NOUS DEVRIONS ETRE ENNEMIS...
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 18 Août 1994
Traduit en français par Eric

CHAPITRE 7
La fuite Vers le Sud

"Oh, prends-moi, mon amour." dit Simon, haletant, qui sentait les doigts effilés de son homme lui titiller le trou.
"Oui, bientôt." murmura Manfred mais il se mit à sucer les bourses, puis descendit encore jusqu'à ce que sa langue se pose sur l'anus frémissant.
Le sexe de Simon pressait contre la poitrine de Manfred qui lui pressait la langue contre le trou, forçait le sphincter à s'ouvrir et fit passer la pointe de la langue qui en titilla le bord chaud et élastique.
Simon s'agitait de plus en plus, en proie à un plaisir exceptionnel, et il supplia encore : "Prends-moi... prends-moi..."
Alors Manfred se détacha de lui. Simon écarta les jambes, son amant se mit à genoux entre ses cuisses, prit ses jambes et les passa au dessus de ses propres épaules. Ils restèrent immobiles un instant et se regardèrent, avec un sourire tendre et plein de désir.
"Fais-moi tiens, mon amour, je t'en prie." implora Simon, les yeux brûlant de désir et d'amour.
"Oui, mon chéri... me voila." murmura Manfred en posant son gland sur le trou excité et il commença à pousser et à le dilater."
"Oh, c'est bon... tu arrives."
"Oui, mon amour... tu es à moi et je suis à toi."
"J'aime te sentir en moi... si fort..."
"J'aime me sentir en toi, si accueillant."
"C'est splendide."
"Magnifique."
"Je t'aime." murmura Simon en le sentant commencer à danser en lui en grands mouvements réguliers, il prenait plaisir à la virilité de son amant qui creusait en lui des sillons et les abreuvait de passion.
"Tu es jaloux quand je fait l'amour avec un autre ?" demanda Simon le souffle un peu court, en caressant les pectoraux saillants de son amant.
"Non, parce que je sais que tu n'es qu'à moi, que tu m'appartiens. Les autres sont juste des visiteurs occasionnels, moi seul suis chez moi, en toi."
"Oui, c'est certain... mais si tu veux, j'essaie d'arrêter."
"Ce n'est pas la peine. Tu peux le faire avec qui tu veux, il suffit que tu me reviennes, que tu restes à moi."
"Je ne te quitterai jamais, plutôt mourir."
"Je t'aime tant, Simon, et comme c'est bon de te prendre."
"Tu sais me faire sentir au paradis, toi." murmura Simon tandis que Manfred continuait à bouger en lui, d'avant en arrière, tendre et vigoureux.
Manfred se mit à frémir et à se raidir, mais il poursuivait sa marche irrésistible vers leur jouissance à tous deux. Il caressait le beau corps du garçon qui se donnait à lui sans réserve, titillait ses tétons durcis, caressait et palpait son sexe frémissant, se penchait pour embrasser ses lèvres avides, sans cesser de pousser en lui. Ses yeux exprimaient l'amour, et même une vraie adoration pour ce garçon qui l'accueillait en lui avec un bonheur si vrai et si profond qu'il le faisait se sentir aimé.
Simon s'abandonnait au plaisir de cette longue chevauchée passionnée et, très ému, il reconnut sur le visage et le corps de son amant l'approche de l'orgasme.
Et il le sentit enfin frémir violemment, essayer de se contrôler, échouer et s'abandonner en lui, tremblant, alors que jaillissait de son membre de forts jets de sperme : "Oh, Simon... ooh, ooh, ooh, ooooh, oh, oooooh." Gémissait Manfred en se poussant à fond et avec force, en le serrant, comme s'il essayait de fusionner avec lui.
Puis il le laissa et, avant que Simon ne puisse s'en rendre compte, il se retira de lui, se baissa et se mit à sucer avec passion son sexe, dressé et frémissant. Simon, déjà au seuil de l'orgasme, l'atteignit en quelques secondes et déchargea à son tour dans la bouche chaude et humide de son amant, qui but à grandes gorgées tout le sperme qu'il lui offrait.
"Ah, mon amour, que c'est bon !" dit Manfred en haletant et il se tourna pour s'étendre sur Simon et l'embrasser profondément.
Simon avait le souffle court. Il haletait, tremblait encore de l'intensité du plaisir qu'il venait d'éprouver.
"Oui... mais tu finiras par me tuer... Oh, mon amour, comment est-ce possible que ce soit chaque fois meilleur ?" dit Simon, la voix rauque de passion, frémissant de tout son corps.
Ils restèrent enlacés, se détendant petit à petit, goûtant la douceur du contact de leurs corps, apaisés pour l'instant, mais encore pleins du désir de l'autre.
"Ne nous habillons pas encore..."
"Allons plutôt nous baigner. Tu as oublié, mon beau Simon ?" dit Manfred en souriant.
Ils allèrent dans l'eau et se frictionnèrent vigoureusement l'un l'autre, tremblants de froid, mais heureux de pouvoir un peu se revigorer. Quand ils sortirent, ils se couchèrent au soleil, déjà couchant mais encore assez chaud. Ils mangèrent sans se rhabiller, chacun voulait encore profiter de la beauté du corps nu de l'autre. De temps en temps, ils se caressaient. Enfin, ils se résolurent à remettre leurs habits et ils reprirent la route.
Ils ne marchèrent pas longtemps : la nuit tombait. Ils trouvèrent une grange inutilisée mais avec encore du foin et ils montèrent s'y étendre. Simon posa la tête sur la poitrine de Manfred qui lui caressait doucement les cheveux.
"A quoi tu penses ?" demanda Simon peu après.
"A toi."
"Ah oui ? Et quoi ?"
"Que tu me plais tellement."
"Ah oui ? Pourquoi ?"
"Parce que tu es un garçon extraordinaire. Et aussi que tu es très beau. Tant dehors que dedans."
"Qu'est-ce que tu aimes le plus en moi ?"
"Trop de choses : ta spontanéité, ton sourire, ta force, ta douceur, ta détermination, ta fraîcheur..."
"Et physiquement ?"
"La première chose qui m'a attiré c'est les traits de ton visage : tes yeux, ta bouche..."
"Et puis ?"
"Ton corps encore adolescent où déjà s'annonce la virilité." Dit Manfred en le caressant doucement.
"Et dans mon corps, qu'est-ce qui te plait le plus ?"
"Ça et... ça..." dit Manfred en posant une main sur sa braguette et une autre sur ses fesses et en riant, un peu gêné.
Simon aussi rit et, ayant posé à son tour une main entre les jambes de Manfred, il dit : "Et moi j'adore ceci et la façon dont il me fait jouir."
"J'avais remarqué."
"Mais j'aime aussi beaucoup ta façon de m'embrasser, tu sais ?"
"Moi aussi, j'aime ta façon d'embrasser."
Ils se turent à nouveau, heureux de cette douce intimité qui, ils le sentaient, contribuait au ciment de leur amour.
"A quoi tu penses ?" demanda, cette fois, Manfred.
"Que j'espère qu'un jour on aura une maison à nous, un lit à nous, où l'on pourra être comme maintenant, sans avoir à compter les minutes qu'il nous reste à passer ensemble. Parce que je suis si bien, avec toi. Et je sens battre ton cœur et je sais qu'il bat pour moi."
"Si on parvient vraiment à passer en Suisse..."
"Quand on sera en Suisse." Le corrigea Simon.
"Quand on sera en Suisse, nous aurons une chambre et un lit rien qu'à nous. Et on pourra rester comme ça aussi souvent qu'on voudra. Et ce sera merveilleux. Mais commençons par profiter des moments que la vie nous donne."
"Tu ne voudras par rentrer chez toi, quand cette guerre sera finie ?" Demanda Simon.
"Ma maison sera là où tu es." Répondit Manfred d'un ton assuré, en le caressant.
Ils se réveillèrent à l'aube et après avoir pris un petit en-cas, ils reprirent la route. Manfred se fiait complètement à Simon, il acceptait ses décisions, non par passivité, mais parce qu'il avait pleine confiance en lui. Bien qu'il ait huit ans de plus que lui, il le traitait en adulte. Simon le sentait et il lui en était gré, mais il sentait quelle responsabilité cela lui donnait.
Ils marchaient depuis une semaine et leurs provisions s'épuisaient. Ils arrivèrent en vue d'un grand bourg. Simon le regardait du sommet d'une colline voisine.
"Manfred, cherchons un endroit où tu pourras rester et m'attendre, et je descendrai en ville, chercher des provisions et des nouvelles. Il ne faut pas qu'on continue à avancer à l'aveugle comme ça. Je te laisse les provisions qui restent. Je ne devrais pas être parti plus d'un ou deux jours, mais je ne prendrai pas de risques. Sois patient et attends-moi, d'accord ?"
"Oui, mon amour. Mais sois prudent."
"Bien sûr. Regarde, une chapelle, là. Allons voir si ça peut être une bonne cachette pour toi."
Elle était en pierre et faisait à peu près quatre mètres sur six, sans porte. Dedans, il y avait un autel, des bancs en bois massif et, sur l'autel, des fleurs et une bougie. Une statue de saint Christophe avec l'Enfant Jésus sur l'épaule. Ils l'explorèrent soigneusement. Derrière l'autel, deux petits passages, sans portes, menaient à une espèce de sacristie avec des armoires en bois, vides, et une ouverture vers le petit clocher, sans cloches. Elle faisait à la fois abandonnée et utilisée : abandonnée à cause de la complète absence de portes et de fenêtres ; utilisée à cause de la bougie et des fleurs fraîches. Ils passèrent dans le clocher. Une échelle menait au beffroi. A mi-hauteur, une petite ouverture donnait sur le grenier. Ils l'explorèrent. Le grenier, bien que bas de plafond et obscur, était divisé en deux pièces, une au dessus de la sacristie, l'autre de la chapelle.
"Tu pourrais rester ici. Regarde, il y a une sorte de niche, ici. Je crois que personne ne monte jamais ici, même si d'évidence il y a des gens qui viennent mettre des fleurs. Qu'en dis-tu ?"
"Ça me va."
"Du clocher tu pourras observer les environs et repérer si quelqu'un vient. Ces persiennes te permettront de voir sans être vu. Et si tu vois quelqu'un arriver, tu auras le temps de descendre te cacher au grenier. Tu ne devrais courir aucun risque, ici."
"Oui, bien sûr."
"Ça me désole de devoir te laisser seul. Mais j'espère être parti peu de temps. Je t'aime, Manfred."
"Va tranquille, mon amour." Dit, avec un sourire détendu, Manfred qui le sentait hésiter.
Ils s'embrassèrent et Simon descendit dans la chapelle. Il regarda la statue du saint et lui adressa une prière muette, puis il prit le chemin de la vallée, vers la ville. Il marcha près de deux heures et arriva en ville juste avant l'heure du déjeuner. Il avait de l'argent, un sac vide et la carte routière. Au pire, il pourrait acheter des provisions.
Il fit le tour de la ville en cherchant à se repérer. Les gens marchaient tranquillement. Et hors les quelques maisons qui montraient des signes d'incendie, tout semblait normal. Aucune trace d'allemands et très peu d'hommes armés. En majorité, c'étaient des femmes, des vieux et des enfants, juste quelques hommes valides. Il rencontra aussi trois policiers à vélo. Sur la mairie flottait un drapeau français avec une croix de Lorraine.
Simon regardait une des maisons qui avait brûlé quand il remarqua un garçon, un peu plus jeune que lui, qui le regardait avec curiosité. Simon le salua d'un petit signe, en souriant. L'autre lui rendit son salut.
"Comment elle a brûlé ?" demanda Simon.
"C'était la Kommandantur des chpountz. Ils l'ont brûlée quand ils ont taillé la route. Tu viens d'où, toi ?"
"Du Nord. Tu es d'ici, toi ?"
"Ouais ! Je suis né là. Tu es seul ?"
"Oui, ma famille a té abattue par les allemands." Mentit Simon.
"Mon grand frère aussi. Tu cherches du travail ?"
"Pas vraiment. Je vais vers le sud pour retrouver des parents. Mais je n'ai plus de provisions. Je voudrais gagner un peu d'argent, ou de nourriture, puis reprendre le chemin."
"Tu vas où ?"
"En Haute-Savoie. C'est là qu'ils habitent, près de la Suisse. Ils ont une ferme." Inventa Simon.
"Un boulot pour gagner quelque chose à manger... C'est pas facile. Les gens d'ici sont méfiants, surtout avec les étrangers."
"Toi tu n'as pas l'air méfiant. Et je suis prêt à faire n'importe quoi, pour deux ou trois jours. Mais après je dois partir. Tu peux me donner des conseils ?"
"Je... ben, tu me parais sympathique. Tu t'appelles comment ?"
"Simon. Et toi ?"
"Jean-Paul. Je connais un type qui pourrait bien vouloir t'aider, mais... c'est un peu spécial, je ne sais pas si tu..."
"Spécial ? Comment ça, spécial ?"
"Ben, tu vois, il est gentil avec les garçons qui... Lui, il dit que c'est pour la peinture. Au fait, il est peintre, il a fait toutes les peintures de l'église saint Louis, tu sais, les fresques sur tous les murs. Il a un studio et... j'ai posé pour lui, et des amis à moi aussi. Et tu pourrais l'intéresser, sauf que, quand tu poses pour lui... lui il commence à te toucher... tu vois ?"
"Il couche avec les garçons, ce peintre ?" demanda Simon amusé par les hésitations du garçon, "Il aime les enculer ?"
"Non, pas ça. Il te touche, puis, si tu te laisses faire il veut te sucer. Mais après il te paie bien."
"Quoi, d'abord il te fait jouir et ensuite il te paie ? pas mal, non ?" dit Simon, joyeux, en regardant le garçon.
Ce dernier sourit et acquiesça, un peu gêné, puis il dit : "Et il sait y faire. Et Charles, mon cousin, dit que si un garçon est bien monté, il aime aussi se faire mettre. Tu es bien monté, toi ?" demanda-t-il en rougissant.
"Si tu veux vérifier..." lui proposa Simon, amusé, et il le regarda l'air malicieux.
Le garçon rougit encore et se défendit : "Mais non ! Pourquoi donc ? Mais tu... tu l'as déjà fait avec un homme ?"
"Oui, sûr. J'avais un ami de ton âge, au pays. Lui et moi on s'amusait, tout nus sur le lit de ses parents quand ils étaient au travail." Inventa Simon.
"Nus ? Complètement nus ?" demanda Jean-Paul les yeux écarquillés, "et vous faisiez quoi ?"
"De tout. Toi tu n'as jamais fait ça avec un autre garçon ?"
"Non, moi pas. Seulement avec Gustave, le peintre... et rien que me faire sucer... rien d'autre..."
"Et tu ne voudrais pas essayer ? C'est marrant, tu sais."
"Je ne sais pas... peut-être..." murmura le garçon, gêné, en baissant le regard. Simon remarqua que sa braguette était maintenant clairement gonflée.
"Si tu avais un endroit tranquille où aller..." lança Simon, excité à son tour.
"Toi et moi ?" demanda le garçon, clairement intéressé mais encore hésitant.
"Oui, bien sûr... si ça te dit... Tu me plais, tu es beau garçon."
L'autre rougit de nouveau puis dit d'un ton incertain : "Un coin tranquille... oui, je sais où."
"Tu m'y emmènes ?"
Il le guida dans une ruelle, prit une traverse puis s'arrêta devant une porte entre ouverte :
"Personne n'habite plus ici, entrons." Et il s'engagea entre les battants.
Simon le suivit. Ils étaient dans une petite cour : d'un côté une étable vide, de l'autre la maison. Le garçon entra dans la maison et monta par une échelle à une pièce dépouillée, avec juste quelques sacs vides dans un coin :
"On venait ici jouer aux cartes, pour de l'argent, tu sais, en secret. On fait quoi, maintenant ?"
"Viens ici." Lui dit Simon en s'asseyant sur les sacs.
Le garçon approcha, hésitant.
Simon lui prit la main, l'attira et le fit s'asseoir près de lui et caressa entre ses jambes son érection : "Tu l'as déjà dure, hein ?" dit-il en souriant, fouillant son pantalon, "Moi aussi, tiens, vois, touche." L'invita-t-il en guidant la main du garçon vers sa propre érection.
Le garçon toucha, d'abord timide, puis plus hardi.
Simon commença à ouvrir les boutons du pantalon du garçon qui, après une courte hésitation, se décida à s'attaquer à la braguette de Simon. Les sexes furent vite exposés et chacun palpait celui de l'autre.
"Ce que tu l'as grosse..." murmura Jean-Paul.
"Ça te plait ?" demanda Simon en faisant bouger son sexe dans la main du garçon.
"Oui..." dit-il, et il rougit.
Simon lui retira d'un geste pantalon et slip, puis il enleva sa propre chemise, puis les derniers habits du garçon qui tremblait en se laissant faire.
"Enlève mon pantalon, allez. C'est plus marrant, tout nu..." L'invita Simon.
Jean-Paul le lui ouvrit et le baissa.
Simon lui caressait tout le corps, en insistant sur les endroits les plus sensibles et il faisait monter son excitation. "Lèche-moi, allez, comme faisait mon ami..."
Le garçon fit un faible "non" mais Simon le fit se pencher entre ses jambes et le garçon, timidement, commença à le lécher.
Simon mouilla un doigt et commença à fouiller entre les petites fesses de l'autre. Quand son doigt s'arrêta sur l'anus et qu'il commença à pousser, le garçon eut comme un sursaut : "Que fais-tu ?" demanda-t-il, un peu inquiet.
"Tu n'aimes pas ça ?" demanda Simon en enfilant deux centimètres de son doigt et en le tournant lentement.
"Si, mais... je n'ai jamais pris... j'ai peur..."
"De quoi ? Tu verras que ce sera bien... Laisse-moi faire..."
"Non... pas là..." dit Jean-Paul, mais Simon enfonça deux autres centimètres de doigt en bougeant avec art. Le garçon gémit faiblement et ferma les yeux. Simon bougeait en lui et continuait à caresser son sexe dressé et vibrant. "Non, je t'en prie..." supplia le garçon mais sans rien faire pour se soustraire aux manœuvres de Simon.
"Mais si... je serai ton première homme... j'ai envie de toi..."
"Non, s'il te plait... oooh !" gémit Jean-Paul quand il sentit les lèvres de Simon sur son sexe. Simon le suça avec adresse, pendant qu'il enfonçait le doigt encore plus profondément en lui et le remuait lentement pour habituer le garçon à cette intrusion.
"Non, je ne veux pas... oooh... attends... oh mon dieu ! Oooh..."
"Ça te plait, hein ?" dit Simon en le forçant à se mettre en position pour être pénétré. Le garçon continuait à dire non, mais il se laissait manipuler, déplacer, plier. "Maintenant, je te prends..." dit Simon en retirant le doigt et en le remplaçant par son sexe, préalablement abondamment couvert de salive.
"Non, s'il te plait... attends... Oooh, mon dieu ! Oooh... noon... oooh nooon... Ahh que fais-tu..." gémissait le garçon pendant que Simon, décidé, commençait à se pousser en lui. "Non... je veeeux pas... oh, mon dieu... oooh qu'elle est grooosse... oooh, tu me fais quoooi ?"
"Dis-le que ça te plait !" dit Simon en se mettant à marteler en lui, s'enfonçant un peu plus à chaque coup, et il commença à masturber le garçon.
"Oooh... oh mon dieu..." geignait le garçon, mais à présent à chaque à-fond de Simon il poussait le bassin en arrière en rythme avec les poussées.
"Dis-le que ça te plait !" insista Simon.
"Oui... c'est bon... oooh, mets-moi... plus fort..."
Le garçon s'était complètement lâché. Il s'agitait sous Simon, d'évidence au plaisir de cette vigoureuse première pénétration.
Il avait l'air transformé : "Que c'est bon... ta bite... mets-moi fort... fais-moi la bien sentir... oooh ! mets-moi... oooh..."
Simon n'avait pas besoin de se faire prier, il se régalait de ce petit cul étroit et chaud, qui après la réluctance initiale participait maintenant avec frénésie à sa propre inauguration.
Et le garçon finit par jouir dans la main de Simon qui, en écho, déchargea en lui dans une série de poussées rapides et vigoureuses. Puis, après une courte pause, ils se détachèrent.
"C'était bien, non ?" lui demanda Simon alors que, assis haletant sur les sacs, il essuyait sa transpiration.
"J'en ai toujours eu envie. Mais je ne savais pas comment faire. J'avais honte devant mes copains, j'avais peur qu'ils se moquent de moi. Et c'est encore mieux que j'avais imaginé... Quel dommage que tu veuilles partir... tu baises comme un dieu !"
"Ecoute, tu me le présentes, ton peintre ? Il me faut vraiment à manger pour reprendre mon voyage, je..."
"Je... je pourrais voler un peu de nourriture au magasin de mon oncle, enfin, de mon oncle et de ma tante... C'est une épicerie. Mais tu dois me promettre qu'avant de partir tu me baiseras encore..."
"Pas de problème, d'accord."
"Donne-moi ton sac. Je le remplirai. Attends-moi ici, d'accord ?"
"D'accord." Dit Simon pendant qu'ils se rhabillaient.
Simon se dit qu'il avait vraiment de la chance. Il se coucha sur les sacs et se reposa en pensant à son Manfred. Puis à Jean-Paul qui disait non mais mourait d'envie de le faire. Il s'assoupit. A son réveil le garçon était rentré et il le secouait. Il avait son sac, plein, et un autre sac, plein aussi.
"Voila, j'en ai pris autant que j'ai pu."
"Ça fait beaucoup. Ils ne vont pas s'en rendre compte ?"
"Non, mon cousin Charles m'a aidé. Mais il m'a surpris et il voulait tout dire à ses parents, alors j'ai dû lui dire pourquoi je volais de la nourriture et alors... il a dit qu'il voulait te rencontrer. Il attend là, dehors."
"Tu lui as dit ce qu'on a fait ?" demanda Simon un peu ahuri, mais se doutant bien de la réponse... et de ce que cela impliquait.
"Ben oui... et il voudrait... Si tu veux bien... toi, lui et moi... à trois... ça te va ? hein ?" dit-il les yeux brillants.
Simon rit : "C'est bon, dis-lui de venir."
Jean-Paul mit deux doigts en bouche et siffla.
Peu après arriva un garçon de dix-huit ans, fin, grand, avec une tignasse frisée châtaigne retombant sur le front, un sourire effronté aux lèvres : "Salut, je suis Charles. Jean-Paul m'a dit que tu baises comme un dieu. Et dire que j'ai toujours voulu me faire mon cousin mais que je n'ai jamais osé le lui demander. Enfin... alors, on se la fait cette partie à trois ? Sauf que, je te préviens, je ne prends pas dans le cul."
"Salut, Charles. Moi ça me va, je ne refuse jamais quand il s'agit de s'amuser."
"Mais j'aime sucer et être sucé." Ajouta Charles en lui donnant une vigoureuse poignée de main.
"Alors tout le monde à poil !" Proposa Simon qui voulait faire vite et retourner vers son Manfred.
Les trois garçons se déshabillèrent en hâte. Charles, debout à côté de Simon, le jaugea des mains avec un plaisir évident, puis il dit à son cousin : "Allez, Jean, Tu nous suces tous les deux, rends-nous bien durs et après on t'encule."
"Oui Charles." Dit le garçon ravi et, se mettant à genoux devant eux, il prit un sexe dans chaque main et commença à les sucer avec plaisir.
Charles sourit et prit Simon par le bras : "Tu aimes embrasser ?"
"Oui..."
Les deux garçons, debout, s'étreignirent et s'embrassèrent, attentifs à laisser entre leurs jambes la place pour Jean-Paul qui les suçait et s'escrimait à faire entrer les deux sexes à la fois dans sa bouche.
"Tu embrasses bien..."
"Toi aussi, Charles... tu aimes les hommes ?"
"Ils me rendent fou, Simon. Et toi ?"
"Je dirais pareil. Tu as un copain ?"
"Non, j'étais avec Marc, le filleul du pharmacien, avant qu'il ne prenne le maquis. Mais désormais, je pourrai me faire mon cousin."
"C'est Marc qui t'a appris ?"
"Non, c'est mon cousin Luc : il voulait tout le temps que je le suce."
"Mon grand frère ?" demanda Jean-Paul stupéfait en arrêtant de sucer.
"Oui, oh, comme il aimait que je le suce. Il a aussi essayé de m'enculer, mais ça m'a pas plu. Mais Gustave, le peintre, lui il l'enculait. Et c'est lui qui me l'a fait connaître."
"Mais, il avait une fiancée, Luc !"
"Et alors ? Il aimait aussi les hommes. Un trou c'est un trou, qu'il disait... Allez, suce encore..."
"Oui Charles..." dit le garçon.
"Et toi, tu prends dans le cul ?" demanda Charles en caressant le derrière de Simon et en lui titillant le trou.
"Oui..."
"Alors tu encules mon cousin et pendant ce temps je t'encule, c'est d'accord ?" dit Charles décidé.
"Oui, si tu veux." Répondit Simon un peu gêné par le ton autoritaire de Charles, mais sans rien avoir contre sa proposition.
"Bon, alors Jean, tu te mets à quatre pattes. Voila, maintenant, Simon, tu l'encules et quand tu seras tout en lui, je te la mets... Allez, pousse. Comme ça, bien...Voila... Allez, à moi de t'enfiler... Oooh, oui... Maintenant, bouge d'avant en arrière, oui... tu mets Jean et je te mets... ooh c'est bon, ça, hein ?"
Simon aimait cette sensation double, être pénétré en même temps qu'il pénétrait, ces deux jeunes corps collés l'un dans son dos l'autre contre sa poitrine. Charles les serrait tous les deux dans ses bras et mordillait l'épaule de Simon qui, étant au milieu, bougeait le bassin d'avant en arrière et fixait le rythme avec une vigueur croissante.
Alors que Charles titillait les tétons de son cousin, Simon le masturbait et le garçon gémissait et se démenait, en proie à un plaisir puissant : "Que c'est bon... que c'est bon..."
Jean-Paul fut le premier à jouir, suivi de peu par Charles et enfin, Simon.
Alors Charles se retira de Simon, l'écarta et prit son cousin par les hanches : "Maintenant je t'encule moi aussi... j'ai encore envie." Dit-il décidé.
Simon regardait Charles. Il se dit qu'il aimait bien son petit cul et il imagina un plan : "Prends-le par devant, c'est plus marrant."
"Par devant, comment ça ?" demanda Charles intrigué.
Simon lui expliqua. Il fit se coucher Jean-Paul sur le dos et fit Charles s'étendre sur lui. Quand il le vit s'enfoncer en lui et commencer à le prendre avec vigueur, il se mit dans le dos de Charles et essaya de le pénétrer.
"Eh... non ! tu fais quoi, là..." protesta Charles en tentant de se soustraire.
Mais Jean-Paul comprit et il serra son cousin contre lui, des bras et des jambes, pour qu'il ne puisse pas se débattre et il dit à Simon : "Vas-y, mets-le !"
"Eh, mais c'est un coup monté ? Non... non... attends... non ! Jean, lâche-moi... Oh, non !" protesta-t-il quand il sentit le sexe de Simon forcer son anus.
Il se débattait avec force, mais il obtient le résultat opposé à ce qu'il espérait : il ne faisait que faciliter l'entrée à Simon, même en contractant le sphincter. Simon poussait de toutes ses forces.
"Aaaah, enculé !" cria Charles alors que Simon, ayant triomphé de sa dernière résistance, sombrait tout en lui.
Jean riait mais continuait à tenir son cousin et Simon commença à le mettre à petits coups rapides, restant presque entièrement en lui pour ne pas se laisser désarçonner. Charles le maudit à voix basse deux ou trois fois, furibond, mais il réalisa que sa résistance était vaine et il finit par se laisser faire.
Simon mit alors de la lenteur et plus d'amplitude dans ses va-et-vient et, en même temps, lui caressait les tétons. Charles, peu après, se remit à bouger d'avant en arrière entre les fesses de son cousin et d'évidence l'excitation était là : ses mouvements accéléraient, si bien que Simon ralentit et que, comme lui avant, Charles s'empalait maintenant tout seul sur le sexe dur et tendu de Simon. Et, peu après, Charles jouit et, ayant poussé de toutes ses forces, il s'immobilisa dans son cousin. Alors Simon recommença à fourrager en lui pour atteindre à son tour l'orgasme : c'était le deuxième petit cul vierge qu'il prenait en quelques heures.
Quand enfin ils se séparèrent, Simon était sur la défensive, appréhendant la réaction de Charles qui venait de perdre sa virginité contre sa volonté.
Charles se tourna vers Simon, le regarda l'air furieux et lui dit d'un ton dur : "Tu es un salaud. C'est comme ça que tu me remercie d'avoir volé pour toi dans le magasin de mes parents ? Ah, merci, vraiment ! Mais quel con j'ai été."
"Allez, Charles... il y a une première fois pour tout, non ?" dit Simon en lui décochant son sourire ravageur.
"Tête de nœud !" répondit Charles furieux, en s'asseyant sur les sacs mais sans faire mine de se rhabiller.
"Ben... je crois qu'il y avait un peu plus que la tête... tout le nœud y était, en fait..." dit Jean-Paul l'air espiègle en désignant le sexe de Simon qui mollissait rapidement.
C'était un autre type de saillie, mais s'en fut trop pour Charles : il n'arriva pas à réprimer son sourire.

CHAPITRE 8
Les Sœurs Franciscaines

En prenant l'air furieux, Charles dit à Simon : "Et là tu dois te sentir un vrai homme, pour m'avoir enculé comme ça, non ? Si ce n'était mon connard de cousin, je voudrais bien voir que tu y sois arrivé... Deux contre un... quelle gloire ! Tout seul, tu n'aurais jamais pu..."
"Allez, Charles, tu as aimé ça ! Tu as joui avant nous !" Dit Jean-Paul sur l'air de la plaisanterie.
"Quel rapport ? Moi... c'est juste t'enculer qui m'a fait jouir. Et sois tranquille, tu me paieras ça !"
"Et comment ? En m'enculant encore ?" Demanda-t-il, en le raillant, "La belle affaire ! je ne demande que ça. Moi au moins je n'ai pas honte de dire que j'aime ça..."
Charles esquissa le geste de le gifler, mais il finit par lui faire une chiquenaude sur la joue : "C'est vrai ? Tu me laisseras te mettre quand je veux ?" Lui demanda-t-il d'un ton bourru.
"Plutôt deux fois qu'une ! Et puis, comme malheureusement Simon va partir, il faudra que je me contente de toi, non ?"
"Te contenter de moi ? Pourquoi, qu'est-ce qui me manque ? Il me semble que ma bite n'a rien à envier à la sienne, non ?"
"Il me semble aussi," Dit Simon conciliant, "et j'ai adoré ta façon de me prendre... même si j'ai aussi aimé te prendre, je dois avouer..."
"J'avais remarqué, sale brute. Mais... toi aussi, tu baises bien... même si j'ai préféré quand tu le prenais lui..."
"On fait la paix ?" Proposa Simon en lui tendant la main.
Charles regarda sa main un instant, sans bouger, puis il tendit la sienne et la serra, fort, très fort. Simon répondit avec la même force et un instant chacun chercha à serrer plus fort que l'autre.
Puis Charles éclata de rire et dit : "Tu ne me laisseras même pas la satisfaction de me croire plus fort que toi ?"
"Certainement pas, on se vaut... autant pour se serrer la main que pour enculer l'autre, pas vrai ?"
"T'es un drôle de type, toi... Tu me violes puis tu dis qu'on se vaut. Je t'ai violé, moi, peut-être ?"
"Mais moi non plus... alors, on fait la paix ?"
"Ben... il y a bien assez eu de guerre ici pour qu'on se la déclare aussi entre français, non ? Alors c'est la paix. Mais toi, je n'en ai pas fini avec toi, vu ?" Ajouta-t-il à l'attention de son cousin.
"Qu'est-ce que je peux faire pour me faire pardonner ?" Demanda Jean-Paul en essayant de garder son sérieux, mais ses yeux brillaient d'espièglerie.
"Deviens l'esclave de ceci !" Répondit Charles en prenant son sexe et en le brandissant à la face de son cousin.
Ce dernier se prosterna et d'une voix de fausset il dit : " seigneur zguègue, je suis ton humble esclave."
Ils rirent tous les trois puis Simon commença à s'habiller. Charles le regarda un moment puis l'imita. Jean-Paul suivit.
"Tu t'en vas maintenant, vraiment ?" Dit Charles quand ils furent habillés.
"Oui, il me reste encore un sacré bout de chemin."
"Bon voyage, alors. Si tu veux, on t'accompagne un peu. Tu ne connais pas la ville, tu pourrais prendre une mauvaise route."
"Merci, mais j'ai une carte. Dis-moi plutôt s'il y a des allemands dans le coin ? Je voudrais éviter les mauvaises rencontres."
"Quelle route tu veux prendre ? Fais voir ta carte." Dit Charles. Ils regardèrent la carte : "Voila, ici et ici, tu pourrais en trouver, peut-être. Et là, tu vois, il y a un couvent de nonnes. Elles ont aidé plein de juifs et de résistants à se cacher, sous les allemands. Je ne suis pas sûr, mais ce coin pourrait être encore dangereux. Avant, ils patrouillaient toujours par là, je ne sais pas ce qu'ils soupçonnaient. Mon père m'en a parlé : il apportait des provisions aux sœurs. Mais il passait par ce chemin, tu vois, en pointillés. Tu grimpes sur la colline, vers la chapelle de Saint Christophe, puis tu suis le torrent, le long du chemin et tu tournes vers là, au gué. Papa disait que c'était assez sûr. Et maintenant les allemands préfèrent les routes goudronnées où ils peuvent fuir plus vite, alors ça devrait être encore plus sûr qu'avant."
Simon nota mentalement toutes les précieuses informations que lui donnait le garçon. Puis il les salua et ils sortirent des ruines calcinées. Ils se séparèrent. Simon, ses deux sacs sur l'épaule, quitta la ville et monta sur la colline, satisfait.
Quand il arriva à la chapelle, ne voyant âme qui vive, il appela Manfred du bas du clocher.
Manfred, qui ne l'avait pas vu arriver, apparut en souriant : "Simon... tu es chargé comme un baudet ! Attends, je t'aide." Dit-il en descendant l'échelle pour venir à sa rencontre. Le garçon posa ses deux sacs et tendit les bras. Manfred le serra contre lui et ils s'embrassèrent.
"Je t'aime, Manfred." Dit Simon. "Passons la nuit ici, on partira demain. Ça te va ?"
"D'accord, même s'il n'y a pas un coin agréable pour dormir. Mais on s'en contentera."
"Dans le clocher, peut-être..."
"Je ne sais pas. C'est peut-être moins inconfortable dans la chapelle, mais si quelqu'un vient, on risque de ne pas le voir à temps... Ou alors la sacristie ?"
"La sacristie, c'est mieux, je crois. Et puis on peut dormir à tour de rôle, pour plus de sécurité."
"Oui, ça vaut sans doute mieux. L'un dort et l'autre veille. Mais quel dommage de d'avoir à vivre dans la peur d'être découverts.
"C'est la guerre, Manfred."
"Tu ne devrais pas m'appeler Andy, toi ?"
"Je n'y arrive pas. Andy, je le connais pas. Manfred, par contre, c'est mon homme."
"J'aime comme tu dis mon homme."
"Je le dis comment ?"
"Avec fierté."
"Bien sûr, je suis fier d'être à toi."
"Et dire qu'on devrait être ennemis, toi et moi."
"Toi et moi ? Mais c'est impossible ! Moi, je suis à toi avant d'être français."
"Oui, je ressens la même chose, même si cette phrase pourrait m'envoyer en cour martiale. Mais il en est bien ainsi."
"Manfred, dors le premier, je monterai la garde."
"Je n'ai pas sommeil. La nuit est belle. Sortons un peu, d'accord ?"
Ils cachèrent les sacs dans un coin et, se tenant par la main, ils sortirent dans les prés devant la chapelle. Ils s'assirent, le dos contre le mur, côte à côte ; Simon posa la tête sur l'épaule de Manfred qui lui passa le bras sur les épaules.
"Je regrette que tu n'aies plus ton cahier de dessins." Dit Simon, songeur, en caressant la main que son amant avait posé sur sa cuisse.
"Il me fallait abandonner tout ce qui pouvait m'identifier comme allemand, non ? Et puis, je ferai d'autres dessins"
"Tu as fait de la peinture à l'huile ?"
"Non, surtout des aquarelles, parfois de la gouache. Mais je préfère l'aquarelle. C'est là où j'arrive le mieux à exprimer ce que je ressens, avec la palette de couleurs que permet l'aquarelle."
"Je n'ai vu que tes dessins et je les ai adorés : qu'ils étaient beaux... J'aimerais voir tes aquarelles."
"Si on a de la chance... ma première aquarelle sera ton portrait. Ça fait longtemps que j'y pense, comme j'aimerais te peindre."
"Comment ?"
"Nu, vautré dans un pré, me regardant en souriant."
"Nu, en te regardant ? Mais tu va me peindre en érection, si je te regarde, étant nu." Dit Simon en souriant.
"C'est bien mon idée !" Répondit Manfred en souriant et il le serra doucement, plein de tendresse.
"Pourquoi tu ne m'embrasses pas ?" Demanda Simon en tournant le visage vers son homme.
Leurs yeux se rencontrèrent. Manfred se pencha et posa ses lèvres sur celles de Simon, elles s'y frottèrent et sa langue, légère, les souligna. Simon sortit la langue et trouva celle de son amant et les deux langues jouèrent, tantôt légères, tantôt passionnées. Puis leurs bouches se scellèrent en un baiser intime et profond.
"Manfred ?"
"Oui, mon amour ?"
"Pourquoi est-ce que, chaque fois que quelqu'un me montre qu'il me désire, je couche avec lui et que toi, par contre, tu ne le fais qu'avec moi ? Pourtant je t'aime tellement, vraiment."
"Parce qu'on est différents. Et que tu es sans doute plus chaud que moi : tu es latin, je suis allemand."
"Mais vraiment, ça ne t'ennuie pas que je sois... comme ça ?"
"Non, vraiment pas. Et c'est parce que je sais que tu m'aimes vraiment. Et parce que je t'aime comme tu es. Parce que tu m'as dit qu'avec les autres ce n'est que de la baise, rien d'autre."
"Tu es trop bon. Sans doute bien plus que je ne le mérite."
"Pourquoi tu dis ça ? Personne n'est trop bon. Et toi... tu mérites bien plus que ce que je ne peux te donner."
"Tu me donnes tout ce qui compte vraiment dans ma vie, ton amour."
"Tu aimes aussi prendre, pas vrai ?" Lui demanda soudain Manfred.
"Pas autant qu'être pris."
"Pourquoi tu ne me prends pas ?"
"Non, tu n'aimes pas ça, ce n'est pas nécessaire."
"Mais si c'est toi, je me ferais prendre volontiers."
"Ce n'est pas la peine, je te dis. Ce n'est pas pour ça que je vais avec d'autres. J'aime trop être à toi. Je me sens plus homme quand je te sens en moi que quand j'en prends un autre."
"Tu es de plus en plus homme, et tu me plais de plus en plus. Tu es vraiment magnifique."
"Je ne t'arrive pas à la cheville : tes larges épaules, tes hanches étroites, tu es le prototype du mâle parfait. Je suis bien plus commun."
"Quelle connerie ! ton corps est magnifique, crois en le peintre, bien plus que l'amant. J'aime ton corps."
"Tu aimes plus mon corps ou mon âme ?"
"C'est grâce à ton corps que je peux atteindre ton âme, la connaître, communiquer avec elle, l'aimer. Le corps est l'expression de l'âme. Il m'est impossible de dire qui j'aime le plus : j'aime Simon, corps et âme. L'amour n'a que faire de cette distinction. Mon corps désire le tien parce que mon âme veut se fondre avec la tienne."
"Maintenant aussi ?" Demanda Simon en lui caressant la braguette et en y sentant palpiter un raideur.
"Bien sûr, maintenant aussi." Répondit tendrement Manfred.
"Alors prends-moi." Murmura Simon en se serrant, tremblant de désir, contre le corps de son amant.
"Oui, mon amour." Dit Manfred et il commença à le déshabiller.
Une fois nu, Simon se mit à califourchon sur les hanches nues de Manfred, il se frotta, glissant sur ses cuisses, les genoux relevés et un peu écartés, jusqu'à sentir pointer entre ses fesses son sexe massif. Alors il posa les mains derrière lui, près des pieds de son amant et il se baissa lentement, en se faisant pénétrer.
"Comme c'est bon, Manfred, de te sentir à nouveau en moi." Soupira Simon quand ses petites fesses fermes rencontrèrent les hanches de son amant.
L'amant se pencha sur sa poitrine pour lui sucer un téton, sans que sa main ne cesse de caresser son ventre plat et son sexe frémissant. Alors Simon, à la force des bras et des jambes, commença à bouger de haut en bas, glissant sur les cuisses de son amant comme sur des rails.
"Tu aimes ça, mon amour ?" Lui demanda Simon sans cesser sa gymnastique intime et passionnée.
"Oui... attends..." murmura Manfred et il se plia vers le giron de son amant, jusqu'à ce que ses lèvres se referment sur le gland épanoui.
"Oh, Manfred... Oooh, que c'est bon..." Gémit Simon dont les tremblements n'interrompirent pas les mouvements passionnés de haut en bas.
Manfred lui asticotait les tétons des deux mains. Simon tremblait, son plaisir déjà fort montait encore. L'action combinée du sexe en lui, des lèvres et de la langue sur son sexe et des doigts de Manfred sur ses tétons lui procurait une telle symphonie de sensations puissantes qu'on aurait cru que Manfred le faisait vibrer comme un instrument de musique.
"Dieu que c'est bon... oooh... je suis tout à toi..." Cria Simon à pleine voix.
Simon accéléra le rythme, lui aussi dans un plaisir intense et une profonde émotion. Jusqu'à ce que chacun, presque à l'unisson, incapable de contenir plus longtemps son propre plaisir, décharge dans l'autre dans un long frisson passionné.
Alors Simon se laissa aller sur le giron de son amant, lui passa les bras autour du cou, l'attira contre lui et l'embrassa.
"Je t'adore, Manfred." Soupira-t-il.
"Oui, moi aussi, je t'adore, mon beau mâle. J'aime la passion avec laquelle tu te donnes à moi, avec laquelle tu prends ton plaisir de moi, et tu m'en donnes."
"Je voudrais ne jamais me détacher de toi."
"Même si nos corps doivent se détacher, je suis toujours en toi et toi en moi, désormais. On est bien un tout, toi et moi."
"Oui, c'est vrai. Moi aussi je le sens."
Ils se caressèrent tendrement, en continuant à échanger des mots pleins de douceur. Ils se séparèrent, se rhabillèrent et Manfred s'étendit de nouveau, mais avec la tête appuyée sur le giron de Simon.
"Dors comme ça, mon amour. Je veillerai sur toi." Lui dit Simon en lui caressant le visage et la barbe naissante.
Manfred glissa doucement dans le sommeil. Simon le regardait et sentait son amour pour lui comme une chose tangible, concrète et il se sentait heureux. L'air de la nuit était doux, aussi doux que le corps de son amant qui s'abandonnait près de lui. Il admirait son visage, détendu par le sommeil, faiblement éclairé par le clair de lune, couronné de ses cheveux soyeux, blond foncé, les lèvres douces que, s'il n'avait eu peur de le réveiller, il aurait embrassées avec le plus grand plaisir.
Simon resta immobile, même quand il sentit le besoin de changer de position, pour ne pas déranger le sommeil de l'homme qu'il aimait. Le temps passait lentement, mais agréablement : Simon s'imaginait ce que serait leur vie, ensemble, quand ils seraient en Suisse. Il n'avait aucune idée de ce qu'ils pourraient faire, de quel métier trouver, mais cela ne le préoccupait pas. Après toutes les épreuves qu'ils avaient traversées, le seul fait d'être encore vivants et ensemble, c'était l'important. Pourquoi des cent hommes bien armés partis de la caserne eux deux seuls s'en étaient sortis vivants ? N'était-ce pas un signe du destin ? Un signe que le destin aimait qui savait aimer ?
Manfred se réveilla aux premières lueurs de l'aube : "Le jour se lève... pourquoi ne m'as-tu pas réveillé pour prendre la garde ?"
"J'ai dormi en ville, je n'avais pas sommeil." Dit Simon en se levant et en étirant ses jambes engourdies par une longue immobilité. Manfred s'étirait aussi. "Tu as bien dormi ?"
"Oui. Tu ne veux pas dormir, toi ?"
"Non, je crois qu'il vaut mieux s'avancer. Je vais chercher les sacs, on regarde la carte et on y va."
Ils prirent la route recommandée par Charles. Ils suivirent le chemin et à peu près après trois heures, ils croisèrent deux fermières et un fermier qui venaient dans l'autre sens, des outils sur les épaules. L'homme dévisagea longuement Manfred, mais quand ils se croisèrent il répondit au salut de Simon.
"Excusez-moi, nous allons bien vers le couvent des franciscaines ?" Leur demanda Simon avec un sourire.
"Oui... Vous n'êtes pas d'ici, hein ?" Répondit l'homme en continuant à observer Manfred.
"Non, je suis du Nord, et lui par contre est suisse, il rentre chez lui, je l'accompagne." Répondit Simon en cherchant à garder un ton normal, qui ne trahisse pas sa profonde tension.
"Ah. Moi je l'aurais pris pour un allemand." Dit l'homme sans détacher ses yeux de Manfred.
"En fait je viens d'un canton germanophone." Dit Manfred avec un sourire.
"Et que diable fiches-tu en France maintenant ?" Demanda l'homme encore méfiant.
"Mon frère a rejoint la résistance. Il les aidait en traduisant les messages radio des troupes allemandes." Dit Manfred désinvolte. "Moi, je rentre à la maison, on a appris que notre mère est très malade."
"Ah... mon beau-frère est en Suisse. A Losone, tu connais ?" Dit-il en scrutant la réaction de Manfred.
"Il vient d'un autre coin." Intervint Simon inquiet.
Mais Manfred l'interrompit : "Losone ? Mon cousin travaille à Ascona, c'est à deux pas. Comment s'appelle ton beau-frère ? On ne sait jamais..."
"C'est un suisse italien, il s'appelle Luraghi."
"Lorenzo ?" Demanda Manfred.
"Non, Alberto."
"Ah, non, alors je ne le connais pas. Je connais un Lorenzo Luraghi d'Ascona... Je ne sais pas... mon cousin c'est Wilhelm Erni."
"Non, je ne suis jamais allé là-bas." Dit l'homme, plus tranquille, puis il ajouta : "Mais c'est dangereux pour vous de vous balader par ici par les temps qui courent. Vous avez vraiment l'air allemand."
"C'est pour ça que le chef des résistants m'a demandé de l'accompagner." Dit rapidement Simon.
Ils échangèrent encore quelques mots et se saluèrent et reprirent leur route.
Quand ils furent loin, Simon dit : "J'ai eu une de ces peurs... comment se fait-il que tu connaisses ces régions ? Je n'avais jamais entendu parler de ces villes avant... Et cette idée de ton cousin, là-bas ?"
"Avant, en regardant la carte, j'avais repéré Ascona et Losone, mais du coin de l'œil, et j'avais lu Ascott et Lausanne. Un coup de bol ! Mais maintenant je sais qu'à Losone habite un Alberto Luraghi, qui a épousé une française. Je crois que je vais étudier la carte de la Suisse pour mieux savoir le nom des villes principales et des villages d'un ou deux coins. Je crois que ça pourrait être utile."
"Et l'idée de ton frère qui aidait la résistance ?"
"Et bien, cet Erni qui est mort, il aidait vraiment les résistants et c'était un suisse allemand. A quoi donc pouvait-il être utile, à part porter un fusil ?"
"J'ai eu une de ces peurs... mais je crois qu'ils ont tout gobé."
"Je me sens un peu comme si j'avais passé un oral, même si ce n'était qu'un paysan. Je ne sais pas si face à des gens plus aguerris je m'en sortirais aussi bien." Dit Manfred avec un sourire mal assuré.
Ils s'arrêtèrent pour manger à côté d'un ruisseau et Manfred se mit à étudier la carte : le nom des cantons, des villes et des rivières, le nom des plus petits villages autour de Zürich et de Locarno, vers Ascona.
Puis ils reprirent le chemin. Simon, qui avait toujours eu une mémoire exceptionnelle, le faisait répéter en marchant.
Le soir, ils cherchèrent un bon coin pour passer la nuit. Dans la vallée il y avait des fermes éparses, dont les lumières et les cheminées montraient d'évidence celles qui étaient habitées. Ça ne valait certes pas le risque de demander l'hospitalité. Il faisait beau et ils pouvaient encore dormir à la belle étoile, il fallait juste trouver le bon endroit, d'où ils verraient sans être vus si quelqu'un arrivait. Ce qu'ils craignaient le plus c'était les résistants du coin. Selon les dires de Charles, ils avaient peu de chance de tomber sur des allemands. Mais ils ne pouvaient pas en être surs. Et de ce côté, Manfred courait aussi le risque d'être reconnu comme allemand et comme déserteur, puisqu'il avait abandonné toute marque de son appartenance à l'armée allemande.
Ils trouvèrent un coin qui répondait à leur souhait et s'y installèrent pour manger. Puis Manfred voulut que Simon dorme. Simon lui fit promettre de le réveiller pour prendre son tour, puis se coucha, la tête entre les jambes de son homme, et s'endormit.
Manfred, le réveilla au milieu de la nuit, avec un baiser.
"Quel beau réveil." Murmura Simon en souriant.
"Tu as assez dormi ?" Demanda Manfred inquiet.
"Oui, j'ai assez la pêche pour faire l'amour avec toi."
"Vraiment ?" Dit Manfred avec un sourire réjouis et, passant la main sous la ceinture de Simon, il alla vérifier dans son caleçon en palpant doucement : "Mmmh, ça m'a l'air vrai..."
"Mais toi, te reste-t-il assez de forces pour me prendre ?" Demanda Simon feignant l'inquiétude en badinant.
"Au pire, je compte sur toi pour me la donner, cette force."
"Comment... comme ça ?" Dit Simon en lui ouvrant la braguette et en plongeant son visage dedans jusqu'à arriver à prendre entre ses lèvres le sexe qui se réveillait.
"Ben oui... comme ça c'est une bonne idée..." Articula difficilement Manfred, qui commença à son tour à déshabiller Simon.
Ils firent l'amour avec leur désir et leur passion habituelle. Puis, heureux, ils s'installèrent de manière à ce que Manfred puisse dormir.
Au matin ils reprirent le chemin. Dans la matinée, le ciel se couvrit de nuages sombres et, vers midi, il commença à pleuvoir à verses. Sans abri, et complètement trempés, ils décidèrent de continuer vers le couvent qui ne devait plus être loin. Ils ne l'aperçurent qu'au dernier moment, après avoir contourné la colline, à quelques dizaines de mètres à peine. Ils approchèrent en glissant sur l'herbe détrempée et atteignirent la porte. Ils sonnèrent. Peu après, une vielle sœur, maigre et petite, vint leur ouvrir. Quand elle vit les deux jeunes ruisselant de pluie, elle les fit vite entrer.
"Oh, mes pauvres, vous êtes trempés. Que faites-vous par ici par ce temps ?"
"Nous demandons, si c'est possible, l'hospitalité pour une nuit. Nous allons en Suisse et..." Dit Simon.
La sœur regarda Manfred, puis Simon, puis elle dit : "Attendez ici, je vais appeler la mère supérieure." Et elle disparut vite par une petite porte qui se referma dans son dos.
Peu après elle revint avec une sœur d'âge moyen, grande et maigre.
"Bienvenus. Oh, pauvres garçons, même si vous avez des habits dans vos sacs, ils doivent être aussi mouillés que ceux que vous avez sur le dos. Et nous n'avons pas de vêtements masculins à vous donner. Venez à la cuisine, je vous ferai asseoir près des fourneaux."
Elle les guida à travers quelques couloirs, ils passèrent devant un cloître, puis elle les fit entrer dans une grande cuisine où trois sœurs s'affairaient aux fourneaux.
"Sœur Marie-Claire, apportez deux sièges pour nos hôtes. Et vous, jeunes gens, vous devriez au moins enlever vos chemises. Ou, si cela ne vous gêne pas trop... venez par ici, pour le moment je vais vous donner deux tabliers, vous pourrez enlever vos pantalons et le reste, ça sèchera plus vite." Dit-elle, décidée.
Elle les amena dans une petite pièce et leur donna deux grands tabliers comme en portaient les sœurs à la cuisine et elle les laissa seuls. Simon et Manfred se mirent nus et enfilèrent les tabliers, chacun fermant celui de l'autre dans son dos :
"Mon Dieu, comme tu es drôle, Manfred !" S'exclama Simon, hilare.
"Certainement pas autant que toi... si tu te voyais !" Lui rétorqua Manfred.
Ils retournèrent à la cuisine, leurs habits mouillés à la main.
La Mère les regarda et sourit : "On ne peut pas dire que vous êtes élégants, mais... donnez-moi ça, on va les mettre à sécher. Alors vous chercher à aller en Suisse, c'est ça ?" Dit-elle en versant deux verres de vin qu'elle leurs offrit.
"Oui, ma mère, il est suisse et je l'accompagne..."
"Suisse... ah... Oui, il pourrait même passer pour un suisse allemand... Mais vous n'avez pas à vous cacher de nous. On a aidé tant de juifs que je ne vois pas pourquoi maintenant on ne pourrait pas aider un soldat allemand : quiconque est persécuté et en danger trouvera toujours asile et aide ici. Le Seigneur ne nous fait pas voir des juifs et des allemands, mais en chaque homme notre prochain. Bien sûr, toi, jeune homme, c'est comme s'il y avait allemand écrit sur ton front, ce ne sera pas facile. La route est encore longue et la situation est très changeante, ces temps-ci. Personne ne sait qui est son ami et qui ne l'est pas..."
"Ma mère... c'est vrai, je suis bien un soldat allemand. Enfin, je l'étais..."
"Et tu as décidé que tu en avais assez de cette guerre."
"Oui, ma mère. Tous mes compagnons sont morts, moi seul sors vivant de cette guerre absurde."
"Toutes les guerres sont absurdes, mon garçon. Parce qu'elle ne résultent que de la soif du pouvoir, parce qu'elles poussent le frère à tuer son frère. Et toi, garçon ? Qu'est-ce que tu fuis, toi ? Tu es français... tu te serais compromis avec les allemands ?"
"Je... à un moment, j'étais avec les résistants. Mais je... simplement, j'ai rencontré Manfred et j'ai décidé d'aller avec lui en Suisse. Je ne crois pas que... je veux dire que pour moi, Manfred est avant tout un homme, et je l'aime bien. Quand j'avais faim il m'a donné à manger, quand je n'avais pas de travail, il m'a trouvé un travail et un toit. Et maintenant il est plus qu'un frère, pour moi. Je suis orphelin et Manfred est devenu toute ma famille."
"Je comprends, mes enfants, et très bien. Ça se voit que vous vous aimez... Vos regards le disent." Dit la sœur.
Simon rougit en pensant qu'il en avait trop dit, ou peut-être en avait-il trop avoué par son ton un peu trop passionné.
La sœur sourit et ajouta : "Il ne m'appartient pas de juger votre relation. Le Seigneur sait... Il lit dans vos cœurs. Et s'il vous a protégé jusque là... je ferai tout mon possible pour vous aider."
Ils passèrent la nuit au couvent. La sœur leur assigna une chambre à l'hôtellerie. Il y avait de nombreuses chambres et ils furent surpris que la sœur ne les aie pas séparés, alors qu'elle était au courant de leur relation. Ils dormirent dans les bras l'un de l'autre, mais ils ne firent pas l'amour, ils éprouvaient une retenue spontanée par respect pour le lieu qui les accueillait.
Le lendemain leurs habits étaient secs et ils purent le remettre. La Mère leur fit préparer un petit déjeuner copieux.
Puis elle leur dit : "Ecoutez, si vous continuez à pieds, vous en avez encore pour plusieurs jours, surtout en devant éviter les routes les plus fréquentées. J'ai une idée... Vous êtes jeunes et si vous vous rasez soigneusement, si cela ne vous gêne pas... Je pense descendre en ville demander au chanoine qu'il nous prête sa voiture. Vous pourriez revêtir notre habit, vous pourriez passer pour deux sœurs. Vous vous assiérez derrière, avec moi et sœur Marie-Catherine et nous vous emmènerons près de la frontière. Dans la journée vous pouvez être en Suisse. Le problème sera de passer la frontière : pour ça, on ne peut pas vous aider. Qu'en dites-vous ?"
"Vous courrez un risque à transporter un déserteur allemand : tant les résistants que les allemands pourraient s'en prendre à vous, si on était découverts."
"Nous avons couru mille fois le même risque, quand nous aidions les juifs. Jusque là le Seigneur nous a protégées. Et puis, les uns comme les autres sont un peu moins méfiants face à des pauvres religieuses. Il s'agit juste de vous trouver des robes qui vous aillent. Toi, garçon, tu dois avoir la taille de sœur Marie-Justine et toi, jeune homme, de sœur Marie-Hélène... Attendez ici."
"Cette femme a l'air décidée et sure d'elle." Dit Manfred d'un ton admiratif.
"On a vraiment de la chance. Espérons que tout ira bien."
La mère revint avec un panier contenant, bien pliées, des robes de religieuses.
"Soyez patients, mes garçons, mais vous devrez vous laisser habiller par sœur Marie-Noëlle et moi : je ne crois pas que vous sauriez arranger correctement notre habit. Mais d'abord, allez vous raser de prêt et sans vous couper. Puis enlevez tous vos habits, sauf le caleçon et le maillot. Et puis il vaudrait mieux que vous essayiez de bouger un peu plus de la façon... de sœurs. Courage, voila de l'eau chaude et du savon. Vous avez un rasoir ?"
"Oui ma mère..." Dit Manfred.
Ils se rasèrent soigneusement, se rincèrent et se séchèrent. Puis ils enlevèrent leurs habits et les deux sœurs commencèrent à leur mettre les habits religieux. Quand ce fut fini, ils se regardèrent l'un l'autre : la transformation tenait du prodige, ils avaient vraiment l'air de sœurs. Et le voile sur leur front et leurs tempes adoucissait les traits de Manfred et donnait moins l'impression d'un visage allemand.
"Bien, cela m'a l'air parfait. Il faut vous choisir un nom de sœur, au cas où on devrait vous nommer devant des étrangers. Je descends à bicyclette chercher l'auto avec sœur Marie-Blanche."

Suite

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