Au petit matin, le bourdonnement du réveil sort Guillaume de son sommeil. Le garçon est toujours contre lui, profondément endormi. Guillaume se penche sur lui et, délicatement, il pose ses lèvres sur les siennes.
Pendant quelques instants, rien ne se passe, puis Martial a un léger sursaut et il ouvre des yeux encore pleins de sommeil dans la lumière du matin, et d’un coup, il attrape la tête de Guillaume et l’attire contre la sienne, puis il se retourne et se couche au-dessus lui sans cesser de l’embrasser.
Mais Guillaume le repousse doucement.
─ Pas maintenant…
─ Pourquoi ? murmure de garçon.
─ Si tu veux plonger, il faut y aller. Il faut encore prendre le petit déj, aller chercher le piquenique, les bouteilles, mettre tout dans le bateau…
─ Mais mon petit câlin ?
─ La vie n’est faite que de choix douloureux… Allez, debout ! Le soleil n’attendra pas.

Munis du petit caisson isotherme que leur a remis la cuisine, ils montent dans le canot pneumatique. Guillaume démarre le moteur, et après avoir largué les aussières, qui les retiennent au petit appontement de bois, ils s'éloignent légèrement de la côte, puis le bateau oblique et commence à suivre la côte.
Assez vite, les constructions se font plus rares, puis elles disparaissent, laissant la place à de longues plages de sable blanc presque désertes. Après un petit cap marqué d'un gros rocher isolé, la côte s'incurve et les plages disparaissent, remplacées par une épaisse mangrove. Martial, juste vêtu de son slip de bain est assis à l'avant du canot et regarde défiler la côte. Le vent de la vitesse fait voler ses cheveux, et par instants, le clapot projette des embruns. De temps en temps il se retourne pour regarder Guillaume avec un grand sourire heureux.
Ce dernier lui renvoie ses sourires, regardant avec plaisir la silhouette fine et élancée, la peau à présent halée par le soleil et que les embruns font briller dans la vive lumière.
Au détour d'une deuxième pointe, également marquée par un entassement de gros rochers gris, le canot infléchit sa course vers une petite baie abritée bordée d'une plage de sable blanc entièrement déserte.
─ On s'arrête là. Tu vas voir, il n'y a pas beaucoup de fond, mais comme il n'y vient pas trop de monde, il y a de jolis petits poissons, dit Guillaume. Et puis, comme il n'y a jamais plus de sept mètres de fond, il n'y a pas besoin de palier de décompression pour remonter.
─ Ah bon…, Mais on n'ira pas sur la plage ?
─ Si, après, si tu veux, pour manger les sandwichs.
Guillaume coupe le moteur et laisse encore quelques instants le canot courir sur son erre puis il donne l'ordre à Martial de jeter le grappin.
Dès que le canot s'est arrêté, balançant doucement sur l'eau transparente au gré de la houle légère, ils enfilent tous deux l'équipement de plongée et se laissent basculer par-dessus bord, dans l'eau tiède. Tout autour, de gros blocs épars, à quelques mètres sous la surface offrent de nombreux abris naturels à de petits poissons multicolores qui s'activent dans les bancs d'algues rases disséminés sur le fond.
Lentement les deux plongeurs se promènent entre les blocs, se montrant les poissons aux couleurs les plus vives, s'amusant à faire se refermer de grosses anémones de mer en les effleurant du bout du doigt. Au hasard des scènes multiples, les deux corps se frôlent souvent, et assez vite, Guillaume a l'impression que le hasard n'est pas seul responsable de ces contacts troublants. Avec régularité, Martial revient se coller contre lui et Guillaume, une fois encore, est surpris par la fermeté des muscles fuselés qui courent sous la peau lisse.
Après quelques minutes de ces effleurements discrets, il ressent avec un peu de gêne dans son bas-ventre ces picotements annonciateurs qu'il connaît bien. Un peu embarrassé, il s'écarte légèrement du garçon, et, sans avoir l'air de le fuir, il fait le tour d'un gros rocher en espérant avoir le temps de laisser cette fièvre diffuse se calmer.
De l'autre côté, il tombe en arrêt devant une vision étonnante. Une petite troupe de crabes est affairée sur les restes déjà passablement méconnaissables d'un petit poisson. Dans un ballet curieux, ils arrachent à petits morceaux la chair et la portent à leur bouche. Le spectacle est étrange, à la fois lent quand les pinces tirent précautionneusement les lambeaux sur l'infortuné poisson et rapide quand la nourriture arrive devant la bouche où les mandibules la font tourner à grande vitesse et qu'elle paraît fondre à mesure qu'elle est avalée. L'assemblée se meut lentement, dans un encombrement de pattes et de pinces, chacun des protagonistes affamés essayant de trouver la meilleure place au banquet.
Un léger courant tire sur le côté Guillaume qui est resté fasciné par le tableau et il s'est accroché d'une main au sommet du bloc au pied duquel s'active la colonie. Etonné par son immobilité, Martial s'approche à son tour pour regarder ce qui intrigue tant son compagnon. Et lui aussi reste là pour observer, mais le courant le repousse et il s'accroche au bras de Guillaume pour ne pas être emporté à l'écart. Immédiatement, la légère pression du courant le plaque contre son aîné, et pour ne pas glisser, il lui prend instinctivement une cuisse entre les siennes.
Sans s'occuper le moins du monde de l'attention dont ils sont l'objet, les crabes continuent à s'activer sur la carcasse et Martial montre à Guillaume un des protagonistes, un peu plus gros que les autres et qui a entrepris de couper avec sa pince les vertèbres qui tiennent la tête au reste du corps, juste derrière ce qui reste des branchies. Emportée par la pince qui paraît le tenir par la nuque, la tête aux orbites vides semble dire non à un destin inéluctable.
Les mouvements légers de la houle font tanguer les deux corps qui oscillent l'un contre l'autre et assez vite, la même excitation reprend Guillaume qui sent soudain une bosse dure pousser contre sa cuisse. Tournant la tête, il se trouve face au regard hilare du garçon qui le dévisage avec fièvre du fond de son masque. Ce dernier, abandonnant le spectacle se laisse glisser devant Guillaume et se plaque contre son ventre et lui aussi sent alors l'érection de son aîné pousser contre sa hanche. Avec un sourire ravi, il passe une main leste entre les deux corps et vient attraper le membre qui palpite au contact.
Surpris par ce mouvement, Guillaume lâche sa prise et le couple part lentement à la dérive, enlacé. Le jeune homme tente de se libérer mais Martial a passé la main sous la ceinture élastique du maillot de bain pour empoigner la verge tendue. Le contraste entre l'eau tiède et la main qu'il trouve brûlante fait passer un puissant frisson qui ne passe pas inaperçu et le garçon se met à faire aller et venir sa main le long du membre gorgé de sang.
Emporté par l'excitation, Guillaume entre soudain dans le jeu, et repoussant le garçon, il le retourne rapidement et entreprend de lui retirer son short de bain. Il s'en suit une courte lutte mais la puissance bien supérieure de Guillaume lui permet de gagner sans difficulté et le short de Martial se trouve bien vite descendu sur les chevilles, arrêté par les palmes. Dans cette situation, il a bien du mal à nager et il fait à son vainqueur un signe d'abandon. Dès que Guillaume le lâche, il se penche et l'une après l'autre, il défait ses palmes pour pouvoir retirer le short qu'il noue à la ceinture de son équipement.
Puis il nage lentement vers Guillaume qui le regarde arriver avec saisissement. Dans l'eau claire, la silhouette élancée, ornée en son milieu d'une érection conquérante qui jaillit de l'épais buisson de poils pubiens à quelque chose de barbare, comme l'équivalent aquatique d'un faune, sorti de la mythologie inconnue d'une île perdue des mers tropicales. Avec une rare sensualité, le garçon nage autour de lui, tantôt les jambes serrées, ondulant comme une sirène androgyne, tantôt les jambes largement écartées, faisant ressortir les formes provocantes du sexe tendu et des bourses qui flottent curieusement de gauche à droite au gré des mouvements du garçon.
Ce lent ballet dure de longs instants. Par moments, le garçon s'arrête et prend des poses de danseuse de peep-show, passant ses mains le long de ses flancs avant de s'étirer lentement, puis il tourne sur lui-même, profitant de l'apesanteur que lui offre l'immersion pour multiplier les positions, tête en bas, sur le dos, dans une redite encore plus imaginative du spectacle qu'il avait imaginé dans la chambre de Guillaume. Mais bientôt, ce dernier n'y tient plus et il s'approche du garçon qu'il attrape par les hanches, et crachant son embout, il avale goulûment le membre tendu.
La sensation est étrange. Il retrouve bien la douceur de la peau, mais le sexe baigné dans l'eau plus fraîche lui paraît bizarrement froid et le goût si particulier a disparu, remplacé par le sel de l'eau de mer. Pour le garçon, par contre, la bouche vorace paraît un vrai brasier et un spasme brutal crispe ses abdominaux. Il lui attrape la tête entre ses deux mains et commence à onduler comme pour mieux le pénétrer.
Mais très vite, le jeune homme manque d'air et il doit recracher son butin pour pouvoir remettre son embout et respirer. Un peu dépité, Martial le regarde avec un air frustré, mais dès qu'il a repris son souffle, Guillaume le rattrape, lui coince une jambe entre ses cuisses et reprenant le membre qui n'a pas molli, il recommence à le masturber doucement d'une main pendant que l'autre le caresse doucement. Le contraste entre les mains chaudes sur sa peau et l'eau plus fraîche qui l'environne fait passer de puissants frissons dans le corps du garçon.
Ils ont perdu le sens de la verticale et le couple dérive lentement entre deux eaux en tournant sur lui-même au rythme des coups de palmes réflexes des deux plongeurs. Le garçon s'est laissé partir en arrière, le corps arqué, s'offrant à la caresse dans une pose particulièrement impudique et excitante. Guillaume continue sa lente masturbation, passant doucement son pouce sur le gland découvert quand il arrive à mi-course, et de l'autre main, il est passé entre les jambes et il caresse le périnée du bout des doigts, attrapant par instant les testicules qu'il fait rouler au creux de sa paume. Puis il revient en arrière, passant le pouce à plat sur la rosette qui palpite en réponse alors que la verge est agitée de soubresauts.
Et puis soudain, le rythme de la respiration s'accélère, visible aux flots de bulles qui montent vers la surface avec ce petit bruit métallique si caractéristique et Martial se tend brutalement et la verge palpite dans la main de Guillaume qui regarde avec curiosité les petits nuages de sperme à peine visibles, opalescents dans la lumière irisée qui tombe de la surface, se former au bout du gland et partir doucement à la dérive.
Quand il sent que l'orgasme se termine, Guillaume lâche très doucement Martial qui reste là, presque immobile dans l'eau tiède, reprenant sa respiration.
Guillaume le regarde avec tendresse, surveillant le rythme de la respiration qui se calme. Il est en train de se dire qu'à ce train, sa réserve d'air ne durera plus très longtemps quand son regard est attiré par un mouvement discret. Attirée par des indices ténus, une ribambelle de petits poissons multicolores remonte le courant de cet afflux inattendu de protéines, avalant goulûment les filaments de sperme qui flottent entre deux eaux et, sous le regard amusé de Guillaume, ils finissent agglutinés autour du gland de Martial d'où sourdent encore les derniers restes de son plaisir.
Alerté par les frôlements discrets, ce dernier ouvre les yeux pour découvrir son bas-ventre environné de ce grouillement inattendu. Une panique instinctive le gagne instantanément et il se débat comme un fou, faisant fuir les poissons affolés alors qu'il perd son embout en remontant vers la surface comme s'il se noyait.
Haletant, à la limite de la panique, il émerge en crachant à la surface, rapidement rejoint par Guillaume qui émerge à ses côtés, riant aux éclats pendant que le garçon cherche à reprendre sa respiration.
─ Tu as eu peur pour tes abattis ?
─ Mais merde, c'était quoi ? s’exclame Martial encore tout essoufflé.
─ Des poissons ! Qu'est-ce que tu veux que ça soit ?
─ Mais ils faisaient quoi ?
─ Ils en voulaient encore, cette bonne blague ! Tout d'un coup, tu leur amènes le top des boissons tonifiantes, alors ils sont juste venus voir à la source s'il n'en resterait pas encore un peu. Un peu comme toi quand tu vas chercher ton Coca au bar…
─ Mais putain, t'as pas vu ? Ils me bouffaient le bout ! réplique le garçon un peu énervé.
─ La grosse bébête qui a peur des petites ? demande Guillaume en riant toujours. Allez, viens, on n'a qu'à remonter dans le bateau pour aller sur la plage.
En quelques brasses, ils reviennent jusqu'au bateau dans lequel ils se hissent avec leur matériel.
─ Putain, j'ai paumé mon slip, s'affole soudainement Martial en posant son équipement au fond du bateau.
─ C'est pas grave, il fait assez chaud, tu ne risques pas de prendre froid !
─ Mais arrête ! Comment je vais rentrer ?
─ Ben avec moi ! Dans le bateau, pourquoi ?
─ Mais non, pas à poil !
─ Ne t’énerve pas comme ça ! Tiens, regarde, il est là, derrière ton dos, sur la ceinture de lest, dit Guillaume en riant. Allez, on va sur la plage, ça sera plus confortable pour manger.
Rapidement, laissant le garçon remettre son slip de bain et ranger son équipement de plongée, Guillaume remonte le grappin, démarre le moteur et à petite vitesse, vient s'échouer sur la plage.
Devant eux s'étend une étroite bande déserte de fin sable blanc qui s'arrête devant une ligne de cocotiers. Au-delà, commence une forêt touffue. Quand le bruit du ressac baisse, on distingue les cris d'une faune invisible cachée dans les hautes branches de luxuriante végétation.
─ Trop fort ! s'exclame Martial. Il n'y a personne ?
─ Pas aujourd'hui… Mais ce n'est pas le coin le plus fréquenté. Il faut un bateau pour y venir et les fonds ne sont pas les plus jolis. Mais il n'y a que là qu'on risque de se faire croquer la zigounette par d'énormes requins… ajoute-t-il avec un sourire sinueux.
─ Mais ! T'es pas gentil…
─ Allez, c'est juste pour rire. Tiens, prends l'autre côté de la glacière, qu'on la porte à l'ombre. Et n'oublie pas ta serviette !
La plage traversée en quelques pas, ils étalent les serviettes à l’ombre d’un cocotier, et après avoir ouvert la glacière, ils dévorent à pleine dents le repas froid que leur a préparé la cuisine de l'hôtel. Un vent léger atténue l'impression de chaleur et l'ombre des palmes les protège du soleil éclatant.
─ Comment t'as fait, pour venir travailler ici ? demande soudain Martial en terminant d'un coup de langue gourmand sa barquette de salade de riz.
─ J'ai posé ma candidature, pourquoi ?
─ Mais non ! Il faut quoi, comme diplôme ?
─ Ben, je ne sais pas en fait, ça dépend… J'ai eu de la chance, je crois. J'étais là quand il le fallait et j'ai demandé au bon moment.
─ Mais tu crois qu'il y aurait de la place pour moi, plus tard ?
─ J'espère bien que non ! rigole Guillaume. Mais il reprend en voyant Martial s'assombrir. Ce n'est pas ce que je voulais dire ! C'est juste que j'espère bien que ce chantier sera fini depuis longtemps quand tu auras fini tes études.
─ Mais si je restais, tu voudrais de moi ? demande-t-il avec un ton plein d'espoir.
─ Ce n'est pas moi qui distribue le boulot, tu sais. Moi, j'engage des entrepreneurs locaux et je ne suis pas sûr que tu aimerais la paye qu'ils pourraient te proposer… Et puis tu crois que tes parents seraient d'accord ?
─ Ouais, t'as peut-être raison. Vivement que je travaille, comme ça ils pourront plus me dire ce que je dois faire !
Martial attrape une bouteille d’eau, et en avale de longues gorgées, la tête en arrière et les yeux fermés. Cette position, cambrée, tendue vers le haut creuse encore un peu le ventre plat, et la pomme d’Adam qui monte et descend sous la peau dorée lui donne une silhouette puissamment érotique qui fait frissonner Guillaume. Le jeune homme reste figé, et le dévisage avec intensité, et quand le garçon repose la bouteille et rouvre les yeux, il note immédiatement l’effet qu’il fait à son aîné.
Lentement, il se laisse descendre en arrière sur les coudes en regardant le jeune homme d’un air provocant, et l’effort qu’il doit produire met en valeurs les abdominaux tendus sous la peau bronzée.
─ Je crois que je vais faire une petite sieste… On est tranquilles ici, on doit pouvoir faire du bronzage intégral sans que des gens viennent mater… déclare-t-il en commençant à retirer son maillot de bain.
─ C’est pas vrai ! Tu peux pas rester habillé plus de dix minutes ?
─ Ben non… Tu n’aimes pas le bronzage intégral ? Ou alors tu as peur que quelqu’un débarque pour mater ? demande le garçon en terminant de se dévêtir. Ou peut-être que tu veux que je vienne te l’enlever ?
─ Je veux bien que tu me passes de la crème solaire dans le dos, plutôt ! répond Guillaume en riant puis il se retourne sur le ventre et pose la tête sur ses avant-bras croisés.
─ Oh oui, ça c’est une bonne idée…
En un clin d’œil, le garçon se redresse et se rapproche de Guillaume après avoir attrapé dans le sac le petit flacon d’huile solaire. Après s’en être versé une large quantité dans la paume de la main, il commence à la lui étaler sur les épaules, en un mouvement lent et progressif, descendant lentement vers le creux des reins. Puis il passe aux jambes, s’attardant sur les cuisses puissantes qu’il masse longuement, laissant partir les pouces vers l’intérieur, passant avec délectation les doigts dans les boucles de poils qui tapissent l’endroit. Puis il remonte et le tire par l’épaule pour qu’il se retourne.
─ Tiens, tourne-toi ! Ça serait bête, quand même, un coup de soleil sur le ventre…
─ Mais je n’avais pas l’intention de me mettre face au soleil, je suis bien, comme ça… répond-il d’une voix faussement endormie.
─ Mais il faudra bien qu’on rentre, et alors tu devras affronter le soleil ! Ne fais pas l’enfant ! reprend Martial en retrouvant le ton de la soirée du striptease.
─ Tu vas encore m’attacher ?
─ S’il le faut… répond Martial en tirant plus fort pour le retourner.
Obéissant, Guillaume se laisse faire et se retourne sur le dos, sans même ouvrir les yeux. Son maillot de bain est bien évidemment tendu par les conséquences des soins que vient de lui donner le garçon. Ce dernier se contente d’y jeter un coup d’œil ravi. Mais il se garde bien d’y toucher et Immédiatement, il reprend le flacon d’huile solaire et en verse une nouvelle provision au creux de sa main et se remet à masser doucement les épaules.
Régulièrement, les mains élargissent le parcours, d’abord sur les bras, puis sur la poitrine, en commençant par les côtés, puis le centre, et enfin les tétons. Le doux massage fait par instants frissonner le jeune homme qui reste immobile, totalement passif sous la caresse comme pour poursuivre ce jeu de domination si excitant. Le garçon passe avec toujours le même plaisir dans les poils, entre les pectoraux, puis revient sur les tétons qu’il caresse du plat de la main, avant de les serrer délicatement entre deux doigts, faisant pousser à Guillaume un puissant soupir.
Heureux de la réaction, il recommence à plusieurs reprises avant de poursuivre le massage sur le ventre, passant sur les abdominaux qui se crispent instinctivement sous le contact. Avec toujours la même délectation, Martial passe les doigts dans les bouclettes de poils qui couvrent le ventre sous le nombril, puis il passe d’un coup sur les jambes, expédiant rapidement les tibias puis les cuisses dont une bonne moitié est couverte par le short de bain encore un peu humide. D’une main légère, il effleure la bosse qui marque imperturbablement le devant du short, faisant sursauter le jeune homme.
─ Je pense qu’il vaudrait mieux que je te l’enlève… Tu risques de faire encore des taches ! dit-il d’un ton sentencieux, comme s’il grondait un enfant. Tiens, soulève-toi, ajoute-t-il en tirant doucement de chaque côté du maillot, regardant apparaître avec jubilation l’épaisse toison pubienne.
─ N’oublie pas l’huile solaire… murmure Guillaume en soulevant le bassin pour lui faciliter le travail.
─ Tu as déjà pris des coups de soleil à cet endroit ? demande Martial goguenard.
Le jeune homme ne répond que par un grognement, les yeux obstinément fermés pendant que le garçon termine de lui enlever son maillot, contemplant avec satisfaction la verge tendue qui bat doucement au-dessus du nombril. Le gland découvert est déjà luisant, couronné d’une goutte qui brille dans le soleil. Reprenant l’huile solaire, il recommence son massage sur le haut des cuisses et les hanches, où la peau blanche montre que Guillaume n’est pas un familier du bronzage intégral.
La caresse des mains si proches du sexe le fait palpiter et chaque contraction des abdominaux fait couler une goutte à l’extrémité de la verge.
Longtemps, Martial tourne autour du sexe sans y toucher, reproduisant la douce torture de la nuit du striptease, et Guillaume attend qu’il se décide à aller plus loin, sans rien demander, le laissant maître de ces interminables préliminaires qui le conduisent dans un état d’excitation extrême. Par instants, le bout des doigts descend dans le creux de l’aine, effleurant la base de la verge et les testicules, puis se perd dans les poils, faisant naître de longs frissons qui remontent dans sa colonne vertébrale. Il se retient de pousser des gémissements, retenu par cette sensation étrange d’être ainsi exposé à la vue de tous, même s’il sait qu’ils sont seuls sur ce petit bout de plage isolé.
Les arabesques compliquées que trace la main juvénile sur son corps rappellent soudain à Guillaume un roman qu’il avait lu, où une machine diabolique gravait sur le corps du condamné la sentence, et où le supplicié pouvait lire le texte de la condamnation en suivant ses propres sensations. Là, le supplice est si agréable, mais le plaisir ne forme pas de mots…
Enfin, à l’issue d’arabesques compliquées, deux doigts attrapent enfin l’extrémité de la verge tendue, et la relèvent à la verticale, tirant doucement la peau vers le bas. Guillaume pousse un nouveau soupir alors qu’une étrange sensation au niveau de la main qu’il a laissée posée sur le sable le pousse à ouvrir enfin les yeux.
Martial est venu se mettre à genoux de part et d’autre de l’avant-bras nonchalamment étendu sur le sable, légèrement écarté du corps, et il a posé ses testicules dans la main ouverte tout en masturbant tout doucement la verge du jeune homme entre deux doigts. La sensation de la peau douce, duveteuse au creux de sa main est surprenante, à la fois chaude et étonnamment pesante au-dessous de la verge dressée qui bat doucement contre le ventre.
Le garçon le scrute d’un regard un peu fiévreux sans cesser sa lente manipulation, attendant que Guillaume prenne à son tour sa place dans le jeu qu’il a commencé. Le jeune homme referme doucement les doigts sur le sac de peau, faisant rouler les deux glandes entre ses doigts. Martial ferme les yeux et pousse un léger soupir alors que Guillaume pousse le bout des doigts autour du butin qu’il n’a pas lâché, massant doucement le périnée. Du plat du pouce, il remonte le long de la base de la verge, jusqu’aux boucles sombres de la toison pubienne avant de redescendre en tirant délicatement sur la peau ridée du scrotum. La traction légère fait saillir le gland du garçon qui pousse un profond soupir. Il accélère un peu son massage et, presque simultanément, une goutte claire apparaît au sommet de chacune des deux verges.
Après quelques minutes de ces lentes agaceries, Martial se penche soudain et gobe le membre de Guillaume qui se cambre avec un léger gémissement. Rapidement, la verge est luisante de salive, brillante sous le soleil intense et le jeune homme, parcouru de puissants tremblements, doit poser une main sur la nuque du garçon pour freiner la frénésie et éviter une conclusion trop rapide.
Aussi vite qu’il avait commencé, Martial laisse son butin et se dresse, il allonge la main vers ses affaires qu’il fouille et en quelques secondes, il sort un préservatif et un flacon de gel. Guillaume, pris de court, le regarde avec des yeux ronds.
─ Tu penses vraiment à tout ! laisse-t-il passer d’un ton interloqué.
─ Chut… Te déconcentre pas ! murmure Martial en s’activant.
Le membre est bientôt couvert de sa fine membrane nacrée, qu’il couvre d’une légère couche de gel, puis il tend le tube à Guillaume.
─ Tiens !
─ Mais tu m’en as déjà mis !
─ Sur moi, maintenant ! Faut vraiment que je t’apprenne tout…
─ Ah… Oui, attends ! répond Guillaume d’un ton de plus en plus déconcerté.
─ Oui, mais pas trop longtemps, répond le garçon en se redressant et il s’assied sur ses talons, les cuisses largement écartées.
─ J’essaye de faire vite… répond Guillaume avec un léger sourire.
Il ouvre le tube et fait couler une bonne quantité de gel sur le bout des ses doigts. Puis il passe la main entre les cuisses et les applique au jugé entre les deux fesses rebondies, sur le fond du sillon. Le contact un peu froid sur les muqueuses délicates fait frissonner le garçon qui se cambre, faisant saillir son sexe tendu face à Guillaume dans une position particulièrement impudique. Ce dernier continue son exploration du bout des doigts, étalant le gel sur la rosette qui palpite au contact, et dans les boucles de poils qui tapissent le fond du sillon. Puis il pousse un doigt dans l’orifice pour bien lubrifier le passage alors que Martial pousse un petit gémissement et que sa verge bat brutalement contre ses abdominaux crispés, laissant sourdre une nouvelle goutte qui coule le long de la hampe en laissant derrière elle un fil brillant.
Puis le garçon rouvre les yeux et lui attrape le poignet qu’il repousse et sans un mot, sans que leurs regards ne se quittent, il se déplace sur le côté en marchant sur les genoux, enjambe la silhouette puissante et se positionne au-dessus du bassin. Il attrape le membre tendu, le positionne face à la cible et se laisse descendre, sans hésitation, d’un mouvement lent, régulier, continu, jusqu’à être assis sur le bassin de Guillaume.
Pendant tout le mouvement, il est resté la bouche ouverte, le regard fixé dans celui de son vis-à-vis, dans une communication silencieuse où l’évidence du plaisir de l’autre s’ajoute au sien. Il reste immobile quelques instants, silencieux, puis il repousse Guillaume à plat sur le dos et se met à monter et descendre le long de la colonne de chair, et à chaque fois qu’il se laisse redescendre à fond, il pousse un bref gémissement aigu, alors que Guillaume l’a pris par ses hanches étroites et suit le mouvement en laissant passer des grognements étouffés.
La verge du garçon oscille entre les deux ventres, battant alternativement l’un puis l’autre, et les gouttes de sérum clair coulent sur les poils qui tapissent le ventre de Guillaume, collant les boucles sombres, sans que les deux partenaires paraissent s’en soucier, le regard soudé, seulement attentif à la montée progressive de leur plaisir mutuel.
Et puis, brutalement, le garçon passe au rythme d’un galop effréné, empalé sur le pieu massif, la bouche grand ouverte, et soudain, avec un petit cri aigu, il se vide sur Guillaume, en longues giclées qui fusent jusque sur la poitrine et même sur le menton du jeune homme qui est à son tour foudroyé par un orgasme sauvage. Il pousse violemment son bassin contre les petites fesses dures du garçon, le faisant sauter en l’air avant de le retenir à deux mains pour le plaquer de nouveau contre son bassin.
Quand la frénésie qui les a saisis se calme enfin, Martial se redresse doucement pour que le membre de Guillaume sorte de lui puis il se laisse tomber en avant, essoufflé, contre la poitrine du jeune homme hors d’haleine, qui cherche aussi à reprendre son souffle.
Ils restent ainsi quelques instants, avant que Martial ne relève la tête pour le regarder. Quand il voit la traînée de sperme qui est venu jusque sur le menton, il se baisse pour le recueillir du bout de la langue, puis il pose ses lèvres sur celles de Guillaume, et pousse sa langue en avant, forçant le passage entre les dents, jusqu’à ce que les deux langues se touchent et se joignent dans un ballet endiablé qui les laisse haletants, enlacés, les yeux dans les yeux.
─ Tu vas me manquer… laisse passer Guillaume à mi-voix.
─ Mais je suis pas encore parti… répond Martial, et un voile de tristesse traverse son regard.
─ C’est vrai ! Alors profitons-en, s’exclame Guillaume, un peu embarrassé de l’avoir si brutalement rappelé à la réalité. Tu m’as encore couvert de sperme ! Après ce que tu as laissé aux poissons, je ne pensais pas qu’il pouvait en rester autant. Peut-être que si je serre, il en coulera encore… dit-il en lui attrapant les testicules et en serrant doucement, faisant sursauter le garçon.
─ Mais c’est pas des éponges ! s’écrie-t-il en se dégageant. Et puis, toi, quand t’étais jeune, t’avais pas autant de jus ?
─ Quand j’étais jeune ? Mais je suis pas vieux, espèce de petit crapaud. Et puis à ton âge, j’étais infiniment plus innocent que toi, je ne faisais pas l’amour dehors sur la plage avec des vieux… laisse-t-il passer avec un sourire sinueux. Alors je sais pas si j’avais autant de jus, comme tu dis.
─ Ben au moins, on peut regarder pour ce coup-là…
─ Regarder ? Comment ?
─ Ben là ! rigole le garçon.
D’un bond, il se redresse et attrape le préservatif sur le membre qui dégonfle doucement. En un tour de main, il l’enlève et le brandit dans le soleil, regardant le liquide opalescent se rassembler au fond du réservoir.
─ C’est pas si mal, pour un vieux ! lâche-t-il en éclatant de rire.
─ Mais tu n’es vraiment pas sortable ! Jette-ça dans la poubelle…
─ Trophée de guerre ! Je le garde pour ma collection.
─ Tu vas voir ta collection… réplique Guillaume en se redressant.
D’un bon, il se dresse et attrape le garçon avant qu’il n’ait le temps de se reculer et le soulève du sol dans ses bras puissants. Puis il part en direction de la mer en immobilisant Martial qui rit comme un perdu et se débat comme un diable pour essayer de se dégager, brandissant toujours le préservatif à bout de bras comme un trophée.
Quand il arrive au bord de l’eau, Guillaume est brutalement saisi par le souvenir d’Adam, de ce matin à Kalimu où, nus tous les deux, il l’avait aussi porté du lit jusque sur la terrasse avant de le jeter dans l’eau. Il secoue la tête, comme pour rejeter ce souvenir doux amer, et fait quelques pas dans l’eau. Quand la mer arrive au niveau de son nombril, il se laisse tomber en avant, entraînant le garçon dans sa chute. Dans une gerbe d’écume, ce dernier se débat pour lui échapper en riant aux éclats et s’éloigne de quelques pas en tenant toujours son trophée.
─ Tu as triché ! rigole-t-il en regardant le petit morceau de latex qui, après la chute, est à présent rempli d’eau.
─ Mais jette ca ! Tu vas quand même pas le ramener à l’hôtel ?
─ C’est une idée ! répond-t-il en riant de plus belle. Comme ça, je pourrai faire des classements, organiser un concours…
─ Ah bon ? Tu as trouvé quelqu’un d’autre qui te supporte, pour le concours ?
─ Je pense que j’aurais pas de mal… Mais tu es le plus beau, continue naïvement le garçon en revenant vers lui. Tiens, on va donner à manger aux poissons.
Attrapant le préservatif par l’extrémité, il le vide dans la mer, attendant un attroupement comme avant leur déjeuner mais ils sont trop près du bord et à son grand désappointement, rien ne se passe. Un peu déçu, il se laisse couler en arrière, puis il fait quelques brasses, en direction de Guillaume.
─ Le tien doit être moins bon, alors les poissons n’en veulent pas !
─ Non, c’est qu’avec le tien, maintenant, ils ont tous mal au ventre, alors ils ne tiennent pas à recommencer ! Ça doit être ton régime alimentaire…
─ Qu’est-ce qu’il a, mon régime alimentaire ? Tu me trouves pas à ton goût ? C’est pourtant pas l’impression que tu donnes…
─ Je ne sais pas… Je ne suis pas un poisson !
─ Pourtant, tu n’as pas hésité à me manger tout cru !
En quelques brasses plus appuyées, il se rapproche de son aîné qui nage paresseusement et, le prenant dans ses bras, il se serre contre lui. Déséquilibré pas la surcharge, Guillaume s’enfonce avec son fardeau qui, des bras et des jambes, s’agrippe à lui et presque immédiatement, il sent une bosse dure pousser contre son ventre alors que la bouche vorace est venu se plaquer sur la sienne. D’un coup de talon, il se redresse dans l’eau peu profonde, et les deux têtes refont surface, toujours soudées par un baiser passionné.
─ Tu n’en as jamais assez ? demande Guillaume quand ils doivent se séparer pour reprendre leur souffle.
─ Je sais pas… Tu es mon premier ! Il y a une limite normale ? Tant qu’on aime, on ne compte pas. Avec les autres, tu le faisais moins souvent ?
─ Les autres ? demande rêveusement Guillaume en songeant que son expérience des « autres » est finalement bien mince.
─ Ben oui, avant moi, il y en a bien eu d’autres ? A ton âge…
─ Oui… laisse passer Guillaume en le laissant glisser.
Mais le garçon refuse de le lâcher et resserre sa prise, le regardant dans les yeux d’un air attentif, attendant clairement une réponse à cette question. Pensif, Guillaume le regarde, troublé par le sexe du garçon qu’il sent toujours contre lui, dur, et que la légère houle fait rouler contre son ventre.
─ Avant, j’étais marié, alors les autres, comme tu dis…
─ Marié ? répète Martial d’un air effaré.
─ Oui, mais je n’ai pas très envie d’en parler. Ce n’est pas le meilleur souvenir…
Le ton de la réponse dissuade Martial d’en demander plus, et comme à regret, il se détache du jeune homme et se laisse glisser, profitant de l’agréable sensation de liberté que lui procure la nudité dans l’eau tiède. Il fait quelques brasses avant de se retourner vers Guillaume.
─ On avait pas dit qu’on faisait une sieste ? demande-t-il en riant.
─ Je te rappelle que ce n’est pas moi qui ai interrompu cette sieste avant même qu’elle ne commence sous le fallacieux prétexte de la crème solaire.
─ Tu n’as pas aimé ?
─ Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Mais il est toujours temps de retourner la faire, cette sieste. Pour le moment, rien ne presse… répond Guillaume en nageant vers la plage.
Ils reviennent s’étendre sur les serviettes à l’ombre d’un cocotier et le silence règne pendant quelques minutes avant que Martial de relève la tête, contemplant rêveusement Guillaume.
─ C’est mieux avec les filles ou avec les garçons, finit-il par demander d’une voix timide.
─ Ça doit dépendre des goûts, répond Guillaume à voix basse.
─ Mais pour toi ? Toi, tu préfères quoi ? Elle baisait pas bien, ta femme ?
─ Tu as de ces questions…
─ Tu l’as virée parce qu’elle baisait pas bien ?
─ Ce n’est pas aussi simple que ça… Je ne l’ai pas virée, comme tu dis, et la vie, ce n’est pas juste faire l’amour. Et puis toi, tu n’as pas une petite idée si tu préfères les garçons ou les filles ?
─ Ben, les garçons ! Les filles, elles me laissent froid… Mais t’es le premier, alors peut-être qu’il faudrait que j’essaye. Mais pourquoi tu réponds pas à mes questions ?
─ A quelles questions ?
─ Ben, si elle baisait bien, tout ça !
─ On n’avait pas le caractère qu’il fallait pour s’entendre… Parfois, on croit à des choses, mais ce n’est pas la vérité. Ce n’est pas un très bon souvenir, pour moi.
─ Mais alors, pourquoi tu t’es marié, alors ? Tu l’aimais pas ?
─ Je croyais que je l’aimais… Et puis ça ne s'est pas passé comme je l’aurais espéré, voilà tout.
─ Et moi, tu m’aimes ?
La question brutale, directe, laisse Guillaume interloqué. Il tourne lentement la tête vers Martial qui le regarde d’un air confiant, attentif. Il cherche une réponse appropriée, tentant de démêler en lui les sentiments un peu confus qui le lient au jeune garçon.
La fraîcheur, la sensualité de ce corps mince, tonique, l’attirent physiquement de manière évidente, et le mélange étrange de candeur et d’absence d’inhibitions du garçon fait un cocktail grisant, troublant qui le pousse vers lui. C’est évident qu’en quelques jours, le petit diable a su prendre dans son esprit une place de plus en plus importante.
Mais la raison lui fait clairement comprendre que cette liaison ne pourra certainement pas durer plus longtemps que les vacances que le garçon passe sur l’île. Et Guillaume se demande comment ne pas être brutal, comment ne pas casser ce rêve, comme on fait éclater une bulle de savon en essayant de la toucher. Comment faire pour continuer à profiter à deux de cette parenthèse si agréable sans pour autant faire naître un espoir démesuré dont l’effondrement pourrait blesser le garçon.
─ Je t’aime bien, ça c’est sûr ! Mais t’aimer tout court ? C’est une question à laquelle il faut des années pour répondre. Pour le savoir, il faut passer par les épreuves de la vie, avec l’autre, ensemble…
─ Mais si je reviens ?
─ Dépêche-toi, alors, parce que l’année prochaine, je ne serai plus là ! Quand le chantier sera fini, je m’en irai.
─ Tu iras où ? Dans une autre île ?
Guillaume éclate de rire. La perspective d’un tour du monde des îles pour touristes lui paraît une idée à la fois loufoque et si plaisante. Mais il sait très bien que ça ne peut pas se passer comme ça.
─ Je ne sais pas. Une autre île, ça m’étonnerait. Quand le chantier commencera à approcher de la fin, je verrai bien ce qu’on me proposera. Ça peut être partout dans le monde. Aussi bien dans un endroit où il fait froid et il pleut…
─ C’est pas grave, si on est ensemble… chuchote Martial à mi-voix en lui prenant la main.
Guillaume se sent touché, plus qu’il ne le voudrait par cette forme inattendue de déclaration, et se perd dans le regard franc et direct du garçon. Que répondre à cette demande implicite, alors qu’il sait bien que ça n’est pas possible, et que, passé la fascination de la découverte, de cette liberté un peu factice, la chape des réalités viendra mettre bon ordre à cette parenthèse impossible ?
Il se contente de lui sourire et repose la tête sur la serviette, profitant de la caresse tiède de l’alizé sur sa peau nue. Martial s’est rapproché, et la proximité silencieuse du garçon le détend. Il s’endort assez vite, bercé par le ressac.
A ses côtés, Martial aussi s’enfonce dans une rêverie légère, laissant son esprit vagabonder sur les possibilités incertaines qu’il peut trouver pour prolonger cet amour inattendu avec ce partenaire improbable. Au fond de lui-même, il sait bien que toutes les vacances ont une fin et qu’il devra rentrer chez lui, avec sa mère, retourner au lycée pour continuer ses études, en terminer avec cet épisode sans suite possible.
Un léger mouvement à ses côtés le ramène sur cette plage déserte, dans ce décor pour publicité d’agence de voyage. Guillaume s’est tourné dans son sommeil et dort sur le dos, offrant aux rayons du soleil son corps abandonné. Le garçon vient se coller à son aîné et pose sa tête sur le torse musclé. La respiration profonde le berce et il le rejoint bientôt dans un sommeil heureux, comme si rien de pouvait interrompre le cours de ce moment idyllique.
Quand Guillaume se réveille, Martial endormi se serre contre lui, la tête sur la poitrine, un bras autour des hanches et une de ses cuisses est prisonnière des siennes. En penchant la tête, il peut voir le visage détendu du garçon qui dort avec un sourire heureux qui laisse entrevoir ses dents blanches.
Un léger pincement au cœur le saisit à l’idée que bientôt, le départ du garçon le laissera seul, comme après qu’Adam soit rentré sur sa base. Mais il se dit qu’il vaut mieux qu’il profite du temps présent et pose sa main sur le jeune corps élancé dans une caresse lente, comme pour tenter de figer l’instant, arrêter le temps.
Mais le mouvement discret a dérangé le sommeil léger de l’adolescent et la caresse réveillé sa libido intacte et presque immédiatement, il sent contre sa cuisse le sexe du garçon se réveiller à son tour. Mais cette fois, Martial ne s’embarrasse pas de préliminaires subtils et il prend immédiatement en main le membre de son aîné tout en lui mordillant doucement un téton. La sollicitation produit immédiatement son effet et le membre de Guillaume se dresse dans la main caressante. Puis, abandonnant la poitrine, le garçon se laisse glisser vers le bas et avale d’un coup la verge tendue.
Sous la caresse, Guillaume se cambre, surpris qu’après ce marathon de sexe, il puisse encore ressentir des sensations d’une telle intensité. A son tour, il attrape les hanches du garçon, et moitié le tirant, moitié se glissant de côté, il se laisse descendre vers l’entrejambe où le membre se dresse fièrement au-dessus de l’épais buisson de boucles sombres. Imitant Martial, il l’avale d’un coup, le gland à la peau si douce à l’entrée de sa gorge et le nez dans les poils pubiens. A son tour Martial pousse un grognement sourd, étouffé par le bâillon qu’il suce avec avidité.
A la différence des fois précédentes, le garçon ne semble pas vouloir faire durer, et tout en aspirant le gland avec force, il masturbe la base de la verge d’une main et caresse les testicules de l’autre, poussant le bout des doigts le long du périnée jusque sur la rosette qui se crispe légèrement sous le contact. Sous la brutalité de la sollicitation, Guillaume s’est mis à trembler légèrement et tente de suivre le rythme endiablé en copiant de son côté les mouvements du garçon. Sur sa langue, il sent le goût fade et un peu salé, plus intense quand les abdominaux se tendent après un contact plus appuyé.
Mais à un tel train, ils ne peuvent tenir bien longtemps et soudain, Guillaume sent le pénis vibrer dans sa bouche et la première salve frappe avec force son palais, suivies de plusieurs autres et lui aussi se vide à son tour dans la bouche avide de Martial qui finit en tétant le gland qu’il lèche comme un cornet de glace. Ce n’est que quand il est sûr qu’il ne pourra rien en tirer de plus qu’il le relâche. Puis il se retourne et s’allonge le long de Guillaume, les yeux brillants, un sourire émerveillé sur le visage.
─ Combien de fois par jour tu crois qu’on peut le faire ? demande-t-il à voix basse, comme sur le ton de la confidence.
─ Je ne sais pas… Tu cherches à faire un record pour le Guinness ?
─ Mais non ! Quoi que ça serait peut-être drôle. Mais il faudrait un inspecteur… Tu serais d’accord pour que quelqu’un nous regarde ?
─ T’as de ces idées ! Tu as envie que quelqu’un nous regarde, toi ?
─ Je sais pas… Un autre beau mec ? Mais non, pas quand je suis avec toi. Avec toi, il faut que ça reste un secret, rien que toi et moi. Tu crois qu’on peut le refaire encore ?
─ Tout de suite ? Je ne pense pas… Tu m’épuises ! répond Guillaume en riant. Et puis, il va falloir songer à rentrer. Le bateau n’est pas équipé pour la navigation de nuit et puis ils risqueraient d’envoyer une équipe de secours !
─ Pas tout de suite, mais ce soir… Tu vas me manquer, quand je serai parti, ajoute-t-il rêveusement. Mais comment on fera pour se retrouver, après ? Tu viens en Bretagne, des fois ?
Guillaume le regarde, attendri, mais un peu perplexe sur la réponse à lui faire. Il n’a pas envie de briser ainsi les rêves de l’adolescent, mais il sait bien qu’il y a peu de chances que leur relation puisse survivre à son départ. Et puis il n’est pas dupe face à lui-même de ce qui les rapproche. Pour lui, l’exubérance de la sexualité tout juste éclose du garçon est si excitante, plus même qu’avec Adam, mais sur le plan intellectuel, ils n’ont que peu de points communs. Mais il voit bien à quel point Martial s’est attaché à lui, comme à un grand frère à qui ont peut demander de l’aide pour passer un cap, à qui on peut poser les questions que font surgir les découvertes du passage à l’âge adulte.
─ En Bretagne ? Quelquefois, pour les vacances, mais c’est grand, la Bretagne. Et puis j’ai ma dose de plage, ici. J’irais plutôt faire du ski, si j’avais des vacances, répond-il en se levant. Allez, viens, il va être l’heure de rentrer. Récupère tes affaires et n’oublie pas ton maillot de bain, ça serait bête d’arriver à l’hôtel à poil…
─ Comme ça, je pourrais agrandir mon fan club !
─ Et surtout avoir des ennuis avec la direction… La frontière est ténue entre le naturisme et l’exhibitionnisme !
Sans se presser, ils rangent les reliefs de leur repas, replient les serviettes et portent le tout dans le canot pneumatique. Ils sont tous deux restés nus, et cette impression de liberté, de transgression rappelle à Guillaume le trop court séjour à Kalimu et des images d’Adam traversent ses pensées, et il ne peut s’empêcher de comparer les deux garçons, si différents, mais qui, chacun à leur façon, auront réussi à le rendre heureux, l’espace d’une semaine folle, en bousculant ses interdits.
─ On n’est pas trop pressés, quand même ? J’ai encore le temps de prendre un bain ? lui demande Martial.
L’interruption fait presque sursauter Guillaume qui revient sur la plage et pose son regard sur le garçon qui le regarde d’un air presque suppliant.
─ Bien sûr ! Mais tu pourras encore te baigner à l’hôtel. Il te reste encore du temps avant de devoir repartir.
─ Mais oui, mais plus à poil ! C’est tellement trop fort, à poil… Et là-bas, tu l’as dit toi-même, c’est pas autorisé. T’aimes pas ça, toi ?
─ Si bien sûr. J’avais déjà pratiqué quelquefois, avant aujourd’hui. Mais pas si souvent, finalement…
─ Moi, si j’habitais ici, je viendrais tout le temps ! crie le garçon en courant jusqu’à l’eau dans laquelle il se jette.
Il commence à nager vers le large, en se retournant de temps à autre pour regarder si Guillaume le suit. Mais ce dernier tire le canot dans l’eau et, après un dernier coup d’œil circulaire pour vérifier qu’ils n’oublient rien sur la plage, il embarque et démarre le moteur, partant à faible vitesse rejoindre le garçon qui nage vigoureusement. A chaque mouvement, les petites fesses nerveuses sortent à la surface, plus blanches que la peau du dos à présent hâlé par le soleil des tropiques. Quand le canot le double, le moteur au ralenti, il hèle Guillaume.
─ Tu ne veux plus te baigner ? Elle est tellement bonne et puis à poil, c’est vraiment trop bon !
─ Non, merci. J’ai ma dose de baignade pour aujourd’hui. Tu n’as pas l’occasion de te baigner, en France ? Pourtant, en Bretagne, la mer n’est jamais bien loin !
─ A poil en Bretagne ? T’es pas bien ! C’est un coup à se faire geler la zigounette… Mais après, tu pourrais venir me la dégeler, si ça arrivait ?
─ Bien sûr ! Tu appelles, et je viens par le premier avion sur lequel je trouve de la place. Mais vu le temps que ça va prendre, je pense qu’elle sera tombée…
─ T’es pas gentil ! hurle Martial.
D’un grand geste du bras, il envoie une grande gerbe d’éclaboussure en direction du bateau. D’un léger mouvement sur la commande du moteur, Guillaume pousse le bateau de côté, hors de portée du garçon qui vocifère en riant, puis il vire et revient à portée.
─ Aller, viens remettre au chaud ta petite zigounette, comme tu dis.
─ Petite ? Elle a une taille normale, j’ai mesuré ! s’insurge le garçon en s’agrippant au boudin pour se hisser à bord.
─ Tu l’as mesurée ? demande Guillaume en le regardant avec des yeux ronds.
─ Ben oui, c’était… Mais non, tu vas encore te moquer de moi, répond le garçon en se laissant tomber à l’intérieur de l’embarcation.
─ Encore me moquer de toi ? Quand est-ce que je me suis moqué ?
─ Mais… Bon et puis, si tu veux tout savoir, c’était avec les godes…
Le garçon a baissé la tête, reprenant le même air contrit que lors de sa première confession. Assis sur le boudin du canot pneumatique, il a curieusement resserré les cuisses, dans un réflexe de pudeur si différent de son comportement habituel. A petite vitesse, Guillaume a mis le cap sur la sortie de la petite baie, en direction de l’hôtel, et attend sans rien dire qu’il se remette à parler.
─ Quand j’ai commencé à jouer avec les godes, un jour, j’ai voulu savoir si c’étaient des vraies tailles, ou si c’étaient des bêtises. Et pour comparer, j’avais pas beaucoup de moyens de savoir. Et sur le net, ils donnent que des trucs faux… Et tous les mecs des pornos, ils sont montés comme des bourricots ! Alors comme j’avais mesuré les godes, un jour j’ai mesuré la mienne, et puis il y avait un site médical avec les tailles, tout ça… Et alors j’ai vu qu’elle était normale. Voilà, t’es content ?
─ Mais oui, je suis content pour toi, mais je n’en ai jamais douté, tu sais ?
─ Mais oui, mais pour toi, c’est facile ! Tu te poses pas de questions, vu comment t’es monté…
─ Comme un bourricot ? Ou comme un acteur de porno ? demande Guillaume avec un sourire sinueux.
─ C’est pas ce que je voulais dire, répond Martial en rougissant comme un coquelicot.
─ Je ne t’en veux pas, tu sais ! C’est plutôt positif, comme appréciation. Et puis tu as l’air de l’apprécier, le bourricot…
Sans rien répondre, Martial vient s’asseoir au fond du bateau, collé à la jambe de Guillaume qui a un peu accéléré le moteur à la sortie de la baie, et il lui serre le mollet après lui avoir posé la tête sur la cuisse. Guillaume lui a posé la main sur l’épaule et caresse légèrement la peau douce.
Ils restent ainsi un bon moment, longeant le rivage, jusqu’à ce que la silhouette de l’hôtel se profile dans le lointain. Guillaume secoue doucement Martial et lui montre leur but qui se rapproche.
─ Je crois qu’il vaut mieux qu’on se rhabille, ou sinon, ça risque de faire jaser. Peux-tu me passer mon maillot, s’il te plaît ?
Après qu’ils se soient tous deux rendus plus décents pour le retour à la civilisation, Guillaume accélère légèrement et ils arrivent enfin devant le petit appontement où la grosse vedette est déjà amarrée, signe infaillible que les activités sont finies au club de plongée. Guillaume pousse doucement le canot contre la jetée sur laquelle Martial saute d’un bond agile, tirant derrière lui l’aussière qu’il entoure autour d’un des plots de bois. Alors qu’ils déchargent les bouteilles et la caisse isotherme sur les planches, Mousse surgit de son local et s’avance vers eux avec un grand sourire.
─ Vous avez besoin d’un petit coup de main ? demande-t-il en jetant un coup d’œil appuyé à Martial.
─ Merci, mais on ne voudrait pas te déranger, répond Guillaume. Tu veux qu’on refasse le plein des bouteilles ?
─ Non. Porte-les juste dans la réserve. Je les remplirai tout à l’heure. Je suis déjà en train de remplir les autres. Vous avez passé une bonne journée ? ajoute-t-il avec un clin d’œil coquin à Guillaume.
─ Une excellente journée ! J’ai bien profité des nombreux conseils que tu as pu me donner dans de nombreuses disciplines…
─ Ah, je vois, répond Mousse en éclatant de rire.
Puis il s’éloigne en sifflotant en direction de son local.
─ Mais qu’est-ce qu’il voulait, ce mec ? demande Martial d’une voix surprise et vaguement réprobatrice.
─ Il ne voulait rien. C’est lui qui nous a prêté pour rien le bateau et les bouteilles, tu pourras lui dire merci !
─ Mais oui, mais t’as vu comment il me matait le cul ?
─ Ah, ça… C’est un grand amateur ! Tu m’as dit que tu n’aurais pas de mal à en trouver d’autres pour faire un concours, tout à l’heure. Tu pourrais commencer par lui. Vu comme tu es mignon, il te mangerait tout cru dans l’instant…
─ Mais je veux pas ! s’exclame le garçon d’un ton peiné. Pourquoi tu cherches à me jeter dans les bras d’un autre ? Je te plais plus ?
─ Excuse-moi, je ne voulais pas te blesser. C’est à cause de tes questions sur Mousse. Un jour, il m’a expliqué qu’il pouvait facilement repérer les autres, même au milieu d’une foule.
─ Les autres ? Les autres quoi ? demande-t-il d’un ton manifestement perdu.
─ Les autres comme nous. Les gays. Il m’a dit qu’il le sentait, alors je pense qu’il n’y a aucun mystère pour lui sur ce qui s'est passé entre nous. Mais il ne le dira à personne, rassure-toi, ajoute-t-il en voyant le garçon ouvrir des yeux ronds. Et comme nous sommes amis, il ne viendra pas t’embêter.
─ Mais tu penses qu’il y en a d’autres qui pourraient le voir, comme lui ? Tu crois que mon père… demande-t-il avec un peu d’appréhension.
─ Non. Pas si tu restes un peu prudent. Genre si tu fais comme tout à l’heure sur la plage au milieu de la salle du restaurant, ça pourrait mettre la puce à l’oreille à quelques-uns, dit Guillaume d’un ton pince-sans-rire.
─ Mais je suis pas aussi débile…
─ Je me moque ! Allez, attrape une bouteille, il faut aller les ranger dans l’antre de l’ogre… le coupe-t-il en riant.

Suite