LES HUIT LIVRES DU COLLIER D'OR
par Andrej Koymasky © 2008
écrit le 7 Janvier, 1995
Traduit en français par Christophe

CHAPITRE 1
PREMIER LIVRE OÙ ON PARLE DU LONG VOYAGE D'AMI VERS LA CAPITALE

Le fleuve Poissonneux, après avoir suivi son cours tumultueux vers le nord-ouest, tourne à l'ouest dans un coude vaste et majestueux puis se jette placidement dans l'océan et ses eaux douces semblent hésiter à se mélanger avec les eaux salées de la mer, de sorte que sur une certaine distance on distingue encore le flux clair du Poissonneux des eaux ouvertes plus sombres.
Là où le Poissonneux forme le coude, le petit fleuve Rude offre ses eaux à son grand frère dans une haute chute écumante. Spécialement à cette époque, où le printemps a fait sa percée même sur les hauts sommets, le Rude est plein et généreux et la chute gronde d'une voix puissante sa chanson solennelle et éternelle. Le haut voile de fines gouttelettes qui s'élève des eaux grondantes brille au soleil.
Entre les rochers qui font face à la chute, là où les éclaboussures ne viennent pas, il y a un bâton, un sac, et quelques vêtements qui paraissent abandonnés en hâte. Un peu plus loin, dans l'eau, un jeune homme de dix-neuf ans du nom Bel Homme au Charmant Regard, s'ébroue en chantant joyeusement, il se lave de la poussière et de la saleté du long voyage qui l'a mené de la haute vallée du Poissonneux jusque là. Son corps ferme et fort brille au soleil, montrant des muscles pleins, pendant qu'il frotte avec vigueur sa peau dorée.
Beau Charmant, comme on l'appelle, a décidé de quitter son village natal au milieu des montagnes. Il veut se rendre à la capitale pour devenir un soldat de l'Empereur. Sa force, sa taille, son agilité sont de bons atouts. Mais il doit s'arrêter d'abord à Port Étroit, où un ami du chef de son village lui donnera une lettre de recommandation pour se présenter au recrutement.
Pendant ce temps, descendu de la vallée du Rude, Le Dernier Ami de la Lune, appelé Ami, élancé pour ses seize ans mais dont le corps montre déjà clairement les premiers signes de la virilité, descend avec circonspection de rocher en rocher le long de la chute et il s'arrête pour regarder Beau Charmant. Il se demande comment ce jeune homme peut tenir dans ces eaux glacées mais il admire sa belle silhouette pendant que ce dernier, inconscient d'avoir un admirateur, continue à frotter avec vigueur son corps séduisant.
Ami descend encore, s'arrête à nouveau pour contempler la scène avec une vague sensation de plaisir. Le vent léger qui arrive des montagnes disperse le bouillard liquide et un demi arc-en-ciel monte dans le ciel puis s'évanouit, comme un arc de triomphe au-dessus du corps sensuel de Beau Charmant. Ami retient son souffle et rêve un instant d'être à côté du jeune homme et de pouvoir effleurer de ses mains son corps ferme.
Beau Charmant finit par l'apercevoir et lui crie quelque chose mais sa voix se perd dans le grondement des eaux. Levant le bras, il le salue et lui fait signe d'approcher. Ami répond à ce salut et, comme il reprend sa descente, il voit un beau sourire éclairer la face de Beau Charmant. Arrivé en bas de la chute, auprès des habits et des affaires de Beau Charmant, il s'arrête. Celui-ci, mettant les mains en porte-voix, lui crie,
"Viens, on est bien ici !"
"L'eau n'est pas trop froide ?"
"Glaciale, alors c'est parfait !" crie l'autre.
Ami hésite, puis il pose son bâton et son sac, délie la jupe formée de deux carrés bleus bordés de jaune, les couleurs de son peuple et de son village, puis le nouveau pagne blanc que sa mère lui a cousu pour l'occasion, plie le tout avec soin et trempe un pied dans l'eau. Beau Charmant s'approche.
"C'est seulement un peu dur de se mettre à l'eau. Jette-toi !"
Ami sourit en hésitant, mais il voit l'autre tendre les bras vers de lui et alors, prenant une profonde inspiration, il saute à pieds joints en frissonnant. Beau Charmant le rattrape et se met à le frictionner.
"Tu vas vite t'y faire." lui dit-il avec un large sourire.
Ami grelotte, il est tenté de sortir immédiatement, mais la sensation des mains de l'autre sur son corps est trop agréable pour renoncer.
"Ça va mieux ?" lui demande l'autre en continuant à lui frictionner vigoureusement la peau.
"Oui, un peu"
"Je m'appelle Beau Charmant, et toi ?"
"Ami."
"Où vas-tu ?"
"A la capitale."
"Moi aussi, pour devenir soldat. Et toi ?"
"Pour entrer à l'école impériale."
"Ah, je me disais bien, tu n'as pas la carrure d'un soldat. Mais tu es beau." ajoute-t-il en commençant à le caresser d'une manière plus intime.
Ami ferme les yeux en frissonnant sous la caresse. Beau Charmant lui passe un doigt sur les lèvres et lui dit,
"Tu me plais." et il le serre contre lui.
Ami s'abandonne entre ses bras et caresse légèrement ce corps ferme et ces muscles puissants.
"Viens." lui dit Beau Charmant en le poussant hors de l'eau vers le rivage, jusqu'à une petite plage d'herbe entre les rochers.
Il le couche là. Ami regarde les jambes solides et bien galbées, les hanches étroites, le ventre ferme, la poitrine musclée couverte de fins poils noirs, les épaules larges et il se sent plein de désir.
"Je te veux." lui dit Beau Charmant en le regardant avec des yeux pleins de luxure, et il se couche sur son corps.
Ami est satisfait d'avoir su exciter ce jeune et beau mâle et il est heureux d'être désirable à ses yeux.
Les deux corps nus se serrent avec un désir impatient et Ami accueille l'autre en lui. Ce dernier lui caresse les points les plus sensibles d'une main experte, lui donnant un fort plaisir pendant qu'il jouit en lui avec entrain. Ami est presque étonné de la façon dont c'est arrivé, avec une totale spontanéité, presque sans mots, comme si tous deux avaient su depuis toujours que ça devait arriver. Deux inconnus, unis comme deux amants. Deux inconnus qui ont allumé le désir l'un en l'autre. Ils se sont reconnus, acceptés et maintenant, plein de passion ils l'accomplissent sous le chaud soleil printanier.
Lorsque plus tard leurs corps repus se détachent, Ami se sent étrangement plein d'émotions contrastées. Il est content, mais en même temps, il est étonné de ce qui vient de se passer, qu'il l'ait fait avec un parfait inconnu et il a envie de fuir. Par contre Beau Charmant semble pleinement heureux. En le caressant entre les jambes avec un sentiment de possession, il lui dit,
"On va voyager ensemble. Je m'arrête à Port Étroit, et puis on va ensemble à la capitale."
"Je ne peux pas, je dois arriver rapidement, je n'ai pas beaucoup de temps," ment Ami, un peu mal à l'aise.
"Dommage. Mais on se reverra à la capitale. Moi dans la garde impériale, et toi à l'école impériale, ça ne devrait pas être difficile de se retrouver."
"La capitale est énorme, ce n'est pas un de nos petits villages où tout le monde se connait." répond Ami en se rhabillant.
"Mais je te veux encore, Ami, alors nous nous reverrons." répond Beau Charmant sûr de lui en se rhabillant à son tour.
Ils descendent la vallée ensemble, en silence. Ami cherche à analyser ce qu'il éprouve pour Beau Charmant. Il l'attire fortement mais en même temps il le sent étranger, lointain. Il a un beau corps, sensuel, il fait l'amour de façon extrêmement agréable, et pourtant Ami sent qu'il n'en veut pas comme amant. Non, décide-t-il en lui-même, il n'ira pas le chercher, à la capitale. Il a bien aimé, mais ça s'arrête là. Ce n'est pas comme avec son ami Roche, plus vieux que lui d'un an, là-bas au village. Il avait de l'affection pour Roche et c'est pour ça qu'il avait longtemps hésité quand le prêtre avait dit à la famille d'Ami qu'ils devaient l'envoyer à l'école impériale. Il aurait voulu ne pas se séparer de Roche. Mais celui-ci avait insisté pour qu'il y aille.
Ils avaient été amants pendant deux ans, Roche et lui. La première fois c'était en hiver, quand une soudaine tempête de neige avait bloqué les deux amis pendant cinq jours dans une cabane de montagne avec leurs moutons. Ils avaient dormi sous la même couverture, se collant l'un à l'autre pour atténuer le froid et se tenir chaud mutuellement. Roche l'avait alors embrassé, caressé, l'avait fait s'exciter peu à peu puis lui avait appris à faire l'amour. C'était très bon. Leur ancienne amitié en était sortie renforcée. Roche n'était pas beau comme Beau Charmant, et pourtant il lui avait donné, dés le début, des choses que Beau Charmant ne semblait même pas connaître : la tendresse, l'affection, et pas seulement le plaisir.
Avec Roche ils avaient aussi de très belles, longues conversations. Beau Charmant par contre semble n'avoir rien à dire et il répond par des monosyllabes aux tentatives de conversation d'Ami. Bien sûr, à présent, en marchant à ses côtés, Ami sent la sensualité qui émane de son corps et réveille son désir.
Quand ils arrivent aux portes de la ville, ils se séparent. L'endroit est désert, alors Beau Charmant le prend dans ses bras.
"Tu viens me chercher, à la capitale ?" demande-t-il d'une voix chaude, en passant une main sous la jupe du garçon et fouillant dans son pagne.
"Oui... bien sûr..." ment Ami bien qu'il se sente excité.
Et voilà, là, Roche l'aurait embrassé, mais Beau Charmant se recule et lui dit. "J'y compte bien." et il entre dans la ville d'un pas rapide, sans se retourner pour le regarder.
Ami reprend la route de la côte vers le nord, vers la capitale.
Somme toute, Ami est content d'entrer à l'école impériale. Au village, à l'école du temple, il a toujours été le meilleur et le prêtre lui a donné une lettre de recommandations pleine de compliments. Seuls les meilleurs des meilleurs sont envoyés à l'école impériale et Ami est le premier de son village, depuis de longues années. Au village, on avait fait une grande fête avant le départ, avec une joute verbale en son honneur. Ses compagnons, sa famille et Roche étaient fiers. Sa mère lui avait cousu en hâte les deux carrés de la jupe et le pagne blanc que seuls les élèves de l'école impériale et les nobles peuvent porter, comme l'avait expliqué le prêtre.
Ami marche d'un pas rapide. Au coucher du soleil, il arrive dans un village de pêcheurs. Il s'assied sur la place comme il est de coutume que les voyageurs fassent. Peu après une femme s'approche avec une tasse d'eau qu'elle lui tend, et elle lui demande,
"D'où viens-tu, mon garçon ?"
"Du village de Sonore."
"Ah... et où vas-tu ?"
"A la capitale."
"Un long voyage... Mais pourquoi vas-tu à la capitale ?"
"Je dois entrer à l'école impériale."
La femme fait un grand geste d'étonnement et pousse un grand cri, puis, lui laissant la tasse, elle court vers les maisons du village et annonce la nouvelle. Les villageois se rassemblent vite autour d'Ami, à distance respectueuse, en l'observant. Puis la femme qui l'a accueilli lui dit :
"Le voyage sera long et toi, noble étudiant, tu as besoin de repos pour cette nuit. Si tu veux venir dans mon humble maison..."
"Viens dans la mienne, noble étudiant, elle est plus grande et plus confortable et je te donnerai mon lit..." lui dit un homme. Et tous font assaut d'hospitalité.
Ami, un peu étonné, se lève et les regarde. Il ne s'attendait pas un accueil aussi chaleureux. Il cherche alors à décider quelle invitation accepter quand le chef du village qu'il reconnaît à son bâton richement orné et au collier de cuivre fait un pas en avant.
"Tu viendras dans ma maison, noble étudiant. J'ai déjà fait préparer le repas. Viens."
Ami le suit en le remerciant. Entré dans la maison on le fait asseoir à la table et la femme du chef met devant lui abondance de nourriture.
"Mange autant qu'il te plaira, noble étudiant..."
Ami ne se fait pas prier. Il a faim. Il remercie et commence à manger. Peu à peu, les enfants du chef entrent dans la pièce et se placent de l'autre côté de la table en l'observant. Ami les regarde. Ils sont cinq, l'aîné à son âge, la plus jeune doit avoir cinq ans. Lorsque la petite voit qu'il la regarde, elle lui demande timidement,
"Comment tu t'appelles ?"
"Le Dernier Ami De La Lune."
"Et on t'appelle Dernier ?"
"Non, Ami. Et toi ?"
"Je suis Fleur du Champ de Mai et ils m'appellent Mai, lui c'est Pierre, elle Puits, lui Roseau et lui Faucille." la petite présente ses frères et sœurs par ordre d'âge.
"Faucille ?" demande Ami au plus grand.
"Oui, noble étudiant, mon nom est Rayon Du Soleil Sur La Faucille."
"Et quel âge as-tu ?"
"Seize ans."
"Comme moi."
Quand il a fini de manger, les enfants commencent à couvrir Ami de questions. Seul Faucille écoute silencieusement. Faucille a un corps de nageur, mince et ferme, et une expression sérieuse. Il lui plaît beaucoup et Ami pense que s'ils avaient été du même village, ils seraient sûrement devenus amis. Le soleil se couche et on allume des lanternes. Les grands envoient les petits au lit et, autour de la table, restent seuls avec Ami le chef, la femme et Faucille.
Le chef pose encore d'autres questions à Ami, puis, un peu plus tard, il dit à son fils, "Montre à notre hôte où il dormira, il est temps qu'il se repose."
"Oui père. Suis-moi, noble étudiant."
Ami le suit jusqu'à une chambrette.
"Voilà, c'est mon lit, tu peux dormir là."
"Mais... et toi ? "
"Je dormirai ici, par terre."
"Non, ce n'est pas juste. Le lit est assez grand pour qu'on y dorme à deux."
"Je ne voudrais pas te déranger, pendant la nuit, en bougeant."
"Non, vraiment, je ne veux pas te priver de ton lit."
"Mais, ce n'est que pour une nuit, et toi, tu dois voyager, tu as besoin d'un bon repos."
"Non, j'insiste." dit Ami en retirant sa jupe et en s'étendant sur le lit de façon à n'en occuper que la moitié.
Faucille s'étend alors sur l'espace laissé libre. "Merci, tu es très gentil."
"C'est gentil à toi de m'avoir offert ton lit." répond Ami.
Faucille souffle la lanterne. Ami sent sa tiédeur à ses côtés, et ça l'excite légèrement, mais il n'ose pas lui faire avances.
"J'aimerais aller à la capitale, je ne suis jamais allé si loin." chuchote Faucille.
"Moi non plus. Ils disent qu'elle est très belle."
"En effet ils l'appellent même la Belle, et la Grande et même Ville d'Or." dit Faucille d'une voix rêveuse. "Mais c'est loin, ils disent que d'ici il faut vingt jours de marche et même plus." ajoute-t-il ensuite.
"Oui, un long voyage." dit Ami.
"Tu dois être très bon s'ils t'ont envoyé à l'école impériale." murmure Faucille.
Ami ne répond pas.
Faucille, au bout d'un moment, chuchote, "Tu as un pagne blanc comme les nobles."
"Oui, les élèves de l'école impériale doivent en avoir un." répond Ami.
"Et le tissu est doux." ajoute Faucille en passant une main légère dessus.
Ami frémit excité. L'autre s'en rend compte et le caresse avec plus de force. Ami pousse un léger gémissement de plaisir. L'autre passe alors la main dessous et saisit son membre durci, palpitant. Ami écarte les jambes en gémissant de nouveau attendant anxieusement.
"Enlève-le..." murmure Faucille en se penchant entre ses jambes et il prend entre ses lèvres le membre de son hôte. Il le suce avec un plaisir évident et bouge les lèvres et la langue de cette façon particulière qui fait ressentir à son hôte un plaisir intense. Pendant qu'il le suce, Ami lui caresse tout le corps, et peu à peu, éprouve un plaisir de plus en plus intense qui culmine dans l'explosion finale. Le garçon boit presque avidement, et à la fin il se détache avec un soupir, en murmurant, "Tu as très bon goût, merci."
Etrangement Faucille ne veut pas qu'il le touche, et il n'a pas dénoué son pagne. Pendant qu'Ami remet le sien, il pense que son voyage commence d'une façon bien agréable. Deux aventures avec des inconnus, dès le premier jour.
Le matin suivant, lorsqu'il reprend son chemin, le chef du village lui conseille, après avoir traversé le village suivant, de prendre la route de droite, une nouvelle route que l'Empereur a fait construire, qui passe un peu plus par l'intérieur et évite tous les détours de la côte. Ami le remercie et s'éloigne d'un bon pas. En milieu de matinée il arrive au village et prend la route de droite à la bifurcation.
Au début ce n'est qu'un étroit sentier et il se demande s'il ne s'est pas trompé, mais peu après, il débouche sur une large route pavée et Ami voit, dans la direction opposée à celle dans laquelle il doit partir, c'est-à-dire au sud, des équipes d'hommes qui travaillent pour la poursuivre. Au bout d'un moment, il voit de chaque côté de la route, une autre équipe d'hommes qui plante de petits arbres. Dans quelques années, pense Ami, cette route sera splendide.
Il marche longtemps. Le paysage printanier, au fur et à mesure qu'il s'éloigne vers le nord, est d'une beauté douce, pleine de parfums et de couleurs. Sur sa gauche, un peu plus bas, le grand océan baigne la côte découpée. Dans le ciel serein, des oiseaux volent hauts dans une sorte de danse fluide et solennelle. Au soir il arrive dans une espèce d'auberge, récemment construite au bord de la route pour les voyageurs. Pendant qu'il passe devant, une fille debout à côté de la porte s'adresse à lui avec un grand sourire.
"Jeune voyageur, la nuit tombe, pourquoi ne t'arrêtes-tu pas manger et te reposer chez nous ?"
"Oui, je m'arrêterais volontiers."
"Ce n'est pas cher, ici. On mange et on dort pour deux piastres seulement."
"Deux piastres ? Mais je n'en ai que dix et je dois voyager vingt jours. Je ne peux pas faire une telle dépense."
"Ah, alors, je suis désolée." dit la fille tout à coup renfrognée.
A cet instant un homme paraît à la porte: "Où vas-tu, mon garçon, en vingt jours ? A la capitale ?"
"C'est cela. Je dois entrer à l'école impériale."
"Ah, alors tu dois avoir la lettre d'introduction."
"Bien sûr, la voilà." dit Ami en la sortant de son baluchon et en la montrant.
L'homme la prend et la lit. "Bien," dit-il en la lui rendant, "Si c'est ça, je t'offre la nuit dans cette auberge. Entre. Tu es mon invité."
"Je te remercie. Qui es-tu ?"
"Le fonctionnaire des routes impériales. Je viens contrôler les travaux de cette route. Viens, nous mangerons et nous parlerons ensemble."
L'homme est d'agréable compagnie. Il dit à Ami qu'il a un fils de vingt ans dans la garde impériale et qu'il habite dans une nouvelle maison en périphérie de la capitale, il l'invite à le retrouver là-bas et lui explique comment trouver sa maison. Puis, plus tard, après lui avoir fait donner un lit dans la chambre commune, il le salue et se retire dans sa chambre. Ami est frappé par la générosité désintéressée du fonctionnaire, la gentillesse de ses manières et son élégant parler.
Evidemment le fonctionnaire parle la "langue fleurie" c'est-à-dire la langue franche officielle de l'empire qu'Ami a appris à l'école du temple. Alors qu'Ami est du peuple de la Montagne Blanche, le fonctionnaire est du peuple du Jaguar. Ça se remarque à la couleur plus sombre de sa peau, à ses yeux plus ronds, son menton carré, son nez aquilin. On dit qu'autrefois le peuple du Jaguar dominait toute la partie nord de l'empire, bien avant que le peuple du Soleil ne fonde l'empire actuel. On disait que les hommes du peuple du Soleil étaient les plus beaux et forts de l'empire et ceux du Jaguar plus raffinés et décadents. Ce fonctionnaire a donné à Ami l'impression d'être un homme raffiné mais certainement pas décadent.
Au matin, Ami remercie le fonctionnaire, et reprend son chemin vers le nord. A l'approche de l'équateur, il fait plus chaud de jour en jour, si bien que parfois Ami passe sans problèmes la nuit à la belle étoile. En approchant de la capitale, la route est de plus en plus encombrée, courriers de l'empereur, marchands, riches et pauvres, de peuples différents. Ami observe, très curieux, les mille types qu'il croise. Parfois il fait aussi un bout de chemin avec quelqu'un, parce que le temps passe plus vite quand on discute.
Le onzième jour du voyage, d'un chemin de traverse, débouche sur la route impériale un couple de jeunes gens qu'Ami pense être mari et femme. Ils se saluent, marchent un moment ensemble. Ces deux là ne vont pas à la capitale, ils s'arrêtent à Granderoche, ville renommée pour ses mines d'or, où ils habitent. Il est fondeur d'or. Au soir le couple décide de s'arrêter dans une auberge et offre à Ami de s'arrêter avec eux. Ils mangent ensemble, puis elle se retire pour dormir.
Alors il dit à Ami, "Tu plais beaucoup à ma sœur, si tu en as envie, elle t'attend dans sa chambre."
Ami, étonné, lui dit, "Je croyais que c'était ton épouse."
"Non, nous sommes frère et sœur. Elle est restée veuve et je suis allée la chercher pour la ramener à la maison avec nous, parce qu'elle n'était pas bien dans la famille de son défunt mari. Alors, si tu veux y aller..."
"Je..." dit alors Ami, légèrement embarrassé, "je suis très jeune, et je n'ai pas jamais été avec une femme."
"Jamais ?" demande le jeune homme étonné, "et tu n'a pas envie d'essayer ?"
"Je ne sais pas, je ne crois pas." répond Ami hésitant.
L'homme le regarde un instant, puis lui dit, "Alors, si tu veux venir dans ma chambre..." et, sous la table, il lui met une main sous le pagne et le caresse hardiment.
Ami, qui n'a pas fait l'amour depuis dix jours s'excite rapidement.
L'autre le sent et lui dit avec un sourire, "Tu viens ?"
Ami fait signe que oui. Ils montent dans la chambre du jeune homme. Ce dernier pose la lanterne, fait asseoir Ami sur le bord du lit, s'agenouille entre ses jambes et, après lui avoir soulevé sa jupe il pose sa joue sur son érection, pousse son nez dans le pli de l'aine, en le léchant de la pointe de la langue. Ami se laisse tomber en arrière sur le lit, en écartant encore un peu les jambes, pleinement excité. Il sent les dents de l'autre serrer doucement son sexe, à travers l'étoffe, pendant qu'avec les mains il tire sur le nœud pour retirer le pagne. Ami ferme les yeux et frissonne, s'abandonnant au désir croissant de l'autre.
Le Jeune homme le dénude et se déshabille, l'installe mieux sur le lit, s'agenouille entre ses jambes en plaçant ses genoux écartés sous les cuisses, à côté de ses petites fesses et il se pousse en avant, décidé, sûr, fort, et comme une armée qui remonte une vallée, s'enfonce en lui, décidé et le conquiert sans rencontrer de résistance, il le prend. Ami se détend et savoure pleinement cet assaut viril et ses mains passent avec délire sur le corps qui s'agite sur lui et en lui à chaque poussée.
Lorsqu'enfin le jeune se détend sur lui, il chuchote, "Tu es meilleur que ma femme. Les garçons jeunes comme toi m'ont toujours plu."
"Tu es marié ?"
"Oui, bien sûr. J'ai deux fils. Et un apprenti de ton âge, avec lequel je m'amuse parfois. Mais il n'est pas aussi beau que toi."
Ils s'endorment. Au matin le jeune homme veut refaire l'amour, Ami accepte de bon cœur, il aime sentir le membre fort de ce bel homme glisser en lui avec tant de fougue. Il aime aussi voir son sourire quand il le prend. Il sent l'orgasme proche, alors il se penche et lui mordille les tétons et l'homme décharge en lui avec quelques poussés puissantes. Ami vient aussi, entre les deux ventres serrés, en se frottant contre le jeune homme maintenant couché sur lui, haletant et heureux.
Puis le garçon reprend sa route pendant que le jeune homme va réveiller sa sœur.
Au quinzième jour de voyage, vers midi, alors que le soleil brille, un crachin léger mais dense, commence à tomber et forme de lumineuses volutes qui rappellent à Ami la chute et sa rencontre avec Beau Charmant. Des trois avec qui il a fait l'amour depuis le début de son voyage, c'était sans doute le plus sensuel. Il se demande s'ils se reverront mais il est dubitatif. S'il est indubitable qu'il lui plait beaucoup, par ailleurs il le voit comme un parfait étranger.
Le léger crachin cesse peu après et le soleil sèche rapidement la peau d'Ami. Mais la jupe met plus de temps à sécher et la sensation d'humidité contre ses cuisses est agréable. Ami marche jusqu'au soir. Il s'arrête au bord de la route et, pas loin, il voit une maisonnette de paysans. Le sol est encore humide, alors il va frapper à cette hutte et reçoit l'hospitalité pour la nuit.
Le jour suivant il reprend son chemin. A présent, la route passe dans une belle forêt clairsemée. Des chants d'oiseaux, des cris d'animaux, le soleil qui filtre entre les branches, rendent le paysage subjuguant. Ami regarde aux alentour, ravi du spectacle. Quand le soleil arrive au zénith, il s'arrête, s'assied dans une petite clairière, prenant un peu de nourriture dans son baluchon et se met à manger. Puis il a soif et se lève pour chercher un ruisseau. Il en trouve un peu après, se penche pour boire dans ses mains en coupe. Puis, pris par un besoin naturel, il s'écarte de la route, remonte le ruisseau, s'accroupit entre les buissons, dénoue son pagne et se soulage.
Il est en train de se rajuster quand quelque chose effleure sa joue avec un sifflement et le sac qu'il est en train de mettre à son épaule tombe par terre, percé par une lance. Ami pousse un cri et voit se glisser entre les branches un jeune homme athlétique qui, à sa vue, s'arrête effaré.
"Tu es fou de te cacher comme ça dans les buissons ! J'aurais pu te tuer !" lui dit l'autre d'un air fâché, en allant reprendre sa lance.
"Un besoin naturel..." s'excuse alors Ami en s'inclinant, après avoir remarqué le collier d'or et le pagne blanc et avoir compris qu'il se trouve en face d'un noble.
Au centre du fin collier d'or il y a un aigle avec les ailes étendues, le symbole de la tribu du noble.
"C'est une zone de chasse, tu es inconscient !" lui dit l'autre et, lui tournant le dos, il s'éloigne dans la forêt en quelques foulées élastiques sans ajouter un mot.
Ami revient rapidement à la route. Mais dans les yeux, il a encore l'image du jeune homme d'une incroyable beauté à moitié nu. Il avait les cheveux noirs et lisses, brillants, coupés droits. De larges épaules, des hanches étroites, des bras et des jambes puissants. Ses yeux sont sombres, pénétrants, ses lèvres douces et fines et, malgré son air fâché, une physionomie avenante. Ami avait risqué d'être transpercé, et en fait, il l'avait été, non par la lance mais par la vision de ce jeune homme. Comme une vision elle était apparue puis disparue, mais Ami la garde devant ses yeux et dans son cœur.
Et enfin, à la tombée de la nuit, Ami arrive en vue de la Belle, de la Grande,. A gauche, la ville s'étend jusqu'à l'océan et à droite elle monte sur la pente, immense, blanche, ponctuée par les hautes constructions des temples. Ami retient son souffle. Le soleil, qui descend sur la mer, rougit le ciel et les eaux si bien que tout est baigné d'une lumière chaude comme un incendie, sans flammes ni fumée. La pierre blanche semble d'or pur.
Ami pense que ça serait bien de dormir là, d'entrer en ville au matin pour pouvoir chercher plus tranquillement l'école impériale. Il s'écarte légèrement de la route et cherche un coin confortable où dormir et qui lui permette aussi de jouir du spectacle de la capitale. L'ayant trouvé, il reste longtemps assis. Le soleil se couche sur la mer et un long pinceau de lumière traverse la large étendue d'eau et unit le disque à la ville, comme un ruban d'or liquide. De mille toits se lèvent de minces rubans de fumée qui montent droits et souples dans l'air immobile. Le soleil a maintenant presque complètement disparu sous les eaux et le ciel s'assombrit. Ça et là apparaissent les ténus points de lumière de lointaines lanternes, presque en miroir des étoiles qui s'allument sur la voûte céleste.
Ami pense aux deux dieux qui, transformés en arbres gigantesques, ont soulevé le ciel au-dessus la terre lors de la cinquième création et les remercie en pensée pour cette action. Maintenant le ciel est sombre, noir, car le dieu Lune ne s'est pas encore montré au monde. La ville est devenue invisible, à l'exception de lointains et indistincts points de lumière. Ami se couche, son cœur est plein de paix et de joie. Il va bientôt entrer dans la ville de l'Empereur. Il va commencer une toute nouvelle vie. S'il travaille bien, il pourra devenir fonctionnaire impérial, ou rentrer au village comblé d'honneurs et de prestige. Ami n'est pas ambitieux, mais il a une grande soif de savoir et de connaissances. Il a eu de la chance d'être choisi pour l'école impériale et Roche, qui l'aime bien, a bien fait de le pousser à accepter.
Ami a du mal à s'endormir, la légère excitation qui s'est emparée de lui à la vue de la capitale le tient encore réveillé. Dans son esprit se pressent des pensées, des phantasmes, des souvenirs. Il repense à Roche et il se demande s'il dort, s'il pense à lui. Plus Dur Que La Roche, fort et tendre, doux et passionné, avec lequel il a été si beau de découvrir et de vivre l'amour. Il voudrait l'avoir là, près de lui. Caresser les formes familières qu'il saurait reconnaître même dans l'obscurité. Réveiller son désir, savourer ses baisers intimes et profonds, sentir son souffle au parfum de menthe, butiner son nectar comme une abeille dans une fleur, s'unir enfin après d'innombrables caresses, jusqu'à l'explosion finale de l'un dans l'autre.
Il finit par s'endormir, excité par ces souvenirs brûlants, ces douces pensées, en se demandant s'il pourra jamais trouver un autre amant si complet. Son Roche... Pas aussi beau que le noble qui a failli le tuer, pas sensuel comme Beau Charmant à la chute, et pourtant si parfait.
Le soleil du matin le réveille en réchauffant son corps de ses premiers rayons comme l'étreinte d'un amant. Il se lève et s'étire voluptueusement, prend son baluchon sur son épaule après en avoir sorti la lettre qu'il glisse dans la fente, à la pointe de son bâton et il entre dans la ville de son pas alerte.
Il demande à plusieurs reprises la direction de l'école impériale, jusqu'à ce qu'il arrive en vue d'un puissant complexe de bâtiments. A droite, vers les sommets, se trouve la résidence impériale et à gauche, vers la mer, l'école, face à une vaste esplanade sur laquelle donnent aussi le temple du Soleil, la caserne de la garde, et d'autres résidences importantes.

CHAPITRE 2
DEUXIEME LIVRE
OÙ ON RACCONTE COMMENT AMI AIME L'EMPEREUR, DÉSIRE CIEL, ET FAIT L'AMOUR AVEC BEAU CHARMANT

Ami se présente à la porte de l'école.
Un gardien le fait entrer et appelle un responsable qui le conduit dans une pièce. "Attends ici." lui dit-il.
Ami regarde avec admiration la grande construction de pierre dans laquelle il est entré, les pierres énormes, parfaitement superposées, travaillées de façon de se placer sans laisser la moindre fissure entre elles. Quelle différence avec les maisons de son village, en bois et en torchis ! Tout donne l'impression de majesté, de puissance, d'éternelle solidité. Tant que durera la cinquième création, pense Ami, cette construction sévère et majestueuse subsistera. Son baluchon à ses pieds, le bâton posé dessus, la lettre de présentation à la main, Ami attend.
Arrive un homme à la jupe rouge ornée du symbole du soleil, un mince collier d'or avec au centre le symbole du jaguar, une petite boîte en bois et quelques feuilles à la main. Il fait s'asseoir Ami, lit sa lettre avec attention, la glisse sous ses feuilles, puis il lui dit,
"Bien ! Pour être admis, depuis cette année, il faut aussi passer un examen. Je vais te poser cinq questions. Tu les recopieras, une sur chaque feuille, puis tu devras y répondre. Si tu réponds parfaitement à au moins trois questions, tu seras admis à l'école, sinon, tu devras t'en retourner dans ton village."
Un peu inquiet Ami, qui ne savait rien de cet examen, hoche la tête, mais ne dit rien. L'homme ouvre la petite boîte de bois qui contient des couleurs et des pinceaux et la tend à Ami, puis, dans la plus élégante "langue fleurie", il lui dicte quelques passages classiques. L'examen consiste en fait à donner la suite de ces extraits, à expliquer de quel livre ils sont tirés, puis à en expliquer le sens.
Ami, pendant qu'il écrit sous la dictée, en employant le seul pinceau noir pour aller rapidement, reconnaît les extraits qu'il a appris au temple. Cet examen n'est pas très difficile, pense-t-il en se détendant, recopiant de que l'autre lui dicte. La dictée finie, pendant qu'Ami passe les couleurs, il réfléchit aux réponses. Puis il les rédige avec attention, une feuille après l'autre. Un seul des passages lui est inconnu, mais il a la forme et la structure d'un discours de préceptes civiques et il le définit comme tel, même s'il ne peut le continuer. Puis il tend les cinq feuilles à l'homme.
Ce dernier l'a observé en silence pendant qu'Ami écrivait. Il prend les feuilles, ferme la boîte de couleurs, se lève et il lui dit d'attendre. Peut-être est-ce parce que l'homme est parti, mais il vient à Ami de meilleures réponses, plus belles. Il se demande si ce qu'il a écrit, la façon dont il l'a écrit, sera jugé suffisant. Mais ce qui est fait est fait.
Entre un autre homme, plus âgé. Il porte la même jupe que l'autre, mais un collier d'or plus large, avec au centre le symbole du poisson.
"Ami de Sonore, j'ai lu tes épreuves. La calligraphie est perfectible, mais elle est assez bonne, il n'y a pas d'erreurs de langue, et même si tu as employé un style très simple, les réponses sont toutes exactes. Tu es donc admis à l'école impériale. La lettre d'introduction te fait honneur. Si tu t'appliques, nous ferons de toi un bon élève. A présent, on va te donner une cellule, la jupe blanche de postulant, le matériel pour écrire. L'école commence dans cinq jours. Si tu le désires, tu peux en profiter pour visiter la capitale, puisque c'est la première fois que tu y viens, je pense. L'important il est que tu rentres avant le coucher de soleil ou tu devras dormir dehors. Pour manger, tu peux manger ici à l'école ou dehors, si tu as de l'argent. Cependant, l'école ne te donnera pas d'argent." lui dit-il et il ajoute d'autres explications, puis le conduit auprès du responsable des dortoirs et le lui confie.
La première chose que montre ce dernier à Ami est sa cellule. Une petite pièce au deuxième étage, qui donne sur une vaste cour, avec un lit sur une estrade en pierre, une table, un tabouret, une armoire de bois pour ses affaires. Il lui montre les toilettes, les bains et lui en explique l'usage. Puis il le mène au réfectoire, aux salles de classe. Au magasin, il lui fait donner la jupe blanche de novice, une petite boîte des couleurs, une liasse de feuilles, une lampe avec une réserve d'huile. Puis, après que le garçon ait tout porté dans sa cellule et mis la jupe blanche, l'homme le conduit dans les autres cellules déjà occupées pour lui présenter ses camarades, quelques novices comme lui, et d'autres de première, seconde et troisième année.
Les première année ont, brodé sur la jupe blanche, un soleil jaune avec les yeux et la bouche fermés, les deuxième année un soleil orange avec les yeux ouverts et la bouche fermée, ceux de troisième année, un soleil rouge avec les yeux et la bouche ouverts. Un camarade de troisième année lui en explique le sens.
"Ceux qui comme toi, sont encore à naître, ne sont rien. Puis, en première année tu devras seulement écouter, sans parler, en seconde année, tu pourras demander, voir, mais pas encore parler, ni exprimer d'opinions, en troisième année tu pourras commencer à exprimer tes opinions. Après la troisième année, il y aura l'examen final et ton affectation." Puis il lui demande, "As-tu un protecteur ?"
"Un protecteur ? Qu'est-ce que c'est ?"
"Qu'il est, bête ! Un noble qui te donne de l'argent, qui te suit, te protège en somme. Sans protecteur, même si tu es bon, tu ne feras jamais carrière."
"Et comme fait-on pour avoir à un protecteur ?"
"Tous les ans, les élèves sont invités aux quatre fêtes solaires. Si tu plais à quelqu'un, il t'offrira d'être ton protecteur. Vois-tu ce bracelet ? C'est le symbole du faucon, parce que mon protecteur est le grand prêtre du dieu Faucon."
"Et que doit faire un élève pour son protecteur ? "
"Ça dépend du protecteur. Il doit l'accompagner dans les fêtes, le servir, le flatter, composer des poèmes ou des discours pour lui, être prêt à faire ce qu'il lui demande, pendant son temps libre. Et lui faire honneur lors des compétitions de fin d'année."
Ami hoche la tête.
Puis l'autre ajoute, "La première fête est dans quelques jours, la fête du Jour Croissant, c'est-à-dire de l'Équinoxe de Printemps, ou du Nouvel An. Tâche de te faire remarquer par un noble ou un prêtre, de te faire apprécier, si tu peux. Sans protecteur, tu resteras toujours en bas de l'échelle, et je ne le souhaite même pas au plus antipathique des élèves, et tu me sembles sympathique."
Ami commence à sortir de l'école. Tout d'abord il visite le grand temple du Soleil, le temple impérial par excellence. Au sommet, avec les autres visiteurs, il admire autant les bas-reliefs de pierre multicolore que le panorama. De là, on a une vue complète sur l'ensemble du palais impérial avec son jardin, et de toute la ville qui descend jusqu'au port.
Tout à coup un jeune noble, avec une jupe rouge décorée d'un aigle, portant un collier d'or, un couvre-chef de plume, s'approche et il lui effleurant la poitrine, il lui demande avec un sourire,
"Ah, un novice. Quel est ton nom ?"
"Ami de la Lune, seigneur." répond Ami en le regardant, étonné. C'est le jeune noble qui a failli le tuer dans la forêt, et à présent il le caresse presque devant tout le monde.
Ami éprouve du plaisir à ce contact et rougit. L'autre retire sa main mais il continue à regarder avec un curieux mélange de désir, de complaisance et d'humour. Puis il l'examine de la tête aux pieds et il lui dit,
"J'ai la vague impression de t'avoir déjà vu." Ami se demande s'il se moque de lui. Peut-être ne se rappelle-t-il pas leur rencontre dans la forêt cinq jours auparavant.
Sans même savoir pourquoi, Ami répond, "C'est mon premier jour ici dans la capitale..."
"Ah, alors je me trompe sûrement. Ça a été un plaisir de te connaître, Ami. Je ne crois pas que tu t'appelle Lune. Tu es un garçon très attirant. Adieu !" et il s'éloigne et descend les gradins à grands pas rapides.
Ami frisonne et se demande avec un peu de regrets pourquoi il ne lui a pas rappelé l'incident de leur première rencontre. Et puis il se dit que peut-être il a bien fait. Peut-être ce noble ne veut-il pas se rappeler de lui. Il regarde autour de lui en craignant que toute l'assemblée ait les yeux fixés sur lui, mais il s'aperçoit avec soulagement que personne ne le regarde. Il termine donc la visite et descend vers la ville.
Cinq jours plus tard a lieu la fête du Jour Croissant. La cour de l'école est remplie de tous les élèves, des maîtres, et de nobles, de prêtres, de guerriers. Tout autour, sur des estrades, il y a profusion de nourriture et de boissons. Après la cérémonie, tout le monde se met à manger et à parler. Ami, à part quelques élèves, ne connaît personne et se sent presque étranger, un intrus. Il éprouve un léger sentiment de gêne, de honte. Mais il décide d'aller prendre quelque chose à manger. Lorsqu'il revient avec la nourriture en main, il se trouve face au beau garçon aux larges épaules, aux hanches étroites, avec un aigle tissé sur la jupe et gravé au centre de son collier.
"Ami !" le salue-t-il avec un large sourire, et le garçon est content que l'autre se souvienne de son nom. "Viens, suis-moi, je veux te présenter à certains de mes amis." Il le prend par un bras et le guide dans la foule.
"Voilà, Gazelle, et là, c'est Ami, le garçon que j'ai rencontré au temple du Soleil." Puis il se tourne vers Ami. "Tu m'as manqué, pendant ces cinq jours, j'ai presque eu envie de venir te chercher à l'école."
Il continue à le tenir par le bras dans une étreinte quasi possessive qu'Ami n'est pas sûr d'apprécier, mais à laquelle il sent qu'il ne peut pas résister.
"Reprends-toi, Ciel !" lui reproche Gazelle qui se tourne ensuite vers Ami. "Tu ne peux pas imaginer l'effet que tu as fait sur Ciel. Il n'a pas cessé de rêver de toi de toutes ces journées."
Ami, avec un sourire timide, répond à la fille, "Je pourrais en dire autant de moi, bien que nous ne nous soyons vus que pendant une minute."
A côté, une autre jeune femme dit gaiement, "D'habitude, un instant suffit, non ?" et puis elle ajoute, "Je suis Fleur, Radieuse Fleur D'Hiver. Je suis heureuse de te connaître, Ami ! Et lui... " dit-elle en montrant un autre jeune homme plutôt trapu, l'air renfrogné, "...on l'appelle Matin. Premier Matin du Mois du Coq. Il est de petite noblesse, comme tu vois, il a la foudre comme emblème."
Matin lui dit un simple "Salut."
"Il est ailleurs, ne t'occupe pas de lui !" dit Fleur.
"Ailleurs ? Dans quel sens ?" demande Ami interloqué.
"Il a été trahi par son amant, et il ne pense à rien d'autre. Nous l'avons traîné de force à cette fête pour qu'il s'amuse mais ça n'a pas l'air de marcher. Si tu veux essayer..." dit Gazelle.
"Non, Ami est novice, et il a lui-même besoin de protection. Ne vois-tu pas qu'il n'a pas encore de bracelet ?" dit Ciel en regardant l'air un peu effaré du garçon.
"C'est vrai. Pourquoi ne lui proposes-tu pas d'être son protecteur ?" demande Gazelle.
"Je ne sais pas s'il en a envie. Il peut peut-être trouver un protecteur plus important que moi, beau comme il est," dit Ciel en le caressant du regard.
Ami se sent excité. Evidement qu'il voudrait de ce jeune noble si beau comme protecteur.
Gazelle lui demande alors, "Ami, voudrais-tu Calme Ciel D'Automne comme protecteur ? Porterais-tu volontiers l'aigle sur ton bracelet ?"
"Avec une question trop directe, tu le gêne !" dit Fleur.
Ami dit alors, "J'en serais très honoré. Que dois-je faire pour mériter une telle attention ?"
"Vois comme il parle bien ! Alors, Ciel, que doit-il faire pour te satisfaire ?" demande Gazelle.
Ciel regarde Ami dans les yeux. "Rien. Etre mon ami, comme dit son nom."
"Acceptes-tu, Ami ?" lui demande Fleur.
"Avec immense plaisir et gratitude." répond le garçon, la gorge nouée.
"Alors, je passerai vite te porter le bracelet avec l'aigle, Ami." dit Ciel d'une voix basse et chaude qui fait passer des frissons dans le garçon.
Les cours commencent. Ecriture, lecture, diction, protocole, puis l'étude approfondie des Cinq Livres. En fait chaque livre compte de plusieurs volumes. Le Livre des Dieux, avec la cosmogonie, la mythologie, le calendrier divinatoire, l'Histoires des Cinq Créations ; le Livre des Chroniques, avec l'histoire des divers peuples de l'empire, puis les annales du peuple du Soleil, avec l'histoire depuis le premier empereur jusqu'à l'actuel, Hymne Puissant Chanté A l'Eternel Dieu Soleil, Soixante Troisième Descendant Du Soleil, Lumière Du Monde Et Des Peuples, Fleur Enivrante Qui Jamais Se Fane ; le Livre des Hymnes, avec les textes des cérémonies religieuses, les textes des chants et la musique avec les tambours sacrés, les textes pour les fêtes civiles et religieuses ; le Livre de la Poésie, avec les chants de guerre, les chants des fleurs, les chants nuptiaux, les chants d'amour, les chants de deuil ; et enfin, le Livre des Discours, avec les discours civils, les discours moraux, le livre des proverbes, le livre des conseils, les discours des anciens, le livre des compétitions d'éloquence.
Ami suit avec passion les diverses leçons et passe presque tout son temps libre à s'exercer, aussi bien en écriture que pour apprendre par cœur tous les textes et savoir en donner de façon exhaustive, claire et agréable les explications. Il s'entraîne aussi beaucoup en composition et diction. Parfois, cependant, il trouve aussi le temps pour se promener en ville. Il a rencontré un broyeur de couleurs, qui trouve Ami sympathique, et qui lui a offert une belle boîte d'écriture riche de couleurs très pures et de pinceaux raffinés.
Un soir Ciel vient le prendre à l'école, et l'invite à venir avec lui. Ami objecte que le Soleil se couchera vite et qu'il n'aura pas beaucoup de temps.
"Tu dormiras à l'extérieur, préviens le gardien. Et demain matin, je te réaccompagnerai à école à l'heure pour la première leçon. Dehors il y a les amis que nous attendent." dit Ciel avec décision.
Ami opine avec joie à cette idée et, après avoir obtenu la permission, il le suit. Dehors il y a Gazelle, Fleur et Matin. Les deux filles prennent Ami entre elles et ils montent tous ensemble vers la ville haute.
"Voilà ma maison." dit Gazelle en indiquant une petite mais belle construction de pierre, "Elle est confortable. Comme tu vois, en face il y a un vendeur de dinde cuite, alors je n'ai même pas besoin d'esclave pour faire la cuisine."
"À propos," dit Ciel joyeusement, "Entrez chez elle, j'achète à manger et je vous rejoins. Viens avec moi, Ami !"
Les trois autres sont d'accord et entrent dans la maison, Ciel conduit Ami dans la boutique dont proviennent des odeurs délicieuses. Celui-ci regarde les femmes occupées à cuisiner sur de grands foyers, pendant que Ciel commande au patron la nourriture qu'il dispose avec soin sur de grandes feuilles qu'il plie soigneusement. Ciel paye, tend à Ami une partie des paquets, prend les autres et entre dans la maison de Gazelle. Un esclave leur ouvre la porte. Ciel guide Ami à travers des pièces, éclairées chacune d'une lanterne, jusqu'à la pièce dans laquelle les trois autres sont assis sur de larges et confortables coussins bleus autour d'une table basse. Dans cette pièce il y a cinq lanternes qui donnent une vive lumière.
Gazelle récite une poésie d'amour. Ciel, sans l'interrompre, dépose sur la table les paquets de nourriture. Matin se lève et revient peu après avec quelques amphores. Ami remarque qu'une de celles-ci a pour anse un arbre, en forme d'arc, sous lequel il est appuyé un homme nu, dont l'énorme membre érigé fait fonction de bec.
Gazelle s'interrompt et rit. "Matin, je devrais t'offrir cette amphore, je vois que tu l'aimes beaucoup. Tu sais, Ami, il ne boit pas comme tout le monde, mais il le suce avec les lèvres... C'est un obsédé, notre Matin !"
"Il se console comme il peut." dit Fleur en riant à son tour, "Fais voir à Ami comment tu bois."
Matin sourit, colle ses lèvres au gros pénis de céramique et suce une rasade de liqueur. Tout le monde rit.
"Veux-tu en boire aussi, Ami ?" lui propose Matin.
"C'est quoi ?"
"De la bière de maïs, évidement."
"Nous ne pouvons pas en boire, c'est interdit aux élèves."
"Mais ici, personne ne te verra." rétorque Matin.
"Non, merci." insiste Ami.
Les deux filles ouvrent les paquets dont s'échappent une vapeur parfumée et engageante et commencent à distribuer la nourriture. Ils se mettent à manger gaiement en bavardant, en riant et en buvant, Ciel, Matin et Fleur de la bière de maïs, Gazelle et Ami de l'eau ou du maté.
"Ta maison est grande, Gazelle, pleine de chambres. Où as-tu intention de nous faire dormir ?" demande Ciel.
"Chacun de vous est libre de choisir la chambre qu'il préfère. Moi et Fleur, de toute façon, nous dormirons comme d'habitude dans la chambre de derrière. Et toutes les deux seules."
Ami se doute alors que les deux femmes doivent être amantes. Dans un premier temps il avait pensé qu'une des deux, peut-être Fleur, pouvait être la compagne de Ciel.
Matin dit alors, "Je dors dans la chambre à côté de la réserve. Et vous deux ? Dans la chambre à côté des bains ?" demande-t-il ensuite à Ciel avec un sourire malicieux.
"Matin est toujours taquin, Ami, ne t'occupe pas de ses insinuations, fais semblant de ne pas comprendre."
"Je n'ai pas besoin de faire semblant, je n'ai pas compris." dit Ami interloqué, en se demandant quel sens caché couvre la question de Matin.
"Tant mieux, l'innocence est ta meilleure défense, Ami." dit Gazelle avec un accent approbateur.
"Mais de quoi parlez-vous ?" demande Fleur avec air de fausse innocence.
Tout s'éclaircit soudain pour Ami. Il se rappelle d'un poème d'amour où il est écrit, 'Après l'amour qu'y a-t-il de plus doux que nous plonger dans un bain aux eaux parfumées...' Alors il cite les premiers vers de la poésie,
"Lorsque la nuit elle est si profonde que même le blanc semble noir, lorsque le silence enveloppe tout de mystère..."
Ciel le regarde avec un sourire heureux, pose la nourriture qu'il mange, hoche la tête et continue, "...dans ma poitrine résonne la douce chanson et elle suscite un écho profond en mon aimé... Vous voyez qu'Ami n'est pas un débutant. Oui, donne-moi ton bras, Ami, voilà le bracelet que je t'avais promis..." dit-il et il passe le bracelet avec l'emblème de l'aigle au poignet du garçon.
"Merci, Ciel."
"Merci à toi de l'avoir accepté." dit Ciel avec un sourire timide qui surprend le garçon. D'habitude Ciel semble si sûr de lui qu'il ne s'attendait pas de sa part à cette légère expression d'embarras.
A la fin du repas, un esclave apporte de l'eau chaude pour le lavage des mains, et enlève de la table les restes de la nourriture. Puis Gazelle lui dit d'étendre les lits. Elles décident que Ciel et Ami dormiront dans la chambre qui donne sur le petit jardin intérieur. Ciel ne refuse pas. Plus tard, Matin les salue le premier et va dormir, légèrement ivre, en emportant avec lui l'amphore que Gazelle lui a offert. Alors Ciel se lève aussi et guide Ami vers la chambre dans laquelle ils vont dormir.
Là sont étendus deux matelas, l'un à côté de l'autre, face à la porte ouverte vers le jardin baigné par la lune. Ciel éteint la lanterne, enlève son collier, son couvre-chef, sa jupe. Ami aussi enlève sa jupe pendant qu'il admire le beau corps de son protecteur. Celui-ci s'étend sur un des deux matelas et Ami sur l'autre.
"Je suis heureux." déclare Ciel peu après.
Ami attend qu'il continue, mais Ciel se tait. Il est trop tard pour dire, Moi aussi, alors Ami préfère se taire. Il se sent terriblement attiré par le corps de l'autre, là, à côté, à portée de main. Mais il n'arrive pas à bouger, c'est tout juste s'il arrive à respirer. Excité, il attend, en espérant que Ciel prenne l'initiative. Longtemps il ne se passe rien, il entend le souffle léger de l'autre. Il a envie de se tourner sur le côté pour l'admirer, mais il n'en a pas l'audace.
Puis il sent la main de Ciel se poser légère, sur sa poitrine, sans bouger. Il attend.
"Dors à présent, Ami. Et que tes rêves puissent être beaux." chuchote Ciel.
Ami, un peu déçu, murmure, "Ils le seront certainement..."
"Oui, évidement." répond Ciel.
Ami a envie de caresser la main qu'il a gardé sur la poitrine, de la porter à ses lèvres, de l'embrasser, mais comme l'autre ne bouge pas, ne le caresse pas, il pense que ce léger contact suffit à Ciel et donc ne fait rien.
Le matin suivant, de bonne heure, alors que les autres dorment encore, Ciel le raccompagne jusqu'à l'école. A la porte il le salue.
"On se reverra bientôt. Merci, Ami."
"Merci à toi, Ciel."
Ils n'on pas besoin d'en dire plus, Ami le sent parfaitement. Il le salue de la main et file dans sa cellule prendre le nécessaire pour les leçons du jour, pendant que les autres étudiants se préparent aussi.
Arrive le jour de la visite annoncée de l'Empereur dans l'école. Tôt le matin, les élèves se rangent dans la cour, dans l'ordre des classes, chaque rang parfaitement ordonné, encadrés par les maîtres et les instructeurs en tenue d'apparat. Même les élèves ont reçu un bandeau à mettre sur leur tête, avec la courte plume colorée qui indique les prix obtenus à chacune des compétitions annuelles. Ami et ses copains, n'en n'ont pas, n'ayant encore participé à aucune compétition, ils n'ont qu'un bandeau blanc sans plume.
On a préparée face à eux la loge impériale, complètement couverte de fleurs qui composent le dessin du Soleil, surmonté d'un rideau de plumes qui couvre le petit trône de bois plaqué de feuilles d'or. Un roulement de tambour annonce l'entrée du jeune empereur. Tous se prosternent à terre sans regarder la loge. Ami est ému, il va enfin voir l'Empereur, l'entendre. On dit qu'il est un des poètes les plus accomplis qui ait jamais existé malgré ses vingt-quatre ans.
Sur ordre du doyen, tous se mettent à genoux, puis se prosternent de nouveau par trois fois. Ami a une vision fugace de l'Empereur, un jeune homme svelte et fort, fièrement dressé, avec une haute couronne de plume et le manteau de plumes printanier, un large collier d'or, la jupe blanc et or, les bracelets, les chevillières d'or et les sandales de plume. Et il en reste fasciné.
L'Empereur fait de la main un signe léger et élégant, qui signifie de se mettre à l'aise, et tous se lèvent dans une position d'écoute respectueuse. Alors l'Empereur se lève aussi du trône, un dignitaire délie son manteau, l'Empereur avance d'un pas en signe de prévenante attention, et commence à parler.
Il use de la langue fleurie avec élégance, en modulant la voix, en employant des termes appropriés, des phrases simples mais pleines de poésie. Il parle du futur de l'empire. L'empire, dit-il, se défend par les armes mais se construit par la culture. Il se consolide avec la solidarité et la fidélité réciproque. Vous, qui serez les dépositaires de la culture, êtes appelés à m'appuyer pour édifier un empire resplendissant comme le Soleil que nous vénérons. Je compte sur vous, dit-il d'une voix claire avec un sourire vainqueur, puis, à la surprise de tous, il récite les noms complets de tous les élèves, sans les lire. Lorsqu'arrive le nom, "... sur toi, Dernier Ami de la Lune," Ami éprouve une émotion très forte et se sent totalement amoureux de l'Empereur. Sa beauté, sa voix, son regard, l'aura qui émane de lui, le conquièrent complètement.
Dans son cœur Ami jure, tu pourras toujours compter sur moi, Hymne Puissant Chanté A l'Eternel Dieu Soleil, Dieu Soleil Sur Terre. Avec peine il retient des larmes d'émotion pendant que l'Empereur termine de réciter les presque deux cents noms des élèves. Un long cri de joie jaillit spontanément de toutes les gorges lorsque l'Empereur fait un pas en arrière et que le fonctionnaire lui remet sur les épaules le manteau de plume. Tous se prosternent profondément lorsque l'Empereur sort.
Ils sont tous profondément impressionnés que l'Empereur ait récité tous leurs noms de mémoire, mais Ami, plus d'encore, couve dans son cœur cette phrase : je compte sur toi. Les jours suivants, Ami s'applique sur ses études avec une intensité redoublée, si bien qu'à un certain point le gardien doit l'obliger à sortir et prendre un peu de repos.
Ami descend vers le port, se promène dans la chaleur cet après-midi d'été, repassant dans sa tête les leçons de la journée, lorsqu'il se sent appelé par son nom. Il se retourne et il se trouve en face de Beau Charmant. Il l'avait presque oublié. Il est vêtu avec la jupe bleue des soldats, il a l'épée au côté et le brillant pectoral de cuivre.
"Ami ! Je n'espérais plus te voir, tu n'es jamais venu me chercher." lui dit-il d'un ton de reproche.
"Toi non plus." rétorque immédiatement Ami, "...et mes études m'occupent beaucoup."
"Moi aussi, je suis très pris par les exercices. Mais je suis déjà devenu dizenier. Toi aussi, tu es libre l'après-midi du jour du rat ? "
"Oui."
"Très bien, ainsi nous pouvons nous voir. Mais viens, à présent, je t'emmène dans une taverne. C'est moi qui paye, ils viennent de distribuer la solde."
"Mais nous les étudiants, ne pouvons pas boire de boissons alcoolisées." prévient Ami. Il se sent terriblement attiré par le soldat, sa seule proximité l'excite, pourtant il sait qu'il n'est pas l'homme qu'il lui faut.
"Je boirai seul. Viens. Là, ils ont une chambre que je peux louer. Ou mieux, je la réserverai, retiens la route, comme ça, chaque après-midi du jour du rat, je t'attendrai là."
"Je ne sais pas si je pourrai toujours venir." dit Ami en le suivant.
"Bien sûr que tu pourras." dit l'autre sûr de lui.
Beau Charmant parle brièvement avec l'aubergiste, puis, une carafe de bière à la main, il conduit Ami à l'étage, le fait entrer dans une petite chambre dans laquelle il n'y qu'un lit qui l'occupe presque entièrement. Il pose l'amphore, se débarrasse de son l'épée, du pectoral, et de sa jupe et embrasse Ami, en serrant à pleines mains ses fesses. Ami est très excité. Beau Charmant le sent et il lui dénoue sa jupe et son pagne qui glissent à terre.
"Retire-moi mon pagne." ordonne-t-il.
Ami obéit rapidement. Il se sent comme affamé, assoiffé de ce corps sensuel et fort. Ça fait plus d'un mois qu'il n'a pas fait l'amour et il en a besoin. Beau Charmant le soulève du sol et le porte sur le lit puis il s'allonge sur lui.
"Tu me plais trop. Tu es le garçon le plus chaud que j'ai jamais eu, et j'en ai eu beaucoup. Tu adores faire l'amour, non ?"
Ami le trouve particulièrement bavard, évidemment heureux de l'avoir retrouvé, de pouvoir encore jouir de lui. La passion avec laquelle il s'agite sur lui enflamme Ami, qui, sans plus penser à rien, lui répond avec la même passion. Beau Charmant lui prend les jambes et les repousse contre ses épaules, puis, avec d'habiles et puissants mouvements, il l'enfile et il commence à bouger en lui. Ami gémit en proie à un fort plaisir et répond aux poussées de l'autre en faisant basculer son bassin et pulser le sphincter. Content, le soldat sourit et augmente le rythme de ses fortes poussées. C'est une longue et forte étreinte qui les laisse tous deux épuisés, mais comblés. Beau Charmant semble se souvenir de la bière, il prend l'amphore s'en fait couler une bonne rasade dans la gorge.
D'un coup, Ami est saisi du besoin de s'en aller. Maintenant que tout est fini, il perçoit de nouveau Beau Charmant comme un étranger. Avec lequel il a été très agréable faire l'amour, mais avec lequel il ne peut rien y avoir d'autre.
"Je... Je dois partir..."
"Je veux t'offrir à manger. Descendons, on mange bien, ici. Je te l'ai dit, c'est moi qui paye. Je sais bien que les étudiants sont fauchés. J'ai déjà eu occasion de conduire quelques uns de tes camarades ici." dit-il avec fierté en laissant entendre qu'il a fait l'amour avec d'autres étudiants.
Ils se rhabillent, descendent et Beau Charmant commande à manger. Pendant qu'ils mangent, Beau Charmant passe une main sous la table, le touche intimement ce qui l'excite de nouveau.
"Hé, pourquoi on remonte pas ? J'y retournerais bien !" dit-il d'une voix excitée.
"Non, vraiment, il faut que j'y aille." répète Ami.
"Tant pis. Alors on se revoit le prochain après-midi du rat, je t'attendrais." répond Beau Charmant, en le saluant comme si de rien était.
Ami lui est reconnaissant de ne pas insister, parce qu'il sait qu'il n'aurait pas su dire non. Il rentre rapidement à l'école, à temps pour le dîner et, bien qu'il ait déjà mangé avec Beau Charmant, il dévore avec appétit, presque comme si, en mangeant, il pouvait oublier Beau Charmant. Non, se dit-il, je n'y retournerai pas... A la place, si Ciel se décidait... Je suis sûr que je lui plais, que je l'attire. Pourquoi ne me fait-il jamais la moindre avance ?
Quand il est dans sa cellule, après avoir encore un peu travaillé, il se couche pour dormir. La lanterne éteinte, il regarde le rectangle de lumière argentée que la lune projette sur le mur et réfléchit. Comme dans un rêve, l'image de l'Empereur, ses mots, lui tournent en tête pendant qu'il s'assoupit. Sauf que dans le rêve, il est prosterné devant l'Empereur et il n'y a personne d'autre dans la cour. Et l'Empereur, lorsqu'il fait glisser de ses épaules le riche manteau de plume multicolore, reste complètement nu et sa beauté est si éblouissante, comme la lumière du Soleil, qu'Ami doit fermer les yeux, et il sent alors sur lui la main de l'Empereur qui lui caresse les cheveux et lui dit, "Ami, je compte sur toi."
Il se réveille d'un coup, excité et tremblant, avec le cœur qui bat la chamade. Presque déçu, il se rend compte que ça n'était qu'un rêve. La vision a disparu, seule la lumière de la lune, qui s'est déplacée, baigne maintenant son corps en rendant sa peau dorée. Il se rendort en pensant que de toute façon, pour son Empereur, il deviendra le meilleur élève de l'école. Oui, il peut vraiment compter sur lui, l'Empereur, à cent pour cent.

Suite

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