NOUS DEVRIONS ETRE ENNEMIS...
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 18 Août 1994
Traduit en français par Eric

CHAPITRE 3
Simon Fait leGigolo

Il fut réveillé par plusieurs voix qui lui semblèrent d'abord venir de loin, elles étaient étouffées, mais quand il ouvrit les yeux il comprit qu'elles venaient de derrière le muret. Le soleil montait sur l'horizon et le réchauffait. Il allait se lever quand le ton des voix le fit s'arrêter. Il y avait quelque chose de spécial. Il écouta. Il devina qui ils pouvaient être et une idée lui réchauffa le cœur. Il se leva et les salua : cinq visages étonnés se tournèrent vers lui, c'était des hommes de vingt à trente ans, armés.
"Vous êtes des résistants, hein ?" dit Simon d'une voix pleine d'espoir.
"Et toi, qui es-tu ?"
"Canard... Je viens de l'orphelinat de Lille. J'ai besoin de vous, vous devez m'aider..."
"Que fais-tu ici, tu nous espionnes ?" demanda l'un d'eux en faisant sauter la sécurité de son fusil.
"Non, je dormais... je suis en fuite. Mon ami, Didier, c'est un juif. Cet homme qui habite la maison à la sortie du village, l'ami des allemands, il l'a prit... Vous devez sauver Didier..."
"Duhamel ? Ce fumier ?"
"Je sais pas comment il s'appelle. Il a la cinquantaine, un peu gras, une moustache... et il a violé Didier..."
"Ça doit être Duhamel. Il l'a violé ? Quel âge a ton ami ?"
"Dix-neuf ans, et il l'a attaché à son lit, il l'a enculé et il veut le garder prisonnier pour continuer à l'enculer, et si Didier se défend, il le dénoncera à la Gestapo. Sauvez-le, je vous en prie..." dit Simon d'un ton pressant et suppliant.
"Oui, ça ne peut être que Duhamel, il a toujours eu un faible pour les garçons, celui-là. Il a eu deux dénonciations avant que les nazis n'arrivent et qu'il n'en devienne l'ami... Quel fumier et quel porc..."
"Alors, vous allez libérer mon ami ?" dit Simon plein d'espoir.
Les hommes discutèrent. Certains voulaient faire payer ça à Duhamel et libérer son jeune prisonnier, mais d'autres arguaient qu'ils avaient d'autres missions prioritaires à mener, plus importantes et qu'ils ne pouvaient pas retarder pour sauver un seul garçon, si déplaisant qu'il soit qu'un Duhamel puisse impunément se livrer à ses cochonneries...
N'arrivant pas à se mettre d'accord, ils résolurent de retourner au camp où le chef déciderait. Ils dirent à Simon de les attendre là et de n'en bouger sous aucun prétexte. Simon, en larmes, les supplia de revenir sauver Didier, et il parla surtout à l'un d'eux qui lui avait paru le mieux disposé de tous.
"On verra ce qu'on peut faire, garçon, aie confiance..." lui dit-il avec une espèce de caresse sur sa tête. Il lui donna un sandwich et partit avec les autres vers la montagne.
Simon attendit. Le temps paraissait ne pas passer. Le soleil passa le zénith et commença à descendre. Il commençait à avoir peur qu'ils ne l'aient oublié, ou qu'ils aient décidé que sauver un juif de dix-neuf ans ne valait pas les risques... C'était presque le soir quand Simon entendit soudain un bruit et qu'il se trouva face à deux des hommes du matin.
"Viens avec nous." Dit l'un d'eux.
"On va sauver Didier ?"
"Peut-être. Mais pas tout de suite. Si on le fait, on doit s'organiser. Notre capitaine veut te connaître. Viens."
"Mais quand allons-nous sauver Didier?"
"Bientôt, j'espère. Partons, maintenant. Et bouche cousue, quoi qu'il arrive."
Ils partirent. L'homme qui lui avait donné le sandwich devant, puis Simon et derrière le plus jeune, celui qui avait parlé. Ils suivaient sans hésitation un chemin sans traces, sous les arbres. Ils firent un grand détour et le ciel devenait sombre quand ils atteignirent enfin une clairière. Une vingtaine d'hommes y étaient assis par terre, ils mangeaient. L'un se leva à leur arrivée, c'était le capitaine : Jacques. Il fit s'asseoir Simon, dit qu'on lui porte à manger et, en attendant, commença à l'interroger. Il lui posa question sur question, la plupart du temps sans rapport avec Didier. Simon comprit que le capitaine voulait décider s'il était de confiance ou non : il avait peur qu'il soit envoyé par les allemands ou les fascistes pour leur tendre un piège.
Alors Simon dit : "Capitaine Jacques, je comprends que vous vous demandiez si vous pouvez me faire confiance ou non. Alors, gardez-moi prisonnier et si quelque chose se passe mal, tuez-moi. Mais sauvez Didier."
"Mais il est quoi, pour toi, ce Didier ?"
"Un ami. Le premier ami que j'ai depuis ma naissance, à part celui de l'orphelinat, qui est mort sous les bombes allemandes."
"Et pourquoi haïs-tu les allemands?"
"Je n'ai pas de haine pour les allemands. Je n'en connais aucun. Je ne comprends pas pourquoi ils font la guerre, au lieu de rester à la maison. Mais je ne comprends rien à la guerre. Par contre, l'homme qui a attaché Didier pour l'enculer, je l'ai vu depuis l'arbre et lui, je le déteste... Et si vous ne me croyez pas, pourquoi vous n'envoyez pas un homme regarder depuis l'arbre comme j'ai fait ? Vous allez dire que Didier est mon complice et se fait enculer juste pour vous abuser ?"
"D'accord, tu m'as convaincu. On va faire comme ça : tu restes avec nous et un de mes hommes te surveillera. Si tout cadre, on ira dès que possible libérer ton ami et étriper ce fumier de Duhamel." Dit le capitaine puis il demanda des volontaires.
Un garçon de vingt-cinq ans se proposa et partit aussitôt, disparaissant dans le noir, sous les arbres. La capitaine continua à interroger Simon qui lui raconta tout, jusqu'aux cambriolages... mais quand même pas jusqu'à dire qu'ils faisaient l'amour.
Tard dans la nuit le garçon revint. Il ne dit que : "Je l'ai vu." Et il s'assit. Un autre lui apporta un pichet de vin. Il but puis il dit : "Le garçon est au premier, pieds et mains menottés, nu, comme il a dit... et Duhamel était sur lui... quel sale porc..." ajouta-t-il.
Le lendemain, ils firent leurs plans. Simon aidait les hommes à préparer à manger, à laver les gamelles dans le ruisseau, désireux de les remercier de la sorte pour ce qu'ils se préparaient à faire. Il les vit partir dès le crépuscule. Il resta au camp avec cinq hommes. Il écouta en silence leurs discussions, mais ses pensées étaient avec ceux qui étaient descendus dans la vallée. Il aurait voulu être avec eux, mais il avait dit au capitaine qu'il resterait au camp, comme otage. Les hommes allèrent dormir à tour de rôle et lui dirent de dormir, mais il ne pouvait pas, et il passa toute la nuit à côté de l'homme de garde.
Pourquoi le temps semble-t-il ne pas passer, parfois ? Si quelque chose était allé mal, un des hommes avec qui pour l'instant il bavardait amicalement, le tuerait. Cette idée ne lui faisait pas peur. La mort de René l'avait vacciné contre la peur de la mort. Surtout si Didier aussi...
Il pensait à cela quand le vigile à côté de lui se leva et dit : "ils reviennent".
Simon n'avait rien entendu et il le regarda, un peu étonné, mais l'assurance qu'il affichait le convainquit. Il tendit l'oreille mais pendant un moment il n'entendit rien d'autre que les bruits de la forêt, la nuit. Puis il entendit un craquement et, enfin, il vit les premiers résistants émerger des ténèbres. Il se leva et chercha Didier des yeux. Et enfin, il le vit.
Il courut vers lui et le prit dans ses bras, pleurant de bonheur : "Oh, Didier, Didier... enfin..."
"Merci, Simon... je savais que tu ferais quelque chose. Quel débrouillard, mon ami... Merci, Simon, merci..."
Il sentait avec quelle chaleur son ami le serrait dans ses bras, la chaleur de son corps et celle de son affection.
"Je n'ai rien fait... c'est eux qui ont tout fait..." dit-il à voix basse. Didier lui essuya les larmes.
"Duhamel ? demanda un de ceux qui étaient restés au camps à ceux qui revenaient.
"Eliminé." Lui répondit-on simplement.
"Des problèmes ? Tout le monde va bien ?"
"Comme sur des roulettes. Et une valise de billet que ce cochon cachait. Il a voulu nous la donner pour qu'on ne le tue pas. Il s'est chié dessus. Et il est mort en chiure, comme il avait vécu."
Ils allèrent dormir. Didier prit Simon dans ses bras et le fit se coucher près de lui.
"Ils nous voient..." chuchota Simon.
"Peu importe. On ne pourra rien faire d'autre, mais au moins ... Qu'ils voient. Mais je veux m'endormir dans tes bras, et pas juste cette nuit." Dit-il en le serrant contre lui.
Simon se lova contre lui, heureux. Didier le caressa doucement sous la couverture, l'embrassa et ils s'endormirent.
Le lendemain, Didier demanda au capitaine Jacques s'il les prendraient avec eux : il voulait devenir résistants. Ils furent acceptés. Ils partirent et arrivèrent à un chalet qui semblait abandonné mais dont l'intérieur était complètement équipé. C'était leur base. La base de la brigade Voltaire.
Les jours suivant ils apprirent à Didier à tirer. Souvent montaient au chalet les femmes, les fiancées ou les sœurs des résistants avec des provisions et des nouvelles de la vallée. Simon s'occupait à la cuisine et à la lessive des hommes. Tous deux s'entendirent vite avec tous les hommes.
Parfois, mais rarement, Didier et Simon arrivaient à s'isoler et pouvaient faire l'amour. Mais de loin pas tous les jours comme les mois précédents. Ça pesait un peu à Simon, mais il ne disait rien.
Puis Simon remarqua que, à chaque fois que montait la sœur d'un des résistants, une fille de dix-huit ans, Didier passait de plus en plus de temps à parler avec elle. Et il nota aussi qu'elle venait de plus en plus souvent apporter les provisions.
"Didier ?"
"Oui ?"
"Elle te plait, Martine, pas vrai ?"
"Ben, oui... et je crois que je lui plais..." dit Didier avec une trace de gêne dans la voix.
"Tu voudrais être avec elle ? L'épouser, peut-être ?" demanda Simon d'un ton tranquille.
"Je... tu me plais toujours beaucoup, Simon..."
"Oui, mais tu ne peux pas m'épouser, moi. Elle, si..."
"Je n'ai pas dit que..."
"Moi je crois que tu lui plais beaucoup : la façon dont elle te regarde... Pourquoi tu ne lui dis pas qu'elle te plait ?"
"Et toi ?" demanda Didier, déchiré.
"Moi... je serais content pour toi..."
"Vraiment ? Mais tu ne m'en voudrais pas ? Après ce que tu as fait pour moi ? Je te dois beaucoup, je ne l'oublie pas..."
"Mais elle te plait, alors... ne fais pas le héros, Didier. Suis ta voie. Toi, c'est les filles que tu aimes, moi, je n'ai été qu'une parenthèse. Parle-lui..."
"Tu es extraordinaire. Comment fais-tu pour être comme ça ? Moi, à ta place, je n'en serais pas capable..."
"Oh, je crois que si."
"Et si elle dit oui... tu..."
"Je serai content pour toi. Et je repartirai dans la vallée. Après tout, cette vie d'ermite ne me plait pas tant que ça..."
"Je regretterais de ne plus te voir..."
"Mais si je restais là... tu serais mal à l'aise pour lui faire la cour, avec moi dans les pattes, non ?"
Didier parla à Martine. Elle en fut contente et elle lui dit qu'elle l'aimait. Didier parla au frère de Martine, lui dit qu'il était amoureux de sa sœur. Ce dernier donna sa bénédiction et ils se fiancèrent. Alors Simon dit au revoir à tous et repartit dans la vallée. Le capitaine Jacques lui donna les adresses de deux ou trois personnes qui pourraient l'aider, peut-être lui trouver un travail.
Maître Michel, quand il se dit, comme lui avait recommandé le capitaine, envoyé par "le père Jacques", lui demanda ce qu'il pouvait pour lui.
"Aidez-moi à trouver un travail, pour que je puisse manger..." répondit Simon.
"Que sais-tu faire, garçon ?"
"Rien..."
"C'est un peu court, pour le travail... Qu'as-tu fait jusque là ?" lui demanda-t-il avec un sourire encourageant.
Simon lui expliqua comment il avait fui de l'orphelinat et lui donna les grandes lignes de sa vie ces dernières années.
"Tu as quel âge ?"
"Quinze ans, monsieur."
"Je t'en aurais donné un ou deux de plus... Bien, pour l'instant, tu peux rester ici, faire le ménage et servir dans mon café. Et je te recommande la plus grande gentillesse avec les boches, fais comme s'ils étaient nos meilleurs clients, quand ils viennent. Tu peux dormir dans le débarras sur le côté de la cour, je te ferai installer un lit de camp. Après... on verra. Ça te va ?"
"Oui monsieur. Merci monsieur."
"Bien. Et il va falloir te trouver des habits plus décents. Peut-être que t'iraient ceux de mes garçons, quand ils étaient plus jeunes. Ma femme doit les avoir gardés dans une malle."
Simon commença à travailler au café de maître Michel. Au début, il lavait par terre, faisait les vitres, nettoyait les tables, les tasses et les verres. Puis il se mit aussi à servir quand il y avait beaucoup de monde, comme après la messe dominicale. Souvent, le soir, venait un groupe de soldats allemands.
Didier lui manquait. Pas seulement son corps, son beau sexe circoncis, ses caresses intimes, ses baisers, mais aussi son sourire en demi lune avec les yeux mi clos, son sens de l'humour, son étreinte quand ils s'endormaient, ses regards pleins de désir quand ils étaient parmi d'autres gens...
Il y avait deux ou trois jeunes du village qui venaient souvent au bar ainsi que quelques soldats allemands qui lui plaisaient bien, mais ni les uns ni les autres ne lui fit jamais entrevoir l'ombre d'un désir de leur part. Ni personne d'autre, d'ailleurs. Aussi le soir, quand il se couchait sur son lit de camp, tard, Simon se contentait de se masturber en rêvant, les yeux ouverts, à son beau Didier.
Après trois mois il en eut assez de cette vie et il dit à maître Michel qu'il voulait partir pour la ville. L'homme lui offrit quelques habits, un sac avec de quoi manger, un peu d'argent et lui donna l'adresse d'une connaissance en ville. Simon partit de bon matin.
En ville, il chercha l'adresse que maître Michel lui avait donné mais il ne trouva que les ruines d'une maison incendiée. Aucun des voisins ne savait où était le propriétaire. Simon fit le tour de la ville et se présenta dans plusieurs boutiques en demandant s'ils avaient besoin d'un garçon, mais on lui répondait toujours non. Il dormit dehors, en allant se réfugier dans les maisons en ruine pour éviter les rondes de nuit des allemands ou de la police.
Il était arrivé au bout de son argent et de sa nourriture, alors il se décida à mendier. Ça lui faisait honte, mais il n'avait pas d'autre moyen pour survivre : il n'avait pas l'adresse de Didier pour le vol et la peur l'empêchait même de penser qu'il pourrait essayer.
Il survivait ainsi depuis trois ou quatre jours quand, un soir, un homme nerveux, la trentaine, avec des lunettes épaisses, s'arrêta et le regarda du trottoir opposé. Puis il partit, mais il revint peu après, le regarda encore longuement en passant devant lui, cette fois-ci sur le même trottoir. Simon lui demanda l'aumône en tendant la main. L'homme mit la main en poche comme pour lui donner quelque chose, mais il passa sans cesser de le regarder du coin de l'œil.
Puis il se retourna et s'arrêta devant Simon : "Tu voudrais gagner ceci, garçon ?" et il sortit la main de sa poche, elle tenait un billet qu'il agita à peine.
"Bien sûr..." dit Simon que cet argent l'aiderait vraiment.
"Alors, viens avec moi..."
"Où ?"
"Chez moi..."
"Vous avez un travail pour moi ?" demanda Simon en se détachant du mur où il s'appuyait.
"Pas vraiment. Il faudra juste... être gentil avec moi cette nuit. Tu comprends ?"
"Gentil ?" Simon ne comprenait pas.
"Oui, j'aime les garçons comme toi. Si tu me suis, on pourra s'amuser..."
Simon comprit : "D'accord, alors je viens." Dit-il simplement.
L'homme ébaucha un sourire ravi : "Tu as quel âge ?" demanda-t-il en chemin.
"Vous me donnez combien ?" dit prudemment Simon.
"Dix-sept ans ?"
"Tout juste !" mentit Simon.
L'homme lui fit passer un petit porche et, pendant qu'ils montaient les escaliers, il lui palpa le derrière. Il le fit entrer dans son appartement et le conduisit à la chambre à coucher : "Déshabille-toi et monte sur le lit, je reviens tout de suite." Dit-il, et il le laissa seul.
Simon obéit. L'homme revint peu après, avec seulement une serviette autour de la taille, comme s'il sortait du bain, mais il n'avait pas eu le temps de sa laver. Il avait le corps maigre, un peu velu. Il était plutôt marrant, à moitié nu avec ces lunettes imposantes sur le nez.
Il s'approcha du lit et regarda le corps nu de Simon de cap en pied : "Ça te dit de me sucer ?" demanda-t-il d'un ton libidineux.
"Oui." Dit Simon en se demandant à quoi pouvait bien ressembler ce qui se cachait sous la serviette.
Il enleva la serviette et vit une espèce de longue saucisse molle, plutôt fine, pendouillait sous une touffe de poils noirs et frisés : "Alors vas-y, fais la durcir." Dit-il en en se mettant à genoux sur le lit et en lui guidant la tête vers son propre bassin. Pendant que Simon le suçait, et le faisait lentement bander, l'homme lui demanda : "Tu la prends aussi dans le cul ?"
"Oui..." répondit Simon.
"Bien. Mais continue à me sucer, pour l'instant. Tu es bon. Tu es dans le métier depuis longtemps ?"
"Quel métier ?" demanda Simon en se disant qu'il était vraiment bizarre.
"Coucher pour de l'argent. D'habitude, les garçons comme toi font le tapin derrière la cathédrale, pas là..."
"Je viens d'ailleurs..."
"Suce, allez... fais-la moi bien raide, que je te la fiche dedans... allez, je veux t'enculer..."
Simon obéit. En mettant la main à la base, ce sexe lui arrivait presque dans la gorge. Il était vraiment long, au moins vingt-cinq centimètres, mais il n'était pas épais. Il le suça et le lécha longtemps, puis l'homme le fit mettre à quatre pattes et le prit par derrière, en l'enfilant avec une série de coups décidés. Puis il commença à marteler en lui en roulant le bassin de manière à ce que son sexe fourrage l'intérieur du garçon.
"Oh quel beau cul, mon garçon, ni trop large, ni trop étroit, juste comme j'aime..."
L'homme le prit longuement, à l'évidence content de cette chevauchée, puis il jouit en lui. Cela ne déplut pas à Simon, mais ça ne lui plut pas vraiment non plus. Mais c'était mieux que la branlette, surtout avec l'argent qu'il lui avait donné.
Il allait sortir du lit et s'habiller quand l'homme lui dit : "Pourquoi ne restes-tu pas dormir ici ? Tu n'as nulle part où dormir, si ?"
"Si." Mentit Simon, et il ajouta : "si vous voulez que je reste, il faut me payer le double."
"D'accord. Mais alors demain matin je te prends de nouveau." Répondit l'homme avec un regard excité.
Ils se couchèrent pour dormir et l'homme demanda à Simon de lui caresser le corps pendant qu'il s'endormait. Simon le fit, presque mécaniquement, jusqu'à ce qu'il glisse dans le sommeil.
Au matin il fut réveillé par le sexe qui fouillait entre ses fesses à la recherche de l'anus. Simon le guida vers sa cible et l'homme le prit de nouveau, appuyé sur son dos et s'agitant sur lui. Il le chevaucha longtemps cette fois encore : il semblait ne jamais jouir. Mais il finit par jouir en lui une seconde fois, avec une série de brefs glapissements bas.
Pendant qu'ils se rhabillaient, l'homme avait les yeux encore brillant de stupre et il lui dit : "Tu es vraiment un beau cul, garçon."
Il avait dit "Tu es", pas "Tu as", et ça gêna Simon. Ça lui rappela certains grands à l'orphelinat qui disaient pareil et qui, pour ça, lui étaient antipathiques. En pensant faire un compliment, ils le rabaissaient.
Une fois qu'ils furent habillés, l'homme le raccompagna à la porte.
Là, il sortit l'argent promis, le lui mit en main et le poussa dehors : "Si tu te montres encore par là, je te louerai peut-être bien, parfois, pour une bonne baise. Tu as dit que tu t'appelais comment ?"
"Je ne vous l'ai pas dit..." répondit Simon et il descendit les escalier quatre à quatre et, une fois dans la rue, il respira à pleins poumons, heureux d'être loin de cet homme. Mais même s'il ne lui avait pas plu, il lui avait quand même donné une information précieuse, deux en fait : comment il pouvait gagner de l'argent et où il devait aller pour vendre son corps à des gens qui avaient envie de sexe : il avait dit derrière la cathédrale. Il chercha l'endroit tout de suite. En faisant le tour de l'imposante cathédrale, il trouva à l'arrière un jardin assez grand. Il le parcourut de long en large, mais il n'y avait aucun garçon. Le type lui aurait menti ? Il s'était moqué de lui ? Enfin, il l'avait payé...
L'idée que quelqu'un paie quelqu'un d'autre pour coucher lui semblait étrange. Puis il se dit q'il y avait peut-être des gens, comme cet homme, avec qui personne ne voudrait aller... sauf pour de l'argent. Oui, ça devait être ça.
Il alla s'acheter un pain, du fromage et du saucisson et il se fit un énorme sandwich qu'il dévora avec plaisir. Puis il se balada en ville. Le soir, il vit un petit restaurant qui proposait le plat du jour et un verre de vin pour un prix raisonnable. Il décida qu'il pouvait s'offrir un repas décent. Il entra et il se fit servir. Il savoura lentement ce bon repas et sirota le vin tout doucement. C'était vraiment agréable. En sortant, il croisa trois soldats allemands qui entraient.
Un d'eux le bouscula violemment et, au lieu de s'excuser il lui aboya : "Demander excuses, garçon !"
Il répondit spontanément : "C'est plutôt à vous de demander pardon !"
Le soldat l'attrapa par le col et le souleva presque de terre et demanda furieux : "Quoi dire toi ?"
"C'est vous qui m'avez bousculé, pas moi." Pas le moins du monde intimidé.
Le soldat leva l'autre main, comme pour le gifler, mais un de ses compagnons arrêta son geste et lui dit quelque chose en allemand. Ils se regardèrent durement, puis le premier éclata de rire, d'un rire méchant, mais il lâcha Simon et il alla s'asseoir. Simon, debout à la porte, arrangea avec calme ses habits et sortit en regardant les soldats dans les yeux et avec sérieux. Celui qui avait arrêté le bras de l'autre lui fit un petit sourire et un clin d'œil. Simon se calma : bien sûr, il y a du bon et du mauvais partout, et les allemands ne faisaient pas exception. Même s'ils étaient "l'ennemi".
Il retourna à la cathédrale et alla à ses jardins. Maintenant, remarqua-t-il, il n'y avait que des garçons à peu près de son âge. Chacun était appuyé à un arbre, l'air indolent, et regardait par terre. Deux ou trois fumaient une cigarette. Et seul un d'entre eux, deux peut-être, le regarda fugacement quand il passa, puis rebaissa vite le yeux. L'atmosphère était étrange.
Simon décida de rester et de regarder. Il trouva un arbre libre, s'y adossa et attendit. Il avait vu sept ou huit garçons. Qui sait combien il pouvait y en avoir en tout dans ce grand jardin ? Il faisait assez sombre, la lumière des lampadaires de l'arrière de la cathédrale filtrait à peine jusque là. Lentement, sa vue s'habituait à la pénombre. Il regarda vers les arbres où il y avait d'autres garçons : il se dit qu'il aimerait parler avec un d'eux, mais ils ne parlaient même pas entre eux, alors....
Il vit arriver un homme. Il passa devant deux arbres et leurs hôtes, puis s'arrêta au troisième. Il les vit parler un instant, puis s'éloigner ensemble vers la rue. Peu après un autre homme arriva. Celui-la tourna un peu plus longtemps et passa aussi devant lui. Simon, quand il passa devant lui, le regarda stupéfait : il était bel homme et n'avait pas trente ans, il ne devait avoir aucune peine à trouver quelqu'un qui veuille bien venir dans son lit, et pourtant il venait chercher un garçon à payer. Sa théorie s'effondrait. Il vit l'homme commencer un deuxième tour, s'arrêter près d'un garçon, parler un peu avec lui, puis ils s'enfoncèrent entre les buissons : d'évidence l'homme n'avait pas d'endroit où emmener le garçon, ou alors il ne vivait pas seul.
Puis il vit arriver deux soldats allemands, qui allèrent droit à un arbre. Le garçon se détacha de l'arbre pour aller à leur rencontre et eux aussi partirent entre les buissons. Ce devaient être des clients habituels, ils n'avaient même pas parlé. Et le garçon faisait ça avec eux deux : ensemble ou un après l'autre ? Et pourquoi donc ces soldats, s'ils aimaient ça, ne le faisaient pas simplement ensemble ? Pourquoi payer le garçon ? Peut-être que tous les deux n'aimaient-ils que prendre... Et comment c'était, une bite d'allemand ?
Pendant qu'il se posait ces questions, un autre homme arriva. Il tourna entre les arbres et passa devant lui en le regardant. Il devait avoir trente cinq ans, les cheveux très courts, grand mais un peu trapu, les nez un peu tordu, mais dans l'ensemble pas si mal.
"Tu es nouveau, toi." Dit-il en le scrutant de la tête aux pied.
"Oui..."
"Ça te va de venir avec moi ?" lui demanda-t-il après lui avoir palpé l'entrejambe pour vérifier la marchandise.
"Oui..."
"Tu prends le même prix que les autres ?"
"Oui..." répondit Simon en se demandant combien ça pouvait être.
"Bon, alors allons-y." dit l'homme en partant à grands pas vers la rue.
Simon le suivit. Il habitait au rez-de-chaussée, une chambre pleine de photos encadrées, qui montraient que c'était un boxeur. Dans le coin de la chambre il y avait un lit. L'homme commença à se déshabiller et Simon fit de même, en le regardant : il avait un corps fin mais beau, musclé, solide et puissant. Et son membre à moitié raide était de dimension notable.
Quand ils furent nus, l'homme s'approcha, le prit dans ses bras et le serra fort : Simon aima cette étreinte et il imaginait ce que ce serait d'être pris par un homme fort et vigoureux comme lui.
L'homme le porta sur le lit, s'étendit et fit monter Simon sur lui, tête-bêche. Simon se mit à lécher et à sucer le membre puissant et il dut ouvrir sa bouche au maximum pour réussir à le faire entrer. L'homme le suçait aussi et lui effleurait les tétons : c'était la première fois qu'on le touchait là et Simon frémit de plaisir. Il ne savait pas qu'on pouvait aussi prendre du plaisir comme ça.
Puis, à sa stupéfaction, l'homme se mit à quatre pattes et lui dit d'une voix excitée : "Allez, encule-moi maintenant."
Simon resta un instant perplexe.
L'autre se retourna, le regarda, et dit d'un ton pressant : "Allez, tu attends quoi ? Encule-moi, vas-y !"
Simon se mit à l'ouvrage. Il mit son sexe sur le trou et à peine il appliqua une pression, il s'enfonça jusqu'à la garde. Alors il commença à glisser d'avant en arrière.
"Plus fort !" ordonna-t-il. Simon accéléra le rythme et donna de grands coups. "Plus fort, allez, je veux mieux te sentir !" dit l'homme en remuant ses hanches.
Simon fit de son mieux et, à chaque coup, il tournait lui aussi ses hanches. Ses cuisses battaient contre les fesses de l'homme, à grands coups secs.
Ce dernier semblait maintenant apprécier les coups du garçon : "Comme ça, fort, allez... fais-la-moi sortir par la bouche..." gémit-il comblé.
Simon faillit éclater de rire à l'idée que son propre sexe puisse sortir par sa bouche. Mais il continua à le mettre avec toute son énergie. Il se mit vite à suer sous l'effort. C'était bien loin d'être faire l'amour, se dit-il, mais c'était une sacrée baise et l'autre semblait apprécier.
Pendant ce temps, l'homme se masturbait et meuglait : "Comme ça... oui..."
Simon jouit violemment en lui et l'autre se démenait sous lui et qui lui aussi jouit soudain, dans la foulée. Alors il s'écarta de Simon, s'étendit et fit Simon se coucher près de lui.
"Une belle chevauchée, garçon, bravo."
Après un bref repos, ils se rhabillèrent. L'homme paya Simon qui retourna au jardin, dans l'espoir d'y trouver peut-être un autre client et aussi de pouvoir passer la nuit à couvert, dans le lit d'un autre.
Il y avait encore quelques garçons contre leur arbre, alors il se choisit aussi un arbre et se mit à attendre. Il se disait que s'il pouvait gagner autant d'argent chaque soir, il aurait la belle vie.

CHAPITRE 4
__Manfred, l'Allemand_

Après quelques nuits, Simon devint ami avec un des garçons du jardin. Il s'appelait Charles et il avait vingt ans. Il lui avait proposé de venir dormir chez lui. Il habitait une chambre sous les toits, petite mais avec deux lits dont un qu'un ami lui avait laissé quelques mois plus tôt en partant pour Paris.
"Pourquoi n'es-tu pas soldat, toi ?" lui avait demandé Simon.
"Réformé. Le cœur faible, ils ont dit. Je n'en ai pas l'impression, mais ça me va."
"Et ta famille ?"
"Je les ai quittés. Pour vivre ma vie. Tu parles, s'ils savaient que j'aime baiser avec des hommes. Mon père est un petit bourgeois aux idées très arrêtées." Dit Charles en riant.
"Et tu as compris quand, toi, que tu aimais les hommes ?" demanda Simon qui lui avait déjà raconté sa propre histoire.
"J'avais quinze ans. Avec mon meilleur ami, pour s'amuser, on faisait de la lutte sur le lit, et lui s'est excité et m'a embrassé. Et je me suis excité aussi. Alors il m'a touché et il a dit qu'il voulait faire l'amour avec moi, j'ai juste dit oui et on s'est déshabillés et lui, qui faisait ça avec d'autre depuis un an déjà, il m'a pris..."
"Et vous êtes devenus amants."
"Non. Après, j'ai eu honte. Ça m'avait tant plu, mais j'avais honte, va savoir pourquoi, et je l'ai évité, après. Mais quelques mois après, j'étais à la mer en famille, je me suis mis à espionner le maître nageur quand il se changeait, un jeune de vingt-quatre ans. Un jour il m'a vu et alors il m'a emmené au dépôt. Je croyais qu'il allait me mettre une raclée, mais il a enlevé mon maillot de bain et il m'a pris. Là encore, ça m'a plu et pendant toutes les vacances je l'ai laissé me prendre. Puis, rentré à la maison, je suis allé voir mon ami et alors, une fois où mes parents étaient absents, je l'ai invité chez moi et je lui ai dit directement que je voulais l'enculer. Il a tout de suite accepté. Puis il m'a présenté à d'autres garçons qui étaient partants et parfois on faisait ça tous ensemble : ces partouzes ! Puis à dix-sept ans, au lycée, j'ai rencontré Alain. Un jour, après la gym, il m'a touché sous la douche. Et on est devenus amants. Mais quand la guerre a éclaté, il a été mobilisé. Et il a été fait prisonnier tout au début de la guerre. Alors j'ai quitté la maison et je suis venu ici. Et j'y ai connu le garçon qui dormait ici et il m'a appris à faire le tapin."
"Vous couchiez ensemble ?"
"Parfois, mais pas souvent."
"Et tu as couché avec des allemands ?"
"Bien sûr. Ce n'est pas prudent de dire non. Et puis ils paient comme les autres, et ils ont des désirs comme les autres."
"Et ils ont la bite comme les autres ?"
Charles rit : "Bien sûr, comment devraient-ils l'avoir ? Ecoute, Simon, ça te dit de le faire avec moi ?"
"Bien sûr." Répondit-il.
Charles se déshabilla : "Alors, à poil et viens ici." Dit-il avec un sourire invitant. Simon monta sur le lit de son ami. Ce dernier lui caressa le sexe : "Pour tes quinze ans, tu es bien développé."
"J'ai presque seize ans, maintenant."
"Et tu as aussi un bien beau cul. Qui met l'autre en premier, toi ou moi ?" demanda-t-il en lui fouillant le trou du doigt.
"Toi d'abord." Répondit Simon en se mettant à quatre pattes.
"Non, pas comme ça. Mets-toi sur le dos."
"Sur le dos ? Mais comment tu fais ?" demanda Simon ébahi.
"Ecarte les jambes." Dit-il en expert.
Il se mit à genoux entre ses cuisses et il fit passer les jambes du garçon sur ses propres épaules, lui relevant ainsi le bassin au dessus du matelas. Il écarta les fesses fermes et pointa entre elles son sexe déjà raide et prêt. Simon le laissait faire, réjouis de pouvoir voir son visage pendant qu'il se préparait à le pénétrer. Il le sentit se frayer un chemin en lui et il vit ses muscles jouer sous l'effort, et l'expression intense de son visage lui parut belle. Il se détendit en accueillant sa colonne de chair et il lui effleura les tétons qui durcirent aussitôt.
"Bravo, c'est ça. Ah, tu sais bien prendre, bravo. On verra bientôt si tu sais aussi bien mettre." Dit-il en souriant alors qu'il commençait à le prendre à coups décidés.
Simon lui sourit, comblé par les vigoureux mouvements de ce sexe en lui.
"Tu aimes, hein ?" dit Charles sans s'arrêter, d'évidence lui aussi satisfait.
"Pourquoi, toi pas ?" répondit-il, heureux.
Ils firent l'amour avec calme, plusieurs minutes, puis Charles atteignit l'orgasme. Alors ils changèrent de place, Charles se mit dessous, les jambes écartées. Simon trouva la position tout aussi bonne pour celui qui prenait. Et Simon aussi, peu après, jouit dans son ami.
"Tu baises toujours dans cette position ?" lui demanda Simon alors qu'ils se détendaient, côte à côte.
"Non, seulement quand le gars me plait."
"Alors, je te plais, moi."
"Ça m'en a tout l'air."
"C'est pour ça que tu m'as proposé de venir habiter avec toi ?"
"Aussi. Mais aussi pour ne pas être seul, et parce que tu n'avais pas où aller dormir."
"Tu paies cher, ici ? On pourra partager le loyer."
"Non, je paie en nature."
"C'est à dire ?"
"Je couche avec le propriétaire à peu près une fois par semaine."
"Ah ! Il te plait, le propriétaire ?"
"Bof, c'était un client et il m'a proposé cette solution. Mais avec lui, l'amour c'est par derrière." Dit-il, et ils éclatèrent de rire tous les deux.



Simon resta là plusieurs mois. Il avait seize ans depuis peu quand Charles lui proposa de partir pour Paris : "Ici on commence à être trop nombreux et les prix baissent, comme tu as vu. J'ai eu une lettre de Mathieu, celui qui dormait ici. Il m'a dit qu'à Paris on gagne bien."
"Je n'ai pas envie d'aller à Paris. S'il faut bouger, pourquoi ne pas aller dans le sud ?"
"Moi, Paris m'attire. Au début on pourrait rester chez Mathieu, je pense. Il est sympa. Allez, viens avec moi."
"Vraiment, je n'ai pas envie. Si tu vas à Paris, je crois que moi j'irai dans le sud. En Provence, peut-être. Ça doit être beau, là-bas. Et moins froid, l'hiver. J'étais bien avec toi, mais si tu t'en vas, moi je vais dans le sud."
Charles laissa sa chambre à un autre garçon et Simon et lui se dirent adieu et quittèrent la ville chacun vers sa destination. Simon fit étape dans deux ou trois ville, cherchant à trouver les lieux de drague, mais sans succès. Il ne semblait rien se passer dans ces coins.
Il arriva à Clermont-Ferrant. La ville ne lui plut pas. Mais il était au bout de son argent, alors il décida de continuer vers le sud en stop et à pied. Il arriva affamé dans une petite ville, Issoire. Il songea à se remettre à mendier, en prenant garde à éviter les rondes des allemands ou de la police. Il était sur la place, devant l'église, quand il vit arriver trois soldats allemands. Il s'assit sur les marches de l'église, l'air indifférent, en attendant qu'ils passent. Ce n'était pas une patrouille. Mais les trois soldats, arrivés devant l'église, s'assirent sur les marches. Ils parlèrent un peu entre eux, puis l'un d'eux se leva et alla acheter quelque nourriture au magasin d'en face. Il revint et la distribua aux autres et ils se mirent à manger allègrement à grandes bouchées.
Simon ne put s'empêcher de les regarder avec envie, l'eau à la bouche. Il en regardait particulièrement un : un garçon de vingt-trois ans, sut-il après. Il avait le visage un peu carré, le front haut, des cheveux souples, blond foncé, les yeux clairs, noisette, et sa bouche avait un petit pli doux. Simon lui-même n'aurait pas su dire s'il était plus attiré par le jeune homme ou par son repas.
Le soldat sentit qu'on l'observait et il regarda Simon dans les yeux. Puis, comprenant son regard, il sortit sa baïonnette et coupa son sandwich en deux, alla vers Simon et lui tendit la moitié qu'il n'avait pas touchée et lui dit, dans le meilleur français : "Prends... tu dois avoir faim, n'est-ce pas ?"
Simon acquiesça et prit le sandwich en le remerciant.
"Comment tu t'appelles ?"
"Simon."
"Moi, je m'appelle Manfred."
"Enchanté." Dit Simon et il mordit le sandwich à pleines dents.
"Bon appétit, Simon." Dit le soldat en retournant s'asseoir avec ses amis.
Ils dirent quelque chose et se mirent à rire. Manfred répondit d'un ton sec. Puis ils se levèrent tous les trois et partirent. Manfred fit un petit salut à Simon et lui sourit. Et Simon reçut ce sourire avec un frémissement agréable tout du long de son dos.
Il aurait aimé revoir le soldat allemand. Simon se dit que rien ne l'empêchait de rester un peu dans cette ville. Il se remit à demander l'aumône et ramassa quelques pièces. Peu, à vrai dire. Mais une femme lui donna quelques fruits. La nuit, Simon partit dormir à la porte de la ville, où il avait repéré une grange ouverte.
Le lendemain, il retourna à la place de l'église. Il mendia encore un peu. Puis il le vit. Cette fois il était avec un autre soldat. A peine l'eut-il vu, Manfred dit quelque chose à son compagnon et vint vers Simon.
"Salut, j'espérais te trouver. Je t'ai apporté cela." Dit-il en lui tendant trois tablettes de chocolat.
"Merci, tu es très gentil."
"Tu n'es pas d'ici, pas vrai ?
"Non..."
"Tu n'as pas de famille ?"
"Non... je n'en ai jamais eu..."
"J'avais deviné."
"A quoi ?"
"Je ne sais pas, je le sentais simplement. Je dois y aller, maintenant. Tu seras ici cet après-midi, vers quatre heures ?"
"Oui..."
"Alors on se reverra. A plus tard."
Simon était ému. Manfred semblait s'intéresser à lui. Mais pourquoi ? Se pouvait-il que Manfred aime les garçons ? Simon l'espérait bien : ce soldat allemand lui plaisait beaucoup, il avait un sourire fascinant. Il était vraiment beau. C'est un ennemi, soit, mais il me plait trop, pensait-il. Il décida de faire un tour dans la petite ville. A un moment, il passa devant ce qui pouvait être la caserne de Manfred : une ancienne école réquisitionnée et réaménagée, entourée de barbelés et avec une sentinelle. Il espérait le voir, mais il passa sans s'arrêter.
A trois heures il ,était déjà sur la place. Il avait acheté un peu de pain et il le mangea avec une des plaques de chocolat de Manfred. C'était vraiment savoureux!
Quatre heures venaient de sonner quand Manfred surgit de la rue qui venait de la caserne, et le salua de loin d'un geste discret.
Il s'approcha : "Salut, Simon, ça fait longtemps que tu m'attends ?"
"Quelques minutes." Mentit le garçon par égard pour l'autre.
"Il y a un café, juste là, tu y vas avec moi ? On pourra s'asseoir et parler un peu. Ça te va ? C'est moi qui invite, bien sûr."
"Volontiers, merci."
Ils s'assirent. Manfred commanda un plat et deux bières. Il mit le plat devant Simon.
"Tu parles bien français." Dit Simon.
"J'aime ça. Je l'étudie depuis tout petit, mais j'ai encore un peu d'accent."
"Oui, mais très peu."
"Mais ça s'entend que je suis allemand. Il faudrait que je parle plus, mais j'ai peu d'occasions. Même si je sers d'interprète au capitaine. Tu as quel âge, Simon ?"
"Seize ans."
"Je te donnais plus."
"On me le dit beaucoup."
"Tu es beau garçon. Et j'aime ton sourire."
"Et moi le tien. Et tu es très beau aussi."
"Tu dors où ?"
"Dans une grange."
"Tu resteras ici ou tu es en chemin ?"
"Je ne sais pas encore, je n'ai rien de spécial à faire, à part essayer de joindre les deux bouts. Enfin, je veux dire..."
"Oui, je connais l'expression. J'espère que tu pourras t'arrêter ici. J'aimerais qu'on devienne amis, qu'on parle."
"Moi aussi."
"Vraiment ?" demanda Manfred dont le visage s'illumina d'un sourire amical, puis il ajouta : "Les français n'ont pas beaucoup de sympathie pour nous, en général."
"Je sais, nous devrions être ennemis... Mais toi, tu m'as l'air très sympathique. J'aimerais que nous devenions amis."
"Merci." Dit Manfred et il effleura sa main.
Simon trembla sous ce léger contact, mais il n'osa pas bouger. Manfred retira sa main. Ils parlèrent encore. Simon lui raconta des bribes de sa vie. Le soldat aussi : il était peintre, lorsque la guerre éclata il étudiait à l'académie des beaux arts de Berlin. Il aimait beaucoup peindre. Maintenant, faute du nécessaire, il se contentait de faire des dessins au crayon dans son cahier.
"J'aimerais les voir."
"Je les apporterai demain. Et peut-être que je ferai ton portait sur mon cahier. Pour ne pas t'oublier si un jour on est loin l'un de l'autre."
"Moi non plus, je ne voudrais pas t'oublier si un jour on est loin l'un de l'autre." Murmura Simon.
Le soldat le regarda avec une étrange intensité. Ils se turent un moment, puis Manfred murmura quelque chose en allemand.
"Que dis-tu ?" demanda Simon, saisi par la douceur des mots entendus, en le regardant dans les yeux.
"Rien, un poème de mon enfance : il dit que quand tout semble mort, étouffé sous la neige, fleurit le perce-neige qui annonce que la vie continue et qu'elle est belle."
"Une belle poésie"
"Non, plutôt banale, mais ce vers... tu m'as fait penser au perce-neige. Je suis content de t'avoir rencontré."
"Moi aussi, même si je ne sais pas te le dire avec un poème. Mais toi, tu es un artiste, tu sais trouver les mots."
"Parfois, moi aussi je voudrais pouvoir trouver les mots." Dit Manfred avec un sourire presque timide. Puis il regarda sa montre : "Il me reste peu de temps, je dois rentrer à la caserne. On se voit demain ?"
"Oui, avec plaisir. Je vais compter les heures."
"Ici, à quatre heures, d'accord ?"
"Bien sûr."
"Ah, je t'ai apporté ça." dit Manfred en se levant, et il lui tendit un petit paquet. "Salut, à demain."
C'était trois autres plaquettes de chocolat, un paquet de biscuits et une boite de viande en conserve. "
Ils se virent plusieurs jours. Manfred l'invitait toujours au café et il lui apportait quelque chose à manger. Simon n'achetait que du pain et quelques fruits avec ses aumônes.
Un jour, Manfred lui dit : "Simon, tu voudrais venir travailler à la caserne ? L'homme qui faisait la lessive est tombé malade et le capitaine lui cherche un remplaçant : je pourrais te proposer, si ça te va. Tu pourrais aussi avoir un lit de camp à la caserne, si tu veux. Et tu serais payé, bien sûr."
"J'aimerais bien."
"Et on pourrait se voir plus souvent."
"J'adorerais."
"Je... j'espère que le capitaine dira oui."
"Moi aussi, Manfred."
"A la caserne, ces temps-ci, j'ai beaucoup de temps libre." Dit Manfred. Et Simon, qui commençait à bien le connaître, comprit qu'il voulait dire autre chose, mais qu'il n'osait pas.
"Quand j'aurai fini mon travail moi aussi, on pourra peut-être rester ensemble ?"
"Oui..."
"Tu dors seul, ou avec des autres ?"
"Avec cinq autres soldats."
"Et je devrai dormir avec des autres ?"
"Pas forcément, peut-être que je pourrai faire placer ton lit de camp dans un endroit tranquille. Il y a une petite pièce, derrière la garde-robe, ça pourrait être pas mal. On y range la table à repasser, mais il y a la place pour un lit de camp."
Le lendemain, Manfred avait un sourire jusqu'aux oreilles : "Le capitaine veut te voir. Il a l'air bien disposé. Tu peux me suivre à la caserne, maintenant ?"
"Bien sûr. Il est comment, le capitaine ?"
"C'est un brave homme. Peu loquace, mais un bon capitaine. Si tu lui fais bonne impression, il te prendra."
"Et comment puis-je lui faire bonne impression ?"
"Contente-toi d'être toi, Simon. Tu ne peux pas manquer de faire bonne impression, toi. Et puis, c'est moi qui ferai l'interprète, ne t'en fais pas. On y va ?"
La capitaine lui posa quelques questions, à travers Manfred, puis il dit que c'était bon et il chargea Manfred de l'installer. Ils sortirent du bureau du capitaine et Manfred lui fit visiter la caserne et lui montra où il pensait faire installer son lit de camp. La garde-robe était une pièce du rez-de-chaussée, avec trois portes : une vers la cour, où on étendait le linge, une vers le couloir qui menait à la cuisine et au réfectoire, et une vers la petite pièce pour le repassage.
Dans la pièce principale il y avait des placards avec les draps, les oreillers, des serviettes et autre linge de rechange, sur les autres étagères il y avait les effets personnels des soldats, lavés et repassés, marqués avec des nombres. Une espèce de comptoir partageait la pièce en deux, de sorte que qui apportait son linge sale ou recherchait son linge propre n'avait accès ni aux placard ni à la pièce à repasser.
"Tu vois, tu ne pourras pas fermer à clé, mais ce comptoir te garantit une certaine intimité. Voici la pièce à repasser. On pourrait mettre ton lit de camp contre ce mur, ça te va ?"
"Tu viendras me voir ici ?" demanda Simon en le regardant, avec un fort désir de l'étreindre et de l'embrasser.
"Si tu veux de moi, oui. Mais ici tu ne laisseras entrer que qui tu veux."
"Alors tu pourras toujours entrer. Mais seulement toi."
"Seulement moi ?"
"Oui, seulement toi." Dit Simon et il caressa doucement la main de Manfred.
Celui-ci lui sourit et lui prit la main. Leurs doigts d'entrelacèrent et se serrèrent. Simon s'appuya contre le mur, porta la main de Manfred à ses lèvres et y posa un petit baiser : "Parce que tu me plais." Ajouta-t-il, ému.
Manfred se pencha vers lui, le pressant contre le mur et il lui posa un baiser sur les lèvres : "Toi aussi tu me plais, Simon, beaucoup."
Simon écarta les lèvres et attendit. Manfred lui caressa les lèvres du doigt puis l'embrassa, cette fois intimement, à fond. Simon frémit et se pressa contre le corps de Manfred.
"Veux-tu devenir mon petit ami, Simon ?" demanda l'allemand d'une voix basse et chaude, sensuelle.
"Oui, Manfred, je veux être à toi."
"J'ai tellement envie de toi, depuis la première fois où je t'ai vu. Tu es un grand et beau garçon, et ton sourire est si doux."
"Tu me veux ?"
"Oui..."
"Maintenant ? Ici ?" dit Simon, prêt.
"Non, plus tard. Quand tu seras installé. Sur le lit"
"Choisis-le grand et solide, alors." Dit-il avec un sourire espiègle, en se frottant contre le bassin du soldat pour sentir son érection à travers les habits.
Manfred l'embrassa encore sur la bouche, les mains calées sur ses petites fesses fermes, le tirant contre lui et en bougeant les hanches pour mieux lui faire sentir sa propre érection. "Va tout de suite chercher ce lit." Murmura Simon.
"Viens au dépôt avec moi, on le choisira ensemble." Dit Manfred en se détachant de lui, presque à contre cœur.
Au lieu d'un lit de camp, ils prirent un lit bas sans rebord et deux matelas et ils installèrent le tout dans la petite pièce. Puis des draps et couvertures dans la garde-robe et le lit fut prêt.
"Je pense que tu seras bien, ici." Dit Manfred.
"Oui... pourquoi on ne l'essaierait pas ?" demanda Simon, calmement provoquant.
"D'ici peu ce sera l'heure du dîner. Viens que je te fasse avoir ta gamelle. Le capitaine a dit de te présenter aux autres comme le nouveau blanchisseur, ce soir à table."
"Après, tu viendras me retrouver ici ?"
"Oui, bien sûr que je viendrai." Répondit Manfred en souriant en lui faisant une petite caresse sur la joue.
Au réfectoire, arrangé dans l'ancien gymnase de l'école, il y avait une centaine de personnes entre soldats et gradés. Les officiers mangeaient au mess, dans une autre salle. C'était animé et bruyant. Manfred lui fit assigner une gamelle et il lui dit d'y graver ses initiales dès que possible. Puis il parla au sergent de service qui fit faire silence. Alors Manfred présenta Simon aux soldats, en disant qu'il était le nouveau blanchisseur et qu'il prendrait son service le lendemain matin. Il conduisit le garçon à sa propre table, où il lui présenta ses compagnons de chambrée, et ils mangèrent.
"Si tu veux plus, tu vas demander. Pas problème." Lui dit dans son français approximatif celui qui s'appelait Alfred et qui était assis à sa gauche, un soldat de trente ans, un peu trapu, mais au visage sympathique.
"Merci, j'ai assez mangé." Répondit Simon.
"Tu devoir manger, devenir gros, trouver fille et sauter sur elle !" dit l'homme en riant et avec un clin d'œil.
Ils allèrent nettoyer leur gamelle, puis Manfred lui dit : "Maintenant je dois aller chercher les ordres pour demain. Mais après, je viens chez toi. Tu m'attendras dans ta chambre ?"
"D'accord." Dit Simon avec un frisson d'anticipation pour cet 'après' prometteur.
Il alla dans sa petite chambre, enleva ses chaussures et se coucha sur le dos, en attendant. L'ampoule nue qui pendait au plafond répandait une lumière douce et ambrée. Entre le lit et la porte, ils avaient installé en guise de paravent une petite armoire où mettre les habits de Simon, ce n'était pas grand chose, mais il les avait rangés avec soin et les étagères étaient à moitié vides. Simon regarda le plafond, haut, où pendaient quelques toiles d'araignées poussiéreuses. Et il pensait à Vincent, à René, à Didier, à Charles... et maintenant à Manfred.
Il l'aimait bien, ce soldat allemand. Son regard avait une douceur qui l'enchantait et le fascinait littéralement. Sa voix basse et chaude, était des plus sensuelles. Et il bougeait avec une élégance qui laissait deviner un corps fin et agréable.
Il était perdu dans ces pensées quand il entendit frapper à la porte, puis la voix de Manfred demander : "Je peux ?"
"Viens." Répondit Simon ému. Le soldat entra.
Il avait en main un petit paquet et une bouteille de vin blanc : "J'ai apporté quelque chose." Dit-il en ouvrant le paquet et en lui montrant deux choux à la crème.
Simon s'assit sur le lit et en prit un : "Merci. Un gâteau pour fêter notre amitié ?"
Manfred s'assit sur le bord du lit en souriant. Il mangèrent le gâteau, puis Manfred prit la bouteille et l'ouvrit. Simon en but quelques gorgées : c'était un vin doux, très bon. Il passa la bouteille à Manfred, qui but à son tour et la posa sur la table à repasser.
"Je suis content que tu sois là." Dit Manfred doucement, en lui caressant les cheveux, "Je peux t'embrasser ?"
"Bien sûr que tu peux. Enlève tes chaussures et viens t'allonger près de moi, mon ami." Et il lui fit de la place.
Manfred s'allongea à côté de lui et le prit dans ses bras et passa les jambes autour des siennes. Ils s'embrassèrent tendrement. Manfred lui caressait la nuque, le cou, les épaules et le dos.
"Pourquoi tu me déshabilles pas ?" demanda Simon, excité.
"Je suis trop ému, c'est trop bon de t'avoir ici : laisse-moi le temps de m'y habituer." Répondit-il d'une voix douce.
Simon sentit une raideur s'accentuer et presser contre lui. Il se tourna un peu pour lui faire sentir sa propre érection à travers les habits. Il le sentit frémir pendant qu'ils s'embrassaient de nouveau.
"Simon ?"
"Oui ?"
"Tu es content d'être avec moi ?"
"Content, c'est peu dire."
"Tu veux devenir mon petit ami ?"
"Oui, Manfred, je veux être à toi." Et il abaissa une main pour caresser, à travers la braguette, l'érection du soldat.
"Non, s'il te plait..." gémit Manfred en fuyant d'un doigt ce contact intime.
"Pourquoi ?" demanda ébahi Simon; "Tu n'aimes pas ça ?"
"Si, beaucoup trop : tu vas me faire jouir dans mon uniforme, je suis trop excité. ça fait deux ans que je n'ai pas touché un garçon."
"Deux ans ? Tu n'as donc trouvé personne, avant moi ?" demanda Simon incrédule.
"Non, les garçons français n'aiment pas les allemands."
"Mais certains veulent bien quand même." Dit Simon en pensant aux garçons du jardin de la cathédrale, dans la ville dont il venait.
"Pour de l'argent, oui. Mais pas pour..." dit Manfred et il se tut.
"Et parmi tes camarades ?"
"Il y en a qui le font. Mais pour eux c'est juste une façon de se soulager. Rien de plus. Le corps exulte, pas le cœur. Tu vois ? Toi, tu ne m'as pas l'air comme ça."
"Et il y a deux ans ?" demanda Simon.
"Un compagnon. Mais il est mort pendant une action, pulvérisé avec sa jeep, sur une mine."
"Il était jeune ?"
"Sept ans de plus que moi. C'était mon sergent. Et mon amant. Un jour, je te montrerai son portrait."
"Tu as promis que tu me montrerais ton cahier de dessins." Dit Simon pour changer de sujet.
"Oui, je te le ferai voir demain. Tu es très beau, Simon."
"Toi aussi, mais j'aimerais te voir nu."
"Bientôt. Moi aussi je voudrais te voir nu : tu dois avoir un beau corps. Mais pour le moment, restons comme ça. Ca t'embête ?"
"Non... enfin... un peu. Je peux attendre encore, mais pas trop. Mais ça aussi c'est bon, d'être enlacés comme ça." Admit-il en souriant.
"Merci. Je n'aurais pas cru être si excité rien qu'en te serrant dans mes bras. C'est la première fois que ça m'arrive... aussi fort." Murmura Manfred en lui caressant sa joue puis en l'embrassant.
Une clochette sonna.
"Ça va être le couvre feu. Je dois y aller, malheureusement. Je penserai à toi, en m'endormant..."
"Moi aussi. Embrasse-moi encore, avant de partir. Je me sentirai seul, cette nuit. Moi aussi, je penserai à toi..."
Ils s'embrassèrent longuement, puis Manfred dut se lever et s'en aller. Simon enleva sa chemise et son pantalon, éteignit, et se glissa sous les draps en slip et maillot. La lumière des projecteurs de la cour pénétrait dans la pièce par un vasistas, en dessinant des losanges blancs sur les murs.
Le lendemain matin, Simon alla se laver dans la buanderie, en se servant de la grande bassine à lessive comme d'une baignoire : il avait besoin de bien se laver. Il mit des habits propres, prit sa gamelle et y grava ses initiales, et partit au petit déjeuner. Manfred était déjà avec ses copains et, comme la veille, il lui avait gardé une place à sa table.
"Toi bien dormi ?" lui demanda Kurt, le trentenaire face à qui il était assis.
"Oui, merci, et toi ?"
"Bof, je préférer dormir dans chambre avec cinq femmes que cinq brutes comme eux." Dit Kurt en riant.
"Mais tu n'aurais pas dormis, alors..." contre attaqua Manfred d'un ton joyeux. Kurt rit en acquiesçant violemment.
Puis Simon alla à la garde-robe pour commencer son service. Et les premiers soldats commencèrent à arriver.

Suite

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