Avec la fin du week-end, le rythme de la semaine reprend sa routine. Guillaume a renoncé à empêcher Martial de dormir avec lui et chaque matin, il le renvoie d’une tape sur les fesses terminer sa nuit dans son lit. Avec un peu de mauvaise conscience, il se demande s’il n’aurait pas dû aller voir le père du garçon, mais il se répond que si c’était son propre fils, il se serait davantage inquiété de savoir où et avec qui il passe ses journées.
Et comme il ne se sent pas dangereux pour Martial, il se dit que si le père est assez irresponsable pour ne s’inquiéter de rien, ce n’est pas à lui de prendre cette responsabilité à sa place…
Chaque soir, le garçon l’attend, et du plus loin qu’il le voit, un immense sourire illumine son visage, et à chaque fois, le cœur de Guillaume se gonfle de joie à l’idée qu’on l’attend, même s’il sait très bien que cette parenthèse sera courte. Mais il repousse à plus tard les désillusions et regarde avec un peu d’amusement les efforts que fait Martial pour ne pas lui sauter au cou et l’embrasser devant tout le monde.
Un soir, alors qu’il rentre, le garçon court vers lui avec une grande enveloppe blanche à la main dont il extrait le tirage de grande taille d’une photo.
─ Regarde un peu la photo ! s’exclame Martial dès que Guillaume est assez près. Elle est trop chouette, non ?
De fait, la photo le montre sur une planche à voile. Le cliché est excellent, net, avec des couleurs vives. Il pourrait illustrer un magazine. Le garçon est concentré sur l’action, tendu vers l’avant, fermement accroché au wishbone et on sent la vitesse aux gerbes d’embruns qui fusent sous le flotteur, aux cheveux repoussés par le vent.
─ Trop fort, hein ! Je pourrais faire croire que c’est les championnats du monde…
─ C’est ton père qui l’a prise ?
─ Bien sûr que non ! Vu l’appareil de daube qu’il trimballe, il risque pas d’y arriver… Et puis de toute façon, les seules photos qu’il fait, c’est les nibards de sa copine !
─ Mais, Martial ! Ne parle pas comme ça de ton père, s’offusque Guillaume, choqué du peu de considération que le garçon semble avoir pour son père. Alors, cette photo, elle vient d’où ?
─ Ben c’est le photographe du centre ! Tu sais, le chinois. Il prend des photos des gens, et puis il leur dit, et si tu veux, tu peux les acheter. Et alors il m’a dit qu’il en avait fait de moi, et que je pouvais passer.
Guillaume voit bien l’endroit, bien qu’il n’y soit jamais entré. C’est un petit magasin sur le chemin qui conduit à la salle de restaurant. Dans la vitrine, s’alignent des rangées de planches-contacts des activités du jour et de la veille entre des posters de la plage et des environs d’une indéniable qualité artistique.
La boutique est tenue par un garçon assez réservé d’origine asiatique à qui Guillaume dit bonjour de temps en temps, quand il le croise dans l’hôtel. Mais ils n’ont jamais été plus loin que de banales formules de politesse.
─ Alors j’y suis allé pour regarder. T’y croirais pas, il en avait fait plein, au moins… Je sais même pas ! Et j’ai choisi, et ensuite, j’ai demandé la thune à mon père et…
─ Ah, il n’est pas si méchant, alors ? le coupe Guillaume avec un sourire sinueux.
─ Mais non ! J’ai pas dit ça, répond Martial avec un air un peu embarrassé par le sous-entendu. Et puis c’est pas lui, c’est elle ! Toujours dessus… Dès que je me pointe, elle fait la gueule. Heureusement que t’es là, parce que sinon… Mais bon, je reviens le voir avec les sous, et ben il avait ajouté le poster. Gratos ! Super sympa, hein ?
─ Oui, c’est gentil de sa part. Mais t’es sûr que c’est toi, sur la photo ?
─ Ben oui, pourquoi ?
─ Ça pourrait être un montage… Tu sais maintenant, avec le numérique, un petit coup de Photoshop et hop, un exploit !
─ Mais ! T’es pas gentil… se renfrogne le garçon en faisant mine de lui donner un coup de poing.
─ Ne te fâche pas, je te chambre. Allez, elle est très belle. C’est le succès de la réussite. Pour une bonne photo, il faut un bon sujet et un bon photographe. Range-les, tu risques de les abîmer.
Quand le dernier soir arrive et qu’ils reviennent dans la chambre après le dîner, Martial se plante devant Guillaume et le serre dans ses bras.
─ Qu’est ce que tu as envie qu’on fasse, pour le dernier soir ? Je voudrais te laisser un bon souvenir… murmure-t-il en le regardant dans les yeux d’un air un peu mélancolique.
─ Pour le bon souvenir, c’est déjà fait, mon grand ! Mais je suis surpris que tu me demandes ça… Depuis le début, c’est toi qui prends les initiatives. Alors…
─ Ben je me disais que tu osais peut-être pas me demander. Des fois, t’es tellement timide ! C’est pour ça que je te propose… Tu veux pas que je fasse un truc nouveau ? Je sais pas, moi…
─ Tu sais, moi, ce que je préfère, c’est que tu sois heureux. Mais tu n’avais vraiment rien prévu ?
─ Non…
─ Et qu’est ce que tu préfères, toi. Si tu avais le choix, rien que pour toi, tu voudrais quoi ?
─ Rien que pour moi ? D’abord, une douche ensemble, mais que des caresses, et pas jusqu’au bout. Et puis tu te mets sur le dos, et tu me prends, mais moi, j’essaye de pas jouir, et puis ensuite, à la fin, tu me suces ! répond Martial avec l’air d’un petit garçon qui demande des cadeaux au Père Noël.
─ Et bien écoute, c’est un programme qui me va très bien ! Tu veux qu’on commence tout de suite ?
─ Ben non ! D’abord, il faut que tu commences par lire tes mails, parce que sinon, après, tu serais obligé de te relever !
─ Ah oui ! Heureusement que tu penses à tout ! dit Guillaume en riant.
En quelques minutes, il relève sa boîte mail qui ne contient pas grand-chose d’intéressant pendant que Martial continue sa guerre intergalactique. Rapidement, il vide les spams, la referme et éteint son ordinateur. Puis il se lève et passe derrière le garçon qui, assis sur un tabouret, se concentre sur l’écran couvert d’inscriptions incompréhensibles pour Guillaume et de tableaux dans lesquels il change des chiffres suivant des critères obscurs.
Guillaume s’est placé derrière lui, à genoux, et tout en se plaquant contre son dos, il place ses mains à plat sur ses flancs, et l’attire vers lui, dans une caresse lente qui fait frémir le corps svelte. Puis il redescend le long des côtes jusqu’à la ceinture et passe les mains sous le T-shirt, puis remonte sur la peau douce et chaude, s’arrêtant un instant sur les tétons qu’il caresse du plat de la paume.
Martial n’a pas arrêté son jeu, mais pousse un profond soupir. En un mouvement, Guillaume enlève son polo, puis il retire délicatement le T-shirt du garçon et revient se plaquer contre son dos. Quand les larges mains chaudes reviennent se plaquer contre les côtes, il le sent s’adosser plus fort contre lui et se penche pour lui mordiller l’oreille. Et doucement, il laisse glisser une main le long du ventre qui se creuse, puis il glisse sur le côté, vers la cuisse qu’il caresse en remontant par l’intérieur.
Le souffle de l’adolescent s’est accéléré et Guillaume note que les mouvements du pointeur sur l’écran se font moins précis. Progressivement, il rentre les doigts dans la jambe du short dont la déformation ne laisse plus rien ignorer de l’excitation de son propriétaire. Quand Guillaume retire sa main, après avoir effleuré les testicules, Martial pousse un petit gémissement frustré. Sans accélérer, Guillaume attrape la ceinture élastique du short de plage et la tire vers le bas, alors que Martial se soulève légèrement du tabouret pour lui permettre de l’enlever.
Dessous, Martial porte encore le même genre de slip que le premier jour, un slip très simple de coton blanc, sans marque branchée brodée sur une large ceinture élastique, juste un slip un peu enfantin, mais à l’intérieur la bosse qui le déforme marque l’extrême excitation du garçon.
Doucement, Guillaume repousse le short jusqu’aux pieds qu’il déchausse de leurs sandales d’une longue poussée caressante, les enveloppant dans sa paume jusqu’aux orteils. Le puissant frisson qui parcourt le corps flexible se répercute dans celui de Guillaume qui se retient difficilement de se jeter sur lui. La caresse reprend dans l’autre sens, suivant l’arrière du mollet, le dessous du genou, enveloppant la cuisse pour replonger sur la face intérieure. Puis les mains douces effleurent le pli de l’aine, remontent le long du ventre qui se creuse de nouveau, enveloppent les pectoraux pour s’arrêter au niveau du cou.
Les mouvements de la souris sont devenus encore plus incertains, et Guillaume reprend la lente caresse vers le bas, sur le devant du buste, jusqu'à ce que l’extrémité des phalanges passe sous la bordure du slip qu’elles repoussent lentement, jusqu’à sentir le contact un peu rêche de la toison pubienne.
─ On avait dit qu’on commençait par la douche, murmure le garçon.
─ Oui, mais j’ai peur que le clavier supporte mal… répond Guillaume sur le même ton.
─ J’ai presque fini…
─ Prends ton temps, moi, je ne suis pas pressé.
─ Mais demain, tu travailles ?
─ Quand tu seras parti, j’aurai trop de temps pour me reposer.
Guillaume a passé ses doigts sur le côté du slip et il a entrepris de baisser l’arrière, poussant le doux tissu le long des fesses nerveuses. Une fois encore, Martial se soulève légèrement pour laisser passer le vêtement mais Guillaume s’arrête au haut des cuisses, gardant le membre agité de palpitations dans sa prison. La toison pubienne est à présent largement découverte au-dessus du sexe enfermé sous les plis du vêtement partiellement repoussé et Guillaume commence à passer les doigts dans les boucles brunes, peignant les poils bouclés jusque dans le pli de l’aine.
Sans que Martial s’en rende compte, Guillaume s’est également entièrement dévêtu et le garçon sent dans son dos la forme dure qui pousse contre ses reins.
─ Je crois que j’ai fini… déclare le garçon d’une voix un peu incertaine. Tu veux que je l’arrête ?
─ Oui, si tu n’as plus rien d’autre à faire.
─ J’ai encore plein de choses à faire, mais pas avec ce clavier-là !
En quelques clics, il engage la procédure d’arrêt, puis il se laisse aller contre la puissante poitrine et tend les bras en arrière, attrapant les cuisses qu’il serre à pleine main.
─ Embrasse-moi !
Il laisse sa tête partir en arrière et tend ses lèvres à la rencontre de celles de Guillaume qui se penche. Les deux langues se cherchent, pendant que les lèvres se serrent, les réunissant dans un baiser profond, qui se prolonge jusqu’à ce que Martial se recule.
─ Et la douche ?
─ Je t’attendais…
─ Je crois qu’il est éteint, maintenant.
─ Viens… Non, attends, dit Guillaume en le faisant se relever. Que je t’enlève ça…
Il le fait se tourner face à lui, et alors qu’il s’est assis sur les talons, face à Martial debout, il tire doucement les côtés du slip qui emprisonne toujours la verge qui palpite sous le tissu. Sous la traction, le vêtement glisse le long des cuisses et le membre roule, jusqu’à ce qu’il se dégage d’un coup sec et vienne claquer contre le ventre.
Guillaume accompagne la descente du sous-vêtement jusqu’aux pieds, et regarde le sexe fièrement érigé au-dessus des testicules qui pendent lourdement, puis, comme hypnotisé, il se penche en avant pour l’avaler quand Martial l’arrête de la main.
─ Non ! murmure-t-il.
─ Pourquoi ?
─ La douche…
─ Ah, oui.
En souriant, sans le quitter des yeux, il le pousse vers la douche et le fait entrer après avoir ouvert l’eau. Le garçon s’empare du savon mais il lui repousse les mains.
─ Non, c’est moi !
─ Mais moi, je te lave aussi, alors !
─ D’accord…
Les caresses reprennent, toujours aussi lentes, et Guillaume s’attarde longuement sur les fesses dures de l’adolescent. Il savonne le reste du corps avant de prendre enfin le membre dans sa main. Le garçon laisse échapper un gémissement étouffé, et presque immédiatement, il saisit le poignet du jeune homme et le repousse.
─ Déjà ? murmure Guillaume.
─ Seulement ! On est déjà passés au bord de la catastrophe, répond le garçon.
─ Il y a des catastrophes plus graves…
─ Oui, mais c’est pas ce qu’on avait décidé. Attends, c’est un peu à toi, maintenant.
Tranquillement mais fermement, il repousse le jeune homme contre la cloison et le savonne aussi, dans une douce caresse qui fait à son tour trembler Guillaume. Quand il sent ses jambes flageoler sous lui, il attrape à son tour les poignets du garçon et le repousse.
─ Moi aussi, je suis au bord de la catastrophe…
─ Viens, alors ! commande Martial d’un ton impératif.
Après s’être rincés, ils sortent de la douche et se sèchent mutuellement, évitant d’insister sur les verges dressées pour ne pas précipiter un dénouement involontaire.
Puis Martial prend Guillaume par la main et le guide jusqu’au lit. A présent, il sait bien où chercher dans la table de nuit, et il attrape un préservatif qu’il enfile à Guillaume et dépose dessus une dose de lubrifiant. Tranquillement, comme pour laisser à l’excès de tension érotique le temps de se dissiper, il se positionne à genoux au-dessus du bassin de Guillaume, et prenant son membre en main, il se laisse descendre progressivement sans le quitter des yeux.
Guillaume a posé ses mains à plat sur les cuisses du garçon dont la verge bat contre le ventre. Il reste immobile, empalé sur Guillaume, ses yeux se voilent de plaisir et il se mord les lèvres en attendant que la pression retombe. Enfin, doucement, il commence bouger. Les allers-retours s’accélèrent progressivement, alors que Guillaume l’a pris par les hanches et accompagne le mouvement.
La chevauchée dure longtemps, régulière, et soudain, Martial ouvre les yeux et les plonge dans ceux de Guillaume.
─ Viens, maintenant ! dit-il d’un ton rauque, impératif, alors que le rythme accélère.
Emporté par l’injonction, Guillaume se laisse partir, et serrant les hanches du garçon dans ses mains puissantes, il le pistonne à grands coups de reins en poussant un gémissement sourd. Il a l’impression de jouir interminablement alors que le garçon le dévore des yeux en se mordant de nouveau la lèvre.
Quand il sent que Guillaume est arrivé au bout de son effort, il ralentit et se rassoit sur son bassin, immobile, conservant encore en lui le membre qui dégonfle doucement. Le sien n’a rien perdu de sa superbe et bat doucement pendant que Guillaume lutte pour reprendre son souffle. Puis ce dernier ouvre les yeux et dévisage Martial d’un air un peu égaré. Lentement, il lâche les hanches, puis tend une main vers le sexe qui lui fait face mais Martial le bloque encore, figé au-dessus de lui, le regard un peu trouble.
─ Non… Pas encore ! murmure le garçon.
─ Mais quand ?
─ Bientôt, attends !
Le ton est impérieux, malgré son air presque désorienté, et Guillaume laisse retomber ses mains sur les cuisses qu’il caresse presque machinalement en se demandant quand le garçon va lui permettre de reprendre le cours de ce programme diabolique.
Enfin, Martial se redresse et laisse sortir de lui le membre presque entièrement dégonflé et, avant que Guillaume ait pu faire un geste, il lui retire son préservatif et court jusqu’à la douche dont il rapporte une serviette avec laquelle il essuie la transpiration qui coule sur la poitrine de son aîné, puis il termine en nettoyant avec délicatesse le membre flaccide.
Puis il se couche à son tour sur le lit, le long de son compagnon et, après lui avoir donné un petit baiser sur les lèvres, il le regarde avec un léger sourire.
─ C’est ton tour, maintenant ! Tu peux t’occuper de moi…
Le sexe n’a pas molli, et tremble légèrement d’excitation au-dessus du ventre plat. Guillaume se penche sur le gland qui brille des émissions qui ont coulé le long de la hampe. A petits coups de langue, il le nettoie, puis il prend l’extrémité et la suce du bout des lèvres. Martial se cambre, et tente de pénétrer dans la bouche accueillante, mais Guillaume se dérobe et se laisse descendre jusqu’aux testicules qu’il gobe, tour à tour, en les faisant rouler contre son palais, puis il remonte lentement le long du membre sur lequel il passe des petits coups de langue, comme s’il léchait une glace.
Martial pousse un léger gémissement et pose sa main sur la tête de Guillaume, dans une invite pressante. Une fois encore, le jeune homme se dérobe et lui repousse le poignet.
─ Non… Pas encore !
─ Si…
─ Bientôt, attends !
La presque symétrie de cet échange rapide fait sourire Guillaume qui regarde le visage de Martial. Il a les yeux fermés, et sa figure est traversée de crispations rapides, comme s’il souffrait. Il reprend le gland du bout des lèvres et le tète, buvant le sérum qui coule presqu’en continu. Il a posé une main à plat sur le ventre, sur les abdominaux qui se tendent à chaque contact, et l’autre sur la cuisse. Les muscles des jambes sont tendus comme des ressorts.
Enfin, à une secousse plus forte du corps juvénile, il comprend que le garçon a passé le point de non-retour et il avale tout le membre, l’aspirant d’un coup et commence des allers-retours rapides pendant que Martial se vide en longues giclées. Chaque salve est accompagné d’un gémissement aigu et Guillaume a même du mal à avaler tellement l’orgasme puissant fait jaillir de liquide de cette source qui semble inépuisable.
Quand l’orgasme se termine, Guillaume garde le membre dans sa bouche, tournant lentement la langue autour du gland sensible, jusqu’à ce que le garçon essoufflé lui relève la tête, presque de force, incapable de supporter la puissance des sensations.
─ C’était conforme au programme ? lui murmure Guillaume en s’allongeant à ses côtés.
─ Je t’aime… répond le garçon.
Guillaume a un coup au cœur en regardant Martial dont les yeux se sont remplis de larmes. Il le prend dans ses bras et le serre contre lui.
─ Il ne faut pas que tu pleures…
─ Mais c’est fini. Je vais partir et…
─ Chut… le coupe Guillaume. Et puis ça fait une semaine que tu découches ! Tu ne vas pas me laisser tout seul cette nuit, quand même !
─ Mais non. Mais demain…
─ Demain est un autre jour. Profite déjà de celui-là. Et je ne veux pas que tu pleures ! répète-t-il en le serrant plus fort contre lui.
─ Oui… répond Martial d’une petite voix en lui posant la tête sur l’épaule.
Sans bouger, Guillaume écoute la respiration de Martial se faire plus profonde quand le garçon glisse dans le sommeil, entrecoupée de sursauts brefs, comme des sanglots retenus, et ses yeux à lui aussi s’embrument quand il pense qu’une nouvelle fois, le compagnon d’une semaine va brutalement disparaître, le laissant à cette solitude stérile.
Instinctivement, il le serre contre lui et Martial répond en passant un bras autour de lui et en l’étreignant dans son sommeil. Rasséréné par cette douce pression, il glisse à son tour dans le sommeil.
Au matin, c’est une impression merveilleuse qui le réveille. Martial s’est glissé sous le drap léger et suce avec avidité son érection matinale. Il regarde l’heure à son réveil. Il lui reste encore sept minutes avant qu’il ne doive commencer sa journée. Sans dire un mot, il se retourne doucement, attrape le corps svelte et l’attire à lui. Il avale à son tour le membre dressé et le suce goulûment, aspirant la jeune sève avec ardeur, et très vite, ils se vident dans la bouche l’un de l’autre, dans une forme d’urgence, comme si cette relation ultime pouvait clore ce chapitre merveilleux.
Et puis, brutalement, le réveil se déclenche avec un bourdonnement léger et Guillaume a l’impression d’un bruit de verre brisé. Le garçon saute du lit et le regarde avec des yeux brillant de larmes. Avant qu’il ait le temps de prononcer un mot, Guillaume lui donne comme tous les matins précédents une tape sur les fesses pour le renvoyer dans sa chambre.
─ Allez, file terminer ta nuit dans ton lit, que les convenances soient respectées. Et puis tu dois avoir un sac à boucler. Va vite ! Je te retrouverai à l’embarquement…
Sans rien dire, le garçon enfile en un éclair ses vêtements légers et s’enfuit en courant, mais pas avant d’avoir jeté un dernier regard à Guillaume, le visage ruisselant de larmes silencieuses.
Guillaume reste un long moment, assis au bord du lit, une boule dans la gorge, avant de se décider à bouger, et sans même prendre de petit-déjeuner, il part pour son bureau dans lequel il s’enferme. Il essaye de se concentrer sur les notes, les plannings, mais rien n’y fait et chaque fois qu’il regarde un papier, le visage de Martial apparaît dessus comme en filigrane. La matinée et le début d’après-midi se traînent, interminables, et quand arrive l’heure à laquelle la navette de l’hôtel arrive à l’aéroport, il a l’impression de ne rien avoir fait.
Il traverse l’aérogare en essayant de reprendre bonne figure, et quand il arrive dans le hall de départ, il voit par les grandes portes en verre la navette de l’hôtel qui se gare. Le groupe descend et Martial sort le dernier, traînant des pieds, l’air triste. Alors que le groupe entre dans le hall des départs, Martial relève la tête et fouille la foule du regard. Quand enfin il aperçoit Guillaume, un immense sourire envahit son visage et il court jusqu’à lui pour le prendre dans ses bras.
─ T’es là ! J’avais peur que tu viennes pas…
─ Pourquoi ? Je n’ai pas l’habitude de mentir…
─ Oui, mais des fois, on peut pas…
Par-dessus l’épaule du garçon, Guillaume voit soudain s’approcher son père, qui le regarde d’un air franc et ouvert. Une grande ficelle blonde est accrochée à son bras et le regarde d’un air ennuyé. Martial les lui avait montrés de loin et il n’a aucune peine à les reconnaître.
─ Ah, c’est donc vous, ce guide fabuleux dont Martial nous a tellement vanté les mérites !
─ Oh, guide fabuleux, c’est beaucoup dire. Mais vous avez là un fils attachant et plein de qualités !
─ Ah bon ? Ce grand flandrin aurait tant de qualités ? demande le père d’un ton sincèrement étonné.
─ Oui, je vous l’assure ! Il m’a impressionné par son coup d’œil d’artiste. Il a beaucoup de goût, de sens de la mise en scène, vous devriez le pousser dans cette voie.
─ Ah, vous pensez ? Je ne le voyais pas comme ça, mais je vais y réfléchir…
Martial a lâché Guillaume et s’est reculé pendant ce court échange, dégageant la vue sur la silhouette du jeune homme et soudain, ce dernier se rend compte que la fille a changé d’attitude. Son œil un peu éteint par l’ennui s’est allumé et le détaille avec une certaine complaisance en s’attardant au niveau de sa ceinture. Il a soudain l’impression désagréable d’être nu sur l’estrade d’un marchand d’esclaves.
─ Ne perdez pas de temps, ou alors il n’y aura plus de place aux hublots, dit Guillaume pour faire diversion.
─ Oh, les nuages, c’est si ennuyeux… laisse passer la blonde.
─ Et ben tu pourras te mettre loin au milieu, alors ! Tu me passes mon billet, Papa ? Moi, j’aime bien regarder dehors. Je reviens, tu m’attends ? ajoute-t-il en direction de Guillaume.
Il part sans attendre en courant presque vers l’enregistrement, suivi par le couple dont la fille se retourne pour le dévisager d’un air vaguement aguichant. Guillaume se sent mal à l’aise devant cette invite grossière dont le père n’a même pas semblé se rendre compte et comprend mieux à présent les raisons des réflexions désabusées sur le couple que Martial a faites tout au long du séjour.
Il est plongé dans cette réflexion morose quand Martial revient et se jette sur lui et le serre de nouveau dans ses bras. Il relève la tête vers le garçon qui le regarde avec un sourire réjoui.
─ Trop fort ! Je suis à un hublot et elle a tellement couiné qu’ils sont au moins quinze rangs derrière ! Je vais être tranquille, au moins. Je comprends pas pourquoi il la traîne avec lui… T’as vu comment elle est ? En plus, elle se gêne pas. T’as vu comment elle te matait la braguette ? Quelle salope ! ajoute-t-il à voix basse. Mais elle t’aura jamais ! T’es rien qu’à moi…
─ Tiens-toi bien ! Et puis on ne parle pas des gens comme ça, même quand ils le méritent… lui répond Guillaume avec un sourire un peu triste.
─ Tu m’écriras ?
─ Tu sais bien que je réponds toujours aux mails que je reçois, avant de me mettre au lit ! Alors envoie-moi des nouvelles. Allez, il faut que tu y ailles, tu as encore tous les contrôles à passer. Va vite !
─ Ils font chier, tous ces gens ! Je peux même pas t’embrasser tranquillement une dernière fois… dit Martial en s’éloignant à regret.
Guillaume, une boule dans la gorge, le regarde s’éloigner, les yeux brillant de larmes retenues, et dès que la fine silhouette a disparu dans le couloir d’accès à la salle de départ, il s’enfuit à son tour, courant presque vers sa voiture pour rentrer à l’hôtel.
A l’arrivée dans sa chambre, l’endroit pourtant si familier lui paraît soudain vide, comme s’il lui manquait quelque chose de très important. Et pour vaincre l’abattement qu’il sent approcher, il ressort pour aller prendre au bar sa bière vespérale. Il est encore tôt et l’endroit est presque vide. Il s’installe sans un coin avec son verre et reprend sa réflexion morose en regardant l’océan d’un œil vide.
Quelque minutes après, Mousse fait à son tour son entrée, et après avoir lui aussi pris un verre, il s’approche sans bruit et le pose à côté de Guillaume qui ne tourne même pas la tête, perdu dans sa pensées.
─ C’est sûr, c’est dur quand ils s’en vont… dit Mousse à voix basse, comme pour le consoler.
─ Hein ? Qui sont partis ? répond Guillaume, arraché à sa rêverie mélancolique.
─ Tous, les uns après les autres… Tant que tu ne trouveras pas le bon. Surtout quand on s’attache… Et il avait l’air attachant, ce petit démon !
─ Oui… Tu l’avais remarqué ? demande Guillaume avec un sourire contraint.
─ Pas avant, je n’ai même pas eu le temps. Mais dès que je vous ai vus ensemble… Pour moi, c’était juste évident ! Et puis après ton petit tour à l’Anse à Collier… Mais c’est sûr, après, quand ils s’en vont, ça laisse un vide.
Les deux hommes restent un instant silencieux en buvant lentement leur bière. Guillaume laisse errer son regard sur l’horizon où les premières étoiles commencent à scintiller.
─ Oui, au début, je ne voulais pas, mais je n’ai rien pu faire… Il était tellement… entreprenant ! Je l’ai laissé faire, en sachant très bien que ça ne pourrait pas durer. Moi ici pour le boulot, lui en vacances, encore au lycée… Mais il m’a littéralement ensorcelé…
Guillaume se tait de nouveau, buvant sa bière à petites gorgées. Mousse ne répond pas. Il attend que le jeune homme laisse sortir cette tension sourde, ces regrets d’une histoire impossible. Derrière eux, la salle s’anime doucement, alors que les clients de l’hôtel commencent à arriver en s’interpellant joyeusement après une journée de vacances au soleil.
─ Mais toi ? Tu n’as jamais l’air de les regretter, après… reprend Guillaume à voix presque basse.
─ Oh moi… Mais moi, je ne suis pas sérieux ! Pas comme toi… Et puis j’ai décidé de ne pas me frapper. Ici, je sais bien que c’est presque impossible de construire quelque chose qui dure. Les gens passent pour les vacances, ils sont là pour oublier leurs petites misères de tous les jours, alors, dès qu’ils peuvent, ils s’amusent. Et moi, je fais partie du jeu, d’une certaine façon. Et puis j’en profite aussi…
─ Mais il n’y a pas que des touristes, ici.
─ Oui, c’est vrai, le reste du personnel de l’hôtel, ou des hôtels d’à côté, et puis les locaux… Oui, mais bon, je ne cherche rien, seulement à m’amuser… Je te l’ai dit, je ne suis pas sérieux ! Remarque, des fois, ça n’empêche pas un petit regret. Mais je ne m’arrête pas à ça, j’en trouve toujours un autre !
Le silence retombe, alors que les deux hommes ont presque fini leur bière. Guillaume contemple pensivement le fond de son verre, en essayant de s’imaginer en coureur de jupon. Mais même le terme ne serait pas approprié pour leur cas et il imagine Martial en jupons, dans un déguisement parodique, et cette idée amène un léger sourire sur ses lèvres.
─ Ah, c’est mieux, murmure Mousse à son oreille. Je vois que tu reprends goût à la vie.
─ Ouais… Mais je ne crois pas que j’arriverais à papillonner comme toi. Je ne suis pas d’une nature heureuse comme la tienne. Je ne saurais pas faire, je pense. Et puis j’aurais peur de faire mal aux autres… Remarque, le pauvre gosse, il avait presque les larmes aux yeux, à l’embarquement, tout à l’heure, alors je ne suis même pas cohérent avec moi-même.
─ Il ne faut pas que tu te flagelles, Guillaume. Tu lui as fait vivre un moment magique, crois-moi. C’est évident que c’était difficile pour lui de s’en aller, mais tu peux être sûr qu’il gardera de son séjour un très bon souvenir. Ne sois pas triste de ce que tu lui as permis de vivre. Et garde pour toi-même le plaisir de ce moment…. Tu sais, ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit des cadeaux de la vie !
Au moment où Guillaume va répondre, un autre moniteur arrive derrière eux et donne une claque sonore sur l’épaule de Mousse.
─ Alors, on se désole sur la montée du niveau des océans suite au changement climatique ? Ou alors l’approvisionnement en bière est interrompu pour un mois ? Allez, venez nous rejoindre, au bar ! s’exclame-t-il.

Suite