Évasion (2/8) de JMB
vendredi 9 juillet 2010, 18:36 - JMB - Lien permanent
Afin de faire participer Aubin aux joies du bain matinal, il se jette sur lui, le serre dans ses bras, dans ses cuisses, lui roule une pelle. L’autre renâcle au contact de cette peau froide et humide puis se laisse aller tant cela devient agréable. Les ébats sont rapides. Modeste, en grande forme, s’emploie seul à donner du plaisir aux deux.
ÉVASION
de JMB
2ème Partie
Dans le silence de la chambre, Gus (Gustave de son prénom) raccroche le téléphone. Une fois de plus, chou blanc. Nul n’a vu Aubin. Il s’est envolé, disparu, sans laisser d’adresse. Pourtant, quasiment toutes ses affaires sont là, ici compris celles qu’il préfère, y compris ses effets de toilette, jusqu’à la brosse à dent. Il a ratissé tout l’argent liquide de la maison, a vidé compte bancaire et livret d’épargne retirant des espèces uniquement. Ce départ est impossible. Trop d’éléments prouvent que cela n’est pas possible! Pourtant, les faits sont là, bien réels. Voilà près de dix jours que Gus tourne en rond. Maintenant, il convient de prendre des décisions. Il ne peut rester dans cet appartement, ses moyens sont par trop insuffisants. Soit il déménage, soit il prend quelqu’un d’autre, un colocataire par exemple. Oui, mais le temps de trouver la perle rare, le terme sera échu depuis longtemps. Pas question de passer pour un mauvais payeur, Gus tient beaucoup à son image d’honnêteté. Ce qui le chagrine c’est de n’obtenir aucune réponse à toutes les questions que pose ce départ précipité, sans prévenir, à l’anglaise quasiment. S’il tombe sur Aubin, il va lui chauffer les oreilles au lâcheur ! Il s’apprête à sortir, constate le vide de ses poches, pas même un ticket de métro ! Bon, une seule solution : se mettre en quête de rentrée d’argent. Ce qui ne devrait pas poser trop de problème s’il en juge par les sommes qu’on lui doit. Dans son milieu, les affaires étant les affaires, on respecte la parole donnée. Un bref calcul mental lui apprend qu’il pourra faire face avec ce qu’il va récupérer. Reste qu’il n’a plus à domicile et à sa disposition, le plus beau cul du monde, comme il se plaisait à le souligner devant ses amis. Le voilà réduit à draguer, comme tout un chacun, s’il veut assouvir ses grands appétits de sexe. Quels changements en même pas deux semaines ! Pas le moment de s’appesantir sur son sort, il devient urgent de passer à l’action.
Vers 18h, Gus rentre à l’appartement, le portefeuille confortablement garni. De quoi tenir un mois, minimum, deux en vivant chichement. Il aurait dû commencer par là, dès qu’il s’est aperçu de l’absence.
Mais pourquoi ? Où est-il ? Il passera un sale quart d’heure lors des retrouvailles. Aubin, un bien beau minet lorsqu’ils se sont rencontrés, il y a bientôt cinq ans de cela. Naïf comme ce n’est pas permis ! Il arrivait tout droit de pensionnat, croyant que les coucheries entre élèves internes étaient ce que le stupre connaissait de plus pervers ! Gus n’était pas mal non plus comme mec, malgré ses 34 balais à l’époque. Type nordique, nez légèrement retroussé, pointu, mince, cheveux raides d’un blond paille, yeux bleus, peau blanche, pommettes un peu saillantes, bouche moyenne aux lèvres minces colorées naturellement d’un rouge vif donnant une certaine féminité au visage. 1m82 pour 78 kg, corps élancé, nerveux, n’ayant jamais pratiqué le moindre sport, si l’on excepte celui en chambre. Le personnage, doté d’une queue hors norme, court après tout ce qui porte bite, doté d’une voracité incroyable côté cul. Que disait un de ses ex amants ? Ah oui ! Priapisme ! Gus possède un énorme engin. Lorsqu’on l’observe habillé, on a l’impression qu’il bande constamment sous sa braguette. Ce qui attire inévitablement, inéluctablement, les regards envieux, mâles ou femelles. Et il en est fier, le bougre ! Tout comme il est fier des compliments concernant ses prouesses érotiques. Les louanges fusent lorsqu’un homme quitte son lit. Il ne lésine pas sur les efforts, cherchant toujours quelques nouveautés dans le domaine des galipettes cochonnes. Aubin n’a pas manqué de plonger dans le filet charnel qu’il lui tendait. Il n’a pas eu longtemps avant de le mettre dans son lit. La première fois c’était merveilleux. D’abord l’étonnement du gamin en subissant les caresses, les pelles. Ensuite la peur chez ce jeune homme en apercevant la matraque d’un Gus au mieux de sa forme. Les efforts d’Aubin pour sucer. Son étonnement au moment de l’habillage de la bite. Ses soupirs aux premiers coups de langue sur son anus. Ses appréhensions lors de la pénétration qui, malgré la douceur extrême, provoquait une certaine douleur. Enfin, le lâchage de foutre en généreuses giclées accompagné de râles aux sons gutturaux. Le gamin venait de connaître sa première véritable osmose avec un autre homme, un vrai cette fois. Quelques minutes de repos, et il en redemandait. Nouvel étonnement lorsque, prenant mille précautions, il s’assied sur la bite démesurée, la laisse pénétrer entièrement dans son anus. Comment a-t-il réussi pareil engloutissement ? Sur les conseils d’un Gus demandeur, Aubin se pistonne hardiment. Autre nouveauté : les mains de son enculeur titillent le bout de ses seins électrisant sa poitrine pendant que la queue tétanise ses entrailles. Seconde éjaculation. Cette soirée fut l’occasion pour Aubin d’apprendre l’usage des préservatifs. Très ému, il s’endormait dans les bras d’un Gus transi d’émerveillements. Amour, passion, folie des sexes. Tout y passait durant la première année. Ensuite…..
___
Aubin s’étire, baille, oublieux du passé. Debout devant la tente, jambe écartée, il savoure la chaleur que lui procurent les quelques rayons de soleil. Selon son Modeste de météorologiste, dans une paire d’heures un déluge devrait s’abattre. On aperçoit les premiers nuages gris pointer à l’horizon. Un tracteur arrive, conduit par l’homme aux chairs généreuses qui clame :
<< - Tu veux que j’t’emmène ? J’vais au pat’lin dans dix minutes.
- D’accord, je serai prêt. >>
L’esprit encore accaparé par les folies de la nuit, Aubin s’habille. Peu de choses à acheter en ce lundi : son amant lui a laissé pas mal de nourriture du pays. Il lui a même prêté une glacière. En chemin, aubin observe :
<< - Je ne t’ai pas entendu partir, ce matin.
- Pour sûr ! T’en coinçais un bon peu à 5 plombes. Tu sais, j’suis content d’nous. C’est la première fois que j’reste deux nuits avec un autre cul que celui d’bobonne. L’tien est accueillant, faut dire. Ça t’branche une rebelote c’soir ?
- Avec grand plaisir. Mais ton cul n’est pas mal non plus.
- Si on continue, on s’ra comme si on était marida, moi et toi. >>
Et de rire de sa plaisanterie. Aubin descend de l’engin peu avant l’entrée du village. Dans le magasin, les mêmes commères le zieutent, murmurent à son sujet. Il décide de se montrer un peu plus urbain, presque joyeux. L’une d’elles, plus courageuse que les autres, en profite pour entamer la conversation. Il répond aimablement. Quand vient son tour d’être servi, il s’excuse poliment auprès de la dame. Face à Mikael, il remarque la froideur de celui-ci, ses yeux rougis ornés de cernes. La beauté du jeune homme en a pris un coup durant le week-end ! L’évidence se manifeste à l’esprit du vacancier : il a devant lui un jaloux. Mais de qui ? De Modeste ou d’Aubin ? Ce dernier paye ses achats qu’il emmène avec lui vu leur faible poids. Il se sent le cœur léger, parcourt le trajet d’un pas allègre. Arrivé sur place, il profite des dernières apparitions du soleil pour "prendre un bain" dans la rivière, histoire de se décrasser intégralement.
Alors qu’il boit un capuccino, assis non loin de son abri, Aubin voit Mikael se diriger vers lui. Une fois tout près, il s’assied. Passées deux longues minutes silencieuses, il renifle à plusieurs reprises, éclate en sanglots. Il grogne, plusieurs fois :
<< - L’a jamais passé même une seule nuit avec moi. Pourquoi ? >>
Pas besoin d’explication. Donc il ne s’agissait que de ça : Modeste n’a jamais passé une nuit en sa compagnie. Aubin attend que le gros du chagrin soit passé. Il pose sa main sur l’épaule de Mikael, suggère, d’une voix apaisante :
<< - Modeste n’a jamais eu l’occasion de passer une nuit avec toi. Si je n’avais pas été là, c’est avec toi qu’il serait resté toute la nuit.
- Tu crois ? Tu dis pas ça pour me consoler ?
- Non, je le pense. Quand tu as su que sa femme partait, tu aurais dû lui demander.
- Et où qu’on aurait été, hein ? Chez lui, y peut pas. Chez moi y’a mes parents.
- Pourquoi il ne peut pas chez lui ?
- Ben parc’qu’il habite chez l’patron, pardi ! Tu sais, j’ai souvent pensé à ça.
- Tu es amoureux de lui ?
- Non ! Mais j’voudrais autre chose qu’des coups vite fait dans la p’tite baraque, c’est tout. Surtout d’puis qu’je sais que j’peux lui prendre le trou. Ça, c’est grâce à toi. Tu comprends ?
- Écoute, je vais te prouver qu’il ne te refuse pas de passer une nuit avec lui. Vient ce soir, après le travail. Tes parents te laissent sortir, quand même.
- Ben oui, évidemment ! J’suis majeur quand même. Y s’inquiètent même parc’que j’sors jamais, l’soir.
- Alors pas de problème. On dîne tous les trois et après tu lui parleras. D’accord ?
- D’accord. T’es chouette. Moi qui croyais qu’tu voulais me l’piquer, l’Modeste. >>
Rasséréné, Mikael retourne au boulot. Aubin se morigène un soupçon : il se fiche complètement des états d’âme d’autrui. Ce qui l’intéresse actuellement, c’est une partie à trois. Cette perspective lui met du baume au cœur. Raison pour laquelle il supporte sans rechigner le nouvel orage qui commence à poindre. Juste le temps d’aller se mettre à l’abri dans la baraque. Encore deux ou trois heures à regarder la pluie tomber !
Lorsqu’il revient au campement, Aubin constate le désastre : tout est sans dessus-dessous. La tente coincée entre deux arbres, les ustensiles éparpillés dans la nature, les vêtements trempés essaimés, tout à l’avenant. Du coup, sa bonne humeur le quitte d’autant que son projet de baise à trois en prend un sacré coup. Un ricanement attire son attention. Modeste ironise :
<< - On voit d’suite qu’t’as pas l’habitude. Et ces p’tites tentes qui s’montent toutes seules, c’est pas fait pour les orages ! T’as pas planté les piquets comme y fallait et t’as rien mis de lourd à l’intérieur pour la t’nir. Tes quatre nippes f’saient pas l’poids !
- Merci pour les conseils mais c’est trop tard. Tu aurais dû me les donner avant.
- Bon, renaude pas ! J’vais te donner un coup d’main.
- Rien ne sera sec pour la nuit.
- T’mets pas la tête au court-bouillon ! On va t’installer un p’tit nid d’amour dans la baraque. J’y expliqu’rai, au patron, y comprendra. >>
Ils se mettent à la recherche des objets éparpillés. La nuit arrive vite. Aubin sort sa lampe de poche. Modeste éclaire avec les phares du tracteur. Une silhouette, montée sur une bicyclette, s’approche. Il constate, joyeux :
< - R’garde qu’arrive, Aubin. C’est l’Mika. Viens nous donner un coup d’mains, Mika ! Tu tombes bien. Si t’as rien à faire c’soir, on t’invite après qu’on a tout ramassé. >>
Aubin ne cache pas son soulagement : il craignait un refus de la part de Modeste, concernant cette soirée à trois. Celui-ci s’absente : il va chercher deux lampes à alcool, une bâche de protection pour mettre sur le sol de la baraque, divers autres objets. Lorsqu’il revient, Aubin constate :
<< - Je crois qu’on a tout retrouvé.
- Alors on fout l’camp, fissa, j’ai l’estomac qui gargouille. L’est vide le pauvret. >>
Mikael, le plus heureux des trois, se jette contre Aubin, plaque ses lèvres contre les siennes, puis s’approche de Modeste à qui il inflige le même traitement. Un Modeste qui, sitôt sa bouche libérée, prophétise :
<< - C’est qu’ça demande un fourre-tout à trois, l’polisson ! Ben pas d’refus, mon p’tit poulet. J’ai jamais fait. Faut savoir se r’nouv’ler dans la vie. Après, tu t’mettras au milieu, pour dormir, on t’tiendra chaud, moi et l’Aubin, pour sûr. >>
___
Attendrissant le couple Modeste, Mikael. Le premier mange assis, la tête du second sur les genoux qui grignote couché. Aubin observe leurs mignardises. Il se fait l’effet d’un supplément au festin que les deux veulent se donner. Il se rend compte, également, qu’il n’est pas des leurs, un étranger en quelque sorte, une pièce rapportée dans le cadre de leurs amours. Si ces deux là ne s’aiment pas, alors on se demande ce que c’est ! Ils ne connaissent pas, ou ne veulent pas connaître, leurs véritables sentiments l’un envers l’autre. Telle est la réflexion d’Aubin qui se contente d’un repas léger avec dégustation modérée de vin. Modeste ingurgite comme à son habitude, gloutonnement, passionnément, joyeusement. Mikael picore plus qu’il ne mange, déjà grisé par les deux verres de vin absorbé, euphorique en somme. La dernière bouchée avalée, on débarrasse pour faire de la place à ce qui ne tardera pas à devenir un lupanar. Dans ce qu’a ramené Modeste, on trouve plusieurs couvertures en remplacement du duvet mouillé. Tout le monde s’allonge, Mikael au milieu. Alors commence un ballet érotique à deux avec péripéties en solitaire pour le troisième. Modeste et Mikael, tendrement enlacés, ne décollent pas leurs lèvres, ne décrochent pas leurs mains agrippées à leur corps respectif. Les bassins se malaxent permettant aux bites de se frotter. Aubin comprend qu’il joue véritablement le rôle de la pièce rapportée. Il se glisse derrière Mikael, le sodomise calmement, une fois le préservatif posé sur sa matraque. L’enculé gémit, les sons étouffés par la pelle que lui roule Modeste. Le couple ne cesse de se mignoter. Le solitaire d’enfiler. D’ailleurs, il change de capote et de trou, pénétrant à fond le cul de Modeste qui grogne à son tour. Nouveau changement : les deux se taillent une pipe au rythme de succions baveuses. Aubin retourne vers Mikael pour se finir dans Modeste pendant que ces deux crachent leur jus sur leur visage. Pause café, sans alcool. La séance reprend. Le couple s’empare de la queue d’Aubin, qu’ils positionnent entre leurs lèvres. Ensuite, baisers goulus avant la prise de la pastille d’un Aubin en folie. D’abord c’est Modeste qui l’enfile, laissant Mikael l’enfiler. Puis les rôles sont inversés : Mikael encule Aubin et se fait enculer par Modeste. De nouveaux sons gutturaux jaillissent des gosiers quand les coulées de sperme explosent. Seconde pause au cours de laquelle on discute des novations en matière de baise. L’idée de double pénétration surgit. Les regards des aînés se tournent vers un Mikael apeuré qui cède sous condition :
<< - J’dis pas non. Mais faut qu’on y passe tous. Et on s’arrête si ça fait trop mal. >>
Accord conclue. De la théorie on passe à la pratique. Le plus initié à la chose, c’est Aubin, qui positionne son monde, jouant le receveur en premier. Révélation pour les deux autochtones lorsque leurs vits se rencontrent dans l’anus. On ne fait aucun geste brusque. Les pénétrations se déroulent dans un frisson de sensualité générale. Heureusement, Aubin avait prévu, dans son bagage, le lubrifiant indispensable à de telles prouesses. Timide, craintif, Modeste se dévoue en second. Changement de capotes, applications généreuses de lubrifiant. L’enculé s’assied sur la bite d’Aubin qu’il se fourre d’un coup dans le fion puis se penche. Dans l’attente de la seconde queue, il roule un patin à son enculeur. Mikael se place derrière lui, glisse sa queue le long de l’autre, pistonne langoureusement. Modeste, passée la petite douleur du début due à la contraction provoquée par la peur, connaît un moment de jouissance inespérée. Ses petits cris grossissent l’envie chez Mikael de prendre sa place. Exécution immédiate. Fier de ne pas se montrer plus faible, le nouvel enculé s’en donne à cœur joie et à chœur joie. Assis sur son amant en titre, il le gratifie de moult pelles pendant que la tierce personne entre son gros braquemart afin de coulisser contre celui plus long mais aussi plus imposant, déjà présent dans les entrailles. Apothéose en gémissements majeurs pour éjaculations finales. Trois hommes, épuisés par leurs efforts, soûlés de griseries sexuelles, s’effondrent sur la couche improvisée, s’endorment profondément. Vers les 2h1/2, Aubin, transi de froid, ouvre un œil. La lune envoie ses rayons par l’ouverture sans porte. Il voit deux hommes enlacés, quasi enchaînés l’un à l’autre, enroulés dans les couvertures. Il s’habille afin de ne pas attraper la crève, se rendort. Un peu plus tard il se réveille de nouveau : Modeste et Mikael s’apprêtent à partir, il est 5h. Le premier conclue cette série d’amours effrénées :
<< - Y’a pas à dire, c’est quèqu’chose, à trois ! Dis, Aubin, tu comptes finir tes vacances ici, par ce temps-là ?
- Je ne sais pas. Pourquoi, je te gêne maintenant ? >>
Modeste ne répond pas : oui, il est gêné. Pour ne pas blesser son partenaire de baise de la veille, il dépose un baiser rapide sur ses lèvres avant d’ordonner à Mikael :
<< - Faut qu’on y aille, mon p’tit lapin ! >>
Le petit lapin se contente d’un signe de main en guise d’au revoir à Aubin. Avant de sortir, Modeste ajoute :
<< - J’vais parler au patron pour qu’tu reste ici l’temps prévu, si c’est c’que tu veux. On va plus s’revoir, j’travaill’rai plus dans les parages, on a fini ici. Quand tu partiras, laisse les affaires, j’viendrai les enl’ver, t’en fais pas. >>
Il s’éloigne, Mikael à ses côtés. Il entend une dernière phrase de Modeste :
<< - Juré ! On va s’débrouiller pour passer une nuit rien qu’tous deux, d’temps en temps. >>
___
Décidément, la météo ne s’arrange pas. Ciel gris, bas, menaçant. Sol humide, arbres aux feuilles qui commencent à tomber. Pour Aubin, la situation se complique : camper devient impossible, vivre dans cette baraque sans porte ni fenêtre n’est guère recommandé. Il n’a même plus d’agréable compagnie, depuis quatre jours. Ils l’ignorent, dorénavant : de cela il est certain. Quand Mikael et Modeste se sont-ils parlé ? Probablement dans la nuit après les ébats à trois. Se sont-ils vraiment découverts ? Possible. En tout cas il ne les intéresse plus comme s’il avait « dépensé » tous ses charmes au cours de cette partie. Encore qu’ils n’aient porté que peu d’attention à Aubin si ce n’est pour leurs propres satisfactions. Il hausse les épaules : ainsi va la vie !
Première urgence : lessive si faire se peu. Ensuite procéder à une toilette malgré les circonstances. Enfin, décider de l’avenir.
Alors qu’il n’a pas achevé d’étendre ses vêtements, une voix féminine vient le distraire :
<< - M’sieur Aubin ! M’sieur Aubin ! Vous pouvez m’aider, s’y vous plaît ? >>
Il reconnaît la matrone qui l’a abordé l’autre matin, suite à son opération « élan de sympathie ». Il s’approche d’elle, constate son embarras : vélo par terre, courses éparses sur le bitume, la dame assise dans le fossé, cheville foulée. Elle narre l’incident, jurant ses grands dieux qu’elle ne comprend pas comment elle en est arrivée là. Coupant court à son monologue, il propose de l’aider à se relever. Elle rétorque :
<< - Si ça vous fait rien, ramassez d’abord les commissions, va.
- Non, je vais d’abord regarder votre cheville. >>
Diagnostic évident : cheville très enflée, marche impossible sans aide. Aubin décide, d’un ton qui ne veut pas entendre de réplique :
<< - D’accord, je ramasse vos affaires. On les laisse dans les sacs avec le vélo, dans un coin. Ensuite je vous emmène à la baraque ou vous attendrez que j’aille chercher pour vous ramener chez vous. Pour ça, j’emprunte votre vélo, ce sera plus rapide. >>
La blessée se laisse aller, comprenant bien que seul Aubin peut la tirer de là, peu désireuse d’attendre un éventuel passage de véhicule. Cinq minutes plus tard, installée sur les couvertures qui, la veille, servaient de couche pour orgie, elle gémit discrètement, laissant son sauveur se charger du reste après lui avoir indiqué son domicile.
Le sauveur en question ne perd pas de temps en chemin. Le patron de la dame, alerté par Aubin, ordonne à son chauffeur d’aller récupérer son employée et, dit-il, tout le tintouin. L’homme à l’uniforme impeccable ne traîne pas. Madame la patronne, qui assiste à l’entretien, propose au visiteur un rafraîchissement, il accepte. Dans le fond, ce dérivatif lui permet de passer le temps, sans trop s’enquiquiner, espérant que ses vêtement seront bientôt secs car, croit-il, il vient de décider d’aller "vacancer" ailleurs, comme il dit. Politesses d’usage : présentations, questionnements se voulant discrets. Madame, tout à trac, s’inquiète :
<< - Mais qu’est-ce qu’elle faisait sur cette route ? Elle n’avait aucune raison d’y aller. >>
Aubin se garde bien de lui apprendre que seule la curiosité a poussé la bonne dans le coin. Il note le côté charmeur de Monsieur. Un petit boulot, qui, jadis, devait en faire baver à ses collaborateurs. Elle, plus grande, plus enveloppée, genre majestueuse dans ses rondeurs, montre une certaine bonhommie. Ils n’ont pas dû souffrir beaucoup, ces deux là ! Combien d’années à eux deux ? 120 ? 130 ? Plus ? Pas d’âge, en vérité. On insiste pour que le "sauveur" reste à dîner. Refus poli d’Aubin. On insiste encore. Il comprend vite le but de la manœuvre : on tient à l’avoir en guise de distraction. Ici, on s’ennuie ferme, les étrangers se font rares. On voudrait bien avoir des loisirs mais on a peur d’y laisser sa tranquillité. Il cède, précisant :
<< - Mais je dois passer au campement, d’abord. J’ai étendu du linge à sécher. >>
Madame, fille de millionnaire récemment dotée de la fortune parentale, roucoule, pleine de bonnes intentions :
<< - Mon pauvre ami, rien ne sera sec, par le temps qu’il fait ! Vous ne pouvez pas rester comme cela ! Venez dormir au chaud. Nous passerons vos affaires à la machine, ce sera plus sûr question propreté. Ensuite, au sèche-linge. Mélanie s’en chargera. Allez les récupérer ! Je n’admettrais aucune excuse pour vous défiler. Nous devons nous entraider, n’est-ce pas. >>
Aubin ne réplique pas, remercie d’un signe de tête. La voiture arrive, ramenant la blessée que l’on monte dans sa chambre. Le maître de maison est médecin à la retraite, ça tombe bien. Rien de grave, dit-il, quelques jours de repos et tout sera oublié. L’invité grimpe dans la voiture, à côté du chauffeur, un homme entre deux âges, encore appétissant mais fermé à toute approche venant d’un homme, semble-t-il. Tout au moins c’est ce qu’il ressort des tentatives discrètes d’un Aubin espiègle sans véritable intention de draguer. Il se félicite de la tournure des événements. Une bonne nuit, au chaud, lui permettra de réfléchir à sa nouvelle destination. L’expédition se déroule en moins de trois quarts d’heure, l’aller-retour plus la récupération des vêtements. À peine arrivé, Madame le mène à sa chambre (avec salle de bain privée SVP !). On met à sa disposition des vêtements dits d’intérieur. Il profite un maximum du bain très moussant dans lequel il se prélasse longuement pendant que Mélanie s’empare de tous ses vêtements aux fins de nettoyage.
La soirée se déroule dans la plus parfaite urbanité, frisant l’amicale réunion. Aubin comprend que l’ex toubib s’est fendu d’un coup de fil au propriétaire du lieu où il campait. Entre gens du même monde, on se comprend, n’est-il pas ? On se refile des informations, aussi. Café, pousse-café, on continue de palabrer. Aubin se demande depuis combien de temps ces gens n’ont reçu personne, en dehors des habitués du patelin ? Un bail, pour sûr comme dirait Modeste. Enfin, Madame donne quelques signes de fatigue, ou de lassitude, impossible à définir. Galant, Monsieur présente ses excuses à leur invité alléguant qu’ici on se couche très tôt. Aubin se lève, salue ses hôtes en se confondant en remerciements puis gagne sa chambre.
Un lit moelleux ! Mais qu’est-ce qui lui a pris de partir à l’aventure, fin septembre début octobre, avec l’idée de camper ? Il se demande quel grain de folie lui a traversé la tête au moment de prendre cette décision. Certes, la campagne c’est beau, aéré. Mais avec tout le confort, pas sous une tente qui s’envole au moindre coup de vent et pas en période automnale alors que les deniers orages dévastent tout, que le froid plombe les soirées écourtées par une nuit de plus en plus précoce ! Il devait être fou, lui Aubin, de s’engager ainsi pensant prendre du repos. Certes, la première semaine s’est bien déroulée grâce, en grande partie, à la présence de Modeste et Mikael, présences chaleureuses s’il en est. Ce souvenir revigore ses sens tout comme la douce chaleur de ce lit à baldaquin. La main s’attarde sur le bas-ventre, l’autre sur un téton. Un des grands plaisirs d’Aubin, lorsqu’il s’accorde une séance en solo, c’est le noir. Il lui semble mieux fantasmer, pas distrait par ce qui l’entoure. Abandonnant ses réflexions, il porte son attention sur sa queue qui gonfle, ses doigts qui s’infiltrent dans son anus. Ses tripes frissonnent pendant que le foutre s’éjecte. Rapide passage sous la douche avant de s’endormir.
La nuit n’a pas porté conseil. Aubin s’apprête à quitter les lieux, après le petit déjeuner servi dans le jardin d’hiver où le rejoint son hôte :
<< - Content de vous voir, mon cher Aubin. Je vais être direct. Hier, j’ai pu apprécier un peu de votre personnalité. Vous me semblez débrouillard, instruit. Je sais que vous êtes en année sabbatique mais ce que je vais vous proposer ne devrait pas vous déplaire. Voilà ce dont il s’agit. J’écris un livre sur notre village dont le passé historique n’est pas inintéressant, loin de là. Je suppose que vous êtes familiarisé avec internet. Personnellement, je passe mes journées, ou presque, dans les archives municipales, dans les presbytères du coin ou chez les particuliers. Ici, ce sont pour la plupart de très vieilles familles ayant racine depuis plusieurs siècles. Mon épouse ne s'intéresse pas à ma petite marotte. Je n’ai personne pour m’aider et votre rencontre tombe à pic d’autant que je suis peu doué dans l’art de déjouer les pièges du web, comme on dit. Bien entendu, vous seriez nourri, logé blanchi avec des émoluments. Cela ne devrait pas durer plus de trois à quatre semaines. Ne me répondez pas tout de suite. Réfléchissez. Nous pourrions en reparler ce soir au dîner. Qu’en pensez-vous ?
- J’ai prévu de partir d’ici une heure environ.
- Rien ne presse, mon cher Aubin, rien ne presse ! Une journée de plus ou de moins... Si vous persistez à vouloir nous quitter, eh bien vous le ferez demain ! >>
Aubin se concentre quelques secondes avant d’accepter de remettre son départ au lendemain. Heureux de cette décision, l’ex médecin ajoute :
<< - Parfait ! J’ai préparé un petit dossier à votre attention, histoire de vous donner un aperçu. Lisez-le si cela vous dit. Ah ! Une dernière chose, mon épouse serait très heureuse si vous nous appeliez par nos prénoms. Elle c’est Mathilde, moi Paulin. >>
Alors qu’il se prélasse sous les premiers rayons de soleil de la semaine, Aubin décide de rester. Après tout, que risque-t-il ?
Dans la soirée, discussion devant une fricassée de perdreaux. Mr Paulin ne veut rien entendre : il refuse l’offre de bénévolat de la part d’Aubin. Ce dernier insiste : ou il effectue ces recherches gracieusement ou il part. Mme Mathilde intervient. Son époux cède à une condition :
<< - Bon, d’accord mais je mettrais un petit remerciement vous concernant, dans l’avant-propos du livre. J’y tiens. >>
La collaboration commence le lendemain matin même.
Le travail n’a rien d’écrasant, une fois le léger retard rattrapé. Aubin dispose de pas mal de temps libre. Mathilde passe le plus clair de ses journées à papoter avec ses copines, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. Le personnel de la maison se fait le plus discret possible. La nourriture est délicieuse, variée, copieuse. Le nouveau « secrétaire » commence à se plaire, ici. Il ne fréquente plus le commerce du village où, maintenant, on croit tout savoir de lui. Ce que l’on ne sait pas, on l’invente.
Lors d’une promenade digestive, aux environs de 14h, Aubin remarque un groupe de jeunes, filles et garçons, une quinzaine à peu près. Tous se prélassent ou dansent ou boivent ou s’embrassent, dans et hors la maison. Cette jeunesse, ici, le surprend. Il s’était presque convaincu de ne voir que des gens âgés dans ce patelin. Il continue son chemin se demandant où passer son après-midi, seule préoccupation un tantinet inquiétante. En effet, une vraie vie sociale manque à son bonheur. Certes, Mathilde et Paulin sont le charme personnifié, mais question érotisme…. Le chemin devient boueux. Aubin fait demi-tour. Presque plus personne chez les jeunes, tout au moins dehors. Le ciel s’assombrit, l’air se rafraîchit. On danse, portes et fenêtres fermés. Est-ce l’heure des coquineries ? Certainement pas, les parents ne doivent pas être loin. Aubin soupire, hausse les épaules. Un garçon, 25 ans à peu près, déambule, mains dans les poches. Il salue le promeneur qui note le sourire parfait, les yeux scrutateurs. Il répond :
<< - Vous prenez l’air entre deux volutes de fumée ?
- Oui et non. Disons que je ne me sens pas très à l’aise.
- Moi je m’appelle Aubin. Je suis ici pour quelques semaines.
- Elias, ravi de te rencontrer. Ma cousine m’a invité. Je repars demain. Tu te promènes ?
- Comme tu vois. Je passe le temps.
- Ça te dirait de venir à la fête ?
- Merci, mais je n’y tiens pas trop, Élias
- Moi non plus, en réalité. Si on faisait un bout de chemin ensemble ?
- Va pour le bout de chemin !
- Arrête-moi si je me trompe. Tu es chez Mathilde et Paulin, n’est-ce pas ? C’est toi qui lui donne un coup de main pour son fameux bouquin ?
- Exact… >>
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Dans sa chambre, Aubin tente de retrouver le parfum d’Élias, sa démarche, la douceur de sa peau effleurée à maintes reprises, le son de sa voix calme et énergique à la fois. Dommage qu’il s’en aille dès demain ! Une compagnie aimante arrangerait bien des choses, entre autres l’humeur. Aubin se contemple dans la glace collée à une porte de placard mural. Ce séjour campagnard produit sur lui le meilleur effet ! Il lui semble contempler un autre corps que le sien. Aucune vilaine trace d’une vie débridée. Oui, cette quasi retraite sied à son corps, permet l’oubli du passé mais engendre la mélancolie à cause du manque d’une véritable affection amoureuse. Il en a connu, des affections amoureuses, toutes entachées de doutes, de craintes. Pour la première fois depuis deux semaines, il se demande ce que devient Gus. Rapidement, il écarte le sujet de ses pensées : il se doit d’oublier, de vivre autre chose, loin de toute l’agitation de jadis, des pièges de jadis, de l’enfer de jadis. Pour ce faire, il étudie deux documents que lui a remis Paulin.
Aubin, tenue correcte exigée, pénètre dans la salle à manger à 20h pétantes, selon les habitudes maison. Ce soir, grand raout mondain ! Nombre d’inconnus papotent : certainement les voisins. Il ne cache pas sa surprise en apercevant Élias en conversation avec Mathilde qui, le voyant, se charge des présentations. Sourires complices des deux garçons qui se gratifient d’une chaleureuse poignée de mains, un peu plus longue que la bienséance l’exige, ce dont personne ne se rend compte. Leur plaisir augmente lorsqu’ils se voient mis côte à côte pour le dîner. Juste avant de passer à table, les parents d’Élias complètent le nombre des invités. La maîtresse de maison s’est surpassée, tout au moins sa cuisinière. Les plats défilent, se vident intégralement. Par moment, les seuls bruits que l’on discerne sont ceux de la mastication, de la déglutition tant on ne se préoccupe plus que de se remplir la panse. Sauf pour Aubin et Élias qui, dès que la situation le permet, se font du genou-genou, se frôlent les cuisses ou flirtent avec leurs pieds. Au dessert, le second murmure à l’oreille du premier :
<< - Une promenade digestive, ça te dirait ? Pas longue, évidemment. Juste pour aller jusqu’à mon palace privé. >>
L’interpellé opine du chef. Il remarque que Paulin l’observe, l’œil tristounet mais n’en tient aucun compte. Après dîner, on passe au salon : cafés, digestifs, cigares. Les quelques jeunes présents se retirent, poliment, prétextant leur retour à l’université le lendemain. Élias les imite, Aubin s’excuse et veut se retirer dans sa chambre. Les deux jeunes gens se retrouvent, cinq minutes plus tard, derrière la maison. Ils prennent un petit sentier menant tout droit vers un bungalow. Élias précise :
<< - Mes parents ont fait construire ce truc en dépannage quand nous avons trop de monde à coucher. On ne s’en sert jamais. Sauf moi quand j’ai la chance de trouver la perle rare.
- Ils sont au courant ?
- Non, pas du tout. Ils sont persuadés que j’emmène des filles. Je ne tiens aucunement à leur enlever leurs illusions. >>
L’endroit, simple, fonctionnel, très propre, manque de chaleur faute de personnalisation. Pas très folichon pour y effectuer des galipettes affriolantes. Heureusement, les futurs amants se noient regards dans regards, oublieux du décor. Les vêtements glissent au sol, aidés par des mains adroites aux doigts agiles. Lèvres contre lèvres, corps contre corps, deux êtres se livrent aux délices de la chair, sans retenue, seulement soucieux des plaisirs à donner et à prendre. Ils devinent les sexes coulisser entre les bas-ventres tandis que les corps ondulent en un ballet où deux danseurs ne veulent en faire qu’un. Les jambes se croisent, se mêlent. Les peaux, maintenant totalement à nu, s’électrisent mutuellement. L’appel d’une possession complète devient de plus en plus pressant. Les mains virevoltent, procurant les caresses magiques. Une sorte de féérie s’empare des amants devenus subitement prestidigitateurs dans l’art d’aimer charnellement. Ils ne prennent pas le temps de se contempler, trop désireux de se savourer. Les deux hommes balancent doucement leurs corps vers le sol où ils s’étendent toujours unis. Très vite, les langues s’occupent de taquiner les queues en effervescence, dans des succions gloutonnes accompagnées de diverses manipulations aux doigtés expérimentés. Les nerfs frémissent, les muscles se tendent. Un braquemart se présente devant une rosette, s’introduit délicatement dans un anus afin d’y créer une sensation de bonheur inoubliable. Aubin gémit au moment de l’intromission, s’ouvrant au maximum, gourmand de posséder entièrement le vit d’Élias dans ses entrailles. Commence une autre ondulation : celle provoquée par le pistonnage. Les mouvements langoureux deviennent de plus en plus rapides pour ralentir d’un coup alors que des jets de foutre inondent la capote pendant que d’autres arrosent généreusement corps et moquette. Apaisés, les amants s’accordent quelque répit. La queue sort de son habitacle. Débarrassée de son indispensable latex, elle repose, flasque, sur le ventre d’un Élias apaisé, heureux de sentir les caresses et les baisers d’un Aubin impatient de renouveler les ébats. Ce qui ne tarde pas. De nouveau en éveil, les bites se dressent fièrement. Des doigts s’en emparent, leur imposant une masturbation au rythme lent. Scellés par leurs lèvres, les garçons échangent leurs passions charnelles d’un moment. Pas de fellation, pas de sodomie, juste une branlette. Ils éjaculent, l’un après l’autre, l’un sur le visage de l’autre en se rendant la politesse. Sourires, taquineries, ils étalent leur semence sur les joues, contents de cette petite polissonnerie. Toujours tendrement enlacés, ils s’épient, se titillent, se bécotent, se lèchent, se sucent, se bouffent la rosette avant de permettre à la queue d’Aubin de pénétrer dans le cul d’un Élias qui manifeste sa joie d’être ainsi empalé. Nouvelle séance de pistonnage, nouvelles giclées de sperme, nouveaux instants de taquineries. Aubin, d’une voix gorgée d’émotion, murmure à regret :
<< - Je dois y aller. >>
Après mille et un baisers, mille et une caresses, ils se lèvent, se rhabillent sans mot dire. Une fois prêts à quitter l’endroit, Élias déclare calmement, tendrement :
<< - C’était trop merveilleux. Recommencer serait détruire le souvenir de telles étreintes. Restons-en là, veux-tu ? >>
Une réponse s’avère inutile. Se revoir serait ternir cette première rencontre. Un ultime baiser, long, savoureux, et les deux amants se séparent. L’un regagne le logis familial, l’autre fait quelques pas avant de rejoindre celui de ses patrons.
Aubin traverse le salon, chaussures à la main. Il gagne sa chambre sans même s’apercevoir d’une présence dans un des vastes fauteuils. Chagrin mais rasséréné, Paulin monte se coucher dès que son "secrétaire" a refermé la porte.
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Vers midi, le lendemain, du balcon Aubin remarque une file de voitures quitter le village : les jeunes regagnent leur vie estudiantine emportant, parmi eux, un de ses plus beaux souvenirs. Dans un coin de la pièce, Paulin observe le jeune homme, note ses épaules qui se soulèvent avant de se rabaisser, à plusieurs reprises, comme pour manifester un chagrin par de gros soupirs. Il toussote, attirant ainsi l’attention d’Aubin qui revient à la réalité et s’empresse de reprendre ses activités littéraires.
Lors du déjeuner, sans Mathilde partie chapeauter une quelconque œuvre de bienfaisance, Paulin et Aubin se retrouvent en tête-à-tête. L'un paraît sombre. L'autre rêvasse. Les deux grignotent leurs assiettées de ris de veau à l’ancienne. Enfin, le maître de maison s’inquiète:
< - Je me demande si vous ne vous ennuyez pas parmi nous, Aubin. Vous êtes jeune, vigoureux, plein de vie. Ici, cela ne me semble pas un endroit pour la jeunesse bien que nous le regrettions tous. Je me trompe ?
- Oui, vous vous trompez. Certes, je ne passerai pas ma vie ici. Mais, pour l’heure, je suis bien, même si parfois je m’ennuie. La vie trépidante me manque à certains moments. Mais bien vite je savoure le calme, l’atmosphère apaisante. J’ai l’impression qu’ici on ne connaît pas la méchanceté, la jalousie, que tout est serein. Je sais qu’il n’en est rien. Tant pis, je veux le croire, j’en ai besoin.
- Je crois vous comprendre, Aubin. Notre toit est le vôtre, le temps que vous voudrez. Et surtout, n’hésitez pas si vous ressentez la nécessité de parler ou si quelque chose vous manque. Nous aimerions, Mathilde et moi, vous aider à retrouver cette joie de vivre que vous ne semblez plus guère éprouver. Non ! Ne dites rien et ne vous croyez pas tenu de me faire des confidences. Je vous exprime simplement ce que nous ressentons. Sachez seulement que, quelles que soient les épreuves que vous avez subies, la vie doit reprendre le dessus, le goût de vivre, devrai-je dire. Vous êtes un très beau garçon, bourré de qualités, très attachant. J’allais dire très attirant. Ne gâchez pas tout cela. >>
Paulin regarde tendrement son vis-à-vis qui le remarque, le remercie avec un large sourire.
L’après-midi studieuse accapare les deux hommes qui ne parlent que travail. Cela n’empêche pas Aubin de noter certains frôlements de la part de son patron, plusieurs tentatives d’approches physiques. Cette attitude cause chez lui une certaine répulsion incontrôlable qu’il tente de cacher avec difficulté. Cet homme légèrement bedonnant, presque chauve, au visage ridé plus que de raison, lui rappelle trop certains personnages jadis fréquentés. Reviennent en mémoires les effleurements sur ses fesses, les regards énamourés mais ô combien salaces ! Plus jamais ça, se dit-il ! Il exige du jeune, du ferme ! Modeste oui ! Mikael oui ! Élias oui ! Gus… non, pas lui, malgré son corps sculptural, ses lèvres appétissantes, sa queue mirifique aux multiples possibilités de baises!
La soirée se prolonge plus que de raison. Mathilde se fait maternelle avec ses deux hommes, comme elle dit, veillant au confort de l’un et de l’autre. Paulin lance quelques œillades à un Aubin devenu distant, craintif, qui se promet de fermer sa chambre à clé pour la nuit. La pensée de quitter les lieux au plus tôt s’ancre dans son crâne. Où aller ? Le temps se fait clément : plein soleil la journée accompagnée d’une certaine tiédeur de l’air, ciel clair la nuit sans frimas automnaux excessifs. Replanter sa tente ? Aubin n’en a guère l’envie. Un bus passe deux fois par jour qui pourrait l’emmener vers une destination au hasard de son humeur. Pourquoi ne pas reprendre contact avec Mikael et, par lui, avec Modeste ? Après tout, ils ne l’ont pas définitivement repoussé. Deux ou trois jours à s’éclater en trio ne devrait pas faire de mal. Reste à annoncer la nouvelle à ses hôtes. Quelle explication leur donner ? Qu’importe ! Il n’a aucun justificatif à fournir, il est libre. Promis, demain au petit déjeuner ….
Nuit de sommeil profond, sans rêve. Première nuit calme, en vérité. Aubin pense avoir passé le plus dur dans sa quête à l’oubli. En bas, des voix, des bruits de porte, une voiture démarre. Il regarde discrètement par la fenêtre : Paulin s’en va pour la journée, laissant sa femme seule à la maison et leur invité. Ce dernier procède à sa toilette, descend prendre le petit déjeuner. Il croise Mathilde affairée, la salue courtoisement. Elle s’arrête, l’accompagne dans la salle à manger, s’assied en face de lui :
<< - Aubin, je devine que vous envisagez de partir. Inutile de le nier. Notre petite communauté n’est guère folichonne pour un jeune comme vous, habitué à une vie bien plus exaltante que la nôtre.
- Mathilde, croyez bien que…
- Laissez-moi parler, Aubin, je vous en supplie. Merci d’avance. Je connais mon mari, mieux que vous le pensez. Je sais ses, comment dire… ses errances. Notre mariage est de raison, pas de cœur. Ce qui n’empêche nullement que nous soyons très attachés l’un à l’autre. Nous avons une totale confiance l’un envers l’autre. Nous ne nous cachons rien. Il m’a parlé de son… errance vous concernant. Nous avions cru fonder une famille et projetions d’avoir au moins deux enfants. Ma nature nous a refusé cette joie. Néanmoins, notre amitié, que je qualifierai d’amoureuse, n’a jamais faiblie. Nous sommes à un âge où tout devient difficile : trop de choses s’achèvent ou vont s’achever à très court terme. Paulin résiste de plus en plus désespérément contre ses penchants véritables qui, vous l’avez compris, l’entraînent vers vous. Un départ précipité serait dommageable pour lui. Il aurait beaucoup de mal à s’en remettre. Restez jusqu’à la fin prévue. Je vous assure qu’il n’aura aucun geste déplacé à votre encontre, pas plus que des paroles. Sa timidité naturelle l’y aide énormément, tout comme ma présence. Mais la vôtre, de présence, lui apporte beaucoup. Je ne sais rien de vous, mis à part que vous devez avoir beaucoup souffert. C’est incontestable. Si vous jugez ne pouvoir rester, je respecterais votre décision sans une once de reproche. Dans ce cas, mon mari ressentirait ce départ avancé comme un rejet de sa compagnie. Je m’exprime mal mais j’aimerai tellement que vous me compreniez… >>
Aubin écoute jusqu’à la fin, sans interrompre son interlocutrice qu’il rassure : il restera sous réserve d’un comportement irréprochable de Paulin, pas de gestes équivoques, pas de paroles oiseuses. Mathilde promet, elle y veillera personnellement assurant ne plus avoir d’occupation en dehors de la maison durant plusieurs semaines.
Rassuré, Aubin se met au travail. Vers 16h, il décide d’une promenade qui le mène au village où une envie de glace s’empare de lui. Il se rend au magasin unique. Surpris par cette visite, Mikael ne retient pas un :
<< - Qu’est-ce tu fais là ? J’te croyais avec les rupins ? >>
Aubin hausse les épaules. Paye son achat tout en commençant à déguster le cône. Le jeune rend la monnaie, chatouille la paume de la main de son client (vieille coutume de dragage aujourd’hui totalement désuète) suggère :
<< - Tu m’as manqué, si on s’revoyait ? Dis pas qu’tu me fais la gueule. J’pense souvent à toi, tu sais. Non vrai, juré ! >>
Rendez-vous est pris. La chaude présence de Mikael fera passer la lourde, mais froide, présence de Paulin.
À suivre…