6 août 1976

Le volcan prolonge le sursis qu’il accorde aux Basse-Terriens : aujourd’hui encore, la Vieille-Dame leur épargnera explosions, cendres, coulées de lave, nuée ardente, cataclysme. Antoine emmène de nouveau Sandro à la découverte de son île. Très tôt, ils ont quitté les Cascades, cette fois-ci par la côte au-Vent, ils ont fait un crochet jusqu’à la deuxième chute du Carbet, qu’on peut approcher par la route. Sur le sentier qui conduit à la cataracte, Sandro a pu pour la première fois se faire une idée de la vraie forêt tropicale : il ne l’avait vue jusqu’alors qu’à l’habitation, domestiquée, esclave des hommes. Ici, les arbres géants, les fougères arborescentes, les feuilles démesurées des siguines, les taches colorées des fleurs se noient dans un chaos de roches et d’humus digne de la Genèse. Les montagnes étaient dégagées et l’on voyait parfaitement la première chute jaillir des sommets. Elle paraissait, cent mètres plus bas, s’unir à la seconde, pour s’écraser à leurs pieds dans un fracas assourdissant, projetant alentour des nuages de bruine glacée. Puis ils sont remontés jusqu’à Petit-Bourg et se sont engagés sur la route de la Traversée, la seule à relier les deux côtes, au-Vent et Sous-le-Vent. Nouvelle incursion dans la forêt humide et bain à la cascade aux Écrevisses. Passage du col des Mamelles et arrêt déjeuner au gîte du même nom. Tout y était noyé dans la brume, on ne voyait même pas la mer. Il faisait si froid qu’il était impossible de rester sur la terrasse. Ils se sont installés à l’intérieur de la maison de rondins qui ressemble plus à un chalet savoyard qu’à une case créole, et ont choisi une table proche de la monumentale cheminée pour déguster les spécialités de la montagne et de la forêt, fricassée de ouassous et colombo de cabrit… Puis ç’a été la descente vers Mahaut et la côte Sous-le-Vent. Ils avaient l’impression de changer de climat : ils retrouvaient la chaleur, la végétation plus chétive, les cases croulant sous les fleurs, et la Caraïbe mauve à l’horizon. Ils sont remontés vers le nord jusqu’à Deshaies. Non loin de la petite ville, à l’extrémité sud de la plage de Grande-Anse, le père d’Antoine a fait construire à la fin des années cinquante ce qu’il appelait un « cabanon », en réalité une assez belle maison en dur donnant directement sur le sable. Ils ont décidé d’y passer l’après-midi et la nuit, et de ne regagner les Cascades que dans la matinée du lendemain.
Grande-Anse est sans doute la plus belle plage de la Guadeloupe, avec son sable fin couleur d’ocre, sa frange de cocotiers et ses frais ombrages. Le cabanon, construit à même la plage dans le plus parfait mépris des règles d’urbanisme, est situé dans un secteur très peu fréquenté. De ses larges baies vitrées, on ne voit que le sable, la mer améthyste et, au loin, la silhouette de Montserrat, noyée dans la brume de chaleur.
Sandro et Antoine sont entrés dans la chambre qui donne sur ce paysage idyllique, ils ont ouvert volets et fenêtres, ne laissant, pour plus d’intimité, que les minces voilages qui volaient au vent, ils se sont dévêtus et couchés sur grand le lit blanc, serrés l’un contre l’autre, main dans la main. Ils ont laissé les alizés les caresser pendant de longues minutes. Puis Sandro s’est tourné vers Antoine, il l’a effleuré doucement de la main. Le désir est monté, et ils ont fait l’amour. Quand ils ont été repus de jouissance, ils sont restés allongés, corps et membres mêlés, yeux dans les yeux. Sandro s’est endormi. Antoine, une fois encore, s’est mis à ressasser des souvenirs. C’était sur cette plage, juste en contrebas de la chambre, à quelques mètres, qu’il avait, pour la dernière fois, fait l’amour avec Bastien…


***

Antoine s’est attaché plus que de raison à Bastien. C’est, il est vrai, celui qui a fait de lui un homme, celui qui lui a fait découvrir le plaisir, qui l’a initié au sexe. Plusieurs fois par semaine, ils se retrouvent dans les douches du lycée. Ces moments volés sont devenus comme une drogue pour Antoine, ils lui sont essentiels, il n’imagine plus de s’en passer. Au bout de quelques mois, il rêve d’un endroit plus confortable, d’une chambre, d’un lit, d’un nid, même petit, où il pourrait, une fois les désirs apaisés, rester un peu dans les bras de Bastien, profiter de sa chaleur, de sa tendresse. Aux Cascades, ce n’est pas faisable : il n’y a pas moyen d’approcher les bâtiments sans se faire remarquer ; et Bastien, comme nombre de jeunes Antillais de milieu modeste, habite chez sa mère ; là non plus, aucune possibilité… Alors, Antoine fait contre mauvaise fortune bon cœur et se contente du carrelage froid et humide de la douche. Mais les vacances arrivent, le lycée va fermer. Ne plus se voir jusqu’à la rentrée ? Antoine se refuse à l’envisager. Début juillet, il propose à Bastien d’aller passer deux ou trois jours dans le « cabanon » de Deshaies ; il dira à sa famille qu’un camarade l’a invité. Bastien ne se montre pas enthousiaste.
— Ne crains rien, le rassure Antoine, plus personne ne va là-bas depuis le décès de mon père.
— Ce n’est pas ce qui m’ennuie, réplique Bastien.
— Quoi, alors ?
Le jeune homme ne répond pas immédiatement : il semble réfléchir. Puis soudain, il se décide.
— Oh, rien ! Après tout, tu as raison : des petites vacances ne peuvent pas nous faire de mal…
Un matin, Antoine laisse son scooter chez son amant, ils enfourchent sa moto et, bientôt, filent sur la route Sous-le-Vent.
C’est grisant de sentir les vibrations de la machine, la vitesse, le vent dans les cheveux, sur le visage ; les doux alizés, fendus à toute allure, deviennent presque froids. Antoine, pour s’en protéger, se blottit contre Bastien. C’est encore plus grisant comme ça. Collé au dos puissant de son homme, les mains plaquées sur ses abdos sculptés, Antoine est au paradis. Son sexe aussi, qui s’est changé en barre de fer. Il pousse son ventre en avant sur la selle, de manière à ce que sa hampe soit bien en contact avec les reins de Bastien. La plus infime sinuosité de la route produit un frottement. Antoine se sent un brasier dans les entrailles. C’est à mourir, mais c’est divin. Il descend les mains, les pose sur les cuisses de Bastien, ses doigts s’aventurent vers la braguette. Il y trouve un mandrin aussi raide que le sien. Les doigts se plaquent sur leur proie. Antoine pose ses lèvres sur le cou de Bastien, y dépose des milliers de baisers. Ils poursuivent leur chemin, de virage en virage, unis, aux frontières de l’orgasme.
Ils n’ont qu’une soixantaine de kilomètres à parcourir, mais la route est tellement sinueuse que cela leur prend une bonne heure et demie. Ils se sentent d’une humeur plus impétueuse que la Soufrière, l’explosion menace à chaque instant. Quand la moto s’arrête devant le « cabanon », ils comprennent, sans avoir besoin de se parler, qu’ils n’auront jamais la patience d’ouvrir porte, fenêtres, volets. Quant à faire le lit, inutile d’en parler ! Leur désir est trop impérieux, trop urgent, rien ne peut différer son assouvissement, serait-ce de quelques secondes. Bastien coupe à la hâte le moteur, met l’engin sur sa béquille, attrape Antoine, le colle contre lui et l’embrasse avec fougue tout en lui arrachant son T-shirt, en descendant son short.
— Viens, viens ! murmure-t-il la voix rauque, viens, j’ai trop envie de toi ! C’était trop long, ce chemin, j’ai failli jouir vingt fois en cours de route !
Et, faisant pivoter Antoine, il le fait s’incliner en avant, les mains appuyées à la selle. Il ouvre sa braguette, sort son membre turgescent qui ruisselle de désir, le plonge d’un seul coup au cœur de son amant, sans préambule, sans préparation. Celui-ci, somme toute encore plutôt novice dans les sciences de l’amour, ressent une douleur fulgurante et pousse un cri. Bastien s’immobilise. Mais Antoine éprouve, et depuis si longtemps, un tel appétit pour le gourdin magnifique, une telle envie qu’il l’emplisse, le déchire, qu’il vienne buter contre ses organes les plus secrets, qu’il ne lui faut que quelques secondes pour s’habituer et pour que la douleur devienne jouissance. Son sexe, qui s’est un peu ramolli, reprend toute son ampleur.
— Vas-y ! dit-il, vas-y, baise-moi ! Baise-moi fort !
Bastien se met à donner des coups de reins, violents, vigoureux, de plus en plus rapides. Antoine n’est plus qu’un trou, qu’un conduit, le fourreau de ce mandrin géant. Il hurle de nouveau, mais cette fois c’est de bonheur, de plaisir. La jouissance monte, elle s’empare de chaque fibre de son corps. Le désir de Bastien est si fort, si exacerbé, il a été tellement contenu, qu’il ne résiste pas longtemps : il explose avec un grand cri et Antoine sent un raz-de-marée brûlant se ruer dans ses entrailles. Sa sève jaillit au même moment, tel un geyser, et va s’écraser en jets désordonnés sur le pot d’échappement ; elle s’évapore aussitôt avec un léger chuintement.
Leur soif de jouissance assouvie pour ce qu’elle avait de plus urgent, ils entrent dans la maison, ouvrent volets et fenêtres pour aérer et placent des draps blancs sur le lit. À la vue de cette couche qui les attend, à son aspect nuptial, presque virginal, le désir de nouveau s’empare d’eux, Bastien déshabille Antoine, l’allonge sur le dos, lui soulève légèrement le bassin et entre dans son intimité encore bien lubrifiée. Puis, avec beaucoup de lenteur et de douceur, il lui fait l’amour. Cette fois, cela dure longtemps, très longtemps et, lorsque la fin approche, Antoine a le bonheur de voir, pour la première fois, alors que son amant explose en lui, la jouissance dans son regard. Et cela suffit à le faire partir, lui aussi, dans une violente éruption.
Ils s’amusent ainsi le reste de la matinée et passent l’après-midi à la plage, alternant bains de mer, bains de soleil et bains d’amour sur le joli sable couleur d’ocre. Le soir, ils vont dîner au restaurant. Antoine regrette de n’avoir pas emporté de provisions : il aurait aimé préparer le dîner de son homme, rêver qu’ils vivent ensemble, qu’ils forment un vrai couple qui sera encore uni demain, et tous les jours de la vie. Ils se couchent de bonne heure et s’endorment dans les bras l’un de l’autre, repus, sans même éprouver le besoin de faire encore l’amour.
Au matin, le soleil s’infiltre à travers les fentes des persiennes et Antoine se réveille. Pendant une seconde ou deux, il se demande où il est, quelle est cette masse douce et tiède qui se plaque contre son dos. Puis il se souvient et un bonheur radieux l’envahit : il est à Deshaies, seul avec son homme, seul avec Bastien, et c’est Bastien qui est là, blotti contre lui. À cette simple prise de conscience, son sexe plongé dans le sommeil devient une barre gorgée de désir. Il se tourne avec précaution, pour ne pas réveiller le dormeur, joint son ventre au sien, pose une main sur sa hanche et, levant un peu la tête, regarde avec amour le beau visage noir endormi, le torse musclé aux pectoraux légèrement velus. Comme c’est bon de se réveiller près de celui qu’on aime ! D’avoir passé la nuit dans ses bras ! De savoir que, dans quelques minutes, on fera l’amour avec lui ! Si seulement cela pouvait se reproduire tous les matins de la vie ! Il repose la tête sur l’oreiller, son front, son nez, ses lèvres frôlent ceux de Bastien. Sa main descend, repousse le drap, se pose sur les fesses offertes et les caresse. De façon imperceptible, il ondule du bassin et sent, contre sa queue dressée, la queue ensommeillée de Bastien. Celui-ci ouvre les yeux, Antoine sourit et dit :
— Bonjour, mon amour ! Tu as bien dormi ?
Il lui semble voir passer, dans les yeux de son amant, comme un éclair contrarié, mais ce n’est qu’un éclair et il croit s’être trompé. Sans répondre, Bastien le prend dans ses bras et l’embrasse. Antoine sent contre son ventre le sexe adoré reprendre de l’ampleur, devenir aussi dur que le sien.
— Oh ! Il se réveille ! dit-il. Laisse-moi lui dire bonjour.
Et Antoine, s’agenouillant, pose ses lèvres sur le membre devenu géant et le couvre de baisers. Puis il le prend dans sa bouche et se met à le choyer de la langue et des lèvres. Bastien le saisit aux cheveux et lui imprime sa cadence ; il gémit très doucement, de façon continue, presque inaudible. Antoine sent une main se poser sur ses fesses, des doigts mouillés de salive entrer en lui, jouer en lui, tournoyer en lui. Il lâche le sexe de Bastien, se colle de nouveau à lui et lui donne un baiser passionné que son homme lui rend. Leurs sexes, unis, se saluent et se caressent. Alors Bastien fait basculer Antoine sur le dos, s’accroupit entre ses jambes, et entre en lui. Il semble à Antoine qu’un vide énorme vient de se combler, qu’il n’a vécu, depuis hier, que dans l’attente de cette reprise de possession.
Quand ils ont apaisé toutes leurs faims et toutes leurs soifs, abandonné la sphère céleste où ils s’étaient envolés et repris, à regret, pied sur la terre, Antoine comprend qu’il ne va jamais pouvoir recommencer comme avant, se contenter de nouveau, après le bonheur de cette nuit, de la salle de douches, de leurs étreintes furtives, presque sordides. Il veut Bastien tout à lui, pour toujours. Il est amoureux et, pour cet amour, il est prêt à tout affronter. Par amour, on arrive à tout. Ce sera dur, mais avec l’aide de Bastien, il y parviendra. Petit à petit. Et, pour commencer, il a une idée qui leur améliorerait déjà la vie. Il va l’exposer à Bastien. Mais pourquoi, au moment de parler, ressent-il comme une angoisse ? Il se blottit contre celui qu’il aime et dit timidement :
— Si tu voulais, je pourrais te faire embaucher par ma grand-mère. Tu gagnerais au moins autant qu’au lycée, sinon plus. Et puis, tu aurais une petite case sur l’habitation. On pourrait se voir facilement, passer la nuit ensemble quand on voudrait…
Le sourire disparaît des lèvres de Bastien et son regard s’assombrit. Pourquoi Antoine savait-il que cela se passerait ainsi ? Pourquoi savait-il exactement ce que Bastien maintenant lui dit ?
— Écoute, je sais que tout est de ma faute. Je suis ton premier homme et tu crois avoir trouvé l’amour de ta vie. Je n’aurais pas dû laisser tes illusions s’installer, même si je n’ai rien fait pour te les donner. Ce que nous faisons ensemble est merveilleux, rarement quelqu’un m’a donné autant de plaisir que toi, mais je ne suis pas pédé, Antoine, jamais je ne vivrai en couple avec toi, jamais je ne te serai fidèle, je ne veux même pas coucher régulièrement avec toi. Qu’on se voie de temps en temps, d’accord, c’est formidable, mais nous nous sommes trop sortis ensemble ces derniers temps. J’ai eu tort. Et surtout, je n’aurais pas dû accepter de venir ici.
Antoine se lève, passe la porte-fenêtre en courant et s’élance vers la plage, nu comme un ver. Sur la terrasse, il est pris de nausées et vomit contre un arbre. Puis il va s’asseoir au bord de l’eau et se met à pleurer. Peu après, Bastien arrive, s’assied tout contre lui, passe un bras autour de ses épaules.
— Pardonne-moi, Antoine, je ne voulais pas te faire de peine. Je t’aime plus que tu ne le crois. Si je pouvais être amoureux d’un homme, je le serais de toi. Hélas, ce n’est pas le cas. Je crois que c’était mieux de mettre les choses au point maintenant. Plus j’aurais tardé, plus ç’aurait été difficile…
Antoine se sèche les yeux du revers de la main et dit :
— Tu as raison. Tu as bien fait. C’est moi qui me suis montré ridicule. N’en parlons plus. Allons plutôt nous baigner.
Il désigne un voilier ancré assez loin du rivage et ajoute :
— Tiens, faisons la course jusqu’à ce bateau !
Il s’élance dans la mer et plonge, suivi par Bastien.
Antoine nage bien. Il est assez sportif, plus que Bastien en tout cas. Il sait qu’il va gagner la course, et c’est pour cela qu’il en a lancé l’idée. Il veut, d’une manière au moins, dominer celui qui l’a repoussé, et lui montrer, surtout, qu’on peut aimer les mecs, aimer se faire mettre, et demeurer quand même un homme, un vrai, robuste et viril. Il arrive au voilier une minute au moins avant le jeune homme.
— Alors, lance-t-il en le regardant franchir les derniers mètres, ça va ? Pas trop essoufflé ?
Bastien ahane, hors d’haleine, mais il sourit, acceptant sa défaite. Ils s’accrochent à la chaîne d’ancre pour se reposer un peu. Leurs corps se touchent. Antoine caresse le dos et les fesses de Bastien, passe la main entre ses cuisses. Il ricane :
— Toi, tu n’es peut-être pas pédé, mais ta queue, elle, elle l’est à coup sûr ; en tout cas, les mecs lui font de l’effet…
Et, sans attendre de réponse, il se met à nager vers le rivage, moins vite qu’à l’aller. Ils arrivent à la plage en même temps.
— Course jusqu’à la case, maintenant ! crie Antoine, joignant l’action à la parole.
Juste avant d’atteindre le cabanon, Antoine tombe dans le sable. Il l’a fait exprès, mais Bastien, qui ne l’a pas remarqué, s’agenouille près de lui.
— Rien de cassé ?
— Je ne crois pas. Tu ne veux pas m’ausculter, pour voir ?
Bastien éclate de rire et dit :
— Alors, tu ne m’en veux pas ?
Antoine ne rit pas ; et c’est très sérieusement qu’il répond :
— T’en vouloir ? Mais de quoi ?
Bastien se penche et l’embrasse. Puis, des mains, il parcourt tout son corps, comme s’il cherchait vraiment une blessure. Antoine ferme les yeux. Il est bien. Il veut ne penser qu’à ce que Bastien est en train de lui faire. Pas à sa déception. Il y pensera plus tard, aux Cascades, quand il se sera définitivement séparé de lui.
La palpation s’est changée en caresses, elles deviennent de plus en plus appuyées, de plus en plus précises. Les sexes depuis longtemps se sont dressés et palpitent de désir. Bastien pose ses doigts là où, bientôt, il va entrer, il dilate la porte de la caverne magique. Antoine garde les yeux fermés et gémit doucement. Il sent des bras soulever son bassin, un gland se poser sur sa rondelle, pousser et entrer.
— Attends ! dit-il en se retirant.
Et, se mettant à quatre pattes, il tourne le dos à Bastien et ajoute :
— Prends-moi comme ça, par derrière, comme la première fois. J’aime bien cette position. Et puis, je ne veux pas voir tes yeux quand tu vas jouir : ils expriment trop ton plaisir, j’aurais peur de te prendre pour un pédé !
Bastien sent son cœur se glacer, mais il ne répond pas. Il s’agenouille derrière Antoine et le pénètre, doucement. Antoine sent la plénitude l’envahir. Comme il aime la sentir dans ses entrailles, cette hampe toujours prête à donner du plaisir, cette tige si dure, si longue, si vigoureuse. Comme il va la regretter !
Bastien se livre à de lents va-et-vient.
— Vas-y plus fort, dit Antoine, j’ai envie d’être vraiment défoncé ! Je veux sentir ta queue dans toute sa force !
Bastien accélère. À chaque passage, il sort d’Antoine et le repénètre, à chaque passage, Antoine sent son anus frémir, et la jouissance se répandre dans tout son corps. Et quand Bastien arrive au fond, c’est une autre extase, différente, supérieure. Lorsqu’il sent le mandrin se raidir et frémir en lui, qu’il sait que Bastien va atteindre l’orgasme, Antoine demande :
— Ne bouge plus ! Reste en moi, bien au fond !
Et, tandis que Bastien explose en criant, la hampe malaxée par les convulsions de l’anus d’Antoine, celui-ci répand sa liqueur sur le sable. Ils s’écroulent.
— Tu as bien fait de me parler, dit Antoine quand ils reprennent conscience. Je t’en remercie. J’étais sur le point de tomber amoureux de toi. J’aurais fait n’importe quoi pour toi. J’aurais même été capable de t’imposer à ma famille. Tu vois à quelles complications nous échappons, grâce à toi ! Quelle chance que tu ne sois pas pédé !
Bastien demeure sans répondre, la tête basse.
— Et maintenant, reprend Antoine, je crois que nous ferions mieux de rentrer à Basse-Terre. Et de ne plus nous voir.
— Comme tu voudras, répond tristement Bastien.


***

Au soleil couchant, Antoine a entraîné Sandro sur la plage, sous les fenêtres du cabanon, juste à l’endroit où, avec Bastien… Il a étendu une grande serviette sur le sable, il s’est assis, a fait asseoir Sandro près de lui.
— J’ai déjà fait l’amour ici, dit-il. J’en ai gardé un souvenir amer. J’aimerais qu’on le fasse maintenant, tous les deux, pour que les mauvaises ondes s’envolent et que ça devienne un des endroits où j’ai été heureux avec l’homme de ma vie, un des endroits où nos corps se sont donné du plaisir.
Sandro sourit et embrasse Antoine. Celui-ci s’allonge sur le dos, offert, et demande :
— Viens, prends-moi comme ça, je veux voir le bonheur dans tes yeux quand tu jouiras…

Suite