Nous nous sommes installés, Théo et moi, dans la chambre qui était la mienne avant que je ne sois chassé de cette maison. Rien n'a bougé. Je remarque avec étonnement qu'elle est propre. Ma mère a dû passer par là. Quand je ne sais pas mais en tous cas, elle a fait un brin de ménage. On se couche rapidement et je m'endors à la même vitesse. Submergé par la fatigue accumulée dans la journée.
Le matin… je laisse Théo dormir et descends dans la cuisine où ma mère est plongée dans un magazine coloré. Je l'embrasse, jette un œil à l'horloge et m'assois en face d'elle. Elle pousse le magazine vers moi avec un faible sourire. Je baisse les yeux vers la page haute en couleur et mon visage apparaît, rayonnant. Il y a également une photo de mon passage au Virgin Mega Store des Champs Elysées entouré de Théo et de Nico lorsque je signais l'album de cette fille à l'allure excentrique. J'ai soudain une sensation étrange : bien que cette photo n'ait été prise qu'hier, j'ai l'impression qu'il s'est passé des années depuis cet instant où rien d'autre n'avait d'importance pour moi que sourire et signer des CDs.
Je cligne des yeux et reviens au présent. Mon regard se détache de la photo et parcourt le reste de la page. Pour la première fois depuis que ma mère m'a donné le magazine, les titres flamboyants me sautent aux yeux :
« Hugo Marc, premier jour de vente de son premier album : plus gros succès enregistré depuis des années ! »
En dessous est affiché le nombre exact. J'en reste béat. Au bout de quelques secondes d'inactivité, je rends à ma mère son magazine. Un silence pesant se fait ressentir.
- Au fait, c'est gentil d'avoir fait la chambre.
Après un léger blanc, elle me répond que ce n'est pas à elle que je dois ça.
- Ton père… Il fermait cette pièce à clé jour et nuit et refusait que quiconque y entre à part lui. Il gardait constamment la clé sur lui. La seule fois où il m'en a parlé, il m'a dit qu'il voulait garder les souvenirs de son fils disparu.
Elle étouffe d'un sanglot. Je baisse la tête. Je me doutais bien que j'étais mort pour mon père depuis mon Coming Out l'an dernier. Ma mère semble saisir mes pensées et reprend :
- Une fois, je suis rentrée plus que tôt que d'habitude et je l'ai entendu demander pourquoi son fils unique avait choisi une telle voie, une telle vie ; au début, je pensais qu'il parfait de ta vie sentimentale mais il ne s'agissait pas que de ça. Je pense qu'il espérait que tu fasses des longues études. Il t'avait toujours imaginé médecin, avocat ou quelque chose de « Grand » selon lui. Tu as tout plaqué pour ta passion et, même si c'était avec raison, on le voit ici - elle me montre le magazine - c'était très risqué et on a eu peur pour toi. Ton père n'a jamais voulu t'en parler et je pensais avoir réussi à le persuader que c'était ton choix et qu'il fallait te faire confiance mais…
« Après ça, il s'est énervé sur ton homosexualité. Malgré tout, il a pris soin de ta chambre, de tout ce qui lui rappelait celui que tu étais avant de nous faire cette annonce, celui qui partageait une partie de ses projets. Je sais que tu étais toujours le même avant et après que tu nous le dises - ajoute-t-elle en me voyant ouvrir la bouche - mais pas pour ton père. Cette année a vraiment été éprouvante. Pour tous les trois.
Elle se lève, range le magazine dans un panier et me dit qu'elle a plusieurs choses à faire. Je me lève à mon tour et remonte dans ma chambre. Théo est encore endormi et prend la quasi-totalité du lit. Je me glisse près de lui. Ma tête sur l'oreiller, je regarde et détaille les traits de mon homme pendant que je ressasse les paroles de ma mère.

J'ai dû me rendormir car je me sens un peu vaseux quand j'ouvre les yeux. Théo est penché sur moi et plonge son regard dans le mien. Je monte un peu mon visage à la rencontre de ses lèvres. Je l'enserre ensuite et le rapproche de moi. J'aime ce contact. Après un court combat et un passage dans la salle de bain, nous descendons dans le salon où ma mère repose à peine le combiné de téléphone sur son socle.
- Bonjour Théo. Si tu veux manger un peu, il y a tout ce qu'il faut dans la cuisine.
Mon copain la remercie et s'assoit avec moi sur le canapé. Nous attendons quelques secondes avant de recommencer à parler. Ma mère est la première à ouvrir la bouche. Elle nous annonce que l'enterrement sera dimanche prochain. Elle se lève et quitte la pièce en nous disant qu'elle a quelque chose à faire. Je n'ose pas lui demander quoi, sentant que ce n'est pas mes affaires. Après tout, quiconque aurait perdu son conjoint aurait besoin de solitude pour se retrouver. Théo me prend la main et me chuchote qu'on devrait rentrer chez nous, laisser ma mère toute seule. J'acquiesce et pars la prévenir de notre départ. Je la croise dans le couloir et lui explique que nous allons repartir.
- Je vous tiens au courant du reste. Et encore félicitations pour ton album Hugo.
Elle nous embrasse, Théo et moi, et disparaît dans le couloir. Nous montons récupérer le peu d'affaire que nous avons laissé dans ma chambre avant de gagner la voiture de mon copain. Nous faisons le trajet en silence. L'air de notre studio est frais. Je mets en route le chauffage et me laisse tomber sur le sofa. Théo vient se pelotonner contre moi. Sa chaleur est vraiment douce et rassurante. Il passe un bras autour de mes épaules tandis que sa tête vient se poser sur la seconde.

Deux jours après l'enterrement, Théo m'informe que je suis convié à une émission de télé pour parler de mon album et de son succès. Sur le coup de la nouvelle, je n'en ai pas très envie.
- Pourtant Hugo, je pense que ça t'aiderait à te changer les idées. Sans compter que tout est tombé au mauvais moment…
Je comprends ce qu'il veut dire mais je n'y peux rien. Aux premiers instants qui suivent son intervention, j'ai une bouffée de colère qui monte. Même si mon père nourrissait une profonde aversion pour celui que je suis à ses yeux depuis l'an dernier - rien de plus que « une saloperie de pédale » - il n'a sûrement pas fait exprès de mourir dans le seul but de me faire du mal. Sinon, pourquoi aurait-il attendu la sortie de mon CD ? Non, c'est complètement improbable. Cette colère qui m'a envahi l'espace d'un instant retombe dans les tréfonds de mon esprit. D'un autre côté, je me suis toujours dit que l'ombre méprisante de cet homme constituait un de mes seuls blocages ; ça, avec mon appréhension de voir ma vie de couple révélée, exposée au su de tous. Cette dernière chose ne m'importe plus depuis cet article qui en a engendré tant d'autres depuis sa publication. Quant à mon père, même si ça paraît horrible de dire ça, j'ai le sentiment d'en être libéré. Il n'est plus là pour m'interdire de passer du temps avec ma mère. De surcroît, je n'aurai plus à m'imaginer ce que pense de moi ce père qui m'a jeté hors de sa vie il y a un an.
- Demain à quelle heure ?

Il est presque neuf heures. Le soleil a disparu depuis un bon moment déjà. Je n'aime vraiment pas l'hiver, la neige… le froid. Quoi que le froid me donne une raison supplémentaire de passer la journée dans les bras de mon homme. Je vais ouvrir à une Audrey tout à fait rayonnante. Elle me serre contre elle.
- Désolée de ne pas avoir été là quand il aurait fallu.
- Bah ! C'était le mariage de ton frère et tu étais la demoiselle d'honneur ! Te mine pas pour ça. Alors, comment c'était ?
Après une description minutieuse de tous les détails affriolants de ce week end, elle s'étonne de l'absence de ma moitié. J'explique qu'il est parti chercher ce qu'il faut à manger pour regarder un film qu'il doit passer prendre.
- Aussi pour nous laisser parler un peu toi et moi.
- Vraiment, c'est le mec parfait ! Il laisse son chéri aux prises d'une discussion trépidante avec sa meilleure amie. Tu penses que je vais réussir à trouver le même, version hétéro ?
La question soudaine me prend un peu au dépourvu et, sans même attendre ma réponse, elle s'exclame :
- Sinon, j'te pique le tien ! Tiens ! D'ailleurs…
Théo entre dans la pièce, les bras encombrés, quand Audrey se jette sur lui, l'attrape par la main et l'entraîne vers la sortie. Il me lance un regard stupéfait et laisse tomber les sacs. Je me lève à mon tour pour les suivre. Dans la petite entrée, elle est morte de rire contre le mur tandis que mon copain se demande encore se qu'il se passe. Je ris à mon tour en contemplant son beau visage où se mêlent l'amusement et l'incompréhension. Il vient se réfugier derrière moi et demande ce qu'il arrive. Mon amie se redresse, toujours en riant, et fait mine de vouloir repiquer Théo.
- Va falloir t'en trouver un autre. Celui-là, c'est le mien et je le partage pas ! Même pas avec toi Audrey.
Sur ces mots, Théo passe ses mains autour de ma taille, pose sa tête sur mon épaule et parle pour la première fois depuis son arrivée.
- Elle a fumé quoi ?
De retour dans le salon, nous récupérons les sacs que nous vidons dans la cuisine. On se prépare des petits assortiments sucrés-salés - pas vraiment équilibré mais pour l'occasion, c'est ce qu'il faut - et nous les amenons sur la table basse du salon. Pendant ce temps, Théo s'enquit de connaître la véritable raison de la tentative d'enlèvement d'Audrey. Pour toute réponse, il plonge son regard dans le mien en s'adressant à elle :
- C'est pas compliqué, « prénoms de même sonorité, entente assurée » !
- Ouais t'es gentil… En clair, tu veux que je sorte avec Mickey.
- Quand tu y réfléchis, ça fait six lettres dans vos deux prénoms… Et puis, on doit s'habituer aux oreilles !
- Fais gaffe quand même toi ! Si l'envie me reprend, je peux très bien te kidnapper pour de vrai…
Elle poursuit en se frottant les mains et se léchant les lèvres. Une fois encore, Théo se planque dans mon dos en chuchotant qu'il a la trouille. Je pars dans un fou rire en voyant la scène. Audrey a pris un air diabolique et continue de passer la langue sur ses lèvres en jouant avec ses doigts comme une évadée de l'asile tandis que mon homme a attrapé un pan de mon sweat-shirt pour se cacher le visage derrière en me suppliant de l'aider. Il me faut de longues, très longues minutes avant de pouvoir retrouver mon calme, même lorsqu'ils ont arrêté leur jeu. La conversation passe rapidement sur le mariage du frère d'Audrey, s'aventure sur les tribulations de ma meilleure amie avant de se porter vers l'enterrement de mon père, où je reste très évasif en me gardant de m'emporter, pour enfin terminer sur ma présence au show TV demain soir. Au moment où nous en arrivons là, il est déjà pratiquement onze heures et demie. Lorsqu'un silence s'installe, le téléphone d'Audrey rugit une musique tout bonnement abominable. Elle répond trop lentement à mon goût.
- Allô ! Oui ! Non… pas trop… pourquoi ? Tout de suite ? Aah… tu peux te gratter ! Hein mais euh de quoi que ça me regarde pas ça non ? J'ai rien capté. Nada que dalle rien j'te dis ! Quand je te dis que tu peux te gratter je suis sérieuse, remets pas ça sur le tapis. J'aime pas ton pote là c'est tout. Bon ok mais c'est toi qui cuisine et j'ai le droit de me barrer ou de le jeter si j'en ai marre. C'est mon dernier mot Jean-Pierre, désolée. On fait comme ça. Tout à fait. A toute ! Bisous.
Elle s'excuse pour nous avoir infligé cette conversation. Je lui dis que je déteste sa sonnerie, elle répond qu'elle aussi mais que si elle en avait une qu'elle aimerait, elle ne décrocherait pas juste pour profiter de la musique alors que là, elle n'a qu'une envie : mettre fin à cette cacophonie. Théo lui demande si elle connaît vraiment Jean-Pierre Foucault. Elle lui affirme qu'elle le lui présenterait s'il sortait avec elle.
- Mouais alors non ! Déjà que j'ai pas très envie de le voir avec ses grands airs alors, si en plus faut que je te supporte…
Ma meilleure amie pousse une exclamation à la fois surprise et outrée, comme elle sait si bien les faire, avant d'exploser de rire.
- Qui t'a appelée ?
- T'es de la police ?
- Je t'avais pas dit ?
- C'était ma belle mère, Mister Holmes. Elle veut absolument que je sois là demain midi pour déjeuner avec son meilleur ami et mon père. Elle me fait chier celle là !
- T'es obligée de préciser que c'est elle qui fait la boustifaille ?
- Ouais parce qu'elle sait rien faire. Je sais pas comment mon père a pu tomber amoureux d'une gourde comme ça ! Et le pire, c'est que je vais y aller de suite, ajoute-t-elle en se levant.
- De quoi ?
- Ben c'est pas la porte à côté et faut que je prenne quelques affaires. J'en profiterai pour aller voir mon p'tit frère ! Tu sais, celui de dix sept ans. Il est fan de toi d'ailleurs. Il me demande sans arrêt de lui rapporter des trucs venant de toi. Sans compter qu'il écoute ton CD en boucle. C'est lassant tu peux pas savoir…
- Ses demandes de me voler ou la musique ?
- Avoir une star pour ami.
- Trop dur pour toi ! s'écrie Théo en riant.
- T'as pas idée… Allez les gars, je vous laisse !
Elle nous embrasse et ramasse ses affaires avant de s'arrêter en plein milieu de la pièce.
- Tu oublies un truc ?
- J'hésite… j'embarque Théo, je l'embarque pas, j'embarque Théo, je l'embarque pas…
Je me jette sur l'intéressé et le prends dans mes bras.
- Tu l'embarques pas ! Il est à moi tout seul et je prête pas.
- Egoïste va !
Nouveaux éclats de rire. Après nous être dit bonsoir une dernière fois, elle quitte l'appartement. Nous retournons tous les deux dans le salon et ramenons le reste de l'apéritif à la cuisine. Alors que je verse tout ce qui reste dans une seule assiette, des mains passent sous mon sweat et me caressent le ventre doucement. Je laisse tomber ma tête en arrière, sur l'épaule de Théo.
- J'aime bien quand tu te bats pour moi…
- Ouais enfin avec Audrey, c'est pas une bagarre avec pieds et poings brandis.
- Peut-être mais j'aime ça.
- Le plus atroce est que je le pense réellement. Pas question de te partager avec qui que ce soit.
Il m'embrasse dans le cou et la nuque. Il remonte ensuite jusqu'à mon oreille qu'il me mordille délicatement avant de me souffler :
- Tu m'en voudras si je te dis que j'ai envie de toi, là de suite ?
- Je pense pas… Pourquoi ? Tu as envie de moi, là de suite ?
- Viens avec moi que je te montre…
Il me prend la main et m'entraîne vers l'escalier de notre chambre…

Je monte dans la voiture, Théo démarre et nous sommes partis pour le plateau. On m'a demandé d'arriver deux heures avant le début de l'émission, histoire de tout planifier entre autres choses. Après les dédicaces, c'est une nouvelle première fois. Je crains un peu les questions qu'on risque de me poser. S'il ne s'agissait que de dire bonjour, chanter et dire au revoir, ç'aurait été moins compliqué. Là, en plus de tout ça, il y a une interview. Je sais pas combien de temps je vais rester sur le plateau. Je me promets de poser la question. Mon cerveau tourne à toute allure au fur et à mesure que nous approchons du bâtiment. S'il y a ne serait-ce qu'une question sur ma vie privée, je partirais. C'est ce que je me dis maintenant, dans la voiture, mais est-ce que c'est bien ce que je ferai là-bas ? Théo s'engage dans le parking après avoir montré l'invitation. Le vigile nous a indiqué qu'on devait se rendre au troisième étage du bâtiment. On trouve à se garer facilement en face d'un ascenseur.
Les portes se rouvrent sur un nouveau décor. Nous avançons dans le couloir aux couleurs de la chaîne. Une femme d'une trentaine d'années déboule d'une salle, toute essoufflée, et s'avance vers nous. Les cheveux châtains attachés par une queue de cheval sous une casquette à l'image de l'environnement, les yeux verts pétillants et le visage encadré par un casque audio auquel est fixé un micro. Elle parle avec empressement ; je ne saisis pas ce qu'elle dit. Elle s'arrête devant nous en continuant sa discussion, nous fait signe de la suivre avec un sourire et trottine dans le couloir. Je lance un regard stupéfait à mon homme qui hausse les épaules et marche à son tour. Quelques minutes plus tard, nous sommes dans une loge de taille tout à fait acceptable et la fille lâche son interlocuteur pour se tourner vers moi.
- Excusez-moi, c'est la folie ici ! Entre les célébrités qui exigent une loge plus grande, celles qui veulent manger ou boire et d'autres qui cherchent juste un peu d'attention, je me balade partout dans l'étage.
Elle nous tend la main - que nous serrons tour à tour - et enchaîne :
- Je m'appelle Amandine et je suis chargée de vous informer du déroulement de la soirée. Grâce au ciel, vous n'arrivez pas en criant comme une certaine blondasse qui se trouve de l'autre côté de l'étage. Enfin bref, excusez-moi pour cette incartade.
- Pas de soucis. Vous avez l'air assez débordée, ça peut se comprendre.
- Enfin quelqu'un de compréhensif ! Un bonheur ! Alors, je vais vous expliquer comment ça va se passer…
Tout est organisé à la minute près. Théo et moi avons droit à tous les détails. A en croire Amandine, c'est un véritable épisode de Mission Impossible qui est préparé pour chaque émission. Je passe au tout début de l'émission pour l'interview et participer un peu (je ne sais pas vraiment à quoi mais ce sont les mots d'Amandine), je laisserai ma place à un autre invité pour enfin revenir juste avant le générique pour chanter. La responsable des coulisses nous emmène ensuite sur les lieux qui grouillent de monde. On passe devant une large porte d'où émane un brouhaha puissant. Je demande à Amandine qui est derrière et apprends qu'il s'agit du public de l'émission qui n'a pas encore le droit d'accéder au plateau.
En revenant dans ma loge, la responsable bifurque brusquement dans une pièce vide. Nous n'osons pas la suivre mais cherchons le motif de ce détour. Les cris d'une certaine blondasse s'élèvent soudainement à une dizaine de mètres dans le couloir. Une fois l'orage passé, Amandine sort du local et continue de nous guider dans un léger « excusez-moi ». Au carrefour où les nuages s'estompent, je tourne la tête pour voir Ophélie Winter se remettre à pester sur un assistant qui lui demande d'éteindre sa cigarette.
De retour dans la loge, Amandine nous quitte en précisant qu'elle viendra me chercher lorsque ce sera mon tour d'entrer en scène. Théo referme la porte et vient m'embrasser.
- Pas de tout repos ! Ça va ? Tu stresses pas trop ? Ça se passera bien, t'en fais pas.
- Hey ! Je m'en fais pas. Toi, en revanche…
- Quoi ? Je stresse pour toi ! Je sais pas comment tu fais pour ne pas avoir le trac. Tu vas te retrouver autour d'une table avec plusieurs célébrités tout en étant cerné par une foule de gens. Sans compter les caméras…
- Ben ça va. Quand tu oublies que tu es « surveillé », ça passe tout seul. Je pense jamais à tous ceux qui me voient. J'évite. Et les caméras ne sont que des spectateurs classiques après tout.
Mon copain rumine mes paroles tandis qu'on frappe à la porte… qui s'ouvre quelques secondes plus tard. Une assistante entre avec un petit attirail et me demande de m'asseoir devant la coiffeuse pour le maquillage. Théo demande pourquoi me maquiller. La réponse ne se fait pas attendre.
- Rien de trop marqué, rassurez-vous. C'est surtout pour ne pas que la peau ait des reflets sous la luminosité du plateau, éviter les surbrillances, trop de pâleur, etc…
Je m'exécute et m'assois. Au même moment, Amandine frappe à la porte et nous rejoint à l'intérieur.
- Ah bien ! Il ne reste que quelques minutes avant qu'on ne commence l'émission et il était temps de passer au maquillage. Alors, je vous ai montré tout à l'heure par où vous aller entrer. Je vous y emmène dès qu'on aura fini de vous préparer. Quant à vous - elle se tourne vers Théo - vous pourrez attendre ici ou alors venir près des écrans de contrôle. Je suis désolée mais vous ne pouvez pas aller dans le public, ajoute-t-elle en voyant mon homme ouvrir la bouche.
Bouche qu'il referme en entendant la réponse à sa question muette. Le talkie walkie d'Amandine émet un bruit étrange qui ressemble vaguement à une voix. Elle le décroche de sa ceinture, acquiesce et demande à l'assistante si elle a terminé. D'un hochement de tête, celle-ci ramasse ses affaires et sort de la pièce en nous saluant. Je me lève et souris à Théo. La responsable nous demande de la suivre et nous entamons la traversée de l'étage pour déboucher sur le plateau. Le public est agité, bien que pas extraordinairement nombreux. Une centaine de personnes tout au plus. Moi qui étais habitué à plusieurs centaines lors des concerts, la pression accumulée depuis mon arrivée se dissipe un peu. Nous sommes maintenant à deux pas de l'exposition et je sens le stress surgir. Je prends le dessus et empêche mon corps de faire demi-tour. Le présentateur annonce le sommaire de l'émission. Il en vient ensuite à énoncer ceux qui l'entoureront successivement durant la soirée. Je note qu'il ne parle pas de moi. Et, tout à la fin, presque obligé de crier pour couvrir l'engouement du public, il termine :
- Accueillons tout de suite ceux qui vont venir s'asseoir autour de cette table dès maintenant : Ophélie Winter ! Alexandre Astier ! Et - ce dernier mot traîne en longueur - Hugo Marc !
Une salve d'applaudissement retentit sur le plateau. Amandine me fait signe d'y aller. Les deux autres invités sont déjà assis au centre de la salle, auprès de l'animateur. Je respire une grande bouffée d'air frais avant d'avancer vers celui un peu plus chaud qui règne dans cet endroit presque trop éclairé par des dizaines de projecteurs. C'est parti…

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