ÉVASION

de JMB

3ème Partie

Gus déambule dans la chambre, leur chambre. Il revoit le corps d’Aubin lascivement allongé sur le grand lit, sa grosse queue mollement posée sur une de ses cuisses. Il imagine les bourses velues, brunes, dont il ne tâtera plus les contours. Sans cesse, il se répète ce prénom : Aubin ! Assez pleuré ! Il faut passer à l’action, le rechercher, le ramener. Et ce, d’autant que la situation ne s’arrange guère pour le beau Gus. Les finances sont au plus bas. Pour lui, économiser ressort de l’inimaginable, de l’impossible. Dès qu’il possède quatre sous, il les dépenses, sans se soucier du comment subvenir au minimum exigé par une survie. Il est vrai qu’avec Aubin, l’argent rentrait facilement, régulièrement, de quoi bien vivre. Tous deux formaient une paire d’enfer ! C’est, du moins, ce que croyait Gus, à tort puisque l’autre s’est fait la malle. Par où commencer ? Impossible d’aller quémander un renseignement dans les lieux qu’ils fréquentaient : la fierté, l’amour-propre de Gus ne supporteraient pas d’avouer qu’il s’est fait plaquer. Idem pour leurs amis communs qui, du reste, l’ignorent de plus en plus. Il devine les ricanements des uns et des autres, trop heureux de le savoir seul, perdu, sans un rond. Alors ?
L’allure élégante, vêtements dernier cri, Gus déambule dans son quartier favori. Là vivent les plus beaux spécimens mâles, selon ses goûts. Trouver un cœur à prendre avec tout le reste, recommencer une vie décente avant de se mettre en quête de l’oiseau envolé. On le remarque, le Gus. On le connaît. On le chérit… de loin. On s’en méfie. Cependant, on ne lui résiste que peu de temps. Pensez ! Un tel engin, on ne s’en prive pas quand on l’a à sa portée. Tout un chacun n’a d’yeux que pour le bellâtre qui se pavane, braguette en avant. Il sait son charme, n’en joue pas : les proies fascinées ne demandent que sa présence pour l’adorer. Michette, un travesti tout frais émoulu des hautes études en tantouzeries, clame à qui veut l’entendre, parlant de Gus :
<< - Si le diable lui ressemble, je vais de suite en enfer, quitte à ce qu’il m’ignore pour toujours. Aimer sans retour, ça c’est de l’amour ! >>

Pour le moment, les pensées de Gus voguent vers d’autres sujets. Voilà qu’il n’arrive pas à savourer la plastique des mecs qu’il croise. Pourtant, ils ne manquent pas d’attraits. Constamment, le corps d’Aubin supplante les autres dans sa tête. Un tantinet chagrin, Gus convient qu’il est amoureux du fugitif. Impossible ! Entre eux, seuls le cul et les affaires comptaient. Tout au plus l’habitude de bosser ensemble, de baiser ensemble… non, pas de sentiment dans cette relation là. Va pour l’habitude, un vide laissé par le départ, vide à combler rapidement. Pourtant…. Ces petits tiraillements au niveau des tripes prouvent qu’autre chose existait, existe encore. Gus s’assied à la terrasse fermée d’un troquet, commande un martini bien frais, sans glaçon. Tandis qu’il déguste son apéritif à petites gorgées, sa longue queue pénétrant le magnifique cul d’un Aubin aux anges s’imprime dans sa tête. Comme il aime se faire sauter, le bougre ! Et cette queue aux proportions bizarres : gros diamètre, longueur moyenne. Comme il la voudrait dans ses mains ! Rien qu’en y pensant, il bande. Inconsciemment, sa main caresse la braguette, sous le guéridon. Il lui en a fallu du temps et de la patience. C’est qu’il était têtu, l’Aubin ! Faut ce qu’il faut pour se faire obéir ! Quelques horions bien tassés, bien placés, se sont avérés indispensables à une bonne éducation. Il a rapidement compris où était son intérêt. Pour cela, il avait une raison qui primait sur toutes les autres possibles : être le seul à s’envoyer en l’air avec le beau Gus ! Rares sont les mecs qui peuvent se vanter d’une telle prouesse. Car Gus est un homme fidèle à son mec, qu’on se le dise ! Aubin a gagné. Alors pourquoi se débiner quand tout allait au mieux entre eux ? Le regard du gamin, comme il l’appelait, lui revient en mémoire. Un regard énamouré de chien fidèle. Ça, Gus ne l’a pas vu plus tôt. Maintenant, gestes, paroles, attitudes, affluent dans son cerveau. Le gamin l’aimait, l’aime probablement toujours ! Mais lui, Gus, qu’en est-il ? S’il en juge d’après la pelote de nerfs qui entrave son gosier, il s’avoue épris d’Aubin à en crever. Voilà la vérité vraie ! Celle qu’il se cachait. Promis, s’il retrouve son petit mec, il lui dira tout ça, tout ce qu’il éprouve en ce moment. Plus jamais de coups s’il travail mal ou pas assez. Fini d’imposer le boulot, il le laissera choisir. Ils s’accorderont, ensemble, de longs week-end et même des vacances, comme tout le monde. Tiens ! Lui, Gus, le mec des mecs, tendra son cul à Aubin pour qu’il l’enfile si l’envie lui vient. Promis, juré ! La main continue son massage de braguette. La queue humide au possible glisse le long de la cuisse, entre la peau et le tissu trempé de mouille. Le malaxage ininterrompu provoque une douce éjaculation. Stoïque, Gus laisse s’écouler le foutre, insouciant des conséquences. Il vient de jouir, une fois de plus, grâce à son petit mec, son Aubin. Passée l’extase, il se lève alors qu’un ravissant petit minet lui sourit en fixant la tâche humide sur le pantalon.
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Rendez-vous avec Mikael annulé pour cause de grippe. Le fils de l’épicier s’offre une 39°2 de fièvre contre 39°4 pour Aubin. Chacun de son côté bénéficie de cajoleries médicales, si l’on peut dire. Après une longue hésitation, le premier téléphonait au second afin de lui annoncer son malheur. Malheur partagé. Etrangement, Modeste s’est proposé comme intermédiaire avant de succomber au virus ambiant et de se coucher chaud bouillant et toussant. Une bonne huitaine de jours, pas moins, sont indispensables avant un complet rétablissement.
Première sortie, jambes flageolantes, sous une pluie fine, glaciale, au grand dam de Mathilde. Aubin ne s’attarde pas, satisfait de cette reprise de contact avec la terre, comme il dit. Mikael, lui, reprend le boulot alors que la fièvre ne l’a pas complètement quitté, tout comme Modeste. Ce dernier constate, sans animosité mais sur un ton envieux :
<< - Les rupins ça prend l’temps de s’soigner. Nous, on prendra même pas l’temps pour crever. Pour sûr ! >>

Dès que ses jambes le lui permettent, Aubin se rend au village histoire d’élargir son panel de visages. Il retrouve un Mikael enchifrené mais heureux de le revoir. Pas de cliente pour les déranger : calme plat dans le magasin. Ils échangent leurs impressions sur la grippe, ses effets, puis conviennent de se rencontrer dans un endroit plus intime. Heureux de cette perspective, Aubin retrouve sa chambre aux odeurs médicamenteuses et tisanières. Ces jours derniers, faute de force, pas de branlette. Il tente quelques caresses suggestives : la queue se raidit mollement. Pas encore la grande forme. Cependant, la tête exige. Commence une vigoureuse manipulation du membre qui se ramollit alors que la masturbation devient plus rapide. Quelques gouttes de sperme tombent en forme de flop sur le ventre secoué de spasmes. Branlette ratée ! Branlette insatisfaisante ! Déçu, penaud, Aubin s’apprête pour le dîner. Dans la glace de la salle de bain, il note la pâleur de ses joues, les cernes sous les yeux. Tout juste s’il ne devine pas des bajoues dues à la fatigue. Il comprend que la grippe était féroce, qu’une nécessité de repos devient primordiale. Pas de branlette, pas de longues marches durant plusieurs jours. Jusqu’aux retrouvailles avec Mikael.
Mathilde pourvoie au rétablissement du malade : nourriture riche, vin capiteux en doses raisonnables, bouillons de poule à foison. Aubin se laisse coucouner. La météo s’améliore, elle aussi, après deux semaines de pluie, de vent, de froid. Une sortie de reconnaissance en plein air permet une reprise normale des activités physiques. Trop accaparé par ses recherches, Paulin se fait rare durant les journées, discrets aux soirées, fugitif au petit déjeuner. Toutefois, il reste d’une parfaite amabilité envers tout le monde, souriant, heureux diraient certains. De sa faculté, Elias téléphone à Aubin par deux fois : il insiste pour une autre rencontre intime, oublieux de ses vœux au terme de leurs précédents ébats. Gentiment, fermement, il s’entend rappeler à l’ordre : celui du respect de la parole. Pourquoi ce rejet ? Le garçon est plaisant, bon baiseur, désinhibé sur le plan sexuel. Aubin tient à conserver son souvenir intact, celui d’un bijou aux éclats magnifiques porté une seule et unique fois. De son côté, Modeste, mis au courant par Mikael de leur rabibochage avec Aubin, n’hésite pas à téléphoner à ce dernier, histoire de passer le temps et de prévoir quelques menus loisirs plus jouissifs les uns que les autres. Ces coups de fils gênent leur destinataire qui ne peut parler librement par crainte d’être entendu. Mathilde y fait allusion lors d’un déjeuner, profitant de l’absence de son mari :
<< - Je suis heureuse que vous ayez quelques relations avec les rares jeunes du village. Cela doit vous changer. Dommage qu’il n’y ait aucune jeune fille ! >>

Madame soupire, dans l’attente évidente d’une confidence de la part du convive qui rétorque :
<< - L’absence de jeune fille me convient parfaitement, Mathilde. Je ne suis qu’errances, si vous voyez ce que je veux dire et pour employer votre langage. >>

Mathilde y va de son raisonnement :
<< - Par ma foi ! Je m’en doutais un peu. Raison pour laquelle je comprends difficilement votre réticence à l’égard de mon mari. Seriez-vous de ces jouvenceaux qui répugnent à fréquenter des personnes un peu plus matures qu’eux ?
- Disons que, dans un passé récent, j’ai eu à en souffrir. Les matures, comme vous dites, m’effraient mais ne me répugnent pas. Je me méfie de leurs élans auxquels je suis incapable de répondre comme ils le voudraient.
- Aubin, vous êtes un bien étrange personnage. Mais qui êtes-vous vraiment ?
- Un très mauvais sujet à étudier, Mathilde.
- Merci pour votre franchise. Je vous en apprécie d’autant. Pour en revenir au sujet des errances, Modeste et Mikael ne dédaigneraient pas d’y participer, si je comprends. >>

Aubin ne répond pas, objectant d’un geste de main sa bouche pleine d’une excellente portion de bouchée à la reine. Mathilde change de conversation.

De retour au bureau, Aubin peine à se mettre au travail. Il cogite : les matures…. Il les a quittés voilà pas mal de semaines, maintenant. En les quittant, il quittait également Gus, son Gus. Que n’a-t-il pas accepté, subi, dans l’unique perspective de devenir le petit mec du grand Gus ! De ce Dieu vivant au sexe envoûtant, au corps prenant. De ce malandrin, faux casseur, véritable bourreau. De cet amant fidèle à un seul mec, à un seul cul. Ce mec, ce cul, c’était lui, Aubin ! Mais la note à payer pour cette exclusivité était bien trop élevée. Il lui en a fallu du temps pour comprendre qu’une autre vie était possible, sans Lui l’être suprême. Comment l’éveil a-t-il débuté ? Une réflexion émise par un rival potentiel. Mais qui n’était pas un rival potentiel ? Toute la tantouzerie l’enviait, lui le petit Aubin ! C’était quoi, déjà, cette réflexion ? Ah oui ! "Le coffre-fort de Gus, autrement dit la radasse Aubin." Ils erraient sur l’esplanade du château, lors d’une de leurs rares promenades en couple, le Gus et Aubin. Les paroles prononcées d’une voix forte, distincte, ne pouvaient échapper au premier qui n’a pas bronché. Tout au contraire, fier, il bombait le torse un peu plus qu’à l’accoutumée. Vexé, Aubin ne disait rien. Mais dès cet instant, son cerveau s’est mis à gamberger différemment, avec d’autres perspectives, peu à peu. Le processus, très long, s’engageait qui devait le diriger vers un départ définitif. Cela n’a pas été sans peine. Comment se passer d’un corps aussi parfait ? Comment se passer de ces yeux tendres et brillants lors de l’acte sexuel ? Comment se passer de ces jambes qui vous enserrent pour vous garder amant de l’autre ? Que dire des frissons procurés par ce corps d’athlète qui vous transperce avec son merveilleux dard, donnant toute la sensualité dont un humain peut être capable ? Difficile de se séparer d’un tel chef-d’œuvre ! Mais pas impossible. La preuve, Aubin s’en éloigne avec succès, semble-t-il. Il en oublie presque les coups, les privations, les humiliations. Toutes ces saloperies émanaient d’un dieu nommé Gus. Il dominait, commandait, ordonnait, soumettait. À l’époque, Aubin se pensait faible, maladroit, idiot même. Il se disait que Gus était sévère comme un éducateur peut l’être envers un gamin indiscipliné mais auquel il est attaché. Jusqu’où s’est-il avili pour Gus ? Jusqu’au fond, aux tréfonds. Il a tout donné en échange de la présence et de la queue d’un dieu appelé Gus. Pas d’affection en retour, aucune reconnaissance, aucun remerciement, que des reproches, que des colères, que des coups. Gus se persuadait être le cadeau suprême. Sa seule existence, selon lui, était une incomparable récompense aux efforts d’un Aubin estimé chose à baiser, source inépuisable de revenus.
Des bruits de pas sortent Aubin de ses pensées. Sa queue est en érection. Il quitte le bureau, gagne sa chambre. Assis sur la cuvette des W.C. il baisse jean et caleçon. D’une main ferme, il empoigne le gros cylindre largement humidifié de mouille. Les doigts branlent doucement pendant que le cerveau revit une scène érotique avec Gus. Le rythme masturbatoire s’accélère. Un jet de foutre s’élance qui retombe sur la main et dégouline en une coulée lente. Second jet, seconde coulée. Aubin plie sous la jouissance. Quelques minutes plus tard, il peste contre lui, s’injurie d’avoir cédé : quand on veut oublier quelqu’un, on ne se branle pas en pensant à lui ! Dire qu’il s’était promis de rester chaste jusqu’à son prochain tête-à-tête amoureux !
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Mikael sauterait de joie s’il l’osait. Enfin la voie est libre pour cause de vacances annuelles ! La boutique ferme deux semaines durant, les parents partis dans la famille. Une camionnette passe tous les deux jours, aménagée par l’épicier d’un village voisin, en guise de remplacement. Peu désireux d’aller vivre cette quinzaine chez une tante à la marmaille nombreuse, Mikael a prétexté son « reste de grippe », sa grande fatigue qu’un trop long voyage risquerait d’aggraver. Pas dupe, le père lui décocha :
<< - Y’a d’la gisquette là-dessous ! >>

On ne saurait détromper l’heureux homme. Sitôt la voiture sortie du village, Mikael s’empare du téléphone. Pas un instant il n’hésite : on s’éclatera chez lui. Modeste répond favorablement sous réserve que son emploi du temps le permette. Aubin n’émet aucune objection. Selon les disponibilités de chacun ce sera couple ou trio.
Première visite de Modeste les bras chargés de victuailles et de boissons :
<< - V’là d’quoi se requinquer, p’tit lapin ! Y vient l’Aubin ?
- Plus tard, en fin d’après-midi.
- Alors on s’la donne tous deux, pour sûr. En plus j’ai une surprise pour toi, rien qu’pour toi.
- Dis voir.
- Demain, bobonne s’en va chez son frangin qu’a des soucis avec sa régulière : des maladies d’bonnes femmes, pour sûr. Par le fait, elle reste là-bas trois ou quatre jours. Comme y’a pas d’école en c’moment, elle emmène les mômes avec elle. V’là mon p’tit lapin, on va passer plusieurs nuits bite contre bite, rien qu’toi et moi, pour sûr. P’t’être bien qu’on s’ra bite à cul. Alors, qu’est-ce t’en pense du Modeste ? >>

Une bonne pelle clôt l’annonce et sert de remerciement. Déjà les bas-ventres montrent certaines proéminences révélant la teneur des envies. L’effeuillage commence alors que les lèvres laissent passer des langues avides de se superposer, de mêler les salives. Baisers dans le cou, petits passages dans une oreille, gobage d’un lobe puis tétons à titiller, telles sont les occupations des bouches aimantes. Au pied des amants, les habits gisent. Devenus gênants, du pied on les repousse au loin avant de se coller l’un contre l’autre. Reprise de la respiration. Toujours dans son idée de faire plaisir à Mikael, Modeste s’accroupit, happe le vit tendu au gland rougeoyant. Une de ses mains se dirige vers l’anus tout proche qu’elle taquine en tapotant la rosette avant de tenter une introduction discrète. Un passage par les muqueuses labiales permet à la phalange un passage plus aisé dans le trou des plaisirs sodomites. Le sucé gémit, limite prêt à s’évanouir tant il savoure la fellation et les mignardises qui l’accompagnent. Modeste se relève, roule une magnifique pelle à Mikael qui, à son tour, se met à genoux et aspire la merveilleuse queue tendue à l’extrême. Il s’ingénie à la pomper avidement. Il y met tant de passion que l’autre se voit contraint de réfréner les ardeurs de son suceur sous peine d’éjaculation immédiate. Séparation de courte durée, le temps de gagner la chambre. Modeste s’assied sur le lit, bite en mât de cocagne qu’il encapuchonne d’un latex. Mikael la plante dans son anus, s’assied doucement sur les genoux de son enculeur, face à lui, et procède à un lever-baisser explosif tout en entamant une kyrielle de pelles plus gloutonnes les unes que les autres. Changement de position. L’enculé, à quatre pattes sur le lit, laisse l’enculeur enfourner sa matraque hardiment. Quelques minutes de pistonnage et on en revient à la station assise. Les organismes sont au bord de l’apothéose. Le visage de Modeste se crispe alors que sa queue éjecte son jus. Mikael frotte la sienne contre le ventre de l’autre et ne tarde pas à lâcher son foutre entre les deux corps. Les amants ne débandent pas. Les rôles s’inversent. Au tour de Modeste de recevoir la fine et longue tige de Mikael qui donne tout ce qu’il peut dans cette enculage. Ils restent ainsi, assis l’un sur l’autre. Le premier s’empalant gaiement sur le vit du second. Pelles, caresses, lècheries, complètent les joies de ces instants et laissent place aux convulsions éjaculatoires. Trempés de sueur, de foutre, main dans la main, lèvres contre lèvres, la démarche quelque peu hésitante, ils gagnent la salle de bain pour une douche coquine. Tout juste séchés, ils attaquent les préparatifs d’une fiesta orgiaque dans l’attente du troisième larron. Las ! Celui-ci décommande : un empêchement de dernière minute. Il promet de se rattraper dès demain. Peu chagrinés par cette défection, Modeste et Mikael jurent de ne pas s’ennuyer.

L’empêchement évoqué par Aubin se nomme Élias qui vient de faire un retour tonitruant au village, profitant des congés scolaires. Tremblant, larmes aux yeux, le garçon débarque chez Mathilde et Paulin, criant sa volonté de voir Aubin en urgence, faute de quoi il menace de tout casser. Heureusement, le couple est absent pour la journée. Aubin tente de calmer le jeune homme mais, surtout, de l’emmener loin de la maison. En effet, la marche calme les esprits, surtout celui du visiteur. Hors du village et des yeux scrutateurs, Aubin et Élias s’assoient au pied d’un arbre, côte à côte. Le premier, d’une voix rassurante, s’inquiète :
<< - Qu’est-ce que tu veux de moi ?
- Seulement te revoir.
- Et pour cela tu as besoin de faire un scandale ?
- Je savais que les vieux n’étaient pas là. Je suis revenu depuis hier soir. Pourquoi tu ne veux plus de moi ?
- Parce que nous l’avions décidé ensemble. Tu te souviens ?
- C’est vrai. Mais je suis mordu. Je n’y peux rien. Toi, tu ne l’es pas. Je me trompe ?
- Non, je ne le suis pas. Alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?
- On baise. >>

En prononçant ces deux mots, Elias pose ses lèvres sur celles d’un Aubin décidé à céder avec contrepartie. Une fois les langues détachées, il murmure :
<< - D’accord pour baiser. Mais après, basta ! On s’oublie.
- Promis, Aubin, juré !
- Si tu ne tiens pas parole, moi je demanderais à tes parents d’intervenir avec tout ce que cela comporte.
- Tu ne ferais pas ça ?
- Si ! Mathilde et Paulin sont au courant pour moi alors je n’ai rien à perdre. Tandis que toi, avec tes parents…. >>

Il n’a pas le loisir d’achever sa phrase : une langue vient congratuler la sienne. Le long baiser s’achève sur une nouvelle promesse de la part d’Élias. L’air est frais, le vent humide. L’endroit peu propice aux ébats. Les amants n’en tiennent aucun compte. Mal leur en prend ! Fiasco total ! Tout se termine par une branlette réciproque, sans chaleur. Aubin est heureux de ce dénouement qui efface complètement le souvenir merveilleux de leur première fois. De plus, Élias ne décolère pas, persuadé qu’Aubin est responsable de cet échec. La séparation définitive intervient, les braguettes à peine fermées, sans mot, sans geste d'adieux.
Content, Aubin se dirige vers le village où l’attendent deux experts en matière de jambes en l’air. Il compte bien se rattraper.
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Nuit chargée voire surchargée ! Les humeurs étaient au porno, chez Mikael. Modeste en verve ne manquait ni d’ardeurs ni d’idées cochonnes. Le combat cessa faute de jus, les muscles tétanisés par le trop plein de caresses, de jouissances. L’œil torve, l’ouvrier agricole s’est rendu au boulot, à 6h comme d’habitude, les jambes plus que flageolantes.
Aubin quitte l’appartement au-dessus du magasin vers 11 heures, laissant Mikael dormir. Arrivé chez ses "patrons", il tente d’éviter de croiser Mathilde qui l’aperçoit malgré tout. Elle l’accueille courtoisement, sans chaleur. À l’évidence, elle n’apprécie guère les escapades nocturnes de son invité qui, d’un regard, réfute d’avance toute objection, tout reproche à venir. Soucieuse de ne pas provoquer de dissension, elle déclare :
<< - Mon mari vous a préparé pas mal de travail pour aujourd’hui. Il l’a posé près de l’ordinateur. Bon courage ! Nous déjeunerons un peu plus tard, aujourd’hui, vers 13h30. Comme nous ne savions pas où vous étiez passé… >>

Aubin gagne sa chambre, se déshabille, se jette sous la douche avant de se raser. Tout à ses occupations hygiéniques, il remarque quand même que divers objets ont été déplacés ou mal remis à leur place. La femme de ménage ? Non, elle ne vient jamais ici, Aubin nettoie lui-même, ses hôtes le savent. Il se dirige vers le grand placard mural, dans l’entrée : rien d’anormal. Visite des tiroirs : t-shirts, chaussettes et caleçons ont subi une inspection. Pire : quelqu’un s’est couché dans son lit, deux longs cheveux gris le prouvent. Mathilde ? Non, impossible ! Alors Paulin s’est offert un petit frisson en venant se faufiler entre les draps, espérant humer l’odeur de l’occupant habituel, apercevoir quelques tâches causées par des secrétions intimes. Le frisson, maintenant, c’est Aubin qui le subit, mais de rage. Comment ce vieux se permet-il une pareille violation ! Ah il est beau l’ancien toubib, notable notoire du patelin qui s’adonne à des pratiques sexuelles en solitaire dans le lit des autres, à leur insu ! Aubin maugrée une bonne dizaine de minutes sur le sujet pour en arriver à une conclusion imprévue au départ. Paulin est un homme malheureux qui tente de résister à ses penchants. Lui, Aubin, brise cette résistance par son unique présence.
En fin d’après-midi, les deux hommes se retrouvent en tête-à-tête, dans le bureau. Le plus jeune achève le travail du jour. L’aîné en apporte d’autre. L’ambiance vire à la gêne. L’un ne veut émettre aucun reproche à l’autre pour avoir découché. L’autre se retient de morigéner pour cause de fétichisme sur ses vêtements et sa literie. Finalement, Paulin n’y tient plus :
<< - Nous étions inquiets, ce matin, de ne pas vous voir. Un accident est si vite arrivé. Soyez assez aimable pour nous avertir, si cela devait se reproduire, Aubin.
- Je n’y manquerai pas, Paulin. Cela vous permettra de mieux organiser une nouvelle incursion dans mes effets personnels ou entre mes draps.
- Je…. Je ne sais pas quoi dire….
- Vous ne niez pas, je vous en suis très reconnaissant.
- Pardonnez-moi, Aubin, c’était plus fort que moi. Vous n’étiez toujours pas de retour, vers 1h du matin. Je voulais m’en assurer. Et puis…. >>

Paulin se tait avant d’achever ce qu’il voulait dire. Ses yeux brillent plus que de raison. Aubin s’avance vers lui, pose une main sur son épaule :
<< - Je n’ai pas à porter quelque jugement que ce soit, Paulin. Je comprends ce que vous endurez depuis tant d’années. Je crois deviner que vous arrivez au bout de vos forces. Vous ne voulez pas perdre Mathilde mais désirez ardemment vous adonner aux errances, comme elle dit si joliment. Je suis incapable de vous donner ce que vous voulez, si peu que ce soit. Rien à voir avec votre personne. J’ai eu à fréquenter des hommes comme vous. Maintenant, les événements d’un passé récent m’en empêchent. Ceci précisé, je pense qu’il serait bon que je sorte de cette maison. Ma présence vous martyrise et je ne crois pas exagérer en disant cela.
- Où irez-vous ? Et Mathilde ?
- J’ai une possibilité au village. Il me suffira de demander. S’agissant de Mathilde, dites-lui la vérité. Si vous voulez, je vous y aiderai. Ça, c’est pour l’immédiat. Pour l’avenir, jetez-vous dans les errances, comme vous appelez ça, discrètement, en vous rendant en ville, par exemple. Une incartade de temps à autres ne devrait pas nuire à votre couple. Vous avez assez de motifs valables pour vous absenter quelques heures et vous rendre en ville, sans que Mathilde se doute de quoi que ce soit. Profitez de la vie ! Vous ne manquez pas de qualités.
- Ma principale qualité, pour un jeune homme, c’est mon aisance financière. Pour le reste, je ne suis qu’un vieux chnoque.
- Evidemment, si vous partez sur ce principe…. >>

Aubin écarte les bras, hausse les épaules. Paulin réussit un léger sourire de tristesse. Ils se séparent pour se retrouver dans la salle à manger au moment du dîner. Un peu plus guillerette que le matin, Mathilde devine qu’il se passe quelque chose entre son homme et son invité :
<< - Vous deux, ça ne va pas fort. Que se passe-t-il ? >>

Paulin hésite. Aubin attaque franchement :
<< - Votre époux et moi avons eu une petite conversation, tout à l’heure.
- A quel propos, si ce n’est pas indiscret ?
- De ses errances, enfin de ses espoirs d’errance si vous préférez.
- Et alors ?
- Je vais aller au village, prendre une chambre, le temps de permettre à Paulin de faire le point. Que je vive ici le fait énormément souffrir outre le fait qu’il veut vous éviter toute peine. S’il estime pouvoir à nouveau supporter ma présence sous votre toit, je reviendrais. Au demeurant, notre collaboration littéraire devrait bientôt s’achever. Dans un mois environ, comme prévu. >>

Aubin regarde tour à tour l’époux puis l’épouse. Les couverts stagnent dans les assiettes encore pleines d’une délicieuse entrecôte bordelaise accompagnée de pommes sautées. Paulin, poings serrés sur la table, semble paralysé. Mathilde soulève sa généreuse poitrine, se coupe un morceau de viande qu’elle porte à sa bouche. Ensuite, comme si une idée géniale venait de lui traverser l’esprit, elle propose :
<< - Partir pour quelques jours serait idiot, et ne servirait à rien, Aubin. Mon mari et moi n’en surmonterions pas nos problèmes pour autant. Je crois savoir comment résoudre ces dilemmes. Mais permettez-moi d’aborder ce sujet en tête-à-tête avec Paulin. Ce n’est pas que je veuille faire des cachotteries, comprenez-le bien.
- Parfaitement. Je vous laisse.
- Non, finissez le dîner. Mon mari et moi parlerons plus tard. Nous aurions dû le faire bien avant. Il est des cas où espérer n’apporte que des malheurs. >>

Le repas s’achève dans une ambiance glaciale, comme si les convives étaient tous des étrangers les uns vis-à-vis des autres. Aubin se retire : il passera la nuit dans les bras de Mikael et de Modeste. Mathilde et Paulin se rendent dans le jardin d’hiver, où, devant une tisane, ils déversent leurs sentiments mutuels, cherchant un moyen de continuer ensemble, dans une nouvelle entente satisfaisante pour les deux.
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Quelle période ! Pas loin de deux semaines de baises à deux toutes les nuits. Près de deux semaines de baises à trois la journée, à la demande d’un Modeste dont l’épouse est revenue. Le grand gagnant durant cette période, c’est Mikael : pour lui, câlins à tout va, grasses matinées, siestes prolongées avant de préparer la venue de ses amants. Aubin tente de tenir le rythme : surtout ne pas négliger son travail, préserver ses bonnes relations avec Paulin et son épouse. Entre les deux, un accord est intervenu : il a la permission de se ménager quelques heures d’errances durant ses déplacements en ville, sous réserve de ne rien chambouler dans sa vie de couple. C’est toujours mieux que de se priver 24h sur 24h, 365 jours sur 365 sans compter le jour supplémentaire dû aux années bissextiles !
La vie reprend un cours normal : Modeste se libère quand il peut, Mikael également qui a repris le boulot, la recherche d’un coin tranquille et confortable, apte aux ébats lubriques, posant le plus de problèmes. Mais l’envie de baiser rend ingénieux.
Les jours défilent, les travaux de Paulin arrivent à leur terme. Il demande à Aubin de rester plus longtemps afin de taper le manuscrit définitif. Refus aimable mais ferme. Toutefois, le jeune homme tient à "dégourdir" son aîné qui semble paralysé à l’idée d’aller à la rencontre de mâles pour mâles. Après ces mois de campagne, quasi de solitude, Aubin compte passer une semaine à F…. ville de plus de 100.000 habitants où foisonnent les endroits pour polissons en goguette. Il aimerait se dégourdir les méninges, selon ses propos, retrouver un peu d’agitation avant de décider où traîner ses guêtres et penser à se poser. Il propose à Paulin de le rejoindre afin de le "parrainer" dans sa nouvelle vie sexuelle. Celui-ci ne demande pas mieux, certain que rien de dangereux ne lui adviendra avec Aubin.

Dernière soirée, dernière occasion pour le trio de se la donner, pour sûr, comme dit Modeste. La fiesta se déroule…. chez Modeste dont l’épouse s’est efforcée de recevoir comme il convient, pour sûr (dixit son mari). En effet, la dinette initiale s’est transformée en agapes où le vin coule presque à flot. Les enfants couchés, les trois hommes s’adonnent aux conversations cochonnes qui causent une rougeur sur le visage de Madame. Toutefois, elle semble habituée au langage châtié de son tendre qui n’hésite pas à lui proposer une petite place entre lui et ses amants. Donc, la Douce est au courant des frasques viriles de son jules au regard plus qu’égrillard. Elle décline poliment l’offre, grand sourire aux lèvres. Modeste croit indispensable de préciser à la cantonade :
<< - Elle sait pour mes frivolités entre mecs. J’y ai dit. Elle voudrait bien essayer les cochonneries d’groupe, mais elle ose pas. Une timide, pour sûr ! Enfin, l’occasion s’représentera. L’Mikael y reste, lui. >>

Les digestifs sur la table de la salle à manger, Madame se retire après une mise en garde :
<< - Pas de bruit. Les enfants dorment. Y z’ont pas besoin de savoir les vilénies de leur père, pour sûr. Chamboulez pas tout. Je vous souhaite pas bonne nuit, pas besoin. >>

Compréhensive la Madame de Modeste dont les yeux pétillent dans la perspective de la mélanger à ses enivrantes turpitudes. Les verres dégustation vidés, on se regarde entre hommes. La digestion devient difficile. L’idée d’un départ gâche la fête. On se dirige vers l’appentis aménagé en boxon. Tendrement allongés les uns contre les autres, on palabre sur les bons moments vécus. Les mains se baladent vers les queues mises à l’air plus par habitude que par envie. On tâte de la fesse, du cul, du téton. On se lèche un peu le gland, histoire d’obtenir de belles érections qui ne tardent pas à disparaître. Une fois de plus, Modeste traduit la pensée de tous :
<< - L’cœur y est pas, l’cul encore moins, pour sûr. >>

Alors on décide de couper court aux adieux. De sa fenêtre de chambre, Madame voit Aubin et Mikael déposer un rapide baiser sur les lèvres de son mari. Elle devine des humeurs chagrines. Dans pas longtemps, elle redonnera de la joie à Modeste, son déshabillé vaporeux le subjuguera dès qu’il l’apercevra, en attendant de s’ébattre entre lui et le petit Mikael pour qui elle mouille parfois.
Le mari rejoint sa tendre avec qui il va se la donner, pour sûr. Compensation oblige. Les deux invités se quittent à l’entrée du village où le fils de l’épicier à voulu accompagner le vacancier. Là encore, rapide bisou sur les lèvres. On se met en chemin, sans se retourner.
Arrivé au domicile de son futur ex-patron, Aubin s’assied dans le jardin d’hiver, reste là sans penser, juste à fixer l’immense ficus éclairé par le clair de lune. Il monte se coucher vers les 3h, content de lui, content de ses amants, content de l’avenir qu’il se promet. Ce séjour campagnard s’est avéré fructueux, en tout cas délassant. Néanmoins, il a assez duré. Plus serait s’ennuyer ou, pire encore, s’encroûter.

Vers 10h du matin, Aubin inspecte sa chambre : tout est nickel, il tient à laisser l’endroit impeccable. Il descend, dépose son bagage dans l’entrée, gagne la salle à manger où Mathilde et Paulin l’accueillent. Embrassades amicales sincères, sans mot dire. Aubin n’a pas voulu qu’on l’emmène à l’arrêt du bus. Il s’y rend à pied, là encore sans se retourner. Un quart d’heure plus tard, le car l’emporte.
Chez elle, Mathilde soupire. Elle s’était attachée au jeune homme, presque maternellement. Seulement il représentait un danger pour son couple. Il s’est est fallu d’un rien. Alors ce départ ne la chagrine pas trop. Elle omet simplement le petit service rendu à son époux et, dans peu de temps, à elle. Pas d’ingratitude dans tout ça, un oubli tout bonnement.
Dans son bureau, Paulin inerte n’a pas envie de travailler. Il regarde l’emplacement où s’installait Aubin, cherche à retrouver son odeur, son sourire, sa beauté. Demain, une femme prendra sa place pour taper le manuscrit. Ce flottement ne dure guère. Dans quatre jours, il se rendra à F… pour certaines démarches : Aubin à promis de le guider dans son "errance". Ce mot devient ridicule quand on sait ce qu’il évoque. Paulin s’en rend compte. Il jure d’appeler un chat, un chat et ses errances homosexualité.
Sur son tracteur, Modeste se dit que, pour sûr, cet Aubin là était un sacré coup ! Mais un sacré coup que commençait à lorgner sans vergogne sa douce épouse. Pour lui, désormais, deux personnes comptent dans sa vie amoureuse : sa femme et Mikael. Demain soir, ils doivent passer la soirée tous les trois. Une question se pose : le Mikael, de fait, acceptera-t-il de fricoter avec lui et Madame ? Probable mais pas sûr. Modeste hausse les épaules : on verra bien. Il passe non loin de la petite baraque au milieu du pré. Se souvenant y avoir amené des couvertures et autres objets de confort, il s’arrête afin de les récupérer. En revoyant le lieu, ses souvenirs resurgissent : le premier trio avec Mikael et Aubin : oui, un sacré coup le gars de la ville ! Modeste inspecte ce qu’il veut emporter : triste état que ces affaires-là, pourries par l’humidité et les bestioles. Idiot de les avoir oubliées ici! Dommage de perdre tout ça, un vrai gâchis, se dit-il.
Mikael, affairé derrière son comptoir, tente de satisfaire ses clientes toujours aussi bavardes. Son esprit n’est pas au boulot. Tout à l’heure, il a entrevu Aubin, sous l’abri bus, sac aux pieds, qui lui a fait un signe de main. Pour le jeune épicier, une aventure s’achève. Une période d’apprentissage, plutôt. Il regrette ce départ. Demain, d’autres événements commenceront : Modeste seul ou, à n’en pas douter, avec son épouse. Certes, elle ne déplaît pas à Mikael. Mais qu’est-ce qu’on peut bien faire avec une fille ? Se demande-t-il souvent. Il sait ce qui s’achève, il craint ce qui commence. La seule certitude de sa vie : il aime Modeste.
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Comme prévu, Paulin retrouve Aubin à F…. Le second emmène le premier dans un parc réputé pour le charme des flâneurs en quête d’amourettes furtives ou non. L’endroit semble quasi désert. Ensuite, ils se rendent au sauna. Révélation pour l’ex médecin à la retraite ! Éblouissement total ! Après quelques mouvements de répulsion en visitant certaines pièces quasiment noires et en reniflant les relents de foutre, après avoir repoussé des mains baladeuses au niveau de sa croupe, il s’engouffre dans un de ces bouges, poussé par le besoin d’apaiser ses chairs. Il laisse une bouche happer sa queue et son cul subir les assauts d’une bite vigoureuse, le tout sans voir les visages ou les corps de ses partenaires. Aubin, désireux de rester éloigné, se contente d’une séance de sauna et d’un plongeon dans la piscine. Il aperçoit Paulin au bar qui commente :
<< - J’en avais entendu parler. Mais c’est loin de ce que j’imaginais. Bien sûr, tout se déroule incognito. Ce qui ne saurait me combler. Enfin, c’est déjà ça ! >>

Aubin ne tient nullement à recevoir de confidences. Souriant, il rétorque :
<< - Je vais vous laisser. Nous nous reverrons peut-être un jour. >>

Chaleureuse poignée de mains. Paulin retourne se jeter dans le stupre, éternellement reconnaissant envers le jeune homme de l’avoir aidé à sortir de son enfermement sexuel.

Une semaine plus tard, Mathilde reçoit avec surprise la visite des gendarmes. Ils se renseignent sur Aubin : une enquête pour recherche dans l’intérêt des familles est en cours, selon eux. La pauvre femme ne sait que dire. Pas question de nuire à Aubin, mais pas question de mentir aux représentants de la justice. Elle ne sait qu’une chose : il s’est rendu à F…. Paulin répond à l’identique, omettant consciencieusement sa rencontre avec lui à F… justement.
Comme il l’avait promis, Aubin appelle Mathilde afin de lui donner certains renseignements qu’elle lui avait demandé de prendre concernant de jeunes athlètes attirés par des femmes esseulées d’âge mûr. Elle en profite pour lui annoncer l’enquête dont il fait l’objet. Surpris, il ne commente pas. Une fois le téléphone raccroché, il se demande comment les flics savent où il était. D’un coup, il se rappelle leur passage alors qu’il campait. Reste à découvrir qui a demandé cette enquête. Il n’a plus de famille, tant est qu’il en est eu une. Cette affaire l’intrigue. Ou alors, on le recherche pour tout autre chose, et l’intérêt des familles est un prétexte bidon. Mais quoi ? Aurait-il commis un acte délictueux sans le savoir ? Doit-il se rendre directement dans un commissariat ? Consulter un avocat ne serait-ce pas plus judicieux ? Aubin s’affole, imagine toutes sortes de scénarii. Il retourne à son hôtel, s’allonge sur le lit. Avant tout, se calmer, réfléchir. Il ferme les yeux, s’oblige à la détente. Maintenant il se sent prêt. De nouveau dehors, il part en quête d’un avocat susceptible de le recevoir immédiatement. Il trouve. L’homme de droit passe quelques coups de fil, obtient la réponse à la question posée :
<< - Bien, voilà, c’est fait ! Votre frère Gustave a signalé votre disparition ce qui a provoqué cette recherche dans l’intérêt des familles. Comme vous avez pu l’entendre, j’ai précisé que vous étiez en bonne santé. Pour le reste à vous de décider si vous voulez que les gendarmes transmettent ou non vos coordonnées à votre frère. >>

La nouvelle ne fait guère plaisir à Aubin : Gus sur sa trace, cela ne présage rien de bon et pose plusieurs questions.

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