sol.
Guntar en resta sans voix. "Mon garçon, ces frondes dans tes mains sont des armes mortelles ! Serais-tu capable d'atteindre une flèche en vol ?"
"Je n'ai jamais essayé, chevalier. Je devrais probablement m'entraîner avant d'être capable de le faire sans faillir... Je ne sais pas..."
"Oui, je pense vraiment que tu dois t'exercer, mon garçon. A la guerre, tu serras à mes côtés, et je me sentirai plus en sécurité avec toi qu'avec dix hommes."
Autre chose stupéfia Guntar qui vit de nouveau Olaf occupé à étriller Foudre.
Le garçon disait au cheval, "Si tu te baisses, je pourrais mieux t'étriller le dos et te rendre le plus beau..." et Foudre se baissa. Olaf l'étrilla consciencieusement en continuant à lui parler de milliers de choses, puis il lui dit, "Très bien, c'est fait ! Maintenant, redresse-toi, que je t'étrille les jambes et les flancs... bien, comme ça...", et Foudre se redressa et frotta son museau contre l'épaule du garçon.
Guntar le regardait sans voix. Son cheval obéissait docilement à tous les ordres que lui donnait le garçon. Alors, retournant dans l'auberge, il le fit venir.
"J'arrive, Chevalier." dit le garçon en arrivant en courant.
Il le fit entrer dans la pièce et lui dit, "Olaf, quand tu auras fini de t'occuper de Foudre, selle-le, et fais-lui faire de l'exercice. Je n'ai pas envie, aujourd'hui."
"Mais, Chevalier... Foudre ne me laissera sûrement pas le seller, vous le savez bien. Et je n'ai jamais monté de cheval, je ne saurais même pas le conduire." répondit le garçon effaré.
"Et bien, arrange-toi. Obéis-moi." dit Guntar avec une expression sérieuse et laissant le garçon interloqué, il monta dans sa chambre. Il avait donné cet ordre au garçon en s'assurant que Foudre ne puisse l'entendre.
Olaf retourna à l'étable et quand il eut fini de panser le cheval, il dit, "Ecoute, notre maître m'a donné ordre de te seller et que je te fasse faire un tour. Je sais que tu n'autorises personne à le faire, mais je dois obéir à notre maître. Sois patient, Foudre. Tu sais que je ne te mens pas. Voilà, voilà... maintenant tu es beau, splendide. Je vais te seller... sois gentil, s'il te plait, ou notre maître sera fâché contre moi..."
Foudre donna au garçon une petite poussée du museau en direction de la selle pour l'encourager.
"Tu veux bien, alors ? Merci, Foudre." dit Olaf souriant en lui caressant le museau pendant qu'il prenait la selle.
Au bout d'un moment, Guntar, regarda par la fenêtre et vit Olaf sortir de l'étable, assis sur la selle de Foudre, sans se servir des rênes en disant au cheval, "Va à gauche, maintenant vers la porte..." Alors il descendit et s'approcha.
Il caressa le museau de foudre et dit, "Bien, Foudre. Tu apprécies Olaf, pas vrai ?" Le cheval hennit. "Alors nous devons apprendre à Olaf à monter à cheval." Le cheval hennit de nouveau en encensant, comme s'il acquiesçait.

CHAPITRE 4
OLAF ET GUNTAR SE DÉCLARENT LEUR AMOUR
"Olaf, tu as conquis mon Foudre en moitié moins de temps que moi. Il t'obéit comme si tu étais son maître."
"Oh non, Chevalier. Vous lui avez dit de m'obéir, quand vous m'avez chargé de m'occuper de lui, c'est pour ça qu'il m'écoute.
"Non, Olaf. Foudre te fait confiance. Maintenant, il faut que tu apprennes à le monter correctement. Par exemple, en ce moment, on dirait que tu es assis sur un banc, pas à cheval !" dit Guntar en riant.
Olaf apprenait vite et bien, en peu de jours, il fut capable de caracoler et de faire sauter Foudre comme si c'était son cheval, à la grande satisfaction de Guntar.
Ils continuaient aussi leur entraînement, course, assouplissement, saut, escalade et aussi la lutte avec un bâton.
Une nuit, au lit, Guntar dit à Olaf, "Tu progresses bien, Olaf, je suis fier de toi."
"Merci, Chevalier." répondit Olaf en se réjouissant de ce compliment.
Guntar continua, "Et tu deviens de plus en plus beau et fort. J'ai décidé que, quand cette année de noviciat sera terminée, je t'achèterai un cheval et je ferai de toi mon écuyer."
"Un écuyer ? Votre écuyer ? Oh, chevalier !" s'exclama le garçon, ému.
"Oui, comme ça, tu seras toujours à mes côtés, même aux tournois et à la cour. Et donc, à partir de demain, nous nous entraînerons différemment, pour que tu puisses être un parfait écuyer."
"Comme vous en déciderez." murmura le garçon, reconnaissant.
Olaf était de plus en plus amoureux de son chevalier. Dans son cœur, il avait abandonné le rêve du premier jour de lui appartenir physiquement, mais son amour pour Guntar grandissait jour après jour. Olaf attendait toujours avec la même impatience le moment où Guntar prendrait son bain et il le lavait. Toucher son puissant corps nu, le caresser avec le savon, le frotter longuement des pieds à la tête, était la tâche favorite de garçon. Olaf s'excitait à ce contact, surtout les quelques fois où le jeune homme avait paru légèrement excité. L'unique endroit que Guntar se lavait toujours seul était son entrejambes et Olaf en était à la fois heureux et désolé. Heureux car il avait peur, en y portant les mains de ne pas pouvoir lui cacher son attirance et désolé car il aurait voulu le toucher là lui-même.
Pendant qu'il baignait son chevalier, Olaf portait toujours des sous-vêtements pour cacher ses puissantes érections. Il ne prenait son bain que quand Guntar avait quitté la pièce, pour qu'il ne puisse pas voir à quel point il était excité. Dès qu'il était seul, il se masturbait pour libérer les douces émotions que les soins qu'il prodiguait au corps de son maître lui donnaient.
Pour Olaf, cette intimité était comme une sorte de douce torture qu'il ne voulait pas voir cesser. Il aurait voulu embrasser le corps de Guntar centimètre par centimètre pour lui donner du plaisir et l'extase des sens.
Il semblait que Guntar ne ressentait jamais d'attirance sexuelle. Le seul indice de sa sexualité était la légère excitation qu'Olaf observait parfois en le lavant. Il se demandait s'il se masturbait quand il était seul, mais il n'en avait aucune idée. Par moment, il lui racontait comment les chevaliers courtisaient les dames, avec des chants, des poèmes et des fleurs. Son chevalier plaisait aux dames, pensait le garçon avec un peu de regrets. Mais malgré cela, il était de plus en plus amoureux de Guntar.
Guntar était cordial envers le garçon, le traitant toujours avec gentillesse.
Le long hiver arriva. Guntar enseigna au garçon comment dormir dehors, dans la neige profonde. Un soir, après avoir préparé le trou dans lequel ils avaient étalé leur manteaux et s'étaient installés, Guntar lui demanda,
"As-tu froid ? Aujourd'hui, il fait plus froid que d'habitude."
"Un peu..."
"Alors allonge-toi près de moi. Nous nous tiendrons chaud. Viens là, plus près."
Olaf se coucha le long du grand corps du jeune homme qui le prit dans ses bras, l'attirant contre lui. Olaf pouvait sentir la chaude haleine de son compagnon sur son nez. Un bras du chevalier entoura ses épaules, et sa jambe passa dessus celles du garçon. Olaf ne pouvait s'empêcher de trembler d'excitation.
"Tu as encore froid ?" lui demanda alors Guntar.
"Non."
"Mais tu trembles encore." dit le jeune homme en tentant de le couvrir encore mieux avec un pan du manteau, et le serrant encore plus contre lui.
Ce qui ne fit qu'accroître l'excitation du garçon qui, redoutant que l'autre ne perçoive son érection, tentait d'écarter son bassin de lui. Mais Guntar se rapprochait encore de lui, ne laissant plus de place, dans le creux étroit, pour échapper à l'étreinte intime.
"Tu te sens mieux, maintenant ?" demanda alors Guntar d'une voix douce.
"Oui... oui, merci..." murmura le garçon d'une voix pleine d'émotion.
"Quoi ? Qu'est-ce qui se passe, Olaf ?" demanda le chevalier.
"Rien..." gémit presque le garçon.
"Rien ?" insista Guntar en le serrant étroitement, et à présent, Olaf sentait la pleine érection de chevalier pousser contre lui. Il trembla, presque violemment. Guntar lui caressa la nuque et lui demanda d'une voix douce, "Vraiment rien ? Pourquoi trembles-tu..."
"Oh, Chevalier..." gémit le garçon, confus.
"Oui, Olaf ? Mais quoi ?" murmura Guntar doucement, la main sur la nuque du garçon. Il approcha ses lèvres de celles du garçon, les effleurant, "Qu'est-ce qu'il y a, hein ? Dis-moi, Olaf, si ce n'est pas le froid, pourquoi trembles-tu tellement ?" demanda-t-il alors que ses lèvres se posaient sur celles du garçon, douces et chaudes, il les effleura de nouveau. A présent, Olaf n'était qu'un tremblement. Il ferma les yeux et poussa un léger soupir. "Veux-tu me dire ce qui se passe ? Ce qui te fait trembler comme ça ?" murmura doucement le chevalier.
"C'est... vous..." gémit le garçon comme dans un rêve.
"Moi ? Comment ça, moi ?" murmura l'autre, poussant exprès son érection fort contre lui.
"C'est la façon dont vous... me tenez, dont vous me serrez..."
"Comment ?" insista Guntar d'une voix chaude et profonde.
"Vous êtes fort... chaud... doux... viril..." répondit le garçon plein d'émotion.
Guntar embrassa intimement le garçon qui accueillit la langue de l'homme avec passion.
"Tu me plais, Olaf, tu me plais tant !"
"Oh, oui." Gémit le garçon en se laissant aller à des sensations qu'il n'aurait jamais cru pouvoir éprouver.
"Tu es le plus beau et le plus gentil garçon que j'ai jamais rencontré." dit le chevalier, l'embrassant de nouveau avec une tendre passion. "Je te désire beaucoup, tu sais ?"
"Je suis à vous." murmura Olaf d'une voix rêveuse.
"Vraiment ?"
"Oui, tout à vous."
"Pourquoi à moi ?" demanda le jeune homme tendrement.
"Parce que..." commença Olaf, mais il se tut dans une sorte de pudeur.
"Parce que ?" insista Guntar en le caressant.
"Je vous aime." murmura le garçon.
"Tu m'aimes ?"
"Oui..."
"Répète-le."
"Je vous aime."
Guntar l'embrassa de nouveau un long moment, le serrant passionnément contre son corps. "Je t'aime aussi, Olaf. Je ne sais pas quand j'ai commencé à t'aimer, mais aujourd'hui, je le comprends clairement. Veux-tu vraiment être à moi ?"
"Oh oui, je vous en prie ?"
"Je te ferai mien... Je te veux... mais pas encore..."
"Pourquoi ?"
"Parce que... Tout ça arrive trop vite. Il y a peu, tu n'étais que mon fidèle Olaf. Et maintenant, je sens que tout a changé. Je ne veux pas confondre l'amour et la fièvre. Avant de te rencontrer, j'ai désiré et j'ai possédé d'autres garçons. Mais ce n'était que du sexe. Ce que je ressens pour toi est différent, nouveau. Je ne veux pas que tu sois un garçon de plus dans mon lit. Je veux vraiment comprendre. Me comprendre, je veux dire. Je te veux vraiment, mais c'est autre chose."
"Mais quand même, je suis à vous."
"Tu es gentil."
"Je vous aime, et j'en suis sûr."
"Mais qu'est-ce que ça veut dire vraiment, m'aimer ?"
"Que vous venez avant moi, que vous êtes ma raison de vivre. Sans vous, je ne suis rien, je sens que je suis né pour être à vous," répondit Olaf d'une traite.
"C'est beaucoup. Mais c'est ce que je voulais savoir. Comprendre ce que tu es vraiment pour moi. En plus d'être un garçon si beau et si gentil. Que je désire. Mais que tu me dises que tu m'aimes va rendre des choses plus faciles et d'autres plus difficile. Faciles parce que la moitié du chemin est faite, difficile à cause des responsabilités que cela représente pour moi. Celui qui est amoureux est sans défense devant celui qu'il aime. Et je ne veux pas te faire de mal."
"Du mal ? Vous ? Ce n'est pas possible."
"Si mes sentiments pour toi n'étaient que du désir et pas un amour vrai, je te ferais souffrir, et je ne veux pas."
"Mais je l'accepterais."
"Parce que tu m'aimes, je sais. Les autres garçons, avec moi, ne cherchaient que le plaisir, l'amusement. Quand c'était fini, ce n'était un drame pour personne, tu comprends ? Alors que si un jour je te disais que tout es fini entre nous, que ressentirais-tu ?"
"Comme tous ces mois passés, je continuerais à vous aimer sans espoir, mais heureux de vous servir."
"Depuis quand es-tu amoureux de moi ?"
"Depuis... le jour où vous m'avez fait porter vos couleurs et coupé les cheveux. Vous en rappelez-vous ? Avant ça, ce n'était que du désir. De ce jour, je vous ai vraiment aimé."
"Et tu ne l'as jamais montré. Tu n'as jamais rien fait pour me le faire sentir, pas même me faire sentir ton désir."
"Je ne pouvais pas. Vous êtes le maître, je ne suis rien."
"Mais si je n'étais que l'un de tes amis ?"
"Quand je vous lavais... Je vous aurais montré l'effet que le contact de votre corps magnifique avait sur moi, et je vous aurais lavé là où vous vous lavez toujours tout seul..."
"Ça a du te coûter beaucoup, mon pauvre Olaf."
"Je n'aurais échangé contre rien au monde. De toutes mes tâches, c'est celle que je préfère."
"Pourquoi ne me suis-je jamais aperçu que c'étaient des caresses, dictées par ton amour pour moi ?"
"J'ai tout fais pour que vous ne vous en rendiez pas compte."
"Et pourtant, à présent, c'est tellement évident."
"Me laisserez-vous encore laver votre corps ?"
"Oui, mais ce sera différent. Différent pour chacun de nous, parce que je sais que je te désire et que tu me désires."
"Voulez-vous m'embrasser encore ?" demanda le garçon plein d'espoir, après un court silence chargé d'électricité.
Guntar le caressa et leurs lèvres s'unirent dans un long baiser passionné. Olaf s'abandonna à cette étreinte et la savoura, heureux et reconnaissant. Ils se séparèrent, le cœur battant, et Guntar murmura, "A présent, essayons de dormir."
"Tout va bien, Chevalier." dit Olaf, se serrant avec bonheur pour dormir contre le corps de son amour.
Au matin, ils se levèrent, secouèrent la neige tombée pendant la nuit. Le soleil brillait dans le ciel d'un bleu azur lumineux. Ils se réchauffèrent avec quelques exercices. Olaf était content de voir la lumière qui brillait dans les yeux de Guntar quand il le regardait. Quelque chose s'était profondément modifié entre eux. En se rappelant ce qu'ils s'étaient dit pendant la nuit, les sentiments qu'ils s'étaient mutuellement dévoilés, il sentit une douce chaleur en lui. Olaf pensa qu'il pouvait encore sentir les lèvres du jeune homme sur les siennes.
Ils passèrent la journée en exercices, en entraînements, puis s'assirent devant le feu pour parler tout en mangeant. Le soir, Guntar enseigna à Olaf comment disposer les braises tout au long d'un tronc à terre, pour le faire se consumer toute la nuit pour profiter de sa chaleur, et ils se couchèrent à côté du tronc, sous la couverture de fourrure.
Guntar le serra de nouveau dans ses bras et le caressa. "Es-tu fatigué, Olaf ?"
"Non, ça va bien."
"Tu acquiers une remarquable endurance. Tu es bon. Tu pourras faire un parfait écuyer."
"Je vous aime..."
"Oui, je sais. Je l'ai senti toute la journée. C'est merveilleux d'être aimé."
"C'est merveilleux d'aimer." murmura le garçon en se serrant plus étroitement, plein de désir contre le jeune homme.
Guntar le caressa. "Je te veux..."
"Vous savez que je vous appartiens. Pourquoi ne m'avez-vous pas encore embrassé, ce soir ?"
"Parce que j'ai trop envie de toi. Si je t'embrasse, je ne serais pas capable de me limiter à ça."
"Je ne demande rien d'autre..."
"Un chevalier doit savoir se dominer."
"Même quand il est amoureux ?"
"Surtout quand il est amoureux."
"Alors je préfèrerais que vous ne soyez pas chevalier !" murmura Olaf. Puis précipitamment, il s'excusa, "Pardonnez-moi, j'ai dit une sottise. Pardonnez-moi !"
Guntar lui sourit et lui caressa la joue. "Tout est pardonné à celui qui aime."
"Avez-vous eu beaucoup de garçons, avant moi ?"
"Quelques-uns."
"Et des filles ?"
"Quelques-unes."
"Avez-vous été amoureux d'une dame ?"
"A la Cour, on échange des gestes d'amour, mais ce ne sont que jeux de cour, rien de sérieux. Pour moi, au moins. Non, je ne suis tombé amoureux de personne. Vraiment amoureux, je veux dire."
"Mais un jour, vous vous marierez..."
"Ce n'est pas dit..."
"Et... vous préfériez les filles où les garçons."
"Je ne me suis jamais posé cette question. Les deux, je pense, mais jamais un garçon ni une fille ne m'ont attiré autant que toi, mon garçon. Peut-être parce que je sens à quel point tu me désires, mais que tu sais te retenir, comme un vrai chevalier."
"Ce n'est pas aisé, croyez-moi."
"Je le sais très bien. Tu es beau et désirable. Je ne sais pas combien de temps je pourrai résister à ton charme."
"Pas trop longtemps, j'espère," répondit le garçon en souriant.
"C'est beau aussi d'éprouver du désir, de le nourrir mais d'y résister, mon beau garçon."
"Oui, c'est vrai. Mais c'est beau aussi de s'abandonner à celui qu'on aime. Et je vous aime."
"J'aime t'entendre dire ça."
"Je vous le répèterai tant que vous m'y autoriserez."
Pendant les jours suivants, ils se livrèrent à un entraînement sévère, et le soir, ils parlaient dans les bras l'un de l'autre, sentant leur désir réciproque, mais sans se permettre plus que des baisers. Une fois, ils se lavèrent dans un torrent, et Guntar voulut laver Olaf et tous deux, tremblant de désir, se touchaient dans une longue caresse, et cette fois, le chevalier le laissa toucher son sexe pleinement excité, mais sans céder à son désir.
Quand ils furent rhabillés, Guntar dit, "Je ne pensais pas que ça serait si difficile. Je t'aime mon garçon."
"En êtes-vous sûr ? M'aimez-vous vraiment ?"
"Oui, je t'aime. Et je te veux, aussi."
"Mais alors... pourquoi ne pas le faire vôtre ?"
"Parce que j'ai décidé de ne pas le faire avant que l'adoubement ait eu lieu. Résister à l'envie de toi serra mon vrai test de chevalier. Ce sera la chose la plus difficile pour moi, mais cela consacrera l'amour que j'ai pour toi."
"M'aimez-vous beaucoup ?"
"Enormément."
"Plus que vous n'aimez... Foudre ?" hasarda le garçon.
"Plaisantes-tu ? Bien sûr que je t'aime plus que Foudre," s'esclaffa Guntar.
"Alors ça me va," dit le garçon.
"Foudre, aussi cher et précieux qu'il me soit, n'est qu'un animal, il n'y a pas de comparaison. Je t'aime plus que mon épée, plus que mon roi. Je t'aime plus que ma vie."
"Vous êtes sérieux ?"
"Un vrai chevalier ne ment jamais."
Olaf était aux anges. Savoir qu'il était aimé lui donnait un indicible sentiment de joie. Voir l'amour dans les yeux de son homme lui donnait une profonde émotion. Panser son cheval, s'occuper de ses vêtements et de son armure le rendait fier. Chasser un animal avec sa fronde et le cuire sur les braises pour le servir à Guntar le rendaient fier. Il ne vivait, ne respirait, n'existait que pour lui. Mais le meilleur était quand il dormait entre ses bras et qu'il lavait ce corps beau et vigoureux. Il commença à compter les jours jusqu'à la fin de l'année de formation.
Au début du printemps, il passait un col dans la montagne quand Guntar arrêta Foudre et se dressa sur ses étriers en inspectant les environs.
"Qu'y a-t-il, chevalier ?" demanda Olaf, en regardant son expression tendue.
"Quelque chose de bizarre. Un danger devant nous."
Olaf n'entendait rien à l'exception des bruits de la forêt et du murmure d'une cascade. Mais à voir la tension du chevalier, il saisit la fronde moyenne et l'arma avec un des galets qu'il avait dans sa bourse. Il balança la fronde dans la main, écouta et regarda avec attention.
"Avançons prudemment, c'est un endroit parfait pour une embuscade. Reste dix pas derrière moi." dit Guntar d'une voix à peine audible tout en laissant Foudre reprendre sa route.
Olaf remarqua que le cheval avait les oreilles dressées et les bougeait à peine, comme s'il entendait des bruits anormaux.
Ils avancèrent d'une cinquantaine de mètres, quand dans un bruit de tonnerre, un arbre s'abattit sur le chemin et un groupe d'homme sortit du couvert en brandissant des haches, des épées, des bâtons et des fourches. Des bandits.
Guntar sauta de Foudre en lui donnant un ordre et, l'épée en main, il se jeta contre le plus terrible des adversaires. Olaf lança sa pierre avec sa fronde et un des bandits s'écroula avec un hurlement. Le garçon regarnit sa fronde, prêt à tirer de nouveau.
Pendant ce temps, Foudre chargeait un des hommes armé d'un bâton et d'une soudaine ruade, repoussa un autre des bandits. Guntar se battait contre son puissant adversaire et prit le dessus. Olaf vit un des brigands charger Guntar par derrière avec une fourche. Il lui décocha une pierre et le tua. Il rechargea sa fronde tout en échappant agilement à un autre bandit qui l'attaquait, armé d'une hache.
Guntar frappa de son épée sur cet assaillant dont il brisa l'élan tout en parant au coup de hache d'un autre des bandits. Olaf assomma un troisième homme d'un coup de sa fronde mortelle pendant que Foudre ruait furieusement sur un autre. Olaf grimpa dans un arbre et de là, il frappa mortellement un quatrième, pendant que Guntar passait son épée à travers un bandit qui essayait de couper les jarrets de Foudre avec une faux.
Et soudain, ce fut le silence. Les onze hommes gisaient au sol, morts ou à l'agonie. Guntar alla de l'un à l'autre et leur perça le cœur, un par un. Foudre se plaça près du chevalier, hennit doucement alors qu'Olaf descendait de son arbre et rangeait sa fronde. Le combat n'avait duré que quelques minutes.
"Bien Foudre... Merci, Olaf. Sans vous, je n'aurais pas pu m'en sortir. A toi seul, tu as tué quatre hommes, Olaf. C'est ton baptême du combat.
"C'était... trop facile. Je n'avais jamais tué un homme avant, seulement des animaux sauvages..."
"Les bandits valent moins que des bêtes sauvages. Et maintenant, avant de partir, voyons le butin. Y a-t-il des pièces de valeur ?" dit Guntar en commençant à fouiller les corps.
Il prit l'épée du chef, une bonne et fine lame que Guntar reconnut pour avoir été forgée sur les terres du Roi Oder, quelques pièces d'or avec des pierres précieuses qu'ils avaient volé à quelqu'un et un poignard brillant au travail délicat.
Guntar donna le poignard à Olaf. "Voila, prends-le. Quand tu deviendras mon écuyer, tu auras le droit de le pendre à ta ceinture. A présent, passons cet arbre et reprenons notre route."
"Nous les laissons comme ça ?" demanda le garçon, désignant les onze corps.
"Les loups s'en occuperont... Partons."
Ils reprirent leur route et descendirent vers la vallée. Ils entrèrent dans un petit village, juste une dizaine de cabanes groupées autour d'un arbre séculaire. Les villageois, en voyant le chevalier, sortirent.
L'un des villageois reconnut l'épée de chef des bandits.
"Seigneur, vous avez rencontré les bandits, et vous les avez tués !" dit-il avec admiration.
"Oui, là-haut, au col. Ils étaient onze."
"Oui, Seigneur, ils étaient exactement onze..."
"Etaient-ils passés par ici
"Oui, Seigneur."
"Vous ont-ils volé ?"
"Oh, Seigneur, nous ne sommes que de pauvres gens. Ils nous ont juste ordonné de leur faire à manger, et ils ont profité de nos femmes. Nous vous sommes reconnaissant de les avoir tués."
"Ils passaient souvent par là ?"
"Non, Seigneur, c'était la première fois qu'on les voyait. Ils avaient l'accent du royaume du nord."
"Je vois. Si vous montez au col, vous pourrez prendre leurs haches et une faux. Vous en ferez meilleur usage qu'eux. Elles paraissent de bonne qualité."
"Oh, oui, Seigneur. Nous enverrons nos jeunes. Comment vous remercier de nous avoir vengés ?"
"C'est sans importance, je n'ai fait que mon devoir."
"S'il vous plait, acceptez le cadeau d'une chope de bière et un pain salé..."
"Avec plaisir." dit Guntar en descendant de cheval. L'homme donna quelques ordres et immédiatement, deux tabourets et une petite table furent amenés sous le grand arbre avec la bière, le pain salé et d'autres nourritures.
Pendant qu'ils mangeaient, Guntar demanda, "Cet arbre parait très vieux. Il y a sûrement une histoire associée à un arbre si vénérable et impressionnant."
"Oui, Seigneur. Voulez-vous l'entendre ?"
"Bien sûr."
"Vous connaissez cette histoire. On la raconte depuis la nuit des temps, quand les Dieux marchaient encore sur la terre, le Dieu Thor avait dédié cette partie du monde au Dieu Niel, auquel il avait décidé de marier sa fille, la déesse Frieda.
"Le Dieu Niel arriva pour voir la terre qu'il devait gouverner. Quand il arriva dans cette vallée, il se coucha sur le Rocher de la Table, là-haut. Il y avait là, à la place de cet arbre, une cabane où vivait un bucheron qui avait deux enfants, une très belle fille, Graeth, et son frère jumeau, Brett.
"Graeth était allée ramasser des baies lorsqu'elle vit le dieu endormi et elle en tomba éperdument amoureuse. Elle s'assit alors auprès du dieu et dénoua ses cheveux, comme le font les épouses lors de la première nuit des noces, pour dire qu'elle n'appartiendrait, pour toujours et à jamais qu'au dieu Niel. Et elle attendit impatiemment le réveil du dieu si beau. Ce n'est qu'au coucher du soleil que Niel se réveilla et le soleil brillait derrière la tête de la fillette comme une auréole et ses souples cheveux cuivrés brillaient comme le feu.
"Niel se réveilla un peu désorienté. Il pensa que c'était la déesse Frieda et lui demanda, "Es-tu venue ici pour mol ?"
"Oui," répondit Graeth émue, sans intention de duper le dieu. Alors Niel la saisit, la fit étendre auprès d'elle et, délaçant sa tunique, il la couvrit de son corps et la fit sienne. Puis, tous deux s'endormirent ainsi.
"Le Dieu Thor qui attendait le retour de Niel se mit à sa recherche et trouva le couple endormi, nu et enlacé. Il se mit en rage et jeta un éclair qui fit disparaître la belle et douce Graeth et creusa la grotte sous le Rocher de la Table.
"Niel se réveilla et apprit ce qui était arrivé. Il était furieux contre Thor, "Tu as volé la vie d'une fille pauvre et innocente qui paye mon erreur. Je ne peux te pardonner. Je le jure, jamais je ne toucherai ta fille Frieda."
"Et que feras-tu ? Tu resteras sans compagne toute ta vie ?" demanda Thor, moqueur.
"Non, je ferai mienne la première créature que je rencontrerai !" dit Niel en colère.
"Thor décida de lui jouer un tour cruel. Il fit se réveiller Brett. Le garçon vit que sa sœur n'était plus dans la cabane et partit la chercher. Thor le guida vers le rocher où Niel pleurait la perte de cette épouse à peine connue et déjà perdue. Brett, arrivé auprès du Dieu, l'entendit pleurer et en fut ému, alors il s'approcha et il lui demanda, 'Pourquoi pleures-tu ?' Le Dieu leva les yeux et dans son chagrin, il pensa voir Graeth. Il prit Brett dans ses bras et l'embrassa.
"Brett, qui ne connaissait pas encore l'amour, se sentit charmé et fasciné par le dieu et s'abandonna entre ses bras. Quand Niel ouvrit sa tunique, il fut stupéfait de trouver un garçon. Il était interloqué. Il entendit alors Thor rire, 'Tu as juré de faire tien le premier mortel que tu verrais ? Manqueras-tu à ton serment ? '
"Non !" répondit Neil. Il couvrit Brett de son corps et le prit avec la même douce passion avec laquelle il avait pris sa sœur quelques heures auparavant. Niel fit l'amour à Brett toute la nuit, jusqu'au lever du soleil. Et le garçon se donna à Niel avec toute sa jeune passion.
Quand le soleil se leva et que Niel s'habilla, se préparant à partir, Brett lui dit, "Seigneur, maintenant que tu m'as fait tien, tu m'abandonnes ?'
"'Je le dois, garçon. Mais comme mon essence est en toi, tu auras une vie longue et heureuse.'
"'Seigneur,' répondit le garçon qui l'avait à présent reconnu comme un Dieu, 'Je te suis à présent consacré. Je vivrai ici le reste de mes jours, attendant ton retour.'
"'Bien, tu te consacres à moi. Je reviendrais ici, sous la forme d'un garçon, le jour où ta cabane portera des feuilles vertes."
Thor, par dépit, lança un autre sort, et la cabane de Brett fut réduite en cendres.
"Brett vécu dans la grotte de la Pierre de la Table pendant des années et des années. La semence de Niel en lui, lui donna le don de préscience, et les gens venaient le consulter. Près du cercle de cendres, quelqu'un commença à construire une cabane pour vivre près du saint homme et ainsi notre village se forma. Quand Brett eu cinquante-cinq ans, des cendres encore noires, surgit un sarment. L'arbre que vous voyez ici. Et c'était il y a trois mille ans.
Et alors le dieu se glissa dans un jeune, qui laissa sa cabane et s'offrit à vivre avec Brett. Lorsqu'il eut soixante dix sept ans, Brett mourut et le garçon prit sa place. Un autre garçon du village vint de chez lui et ainsi de suite, jusqu'à nos jours. Voici donc l'arbre de Brett, Seigneur, et lorsque de son tronc sort une nouvelle branche, le plus beau garçon du village est dédié au dieu Niel, et conduit au descendant de Brett pour prendre sa place lorsque viendra son tour. Notre Brett est célèbre dans tout le royaume. Même les puissants viennent le consulter. Même le roi Harold est venu, dit-on, vêtu de pauvre bure."
"Et le Brett vit toujours dans la grotte de la montagne de la table ?" demanda Guntar.
"Certainement."
"Et nous pouvons le rencontrer ?"
"Vous pouvez monter sur la montagne. S'il a quelque chose à vous dire, il vous attendra à l'entrée de sa grotte. Sinon, vous ne le verrez pas, et il sera inutile d'essayer de le trouver."
"Viendras-tu avec moi, Olaf ?" demanda Guntar, la curiosité éveillée.
"Oui, bien sûr."
Ils montèrent donc sur la montagne.
Un homme avec une longue barbe et des cheveux blancs était assis sur le pas d'une voûte de pierre à la base de l'entablement où le dieu Niel avait fait l'amour d'abord avec Graeth, puis avec Brett. A ses côtés se tenait un bel homme.
"Je vous attendais," dit le vieillard.
"Vous savez qui nous sommes ?" demanda Guntar avec surprise.
"Mieux que vous-ne vous connaissez vous-mêmes." répondit le vieux, énigmatique.
"Et qu'avez-vous à nous dire ?" riposta Guntar.

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