L'HISTOIRE DE CHAKI LE MAURE
par Andrej Koymasky © 2006
écrit le 21 Juin, 2002
Traduit en français par Christophe.

CHAPITRE 5
Le complot providentiel du Comte-Evêque
Les terres du marquis von Kruge étaient bordées à l'est par un fief que l'empereur avait confié à l'Evêque-comte Thomas Hartwig von Hardeknut. Habile et ambitieux, c'était le fils cadet du prince von Hardeknut. Depuis longtemps, il lorgnait les terres de von Kruge et cherchait un moyen de les lui soustraire et d'accroître ainsi son fief et ses revenus.
Il lui était impossible de déclarer tout simplement la guerre à son voisin parce que l'empereur lui aurait sûrement intimé l'ordre d'arrêter et lui aurait retiré son fief pour le punir. Il chercha donc longuement le moyen de s'en emparer d'une autre façon. Il savait qu'il jouissait de bons soutiens à la cour impériale, et surtout de celui du confesseur de l'empereur, mais ce n'était pas suffisant.
Alors, dans l'espoir de trouver un bon prétexte pour ébranler le trône du marquis von Kruge, il envoya plusieurs espions sur les terres du marquis, mais rien ne semblait suffire ni l'aider à lui permettre d'élaborer un bon plan.
Mais enfin l'un des espions envoya un jour à l'évêque-comte un pli dans lequel il avait écrit ce qui suit.
"A Son Excellence Monseigneur l'évêque-comte Thomas Hartwig von-Hardeknut par Andreas Curt fils de Torralf, paix et sérénité.
"Comme vous me l'avez commandé, j'ai mené une enquête approfondie et recueilli quelques informations provenant de sources fiables. Le sujet que vous m'avez demandé de surveiller reçoit souvent la visite de nobles et de prélats qui restent avec lui pendant plusieurs jours et, après avoir vérifié ce qui unit ces gens, j'ai découvert que leurs seuls points communs sont les suivants: Ce sont tous des hommes de noble lignage, exclusivement de sexe masculin, et disposés à se livrer au péché pour lequel Lot et sa famille ont fui la ville par Dieu maudite.
"D'autres recherches m'ont amené à découvrir que dans le château du quidam qui vous intéresse, sont gardés quelques jeunes gens de différentes nationalités âgés de seize à vingt ans dont les corps sont proposés aux enchères aux nobles hôtes, de sorte que ces derniers peuvent les utiliser - in locum mulieribus - pour leur abject plaisir.
"J'ai recueilli cette information en écoutant des conversations. J'ai dûment et soigneusement vérifié les faits en payant serviteurs et soldats de ce sire, ou en leur servant assez de bière pour leur délier la langue. Tous m'ont confirmé ne s'agit pas de contes, mais de l'absolue vérité.
"J'attends vos ordres, si vous désirez que j'approfondisse cette enquête. Votre serviteur dévoué, Andreas Curt."
Monseigneur Thomas savait que s'il jouait bien ses cartes, il avait enfin en main la possibilité qu'il guettait depuis longtemps. Il convoqua d'autres hommes et au prix de nombreuses pièces d'or et d'argent, il fit étudier les lois de l'Eglise et de l'Empire, jusqu'à trouver la faille. Au début du printemps il présenta une plainte officielle devant le Tribunal de l'Inquisition, accusant le marquis von Kruge pour des faits répétés et continus de sodomie, incitation à la sodomie, asservissement de jeunes hommes et de garçons en vue de proxénétisme, enrichissement personnel par abus de ladite prostitution.
Le dossier était volumineux, très détaillé, accompagné d'une documentation complète, le résultat d'un an de recherches assidues. Le tribunal de l'Inquisition envoya immédiatement des messagers au château du Marquis pour l'arrêter et le traduire devant la Cour. Les messagers furent reçus au château du marquis avec un apparent respect et les honneurs, mais durant la nuit ils furent tous assassinés dans leur lit. Seul, un des serviteurs des messagers réussit à échapper au massacre et à rejoindre les terres de l'évêque.
L'évêque-comte demanda alors à l'empereur la permission d'aller avec des hommes armés procéder à l'arrestation du marquis, également accusé de l'assassinat de fonctionnaires impériaux. La permission de l'empereur lui fut immédiatement accordée.
Monseigneur Thomas rassembla sans délai son armée et attaqua vaillamment le château du marquis. Les troupes de l'évêque-comte attaquèrent le château début Mars. Chaki et Rhémy croupissaient alors dans les geôles du château depuis six mois environ. Ils ne comprirent pas immédiatement ce qui se passait. Le seul changement qu'ils remarquèrent était que maintenant seul un soldat ou un serviteur descendait pour profiter de leur corps.
Matyas les informa de ce qui se passait, jour après jour, et leur raconta le déroulement de la bataille qui faisait rage autour du château.
Les soldats de l'évêque étaient très nombreux et mieux armés que le marquis, qui avait toujours préféré dépenser sa fortune dans les loisirs et le luxe plutôt que dans de coûteuses armes modernes. Ainsi, peu à peu, les soldats du marquis tombaient sur les remparts sans être réellement en mesure de causer de pertes aux assiégeants. Les vivres commençaient à manquer au château, et le moral descendit très bas.
Quand les soldats qui défendaient le château furent décimés, le véritable assaut commença. En deux jours les troupes de l'évêque-comte réussirent à pénétrer dans l'enceinte et une bataille au corps à corps eut lieu sur les remparts, les escaliers extérieurs et dans les cours intérieures du château. Seul le centre du château était encore aux mains des soldats du marquis, mais il était évident qu'ils ne résisteraient pas longtemps.
Un jour, alors que la bataille faisait rage et que les cris, le fracas des armes et des armures, l'appel des trompettes et des tambours remplissaient l'air, quelqu'un réussit à descendre dans le donjon du château et frappa frénétiquement à la porte qui conduisait chez Matyas. L'homme ouvrit la porte et se trouva face à sa femme, sa fille et derrière elles, les garçons que le marquis utilisait pour amuser ses invités: Ranuccio, Klaus et Andy, Miklav, Kim et José.
Klaus parla au nom de tous. "Le marquis ne tiendra pas longtemps, lui et ses hommes seront certainement arrêtés et condamnés. Si nous sommes dans le château, libres et bien habillés, ils risquent de faire pareil avec nous... Mais s'ils ont l'impression que nous sommes captifs, retenus contre notre volonté, comme Chaki et Rhémy, peut-être que nous pourrons sauver notre peau. Nous te donnerons tout l'or que nous avons si tu nous conduis dans les cellules et que tu nous attaches... s'il te plaît, aide-nous..."
Matyas les laissa entrer et referma la porte.
La femme effrayée, tenait sa fille contre elle et dit, "Et nous, mon mari, quel sort nous attend ?"
Matyas se gratta la tête pensivement. Puis, suivi par les garçons, il se rendit dans la cellule où étaient détenus Rhémy et Chaki. Comme il était encore tôt, les deux garçons toujours détachés, étaient couchés sur l'étroite paillasse. Ils virent entrer leur geôlier avec leurs six camarades.
Kim s'approcha d'eux et leur demanda d'une voix cassée et terrifiée, de les aider et de témoigner qu'ils étaient aussi gardés prisonniers... et leur promit de leur donner tout l'argent qu'ils avaient. Il dit aussi qu'il avait entendu le connétable dire que le marquis était accusé de sodomie et que tous les sodomites risquaient de brûler sur un bûcher.
Rhémy dit alors, "Oui, Matyas, fais ce qu'ils te demandent. Fais-les déshabiller et souille leurs corps et aussi leurs cheveux et enchaîne-les, nus au mur et remets-nous nos chaînes. Quand les soldats de l'évêque viendront, nous dirons qu'ils étaient prisonniers comme nous, mais aussi que toi et ta femme, vous nous avez aidés en secret pour essayer d'alléger nos souffrances et nous demanderons la clémence pour ta famille. Je pense que c'est la meilleure solution pour tout le monde."
"Mais vous écouteront-ils ? Le croiront-ils ?" demanda Matyas assez inquiet.
"N'oublie pas que je suis le fils du comte de Bayeux... Un noble... Je suis sûr que mes paroles pèseront. De toute façon, je pense qu'ils nous demanderont de témoigner contre le marquis... Alors il faudra bien qu'ils nous croient. Tous les huit, nous témoignerons contre le marquis, le connétable et le capitaine des gardes, qui méritent certainement le plus de payer pour ce qui s'est passé dans le château. Vous six raconterez ce qui c'est passé, mais au lieu de dire que le marquis vous a embauchés et qu'il vous payait pour... pour ce que vous faisiez, dites qu'il vous avait engagé comme serviteurs, puis qu'il vous a forcés à vous soumettre à ces pratiques et gardés prisonniers ici."
"Mais si on nous demande qui étaient les invités du marquis, et qu'on les interroge... Ils découvriront nos mensonges..." dit Ranuccio.
"Non, parce que vous n'êtes pas obligés de connaître les noms des invités du marquis, vous ne savez pas... Et puis même s'ils arrivent à faire comparaître ces nobles, vous pouvez dire que vous ne vous rappelez pas si eux aussi vous ont violés. Et puis en plus, ces nobles vont tout nier, même si le marquis les accuse, pour ne pas être condamné..." ajouta Rhémy.
Ils discutèrent un peu des détails alors que les garçons se déshabillaient et se salissaient et Matyas les enchaîna un à un aux durs murs de pierre.
Et ils attendirent. Dehors, les bruits de la bataille s'intensifièrent, puis se réduisirent progressivement pour se calmer. Le silence se fit pendant un moment entre les murs du donjon. Puis, soudain, on entendit un coup violent frappé à la porte du donjon qui donnait sur la cour intérieure du château. Matyas, visiblement tendu et apeuré, alla ouvrir. Les garçons virent une poignée de soldats qui portaient des couleurs qui n'étaient pas celles du marquis le repousser en arrière. C'étaient les hommes de l'évêque-comte.
L'un d'eux demanda aux garçons, en regardant avec un intérêt à peine dissimulé leurs beaux corps nus enchaînés au mur, "Et vous, les garçons, qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous prisonniers ici ?"
Rhémy, comme convenu, parla pour tous. "Je suis le comte Rhémy de Bayeux, fils du consul du roi de France. Le marquis von Kruge m'a enlevé, comme il a enlevé mes compagnons d'infortune, afin d'utiliser et de faire utiliser nos corps avec ses amis pour les plus viles pratiques sexuelles. Je demande qu'on me rende justice, devant Dieu et les hommes !"
Le soldat appela un compagnon. "Je crois que c'est ce que cherchait monseigneur l'évêque... Va immédiatement l'avertir de ce que nous avons trouvé..."
L'autre fila.
"Hé, tu ne nous détaches pas ? Je t'ordonne de nous enlever immédiatement ces chaînes," dit alors Rhémy d'un air impérieux.
"Monsieur le Comte, je ne peux pas prendre une telle initiative, je dois attendre les ordres, je suis désolé..." répondit le soldat d'un ton humble.
Peu après, un homme armé plus richement vêtu arriva. "Libérez ces garçons et apportez-leur quelque chose pour se couvrir !" ordonna-t-il aux soldats qui se dépêchèrent d'exécuter ses ordres.
Matyas leur remit les clés et s'approcha en silence de sa femme et sa fille.
Dés que Rhémy fut libre et qu'on lui donna une courte tunique, il la passa et s'adressa au nouvel arrivant. "Nous serions certainement tous morts si ce brave homme, le geôlier, et son épouse ne nous avaient pas soignés et nourris en secret de leur maître. Je demande donc qu'il soit non seulement respecté mais aussi récompensé pour ce qu'il a fait pour nous."
Le chevalier répondit, "Ce n'est pas à moi de décider de ces choses, mais je ferai part de votre requête, monsieur, et cet homme et sa famille ne seront pas lésés. Pour le moment, je le prends sous ma protection. Mais, de grâce, suivez-moi s'il vous plaît, monsieur, le secrétaire de l'évêque veut vous rencontrer... "
"L'évêque ? De quel évêque parlez-vous ?" demanda Rhémy.
"Monseigneur Thomas Hartwig comte von Hardeknut, envoyé par l'empereur et la Sainte Inquisition pour arrêter le marquis et ses complices," dit le chevalier.
"Mais vous n'imaginez pas que moi, un comte, sale et en haillons, je vais me présenter devant l'évêque ? Ni même devant son secrétaire ? Je demande que me soient fournis un bon bain et des habits dignes de mon nom et mon rang ! Et je demande aussi que ces pauvres garçons, mes compagnons d'infortune et de captivité soient autorisés à se laver et à s'habiller de façon digne d'un être humain ! Et aussi que l'on nous donne quelque chose à manger."
Le chevalier semblait indécis, puis il dit, "Je comprends votre requête, Monsieur le Comte. Je vais quérir des ordres..."
Le chevalier revint peu de temps après et dit au geôlier, "Toi, conduis-nous aux cuisines du château. Puis il se tourna vers Rhémy: "J'ai donné l'ordre de préparer dans les cuisines baquets d'eau chaude et vêtements dignes de vous, monsieur le Comte, et aussi pour ces garçons. En attendant, les serviteurs préparent aussi un repas pour vous tous... Si vous voulez bien me suivre..."
Enfin, lavés et nourris, les huit garçons furent conduits devant l'évêque qui s'était entre-temps installé dans la salle du trône du marquis. On offrit un siège à Rhémy et l'évêque l'interrogea. En attendant, son secrétaire prenait des notes sur un papier. Dans un coin de la salle, d'autres hommes de l'évêque regroupaient l'argent, des objets précieux et les bijoux du marquis et en faisaient l'inventaire.
Le plan envisagé par Rhémy fonctionna parfaitement. Les garçons interrogés donnèrent des versions similaires, tous parlaient en bien du geôlier et de sa famille et tous dénonçaient le Marquis, son connétable et le capitaine des gardes pour les immondes violences subies... L'évêque leur fit écrire et signer leur témoignage après les avoir entendus. Puis il décida que chacun des huit garçons devait être indemnisé, en fonction de la durée de sa captivité et de son rang social, comme l'établissaient les témoignages, sur les fonds saisis chez le marquis. A chacun des garçons il donna un certain nombre de pièces d'or et un laissez-passer de l'évêque, afin qu'il puisse retourner dans son pays d'origine.
Le geôlier et sa famille furent laissés libres et les garçons lui dirent de garder l'argent qu'ils lui avaient donné, car ils avaient reçu de l'évêque une somme beaucoup plus importante.
Alors que les soldats de l'évêque s'activaient à prendre possession du château et de ses biens, et que son secrétaire décidait du sort de toutes les personnes qui y travaillent, serviteurs et soldats, en jugeant qui enfermer dans le donjon du château et qui laisser libre, les huit garçons et la famille de Matyas quittèrent enfin le château, à pied.
Rhémy s'était assuré auprès de l'évêque que le marquis et ses deux complices principaux seraient traduits devant le tribunal de l'Inquisition et seraient sans doute condamnés à mourir sur le bûcher.
Après avoir quitté le château, les garçons se séparèrent, chacun prit le chemin de son pays, après avoir fait ses adieux aux autres et leur avoir souhaité bonne chance.
Matyas demanda alors à Rhémy et Chaki, "Où comptez-vous aller maintenant ? Rentrerez-vous en France, monsieur, avec votre serviteur... et amant ?"
"Non, ce n'est pas possible parce que mon père ne nous permettrait pas de rester ensemble. Nous n'avons pas décidé où aller, quoi faire. Et toi, où envisages-tu d'aller, à présent ?"
Matyas reprit, "Je viens de Bohème, et comme je vous l'ai dit, mes deux fils sont à Prague chez un cousin. Je pense donc aller à Prague pour y réunir notre famille et j'espère que mon cousin pourra nous trouver du travail dans cette ville."
Rhémy regarda Chaki qui vit ce que son amant avait en tête et sourit en hochant la tête, puis il dit, "Nous permets-tu de venir avec toi à Prague ? Qui sait si nous aussi pourrons trouver quelque chose à faire pour vivre..."
"Avec plaisir. Je vous suis très reconnaissant de m'avoir évité de sérieux problèmes... et si je peux faire quelque chose pour vous, je le ferai volontiers.
"Nous te sommes très reconnaissants, mon bon Matyas. Allons-y !"
Tandis que les cinq parcouraient à pied la longue route à travers les montagnes pour arriver en Bohême, l'évêque-comte faisait conduire le marquis et ses deux complices dans la capitale et tous trois furent soumis à l'Inquisition. Le procès fut tenu devant l'envoyé de l'empereur et du légat de l'Eglise. Les preuves recueillies par Mgr Thomas furent jugées valables et suffisantes, alors que la défense était contradictoire et dans une vaine tentative de se sauver, chacun accablait les autres. Aucun des Grands de l'empire ne prit leur défense car personne ne voulait se compromettre avec les accusés, et tous trois furent, comme le voulait l'accusateur, condamnés à être brûlés sur le bûcher.
L'évêque-comte, comme il l'espérait, fut autorisé à annexer le fief du marquis, en compensation des frais engagés et des pertes subies pour le faire arrêter et en récompense des preuves recueillies contre von Kruge et pour avoir ainsi "contribué à éliminer de l'Empire un foyer dangereux de vice et de perversion" comme il est dit dans l'édit par lequel l'Empereur investissait l'évêque-compte des possessions du marquis. L'empereur, en fait, était très heureux d'avoir parmi ses vassaux des hommes d'Eglise qui, ne pouvant pas se marier, ne pouvaient léguer leur terre à des héritiers, même si parfois ils en avaient... Mais le fils bâtard d'un prélat ne pouvait prétendre à rien. Ainsi, à la mort d'un seigneur évêque féodal, l'empereur faisait simplement ordonner évêque un de ses fidèles et lui donnait ce fief, certain qu'il n'échapperait pas à son contrôle...
Monseigneur Thomas n'avait pas d'enfants parce que, sans pour autant s'ériger en champion de la vertu, il s'adonnait en fait aux mêmes pratiques que celles qui lui avaient permis de faire arrêter et condamner le marquis. En effet, son secrétaire avait un fils de vingt-cinq ans, ancien moine bénédictin, nommé depuis chanoine de la cathédrale, mais était aussi l'amant secret de l'évêque, avec la bénédiction du père, qui devait d'ailleurs son poste de secrétaire à cette relation.
L'amour entre l'homme et le garçon commença le jour où Thomas, fraîchement nommé évêque à vingt-huit ans, commença sa tournée de visites pastorales et s'arrêta au monastère de San Placide. Là, il vit un jeune novice de seize ans nommé Hildeberht, au corps musclé et à la mine enjouée et se sentit puissamment attiré par la jeune vitalité et la joie du garçon et par son corps mince mais tonique.
Il commença alors à faire une cour assidue mais discrète au jeune Hildeberht, et demanda au prieur de le lui donner comme valet pour toute la durée de son séjour dans le monastère. Il ne lui fallut pas longtemps pour convaincre le garçon de se donner à lui. Aussi, chaque soir, profitant du fait que le novice devait dormir dans une pièce mitoyenne, ils pouvaient faire l'amour tous les deux.
Mais le rapport qui était au début purement physique, entre le noble guerrier-évêque et le novice vif mais doux devint progressivement une affection mutuelle, puis une passion grandissante et enfin un vrai amour, épanoui. Quand le jeune comte-évêque, lui proposa de le suivre et de devenir chanoine de sa cathédrale, le garçon accepta avec plaisir. Les deux hommes réussirent à garder leur relation secrète uniquement grâce au fait qu'étant vraiment amoureux, aucun d'eux n'avait d'autres aventures ni de relations.
Quand le père de Hildeberht, qui était un éminent juriste, comprit ce qu'il en était, entre l'évêque et son fils, il commença par aller voir l'évêque pour protester. Mais Hildeberht déclara à son père qu'il était amoureux de l'évêque, que l'homme ne l'avait pas séduit par des promesses ou des stratagèmes, mais avec sa personnalité attachante, et qu'il n'avait aucune intention de le quitter. Finalement, le père dut renoncer. Puis l'évêque, pour le remercier d'avoir renoncé à les séparer, et surtout ne pas vouloir les dénoncer, et considérant aussi les talents indéniables de l'homme, lui avait proposé de devenir son secrétaire. Après une courte hésitation, le père de Hildeberht avait accepté.
Pendant ce temps Matyas avec sa famille, Chaki et Rhémy, avançaient sur le chemin de Prague. La nuit, ils s'arrêtaient à l'auberge ou demandaient l'hospitalité dans des couvents ou des églises. Parfois, ils devaient s'arranger pour dormir ensemble tous les cinq. Alors Rhémy et Chaki se contentaient de s'endormir enlacés. Mais d'autres fois ils avaient la chance d'être logés dans deux chambres, une pour Matyas et sa famille et une où les deux garçons pouvaient enfin faire l'amour librement.
Ils arrivèrent enfin à Prague et Matyas alla chez son cousin où il put retrouver ses garçons. C'étaient à présent deux jeunes hommes, l'un de vingt-un et l'autre de dix-sept ans. Comme l'avait dit leur père, ils étaient beaux et travaillaient comme tailleurs dans l'atelier du cousin de leur père, qui fournissait les livrées du palais royal.
A cette époque, le roi de Bohême était Louis II de Hongrie Jagellon. Le maire du palais royal venait souvent dans la boutique du tailleur pour commander de nouveaux vêtements et des livrées. Il était membre de la petite noblesse du royaume, un homme âgé, de bonne moralité qui se nommait Wladimir Podebrady. Souvent, il s'arrêtait pour bavarder avec le propriétaire de la boutique qui demanda alors au maire du palais s'il pourrait trouver du travail pour son cousin Matyas et pour Rhémy. Chaki, était officiellement le serviteur de Rhémy, car il était ainsi plus facile de justifier devant la société la liberté d'un garçon noir.
Le maire du palais, après quelques jours, déclara qu'il avait trouvé pour Matyas la charge des portes extérieures du palais royal, et pour Rhémy, qui avait fait des études et connaissait plusieurs langues, en plus d'être d'origine noble, il avait trouvé du travail comme secrétaire de son fils Stanislas Podebrady, qui était l'aumônier de la cour.
Alors Rhémy fut logé, avec Chaki dans la résidence élégante qu'habitait Stanislaw face au palais royal. Là, les deux garçons avaient un petit appartement de trois pièces, composé d'une chambre élégante pour Rhémy, une salle attenante pour le "serviteur" Chaki, un salon-salle de séjour et une entrée qui communiquait avec les deux chambres et le couloir. En fait, les deux garçons ne se servaient, que de la chambre de Rhémy.
"Tu vois, mon amour, qu'enfin nous pouvons être ensemble sans aucun problème," dit Rhémy un soir alors qu'ils s'embrassaient sur le grand lit entouré de rideaux.
"Oui, Rhémy, après bien des malheurs et des souffrances, nous pouvons vivre en paix," répondit le beau garçon noir, qui l'embrassait tendrement et intimement.
Chaki était couché entre les jambes de son amant, le dos appuyé sur le ventre, la tête sur sa poitrine et Rhémy caressait sa large poitrine couleur d'ébène, s'arrêtant pour taquiner les jolis petits tétons noirs, déjà dressés comme le fier membre de Chaki. Le membre dur de Rhémy aussi était tendu et poussait en rythme contre le dos de son amoureux et lui faisait sentir son excitation croissante.
Comme ils avaient l'habitude de faire, les deux garçons poursuivaient longuement ces doux préliminaires, menant l'autre à des niveaux de plus en plus élevés de plaisir et de désir, avant de commencer vraiment à faire l'amour. Rhémy aimait aussi caresser les cheveux noirs, courts, épais et crépus de Chaki, comme ce dernier aimait à glisser ses longs doigts effilés entre les cheveux blonds, doux et soyeux de son amant.
Puis Chaki se tourna et se releva un peu, jusqu'à ce que ses lèvres puissent répondre celles de Rhémy. Les deux garçons sortirent leurs langues et commencèrent à jouer avec une joyeuse tendresse.
"Tu sais que plus je suis avec toi et plus je t'aime, mon Chaki ?"
"Je le sais, parce que tu me le fais sentir. C'est pareil pour moi, plus je sens ton amour et plus le mien grandit. J'ai la peau, les yeux, les cheveux si noirs et les tiens sont si clairs et pourtant... Pourtant je sens que toi et moi, nous ne sommes qu'un. Tu m'as fait découvrir ce qu'est l'amour, comme c'est beau d'aimer. A un moment j'ai senti une forte nostalgie de mon village, mon peuple... Mais maintenant, je suis heureux d'être avec toi, parce que maintenant, mon peuple, mon village, c'est l'endroit où tu es."
Rhémy caressait les petites fesses dures et Chaki tressaillit fortement.
"Tu me veux, Rhémy ?"
"Sens-tu l'effet que tu me fais ? Bien sûr que je te veux, mon amour... Si je pouvais, je n'arrêterais jamais de faire l'amour avec toi. Quand je te prends ou que tu me prends, ce sont les moments les plus heureux de ma journée."
"Alors prends-moi, s'il te plaît..." soupira Chaki avec un sourire aguicheur.
Lentement, le garçon noir se sépara de Rhémy regrettant presque d'interrompre, même pour un bref moment, le contact avec le corps de son amant, mais bientôt le contact serait rétabli, plus intime.
Chaki se coucha sur le dos et écarta les jambes. Rhémy caressa son beau sexe tendu et se mit à genoux entre les cuisses puissantes de son amant. Puis il prit les jambes de Chaki et les posa sur ses épaules. Puis il saisit son pieu doux comme de la soie lisse et dur comme le marbre précieux et se mit à fouiller entre les petites fesses fermes couleur d'ébène de son précieux amant. Quand la pointe de l'arme d'amour trouva le trou palpitant d'excitation, ils frissonnèrent simultanément et se sourirent joyeusement.
"Viens en moi, mon amour..." chuchota Chaki tout excité.
Le beau garçon noir était étonné de voir à quel point, chaque fois que son Rhémy était sur le point de le prendre, il se sentait excité. Il était impossible de tenir le compte du nombre de fois où ils faisaient l'amour, et pourtant chaque fois c'était plus beau, chaque fois c'était comme la première fois, la meilleure... N'était-ce pas un miracle ?
Chaki sentit son petit ami commencer à pousser, à l'ouvrir, il accueillit le chaud messager d'amour dans sa douce intimité. Il le sentit le remplir lentement et laissa échapper un long et profond murmure, bas et rauque, d'intense plaisir.
Rhémy ferma les yeux, comme pour mieux savourer la fantastique sensation qu'il éprouvait à plonger dans le corps de son amant. Quand il fut complètement à l'intérieur, Rhémy ouvrit les yeux, sourit à son amant, le prit par les épaules et commença à se retirer très lentement. Puis il poussa de nouveau dans le puits brûlant d'une longue poussée, douce et virile, contre les petites fesses dures. Chaki essaya de pousser plus fort contre son amant, comme s'il n'était pas encore comblé par la complète pénétration.
Rhémy continua à reculer lentement et à avancer rapidement, alors que Chaki lui frottait doucement les tétons durs avec un sourire encourageant.
"C'est trop beau, mon amour !" murmura avec émotion le beau garçon noir, vibrant d'émotion.
"Oui, tu le sens ? Je ne suis qu'à toi !" murmura à son tour Rhémy en poussant de nouveau en lui.
Le garçon français continua ainsi à limer avec une vigoureuse tendresse le canal de son amant. Il lui frottait la prostate avec art et lui donnait des sensations très fortes. Chaki bougeait doucement sous lui, accentuant ainsi les sensations agréables qu'ils se donnaient l'un à l'autre.
La lune les regardait par la fenêtre ouverte et une brise légère secouait les rideaux du grand lit. Un hibou perché sur la corniche du palais royal lança son appel, le bruit rythmé du guet en ronde semblait souligner les battements de cœur des deux jeunes, forts et tendres amants.
Au bout d'un moment, Rhémy se retira complètement de son petit ami avec un sourire charmant, et dit, "Maintenant, c'est à toi de me prendre !"
Chaki hocha la tête. Ils changèrent de place, se caressèrent et s'embrassèrent profondément pendant plusieurs minutes, puis le garçon noir poussa les jambes sur la poitrine de son Rhémy adoré, le pliant en deux avec une agile rapidité. Chaki se pencha entre les fesses couleur d'ivoire et se mit à lécher le trou pour préparer la visite prochaine de son membre puissant.
Rhémy haletait dans les affres d'un plaisir croissant, vibrait, en proie à un désir toujours plus fort et demanda à voix basse, "Prends-moi, mon amour... ne me fais plus attendre... J'ai besoin de toi..."
"Je suis là !" dit avec un petit soupir le beau garçon noir, en plaçant son membre solide contre la tendre rosette de chair palpitante qui l'attendait avidement.
L'extrémité du beau sceptre de chair acajou se posa au centre du bourgeon d'amour qui s'ouvrit facilement comme une fleur au soleil d'été. Chaki se sentit glisser dans le doux canal, comme aspiré en lui. Il sentait les murs s'écarter à mesure qu'il progressait avec une majestueuse assurance, il vit le sourire augmenter sur les lèvres de son compagnon.
La lune était maintenant plus haute dans le ciel et sa douce lumière inondait la pièce et permettait aux deux amants de voir et d'apprécier les sentiments reflétés sur leurs visages, qui illuminaient leurs yeux, et qui déclencha leurs frais sourires.
"Fais-moi sentir comme tu es fort, mon amour..." supplia Rhémy d'une voix rauque de passion.
Chaki se mit alors à bouger en lui avec force, avec des poussées fortes et rapides, et son bassin claquait en faisant un doux bruit rythmique contre les fesses d'ivoire de son amant. A présent, le lit tout entier se balançait légèrement au rythme des coups puissants de Chaki. Rhémy avait attrapé à pleines mains les fesses de son ami et le tirait avec force à chaque poussée.
"Tu aimes me prendre, hein ?" demanda Rhémy à voix basse.
"J'aime te prendre et j'aime que tu me prennes."
"Va plus fort..." l'exhorta le garçon.
Chaki accéléra ses coups qui devinrent plus courts, plus rapides et plus vigoureux. "Comme ça ?" demanda-t-il en souriant à son amant.
"Oui, c'est ça. Tu es un bel étalon en rut. Allez, emmène-moi au paradis avec toi..."
Chaki balançait légèrement son bassin à chaque plongée dans l'intimité chaude et humide de son amant.
"Oui... tu es un vrai magicien... c'est tellement bon quand tu me prends que je voudrais que tu ne jouisses jamais..." murmura Rhémy.
"Mais je ne pourrais pas. C'est tellement bon d'être en toi que je ne pourrais pas me retenir bien longtemps, tu me donnes tellement de plaisir."
Les émotions ressenties par les deux amants étaient si fortes qu'ils se turent tous deux pour se concentrer uniquement sur le plaisir offert par l'autre et donner à son aimé le plus grand plaisir.
Et enfin les deux garçons arrivèrent presque ensemble au point de non-retour, vibrèrent à l'unisson et dans ce concert de dilatations et contactions surgit soudain l'explosion de l'extase qui se traduisit dans leurs jeunes et puissants corps par une éruption de lave blanche.
Chaki, un instant figé, saisi par le plaisir, se laissa presque tomber sur le corps de son amant, leurs lèvres scellées et les langues engagées dans une danse joyeuse de gratitude mutuelle.
La lune, maintenant au zénith, avait cessé de caresser de ses rayons leurs beaux corps encore étroitement enlacés et, avec un sourire complice, elle se prépara à espionner d'autres belles scènes d'amour.

CHAPITRE 6
Le grand aumônier du Roi
Stanislaw Podebrady, grand aumônier du roi Louis II, était un homme de trente-deux ans. Marié depuis cinq ans, il avait deux jeunes enfants. Mais le jeune homme, bien qu'il ait essayé de supprimer certains de ses désirs, les sentait parfois refaire surface.
A dix-sept ans, il avait eu une histoire d'amour, brève mais intense, avec un soldat un peu plus âgé que lui. Avec l'insouciance typique des garçons de cet âge, leur enthousiasme pour les découvertes, surtout en matière de sexe, et certains de l'invincibilité de leur énergie rugissante, ils se retrouvaient tous deux la nuit pour des rencontres amoureuses dans un recoin bien caché des jardins du palais royal.
Mais pour leur malheur, après les quelques mois où fleurit leur relation passionnée, une nuit, le père de Stanislaw, insomniaque, décida d'aller se promener dans les jardins. Pour être sûr d'être seul avec ses pensées, l'homme quitta le chemin, traversa la pelouse fleurie, et alla s'asseoir sur un banc de pierre qui était juste en face des buissons derrière lequel les deux garçons exprimaient ardemment leur désir mutuel.
Stanislaw était derrière le soldat, qui avait dénudé le milieu de son corps et, presque plié sur lui, il le montait avec la fougue de la jeunesse. Tous deux, à l'approche de la pointe du plaisir, se mirent inconsciemment à pousser de petits gémissements. Ils se croyaient seuls car ils n'avaient pas entendu arriver le maître du palais, le père de Stanislaw.
L'homme finit alors par entendre de petits râles venant de derrière les épais buissons qui bordaient le banc sur lequel il était assis et devina tout de suite ce qui se passait. Au début, il crut que c'était une servante avec son amant et eut un léger sourire amusé. Il se demanda que faire. Peut-être devrait-il simplement repartir comme il était venu et laisser les deux amants excités accomplir ce qu'ils faisaient.
Il se leva, décidé à s'esquiver, mais s'arrêta presque immédiatement avec la soudaine envie de se gratter les cheveux, pourtant désormais clairsemés. Il avait bien entendu deux voix d'hommes et en avait clairement reconnu une. Pire, à présent il distinguait les paroles...
"Tu aimes, quand tu me prends ainsi ?"
"Mon dieu, tu as un cul fabuleux, Premysl, étroit et brûlant..."
"Et toi une bite fabuleuse, Stanislaw, dure et forte, et juste la bonne taille pour moi !"
Incrédule, effaré, scandalisé, choqué, l'homme fit le tour du buisson. Ils le virent tout soudain apparaître, enveloppé dans une robe de riche brocart bleu, dressé, impérial, avec une expression terrible. Ils restèrent figés comme deux statues, puis le soldat tomba à genoux sur l'herbe, tâchant en hâte de se rajuster pendant que Stanislaw laissait retomber devant lui la riche robe qu'il portait pour recouvrir son membre qui ramollissait rapidement.
Pendant un moment, aucun des trois ne parla ni ne bougea.
Puis le père demanda d'une voix basse et tremblante d'indignation, "Depuis quand dure cette obscénité, Stanislaw ?"
Le garçon ne répondit pas, essayant de deviner ce qui allait arriver et il imaginait les pires conséquences. Il se mit à trembler ostensiblement. Au sol, le soldat n'osait pas bouger et regardait avec horreur le maître du palais.
"As-tu payé ce malheureux pour qu'il se soumette à ton désir ?" lui demanda encore son père, dont les pensées se brouillait dans son esprit choqué par la scène qu'il avait surprise.
A nouveau, aucun des deux jeunes gens pris en flagrant délit n'osa répondre.
"Tout cela doit cesser sur l'heure, je ne veux pas de scandale, je ne supporterai pas les regards dégoûtés des membres de la cour s'il venait à se savoir dans quelle perversité tu es tombé." dit-il en tentant de contrôler le tremblement de sa voix. Puis il demanda à son fils, "As-tu fait ou fais-tu ces choses avec d'autres ?"
Le garçon retrouva enfin la parole. "Non, jamais... uniquement avec lui."
"D'autres connaissent-ils... vos rencontres ?"
"Non, non..." balbutia le garçon.
"Et toi, en as-tu déjà parlé à quelqu'un ?" demanda sévèrement l'homme au soldat.
"Non, monseigneur, à personne."
"Très bien. Maintenant, toi, soldat, disparais et ne te hasarde jamais plus à approcher mon fils, à lui parler, à communiquer avec lui, à faire quoi que se soit avec lui, as-tu compris ?"
"Certainement, monseigneur."
"Relève-toi et va-t'en. Et fais attention, je te ferais payer cher une seconde fois !"
"Oui, monseigneur," murmura le soldat qui se leva et détala comme un lièvre poursuivi par des chiens de chasse, sans un même en regard en arrière.
"Quant à toi, Stanislaw... Je ne m'attendais pas à une telle obscénité de ta part. Te rends-tu compte que, comme je vous ai surpris, d'autres pouvaient vous surprendre ? Sais-tu que tu risquais le bûcher, ou au moins la prison pour le reste de tes jours ? Sais-tu que ce que vous faisiez, outre que c'est obscène, est un péché mortel que l'Eglise et la loi condamnent ?"
Stanislaw ne savait que dire.
Son père insista, essayant de maîtriser la colère qui montait en lui. "Qu'as-tu à dire pour ta défense ? Ce soldat t'a-t-il circonvenu ?"
"Non, Père... c'est moi qui..."
"Mais pourquoi, mon Dieu, pourquoi ?"
"Parce que je... je... je suis attiré par les garçons et non par les filles..."
"Allons, ne dis pas de bêtises ! La nature pousse l'homme vers la femme, c'est comme ça. Tu n'as fait qu'une mauvaise chute sur le chemin de la vie. Mais tu peux te relever et je vais t'aider à revenir sur la bonne voie... tout d'abord... tout d'abord... tu dois quitter la cour et aller quelque part où l'on pourra t'aider à te retrouver... " dit l'homme avec décision.
Ainsi, dans les jours qui suivirent, tout en gardant son fils enfermé sous prétexte d'une maladie, le grand aumônier alla demander l'avis du chapelain de la cour, lui demandant de garder le secret sur ce problème.
Le prélat conseilla alors à Wladimir Podebrady d'envoyer son fils étudier au couvent des Dominicains en expliquant au prieur le problème du garçon pour qu'il puisse le garder à l'œil et lui donner également des conseils spirituels et moraux pour revenir sur le droit chemin.
Stanislaw fut alors envoyé dans un monastère Dominicain. Là, les bons pères dominicains s'employèrent à faire au garçon un vrai lavage de cerveau, le faisant étudier sans le perdre de vue un seul instant. Peu à peu, le garçon fut convaincu de ce que les pères tentaient de lui mettre dans l'esprit. Il se persuada que ce n'était qu'une erreur de jeunesse, il fit pénitence et pria le Seigneur, la Sainte Vierge et tous les saints, avec une intense ferveur, de l'aider à devenir un homme "digne de ce nom"...
Il prononça les vœux mineurs, porta la robe blanche et noire, suivit ses études avec détermination pour devenir l'un des meilleurs élèves. Parfois, la rencontre d'un jeune et bel homme, réveillait quelque chose en lui, mais Stanislaw réprimait rapidement la tentation et tout semblait rentrer dans l'ordre.
À vingt-deux ans, son père décida que son fils était guéri. Il ne voulait pas qu'il prononce les vœux majeurs et il ne voulait pas faire de son aîné un prêtre ou un moine. Il le fit sortir du monastère et rentrer à la maison. Comme le grand aumônier du roi était mort, il demanda et obtint que la charge soit confiée à son fils.
Au début, le jeune homme semblait avoir vraiment surmonté son problème, mais la vie à la cour, parmi tant de jeunes gens beaux et raffinés, pages, soldats, domestiques et jeunes nobles, réveillait plus que jamais ses désirs enfouis. En réaction, Stanislaw commença à courtiser assidûment les demoiselles d'honneur qui circulaient à la cour, à la grande satisfaction de son père.
C'est ainsi qu'à l'âge de vingt-sept ans, Stanislaw convola en justes noces avec la fille d'une dame d'honneur de la reine, une charmante et belle jeune fille de vingt-et-un ans au corps maigre comme celui d'un adolescent. Dans les premiers temps, leur mariage parut apaiser les instincts cachés du jeune homme, peut-être aussi parce que la sexualité qu'il pouvait avoir avec son épouse légitime lui donnait un certain degré de satisfaction physique.
Mais sa nature si longtemps refoulée commença peu à peu, de façon à peine perceptible, à reprendre le dessus. Quand son père lui fit prendre Rhémy de Bayeux comme secrétaire, le jeune homme sentit soudain se raviver en lui avec force la flamme du désir pour ce beau blond aux yeux bleus, aux traits fins et pourtant si viril.
La lutte intérieure, malgré les "bons principes" inculqués par son père et les dominicains tourna à la déroute et il se mit bientôt à rêver de mettre Stanislaw dans son lit à la place de son épouse pour laquelle il éprouvait de moins en moins de désir.
La dernière chose qui le retenait était la crainte que Rhémy ne soit pas comme lui et n'accepte pas de se soumettre à son désir de plus en plus brûlant. Il craignait aussi le scandale si le jeune Français, en plus de repousser ses avances, le dénonçait d'une manière ou d'une autre.
Mais le jeune Rhémy était devenu pour Stanislaw une véritable obsession. Il commença à espionner son secrétaire, à observer tout ce qu'il faisait, ce qu'il disait, ses expressions, dans l'espoir de découvrir s'il pouvait ou non tenter une telle approche et comment. Peu à peu, le jeune aumônier éprouva l'impression de plus en plus claire et précise que quelque chose liait son secrétaire à son serviteur noir, quelque chose de particulier... Et, avec sa sensibilité exacerbée, il devina qu'ils étaient peut-être amoureux.
Il se mit alors à en chercher la preuve. Il la trouva enfin. Un jour que Chaki avait quitté la résidence pour faire quelques courses et que Rhémy était en train de transcrire des documents, Stanislaw se glissa discrètement dans le logement des deux garçons. Il vit que le lit du serviteur n'était pas défait alors que celui de son secrétaire était dévasté. Il ouvrit le lit et remarqua des taches grises sur le drap. Il y passa un doigt. C'était encore humide. Il le porta à son nez et, comme il l'avait deviné, il reconnut l'odeur musquée du sperme...
Il ne pensa même pas, comme un autre l'aurait pu, que ce pouvait n'être que le résultat d'un rêve érotique ou le plaisir solitaire de son jeune secrétaire, et courut aussitôt à la conclusion, hâtive mais exacte, qu'ils étaient amoureux, n'utilisaient qu'une des chambres et faisaient très souvent l'amour. Ils l'avaient certainement fait le matin même.
Triomphant, Stanislaw quitta le petit appartement des deux garçons. Il entra joyeusement, excité, dans la pièce ou travaillait Rhémy, verrouilla la porte derrière lui et s'installa face à la table. Le garçon leva les yeux de ses papiers et le regardait curieusement, en se demandant pourquoi Stanislaw avait fermé la porte à clé et la raison de son étrange sourire.
"Rhémy, toi et ton serviteur noir faites l'amour ensemble !" dit-il d'une voix basse mais assurée, en le regardant droit dans les yeux.
Le garçon sursauta presque, pâlit, "Que dites-vous ? Comment pouvez-vous dire une chose si... si... ridicule !" dit-il, en essayant de garder sa contenance.
"Ne nie pas, c'est inutile. Je vous ai vus le faire," mentit le jeune homme, " ce matin encore, avant de sortir de votre alcôve, vous avez fait l'amour ensemble !"
Rhémy crut au mensonge de son maître et se sentit perdu, il n'eut pas le courage de continuer à nier.
"Vous savez que les lois de l'Eglise et de l'Empire punissent très, très sévèrement quiconque fait ces choses ?"
"Allez-vous nous dénoncer ?" demanda le jeune garçon d'une voix faible, en luttant contre la panique.
"Je ne sais pas encore. Cela ne dépend que de vous."
"De moi, monseigneur ?" Que voulez-vous dire ?"
Stanislaw, terriblement excité, le regarda de la tête aux pieds. Son pénis bondit sous son pantalon de satin et seule la longue traîne de brocart cachait le gonflement soudain.
"Je pourrais bien garder le silence sur votre relation, mais tu devras acheter mon silence."
"Acheter votre silence, monseigneur?" Mais comment ? Je ne suis pas riche, vous le savez bien. Mes quelques économies ne viennent que des gages que vous me donnez..."
"Mais tu as un trésor caché avec lequel tu peux payer... et tu peux me payer en abondance..."
"Un trésor caché ? Vous vous trompez, monseigneur. Je n'ai rien de précieux, rien de caché... Vous pouvez fouiller tout mon logement, monseigneur... "
"C'est toi qui te trompes, et ton trésor n'est pas caché dans ta chambre, mais sous tes vêtements."
Rhémy ne comprenait toujours pas ce que le jeune aumônier voulait dire et se sentit de plus en plus perdu. Il répondit, "Fouillez-moi et vous verrez que je ne cache aucun trésor sur moi..."
"Je ne te crois pas. Viens ici devant moi, oh oui, je vais te fouiller !" dit le jeune homme amusé, réalisant que Rhémy n'avait pas encore saisi le sens de ses paroles.
Quand Rhémy fut debout devant lui, Stanislaw fit d'abord semblant de le fouiller vraiment. Il le touchait ici et là sur tout le corps, mais à la fin, il posa une main sur les fesses du garçon et l'autre entre ses jambes, et le palpa de façon provocante en disant, "Voilà le trésor caché qui achètera mon silence !"
Rhémy comprit soudain et tenta instinctivement d'échapper aux mains de l'homme, mais l'autre ne relâcha pas sa prise et attira même le jeune homme vers lui.
Rhémy murmura alors, "Monseigneur, s'il vous plaît... ne me demandez pas... ça."
"Pourquoi pas ? Tu me plais, je te veux. Si tu le fais avec ton esclave nègre, pourquoi tu ne pourrais pas le faire avec moi ? Donne-moi une bonne raison, parce que je n'en trouve aucune."
"Monseigneur... le fait est que je... que Chaki et moi... ne faisons pas que baiser, nous sommes amoureux l'un de l'autre et aucun de nous ne veut avoir de rapports sexuels avec d'autres."
"Mais c'est le prix que j'ai fixé pour mon silence. D'ailleurs, je n'en demande pas tant, tu pourras continuer à t'amuser avec ton esclave si tu viens dans mon lit. Si tu refuses, selon nos lois, tu seras mis en prison à vie et ton amant sera décapité. Que décides-tu ? Ce serait dommage, tout ça rien que parce que tu refuses de venir dans mon lit."
Rhémy essaya encore de le dissuader mais Stanislaw continuait à le toucher de façon de plus en plus intime et provocante. "Monseigneur, Chaki et moi sommes passés par les pires épreuves, pour vivre notre amour heureux et en paix, nous avons risqué nos vies, nous avons été emprisonnés, soumis aux pires tortures et humiliations. Nous pensions avoir enfin trouvé un peu de repos et pouvoir enfin partager notre amour. Si, comme nous, vous êtes plus attirés par la grâce virile que par la grâce féminine, vous devriez comprendre..."
"Je le répète, si tu viens dans mon lit sans faire d'histoires chaque fois que je te le demande, toi et ton esclave, vous pourrez baiser où et quand vous voudrez."
"Mais nous deux... Nous ne baisons pas, monseigneur, nous faisons l'amour !" protesta le garçon.
"D'accord, ne baisez pas, faites l'amour... mais seulement si tu viens et que tu me donnes du plaisir." insista le jeune homme qui tenta d'embrasser Rhémy.
Les yeux flamboyants, le garçon s'écarta de son maître, presque brutalement. "Vous aurez ce que vous exigez de moi, monseigneur... Vous aurez mon corps chaque fois que vous l'exigerez et vous pourrez vous amuser comme il vous plaira. Mais au moins mes lèvres... mes baisers, laissez-les à celui dont je suis amoureux !"
L'air assez amusé, l'homme le regarda puis il dit, "Bon, je te l'accorde. Mais à présent, mets-toi nu, je veux voir les trésors sur lesquels j'ai réussi à mettre les mains aujourd'hui. Je veux te voir nu. Enlève tout, je te veux complètement nu."
"Ici ? Tout de suite ?"
"J'ai fermé la porte et personne ne pourra nous déranger. Allez, arrête de faire l'ingénu, tu n'es pas une petite fleur fragile, accepte en homme ton nouveau rôle entre ces murs !"
Rhémy commença à se déshabiller sous le regard de plus en plus brillant de convoitise de l'homme qui avait enfin atteint ce qu'il voulait inconsciemment depuis trop longtemps.
Quand le garçon fut nu, l'homme tourna autour de lui en admirant les belles formes, douces et viriles, son corps parfaitement lisse, mince et élégant, et commença à le caresser d'abord d'un doigt léger, puis de plus en plus excité et fougueux.
"Tu es beau, oui, tu es très beau... Tu es vraiment un garçon excitant, ton corps est né pour donner du plaisir... le plaisir de mes mains, mes yeux, mon corps... Je vais faire apporter un divan ici aussi, à la place de l'étagère sous la fenêtre... oui... et, de temps en temps, nous nous enfermerons ici, et tu te donneras à moi, pour mon plaisir... Tu as un petit cul délicieux. Tu te fais mettre aussi par ton nègre ?"
Rhémy ne répondit pas. Il resta immobile, sans regarder l'homme qui continuait à tourner lentement autour de lui, à le toucher, le regardant comme l'oiseau de proie, le prédateur regarde la proie convoitée. Le garçon sentit l'excitation de l'homme grandir, et il fut contrarié, car, malgré les caresses de l'autre, son membre refusait de lever la tête et demeurait flasque. Mais l'homme ne semblait pas s'en soucier.
Stanislaw s'arrêta enfin devant Rhémy et lui dit, "Et maintenant déshabille-moi, je veux enfin t'essayer. Dépêche-toi !"
Le garçon obéit et se mit à délacer un à un les élégants et précieux vêtements de son maître et à les lui enlever. Rapidement, l'homme fut nu. Une forte érection émergeait effrontément du buisson qui ornait son pubis. Le sac de ses testicules, portant quelques poils, pendait lourdement, bien en vue sous le pénis en érection.
Quand Stanislaw aussi fut nu, il fit se retourner le garçon, le courba à quatre-vingt dix degrés, dans la position même dans laquelle il avait coutume, des années plus tôt, de prendre son ami soldat, se plaça sur lui et le pénétra d'une seule poussée énergique, lâchant un léger gémissement de plaisir.
"Oui, c'est sûr que tu te fais enculer par ton nègre, je suis entré sans aucun problème... Combien en as-tu pris, toi, de bites dans le cul, hein ?" demanda-t-il quand il fut complètement à l'intérieur.
Il l'attrapa par la taille et commença à le marteler avec un plaisir croissant. Rhémy ferma les yeux. Il aurait aussi voulu pouvoir fermer ses oreilles pour ne pas entendre les gémissements de plaisir et les mots que chuchotait d'une voix rauque l'homme en rut.
"Ah, oui, il n'y a rien de mieux que baiser un beau garçon, rien de mieux que de plonger sa queue bandée dans un cul étroit et brûlant, doux et confortable comme le tien. Tu es un bel étalon à dresser et te monter est un vrai plaisir."
L'homme s'agitait en lui avec un plaisir évident, gémissant et mêlant un fleuve de paroles avec ses soupirs.
"Tu aimes que je te prenne, hein ? Dis-moi que tu aimes, dis-moi que ça te plaît de prendre des bites dans le cul. Allez... Confesse-le... Tu peux me le dire devant moi, je te donnerai l'absolution, tu sais ? Si, je te donnerai l'absolution et aussi ma bénédiction, avec le goupillon que je t'ai mis dedans !"
Rhémy ne répondit pas, il ne dit rien. Il espérait juste que cette baise brutale serait bientôt finie. Il eut la chance, au moins cette fois-là, que l'homme soit trop excité et ne puisse maîtriser son désir. Après quelques minutes, Stanislaw la lui poussa au fond avec une énergie féroce, et Rhémy sentit la fière lance de chair palpiter à chaque fois qu'elle lançait un puissant jet de sperme dans son intimité.
Stanislaw poussait des cris bas et rauques, presque comme un homme en proie à une forte douleur. Il attira violemment le bassin du garçon contre lui, comme pour le pénétrer encore plus profondément si cela avait été physiquement possible.
Puis l'homme se calma, sa respiration haletante ralentit progressivement et il poussa un profond soupir.
Sans même se retirer de la chaude intimité du garçon, il dit, d'une voix basse et rauque, "Oui, j'en avais réellement besoin. Tout ce que j'ai bêtement raté pendant toutes ces années ! Mais enfin, je peux rattraper tout ce temps perdu, je peux le faire avec toi. "
Puis il se sépara lentement du garçon et Rhémy retint difficilement un soupir de soulagement. L'homme se sépara de lui et le garçon se releva, sans se retourner. Une main de l'homme se posa sur ses fesses et les caressa.
"Tu as vraiment un cul en or ! Tu vois que j'avais raison pour les trésors cachés avec lesquels tu peux me rembourser de ne pas trahir ton secret ? Dis-moi, qui baise le mieux, moi ou ton nègre ?"
Rhémy ne répondit pas et resta là debout, tournant le dos à l'homme. Il ne voulait pas le regarder, pas le voir. Il l'entendit s'agiter, il entendit le bruissement de ses vêtements et réalisa que l'homme se rhabillait.
"Tu peux aussi t'habiller, maintenant. Et puis, quand je serai parti, tu pourras te remettre au travail. Allons, vite, ne perds pas ton temps, petit cul d'or".
Le garçon fut contrarié d'être appelé ainsi, mais là encore il ne dit rien. Il se pencha pour prendre ses propres vêtements et s'habilla rapidement. Quand il fut de nouveau présentable, Stanislaw alla jusqu'à la porte, tourna silencieusement la clef dans la serrure, et ouvrit la porte.
"Bon travail, mon cher secrétaire !" dit-il, un peu ironique, et il sortit.
Rhémy se rassit à sa table, prit la plume d'oie, la trempa dans l'encre, et s'arrêta. Il ne pouvait pas se concentrer sur les papiers, sur son travail, il ne pouvait même plus se rappeler ce qu'il faisait avant cette interruption inattendue et fâcheuse.
Pendant plusieurs minutes, il demeura immobile dans cette position, incapable de remettre de l'ordre dans ses pensées. Puis il se leva, posa sa plume, alla jusqu'au placard où se trouvait une bouteille de verre opaque à moitié pleine d'eau de vie et but une longue gorgée, sans même prendre un verre. L'eau-de-vie lui brûla la gorge, le fit tousser et ses yeux se remplirent de larmes. Il posa la bouteille, ouvrit la fenêtre et respira profondément. Puis il revint à sa table et put enfin reprendre son travail.
Quand il retrouva Chaki, Rhémy ne lui dit rien et essaya même de prendre son expression de tous les jours pour que son amant ne puisse soupçonner qu'il s'était passé ce jour-là quelque chose de désagréable. Mais Chaki, tout en avalant son déjeuner, le regardait attentivement. Entre deux amants, rien de ce qui passe dans l'œil, dans le ton de la voix, dans les expressions de l'un n'échappe à l'attention de l'autre.
"Qu'est-ce qui se passe, Rhémy ?" demanda-t-il, un peu inquiet.
"Rien, Chaki. Absolument rien." répondit le garçon, essayant de sourire dans l'espoir d'être convaincant.
"Non, ne me dis pas qu'il n'y a rien. Je sens qu'il y a quelque chose qui cloche..."
"Eh bien... oui... juste un léger mal de tête à cause de travail que je fais et qui exige trop de moi. Mais rien à craindre. Ça passera bientôt, tu vas voir."
"Tu fais quelque chose de difficile ?" lui demanda Chaki, convaincu par son explication.
"Oui, quelque chose de très difficile, et qui requiert toute mon attention, alors..." acquiesça Rhémy reconnaissant à son amant d'accepter l'explication qu'il avait suggérée.
Mais Chaki, grâce à sa sensibilité et son amour, remarqua que plus les jours passaient, plus Rhémy était bizarre. Et les explications du garçon, la fatigue, les migraines, le manque de sommeil, la mauvaise digestion, le laissaient de moins en moins convaincu.
Une autre chose étrange était qu'après avoir fait l'amour, Rhémy semblait retrouver sa sérénité, mais quand il devait retourner travailler avec l'aumônier, il redevenait triste et tendu. Chaki était un garçon sensible, et sa sensibilité était exacerbée par l'amour qu'il avait pour son Rhémy. Il arriva donc à la conclusion qu'il y avait quelque chose d'anormal dans les relations entre le maître et son amant. Il ne comprenait pas ce qui pouvait se passer et pensa que peut-être le maître exigeait trop de Rhémy, ou qu'il n'était pas satisfait de son travail...
Il décida de forcer son amant à lui ouvrir son cœur, parce que le voir si triste lui faisait de la peine et l'inquiétait chaque jour d'avantage.
Alors un soir, après qu'ils aient fait l'amour, Chaki le prit dans ses bras, le berça tendrement et il lui dit avec une douce détermination, "Maintenant, Rhémy, dis-moi ce qui se passe entre le maître et toi, ce qui te rend si triste et tendu !"
Rhémy sentit son cœur rater un battement, puis s'emballer. Il ne répondit pas et Chaki insista. Rhémy se mit à trembler légèrement et son ami le sentit.
"Alors, j'ai raison... Il y a quelque chose qui ne va pas. Dis-moi quoi, mon amour... Si tu ne me dis rien, à qui parleras-tu ? Toi et moi avons décidé de tout partager, non ?"
"Chaki... je ne veux pas en parler..." gémit le garçon.
"Mais il le faut... Tu me le dois, mon amour... Quoi qu'il se passe, je veux aussi en faire partie..."
"Non, s'il te plaît..."
"Plus tu me dis non et plus je m'inquiète, plus je me sens mal. Veux-tu que je me sente mal, alors ?" le gronda-t-il doucement en lui caressant la joue sans cesser de le fixer dans les yeux.
Rhémy baissa les yeux et se mit à trembler plus fort.
"C'est si difficile ? Ça nous concerne ? Tu es fatigué de moi ?" demanda Chaki qui savait très bien que ce n'était pas le problème, pour le forcer à parler.
"Non, non, mon amour, je ne me lasserai jamais de toi ! Je n'aimerai jamais personne comme je t'aime," protesta Rhémy d'un ton peiné.
"Mais alors ? Ne me laisse pas dans une telle inquiétude..."
"Ce n'est pas facile... Et c'est très moche..."
"Mais si tu le partages avec moi, ça deviendra moins moche, tu sais. A deux, il est plus facile de supporter la laideur de la vie, tu sais... Allez, s'il te plaît. Quoi que ce soit, si tu m'aimes, dis-moi de quoi il s'agit."
Rhémy commença alors à raconter à son amant ce qui lui était arrivé, et ce qui se passait encore avec Stanislaw. Chaki le serra plus fort contre lui, avec plus de chaleur et de tendresse.
"Et toi, mon amour, tu as enduré tout cela pour moi, pour nous ? Non, je ne veux pas, je ne peux accepter que cet homme te détruise comme ça en profitant de toi !"
"Mais que puis-je faire ? Tu ne vois pas que je suis à sa merci ?"
"On pourrait se sauver..."
"Il nous dénoncerait, il nous poursuivrait, il nous trouverait et il nous ferait condamner, toi à mort, et moi, à la prison à vie, tu ne comprends pas ?"
"Il faut juste trouver un bon plan... Si on passe la frontière du royaume, on sera tranquille. Pourquoi ne pas demander de l'aide à Matyas. Il a été bon pour nous une fois, peut-être qu'il peut encore nous aider. Je suis sûr qu'il le fera, s'il le peut..."
Ils discutèrent longuement et Chaki réussit à le convaincre, sans difficulté, qu'ils devaient au moins essayer.
Pour Rhémy, le simple fait de s'être enfin confié à son Chaki, et l'espoir de mettre fin à cette situation, lui rendit moins pesantes les attentions lubriques de l'homme.
Chaki alla parler à Matyas. Il lui expliqua le problème et l'homme se dit prêt à les aider. Le plus important était qu'ils réussissent à quitter le royaume sans être reconnus au cas où Stanislaw Podebrady les dénoncerait vraiment pour sodomie. Matyas souligna que le grand aumônier du roi pouvait aussi les accuser de vol, quand il s'apercevrait qu'ils étaient partis... Une préparation soigneuse de leur fuite était indispensable.

Retrouvez les autres textes d'Andrej sur : http://www.andrejkoymasky.com/

Suite