Atif ou le bel au bois dormant (3)

de Saguilan

Atif rentre dans l'appartement de cité HLM de Mustafa qu'il partage avec ses parents. Il est le dernier de la famille tout comme lui mais a deux grands frères qui sont déjà mariés et installés.
— Qu'est-ce que tu veux faire? lance Mustafa.
— J'sais pas, visiter, se fait malicieux Atif, avec un subtil second degré.
— Tu sais, c'est pas très grand. Après que mes deux frères soient partis, on a emménagé dans plus petit.
Il lui fait visiter sa chambre, celle de ses parents, la cuisine et la salle de bain.
Il rajoute:
— C'est pas très spacieux, mais j'm'en contente pour l'instant.
Toujours l'air coquin, Atif dit:
— C'est vrai que pour avoir un chez soi dans la région, il est bon de trouver sa moitié…
Mustafa le coupe:
— A cause de problèmes d'argent.
— Il n'y a pas que l'argent dans la vie mais ça contribue beaucoup au bien-être.
— A qui le dis-tu, chuis chômeur.
— C'est pas ce qui m'a attiré le plus dans ta fiche de présentation.
— Je le mentionnais pas, juste mon niveau: un bac+4 qui à la sortie de sa formation se retrouve avec 40% de chances de moins que quelqu'un de normal de trouver un boulot.
Atif est pris d'un fou-rire.
— Qu'est-ce qui t'arrive? fait Mustafa.
— Heureusement que l'homosexualité ne se lit pas sur le visage ou tes chances de trouver un emploi tomberaient de 20%.
— Et encore! t'es trop généreux…
_Tu veux une bière? propose-t-il à Atif.
— Ca se voit que tes parents sont au bled.
Ils sont au Maroc depuis 6 mois, avec un billet retour ouvert. Si Mustafa vit dans une certaine promiscuité, il jouit plus volontiers de son chez-soi parce que le Maroc, c'est la porte à côté. Le parents d'Atif quant à eux partent une fois par an pour une période de trois mois durant l'été.
— Ca te permet d'amener tes contacts chez toi? questionne Atif.
— Il y en a pas eu tant que ça et je te ferai remarquer qu'on est ensemble depuis trois mois. Alors, oublions le passé… Et cette bière alors?
— Oui, j'en veux une.
Mustafa lui donne une bière forte à presque 9% grand format.
— Tu veux me saouler? s'exclame Atif.
— Y'a que ça à la maison! répond l'hôte.
Atif tire sur l'anneau. Un peu de mousse sort et coule le long de la canette en faisant un spitch.
Atif qui est un garçon aux idées mal-placées érotise la scène et ne peut manquer de penser à ce qui va peut-être venir. Leur première fois.
— Non, ça va aller.
Il s'essuie sur son pantalon.
Au fait, tu es venu pour que je t'initie à la pop arabe. J'ai plusieurs disques piratés avec des clips. J'vais t'en montrer un avec les chansons les plus récentes.
_ Ca se trouve où?- une question qui turlupine Atif depuis longtemps.
A Paris, à Marrakech… N'importe où!
Mustafa se lève et positionne le DVD dans le lecteur du salon.
_ On ne peut pas les enregistrer sur le satellite? se demande Atif.
_ Si, mais la petite retraite de peintre en bâtiment de mon père ne lui a pas permis encore d'acheter un lecteur-enregistreur. Tout le monde n'a pas la chance d'être retraité de la fonction publique.
_ Oui, c'est la bonne planque, t'as raison. C'est là qu'on devrait chercher, s'improvise en stratège Atif.
_ Et s'ils instauraient des quotas pour les gays étrangers, on serait pris.
Mustafa a sélectionné dans le menu une chanson entraînante chanté par un jeune homme à l'allure parfaite. Au début du clip, il s'est éveillé de sa chaise pour remplir un réservoir de camion parce qu'il est pompiste. Puis, sur ce, sont arrivées trois filles qui semblent être des triplettes dans cette station qui se situe dans un endroit enneigé et en altitude.
Son esprit lui jouant des tours, Atif ne peut s'empêcher de penser encore une fois à des choses cochonnes car un garçon isolé en pleine montagne+ trois filles en cadillac, ça fait un très bon scénario de porno.
La chanson continue et Atif qui a vidé la moitié de sa canette, ce qui n'arrange rien à l'affaire, lui demande si c'est un de ses chanteurs préférés.
— Préféré! C'est un bien faible mot! Avant de te connaître, j'en étais amoureux.
Deshinibé, Atif s'exclame:
— Nous sommes sur la même longueur d'onde!
— Quoi? fait Mustafa étonné, une canette presque vide à la main.
Et Atif de s'expliquer:
— Moi aussi, j'ai des idoles indiennes. Pas des chanteurs, plutôt des acteurs.
Le clip est sur le point de se terminer et après avoir fêté l'anniversaire du chanteur, les 3 filles lavent leur voiture dans la station.
Atif a-t-il manqué une scène à cause de l'effet de l'alcool qu'il ne tient pas? C'est ce qu'il croit, le réalisateur n'a pas fait son travail. Puis, il revient sur terre:c'est un clip arabe filmé sur le Mont Atlas d'après ce qu'à dit Mustafa. Du reste, il n'a jamais vu de films pornographiques hétéros, mais il imagine à quoi ça peut ressembler. Une vie de fonctionnaire, ça peut peut-être permettre à tout le monde d'avoir CANAL+ mais, ça a peu d'intérêt quand on n'aime pas les films européens trop modernes et décadents, même dans leur version soft.

Mustafa donne le nom de son chanteur préféré, Alex, qui est aussi maghrébin et le titre de la chanson:ya leil puis, il enchaîne sur ce qu'il présente comme le premier boys' band égyptien:WAMA.
Dans un grand loft, 4 jeunes gens entourés d'un tas de produits high-tech semblent heureux et l'un d'entre eux boit sa tasse de lipton.
Atif est frappé par l'allure générale de ce quatuor:
— Y'a quelque chose qui est bizarre, y'en a deux qui sont baraqués et deux qui ressemblent à des crevettes.
— Tu veux dire qu'ils ont fait un mauvais casting?
Atif n'est pas dans son état normal et aurait pu répondre « ça dépend pour quoi!».

Des films pornos gays, il en a vu dans sa jeunesse mais, il se défend d'avoir fait quelque chose de mal en se disant que pour être sûr et avant de tenter quoi que ce soit, il fallait avoir des certitudes.
A l'époque, il était allé dans un cash converter parisien où il trouva un film gay. Il ne se souvient pas de l'histoire tellement ça remonte à loin. Toujours est-il qu'il sait que ce mauvais pli peut rester chez certains, devenir une seconde nature ou même une philosophie de vie. Les Têtus et autre magazines ne se gênent pas pour avoir une rubrique video de cul en face de sujets plus éthérés comme la littérature.

Mais, s'il est travaillé par ce que l'on pourrait appelé de l'humour pornographique, c'est que des films comiques ne manquent pas de faire l'auto dérision de ce milieu avec ses codes, ses standards et ses classifications. Cette humour est gentillet et n'a rien de graveleux. Rien ne laisse plus de marbre Atif que les«You're a fucker! Suck me bitch! » qu'il a pu entendre dans sa jeunesse et dont il aurait pu bien se passer si la case « aller aux images de sexe » n'était pas quasi-obligée quand on se questionne sur une sexualité si différente.

Arrive le tour de Nancy Ajram, que Mustafa présente comme la plus populaire des chanteuses arabes. Elle est dans un décor magnifique. Elle passe de collines verdoyantes à un lac en compagnie d'un garçon muet avec qui elle communique par la langue des signes. Cette belle histoire d'amour fait rêver Atif qui se rapproche de Mustafa et lui pose une main derrière le cou pour rejoindre l'épaule gauche.
Ce dernier semble stoïque et précise qu'elle chante aussi des chansons plus rythmées, qu'elle touche à tous les styles.
— C'est une sorte de Cher en un peu plus jeune, essaye de résumer Atif.
— Oui, on peut dire ça. Mais je ne sais pas si elle aimerait être comparée à une idole gay.
— J'utilise mes références culturelles.
— Il y a bien une chanteuse un peu plus vieille et sublime:Nawal al Zoghbi.
Pas de mauvais jeu de mots avec Zoghbi car Atif est amoureux. Maintenant, il cherche plutôt un moyen de faire comprendre à son amoureux qu'il faut passer à des choses plus intimes. Il sourit car il est parfait-ni trop beau, ni moche, intelligent et intéressant. Chose étonnante, le courant passait déjà un peu sur le web. Atif essaye de se blottir tendrement dans le creux de son cou.
Mustafa, comme si de rien est, dit à Atif qu'il lui montrera un clip de Nawal un autre jour pour ne pas trop le gaver d'un coup.
— J'ai envie de te voir nu, ose dire Atif.
— Quoi? Ce n'était pas prévu…
— Ses choses-là ne se prévoient pas tu sais!
— Je n'ai pas tout ce qu'il faut pour…
Considérations homosexuelles qui viennent de faire baisser d'un cran le glamour de la situation. Mais, que peut-on y faire? Le bon Dieu n'a pensé qu'aux couples hétéros en leur insufflant une spontanéité non frustrée(dans la mesure où l'on prend aussi des contraceptifs).
Du même coup, Atif s'aperçoit que Mustafa n'a rien d'un collectionneur de conquêtes et que, même en période de vaches maigres, il n'a pas recours à des lubrifiants. Cela veut-il dire qu'il ne sent pas la rugosité de ses mains comme lui ou qu'elles sont lisses comme celles d'une fille? Encore des réflexions tue l'amour parce qu'on est fleur bleue et que l'on imagine sa moitié sans passé, pur comme une pâquerette.
Comment redresser la situation?
D'abord vérifier ou re-vérifier que ses mains sont douces. Atif lui en sert une. Il remarque ce qu'il n'a jamais remarqué auparavant; elle est agréable au toucher.
Ca lui enlève un poids pour la suite. On va quand même pouvoir faire des choses, plus précisément, on va lui faire des choses.
— On va dans ma chambre, fait Mustafa qui a empoigné virilement Atif.
Il ne répond pas. Un geste vaut mieux que mille discours, il se lève en même temps que l'autre.
Dans le couloir, il passe devant des versets du Coran avec une Mecque en miniature qui n'enlève rien à leur détermination. Mais le corps de l'un d'entre eux ne va pas le suivre à 100%.

Dans la chambre de Mustafa, un ordinateur complice est posé sur un petit bureau. Atif note le tapis de souris sur lequel est représentée une Ferrari Enzo. Il y a aussi quelque part accroché sur un mur le drapeau marocain et des piles de livres.
Atif embrasse fougueusement Mustafa, ceci avec un effet de surprise, après avoir calmé ses ardeurs quelques instants. Les bras du marocain sont restés ballants et Atif le dirige insidieusement vers son lit. Mustafa tombe à la renverse et se retrouve sur le dos tandis que son ami se fait toujours plus entreprenant.
Encore une pause, il sourit en lui montrant ses dents puis passe la main dans des cheveux moins brillants et lisses que les siens mais, presque aussi noirs. C'est le garçon avec les cheveux les plus foncés qu'il a rencontré. Et c'est ça qui l'excite pour l'instant. Il en a connu des châtains comme Matthieu ou des bruns clairs, jamais des comme lui.
Ce dernier se redresse et lui se met à califourchon pour aussitôt se relever et lui dire:
— J'aimerais voir ton sexe au repos. C'est la première fois que j'en vois un .
— De sexe? A 28 ans?! fait moqueur Mustafa.
— Non, de sexes joliment coupés.
Atif ne trouve pas ça aussi beau que des sexes non-circoncis mais, à deux doigts de faire l'amour, il ne va pas faire part de ses préférences. Et comme Mustafa se présente comme le gendre le moins mauvais, il a décidé d'aimer ça.
Un T-shirt sur les épaules, Mustafa se retrouve avec son jeans au niveau des mollets.
Atif voit enfin de ses yeux quelqu'un comme lui et constate qu'il n'est pas seul au monde. On les a coupé tous les deux de la même façon. Tout a été bien fait. Aucune cicatrice disgracieuse à la base du gland. Mustafa lui fait partager une chose intime incroyable:il aurait pu à jamais ne pas voir de sexes circoncis, si ce n'est dans des productions américaines où des garçons nord-américains sont circoncis pour des causes non-religieuses mais d'hygiène, et encore, que pour la curiosité.
Là, comme c'est le sexe de son amant une dimension affective s'ajoute à la découverte proprement dite.

La mise en scène excite Mustafa qui se retrouve bientôt avec un gros champignon nucléaire.
Et, contre toute attente, il dirige la main d'Atif vers lui. Ca paraît prématuré à l'indien mais enfin, si on le sollicite tout de suite, il ne peut pas dire que les choses vont trop vite à son goût, surtout pour une première.
Atif essaye de s'y prendre pas trop mal en variant les caresses toujours dans la même zone.
Alors qu'il pense que ce n'est qu'une mise en bouche, Mustafa lui dit d'augmenter la cadence au bout de 7 minutes, comme s'il avait quelque chose d'important à faire après. Pour ne pas le contrarier, il obéit mais il a mal pour lui et se demande si son piston ne chauffe pas trop.
Une minute plus tard, il le plaque contre son pubis et le petit volcan explose sans rien souiller car il a ôté auparavant son T-shirt.

Quelques minutes passent, Atif l'essuie comme une mère les taches de son enfant. Cette tâche-là le refroidit mais, contre toute attente, Mustafa l'attire vers lui. Ils se retrouvent côte à côte et s'embrassent. Atif remarque que ça fait 15 minutes qu'il est près d'un jeune homme nu et qu'il ne s'est toujours pas dévêtu.
On lui titille l'entrejambe. Il retrouve de sa vigueur anesthésiée. On le couche sur le lit sur le dos. Mustafa se met de côté et le caresse au niveau du nombril pour finalement l'effeuiller comme une marguerite. Il commence par le haut puis, lui déboutonne son pantalon et fait sortir ses jambes de leur fourreau.
Et en enlevant le caleçon, il tombe sur « il m'aime à la folie ». Y'a pas photo.
Le reste n'est qu'amour et nous ne dévoilerons rien de lui. On peut simplement dire que Mustafa s'est rattrapé et a été doux.

Nous sommes en mi-août. Tout le monde est entrain de prendre des vacances. Les parents d'Atif sont partis le 1er et il doit s'occuper du jardin. Feyazudin y tient comme à la prunelle de ses yeux et si le gazon advenait à jaunir le fils passerait un mauvais quart d'heure.
Susciter une colère chez papa? Pourquoi pas… Ca lui permettrait d'avoir une idée de ce que c'est que de faire un coming out.
Mais Atif vaut-il plus qu'un jardin?
Pour un père très terrien qui a choisi des valeurs sures comme la grande famille de l'armée, on peut dire que son pavillon cosy représente une assise stable et présente. Son petit confort et son canapé en cuir, il y est très attaché. Il a mené toute sa vie « à la baguette », expression utilisée à bonne escient, car il s'agit d'elle personnifiée, avant toute autre personne.
Mais, il va de soi qu'il n'est pas commode avec tout le monde.
On peut déceler chez lui quelque chose du tyran domestique qui n'a pas beaucoup le sens de l'humour, sauf en public et encore, en se forçant…
Atif se rappelle toujours du redoublement de Nafiza, son autre sœur. Inscrite en première S, on lui refusa le passage en Terminale S pour manque de maturité. Lorsqu'elle communiqua la décision du jury, Feyazudin fut pris d'une vive colère car il considérait cela comme un échec. La fille courut se réfugier dans sa chambre, en pleurant. Manque de tact avez-vous dit? C'est pire que ça, c'est un indécrottable, un caractériel. Les exemples foisonnent, il s'agit pour la plupart de petits riens de la vie quotidienne qui peuvent l'irriter à cause de sa manie de l'ordre.
S'il y a quelque chose à critiquer chez les militaires c'est bien cette notion, l'ordre qui ne souffre aucune exception, qui ne tolère aucune transgression.
Et s'il y a un échec, pense-t-on, c'est à cause d'une carence de rigueur.
Ainsi, il ne manqua pas de descendre l'une de ses connaissances un peu porté sur la boisson même après sa mort à la suite d'un cancer. « Si on a un cancer, c'est parce qu'on l'a voulu !»; affirmation catégorique dans un monde où tout est normé et prouvé par A+B. Aucun de ses proches amis n'a été gravement malade et donc, aucun moyen de savoir si une catastrophe personnelle permettrait de l'adoucir un peu; de faire de lui quelqu'un de plus humain.
Un monde sans hasard, c'est le monde de Feyazudin.
Quand Atif pense à la révélation de son homosexualité, il pense plutôt à sa mère plus humaine et sondable. C'est à elle qu'il ne veut pas faire de la peine car sa souffrance ne sera pas feinte, si un jour il décide de tout dire.
Mais, les considérations du père n'étant même pas humaines, il se demande bien comment il pourrait souffrir.
Des petits-enfants, vu comme c'est Romi qui s'est occupée de la fratrie; ça ne serait pas la raison de sa déception.
Laisser un nom car il est le seul garçon, ça devient quelque chose de plus concret pour lui. Perdurer? Ça a toujours été comme ça, ne pas se poser de questions; prodiguer de l'amour, c'est secondaire. On ne fait pas des enfants pour les aimer, juste parce que c'est dans l'ordre des choses.
Faut-il alors qu'Atif rejète l'armée d'un bloc?
Le problème, c'est qu'il a aussi vu des militaires doux comme des agneaux et beaux comme des anges. En Martinique, le voisin du dessus avait des allures d'Apollon et faisait très dépareillé par rapport à sa femme pleine de chichis dont le corps révélait une forme de laisser-aller, si caractéristique des épouses de militaires qui ne trouvent pas de travail sur les îles ou qui ont arrêté de travailler en y allant. En règle générale, cela n'a rien d'un mauvais calcul car une année de labeur pour un fonctionnaire équivaut là-bas à deux. Si on fait ainsi plusieurs séjours à l'outre-mer, on se retrouve avec un beau pécule et une retraite avancée.
Cet homme était donc un Dieu vivant et Atif avait de l'admiration envers lui. Lorsque les Mehmood allaient à la plage, ils leur arrivaient de croiser cet athlète toujours souriant en tenue moulante de cycliste qui laissait transparaître des formes galbées. Il était encore plus beau en celle d'apparat avec ses galons et son képi. Le voir était avant tout une jouissance esthétique tant son visage était bien dessiné avec une partie médiane allongée et une mâchoire marquée sans être trop viril. Il portait un nom italien mais avait des cheveux châtains clairs.
Avec le recul, Atif ne sait que penser de cette admiration. Ce n'était pas encore teinté de sexualité car il n'était pas encore pubère mais, au risque de choquer; ou commence-t-elle donc?
C'est une question épineuse, tout comme celle de son orientation.
Atif connaissait ses deux enfants, dont l'un était dans sa classe mais avait un caractère de cochon et n'était ni aussi beau que son père, ni autant que son métis. Mais, être son ami, était malgré tout un bon moyen de connaître aussi un ravissement sans nom.

Un autre militaire, cette fois un appelé qui devait faire son service sous les Tropiques à cause du soleil, l'émerveilla également.
Aller au mess était une tradition comme aller à la plage. Le restaurant militaire était l'occasion de manger des plats gastronomiques à moindre frais mais Atif commandait régulièrement un steak-frites.
Pour varier les plaisirs, il essaya une fois une truite aux amandes et, une autre, un steak tartare. Pour ce dernier, il espérait découvrir une variante de son plat préféré mais, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un steak cru avec du persil et un œuf tout aussi cru dessus. Il devait se résoudre à devenir carnassier, mais, c'en était trop pour lui, il ne fit qu'y toucher. Par la suite, le fameux serveur qui portait une chemisette et un bermuda kaki demanda à Atif s'il ne voulait pas quelque chose d'autre, s'inquiétant de son manque d'appétit. Il était fort bavard et aimable, tutoyant un Atif qui se décida finalement à demander une mangue en guise de dessert. Après un long temps d'attente, l'appelé se re-pointa avec un avocat dans la main suggérant au jeune garçonnet de prendre une salade exotique offerte pour non-satisfaction de la demande d'un client. En fait c'était lui qui payerait gracieusement de sa poche et non la maison. Atif, déclina l'offre mais il sut dés lors ce que c'était qu'un gentil garçon.

Des capitaines droits dans leur uniforme beige marqué du sceau de l'armée:une élégante flamme, il sait que ça existe. Des appelés qui donnent une dimension humanitaire à leur travail en partant au bout du monde dans le but de protéger, il y en a, remplis de convictions.
Bien sûr, il y a des têtes brûlées un peu limitées qui obéiraient au doigt et à l'œil à un dictateur en faisant fonctionner leur unique neurone connecté à la gâchette dès l'ordre donné.
Tout n'est pas tout noir ou tout blanc.
Atif a lu le témoignage d'un homosexuel dont le père était militaire sous forme de livre-un succès. Mais, il y dépeint des hommes en tenue de SS là où lui voit de la beauté.
L'habit ne fait pas le moine et c'est avant tout ce qui anime le cœur qui magnifie l'enveloppe. S'il est vrai que les pères militaires sont souvent durs, il ne faut pas oublier tous ceux et toutes celles qui transforment en habit de lumière un uniforme comme Monsieur Ronaldi qui, lors d'un cyclone, organisa bénévolement la distribution de l'eau à partir de camions citernes et de jerricanes.
Ca fait longtemps qu'Atif n'en a pas vu, même s'il sait qu'il y en a une caisse pleine dans le garage. Il y a dedans ce qui peut scier à tous les goûts:jogging bleu marine, rangers, treillis, képi, béret et veste. Et il se verrait bien déguiser quelqu'un de la tête aux pieds, Mustafa par exemple. Tous deux ont a peu près le même gabarit que Feyazudin jeune, un peu plus fin peut-être.
Hélas, c'est interdit par la loi. Seuls les corps de régiment ont le droit d'être en possession de vêtements kakis ou beiges et ceci, pour des raisons de sécurité. Il est facile de s'imaginer où l'on peut s'infiltrer avec des combinaisons qui seraient passe-partout puisqu'elles représentent le ministère de la défense, dans des meeting ou autre.
D'ailleurs, Feyazudin aurait dû s'en débarrasser après être parti à la retraite. C'est la règle, mais il n'y a personne pour la vérifier. Il aurait dû y faire de grosses entailles à l'aide d'un ciseau comme un psychopathe qui renie les 45 années de service à la patrie(ce qu'il n'a pas fait… par attachement… encore à des choses abstraites…Pour aucun danger d'état n'arrive par sa faute, il a quand même sécurisé sa maison.).
Quand même! Il devrait y avoir une dérogation pour les fils homosexuels d'anciens militaires qui désirent égayer leurs vies avec des fantasmes enlevés!!

Depuis le 11 septembre, Atif a pensé à ce qu'il aurait la possibilité de faire s'il était moins équilibré. Nom à consonances pakistanaises+uniforme militaire:pas besoin d'être scénariste pour imaginer les scénarios les plus fous. Il ne fréquente pas de milieu intégriste, mais allez savoir qui aurait pu l'enrôler.
Pour connaître les difficultés qu'ont les fils ou les filles d'étrangers de deuxième génération-tout comme Mustafa, il sait que c'est dur de se faire une place au soleil. Des enquêtes témoins, pareilles à des sentinelles nécessaires pour nous alarmer contre les risques de racisme ont été réalisées mais, la réalité n'attend pas les chiffres pour être vécue.
Atif croit du fond du cœur que pour un certain nombre de kamikazes d'Al Kaida, l'intolérance répond à l'intolérance. Ce n'est pas un constat pessimiste du genre à justifier l'adage « œil pour œil, dent pour dent» mais pour enrayer la source de tout maux. La violence entraîne la violence, il faut la tarir.
La relecture du Coran par des chefs religieux, après, ce n'est que de l'instrumentalisation.
Voir des garçons lui ressemblant, parfois beaux, à la télé, a un peu dérouté Atif, lui laissant dans la tête cette question: Dans quelle mesure suis-je solidaire avec eux?, on est peut-être un peu du même bloc…
Fort heureusement, même si personne n'est sûr de ne pas sombrer dans la haine un jour, les uniformes évoluent avec les années et peuvent être identifiés par des gardes avisés. Encore faut-il qu'ils soient avisés. A n'en pas douter, pour certains, comme il se tiennent aussi au carreau, ça serait le cas. Suivez le regard…

A côté de toutes ses considérations profondes que fait suggérer l'uniforme, Atif reste ancré sur son fantasme qui, au contraire de « l'indien nu» est susceptible de se trouver très facilement sur le net par les amateurs( pour de rire avec de fausses armes, des paint balls et un tas de bisous baveux).

Comme Atif est dans l'allée de l'entrée entrain d'arracher de mauvaises herbes à l'aide de gants déjà abîmés, il ne voit pas Séverine arriver.
De derrière le portillon, elle l'interpelle tout en se penchant:
— Toujours la main verte!
Il se tourne vers elle en tentant de s'éponger le front avec son avant-bras qui n'absorbe rien et qui ne fait que faire passer la transpiration d'une surface à une autre.
— Chuis bien obligé ou mon père me tue!ronchonne-t-il.
Puis, comme un homme galant, il ouvre le portillon après avoir ôté son gant droit.
La situation aurait tout de romantique avec une belle princesse en robe fleurie et un roturier de jardinier qui laisse tomber son gant par terre peut-être pour qu'on le retrouve; si Atif n'était pas gay.
Oui, ca serait un beau conte de fée et en aucun cas un scénario de film érotique. Séverine est un être si gracieux qu'on ne peut même pas imaginer des choses impures avec elle. Et qu'Atif soit homosexuel pourrait être au fond quelque chose de bien. Ne jamais la désirer comme une femme mais seulement dans son innocence virginale, ne jamais l'aimer et donc ne jamais l'haïr par retournement de situation si tout s'arrête.
Préférer un visage éternellement splendide plutôt qu'une étreinte fougueuse passagère.
Dans les complexités de leur relation, on n'arrive plus trop à discerner le bon du mauvais, ce qui la magnifie ou la frêne.
Son indienne serait certes un fantasme mais, asexué qui viendrait à disparaître s'il devenait sexué.
Alors, aucun conte qui se termine par « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants»!

Toujours avec les règles de bon usage, Atif fait rentrer Séverine en première.
— Tu veux quoi? s'enquiert Atif, une fois à l'intérieur.
— Il y a quoi?
— Du coca, du jus d'orange, du whisky, du rhum qui a bien 15 ans d'âge dans le garage et du pastis.
— Il n'y a pas un intrus dans la liste? s'étonne Séverine.
— Je me suis trouvé une soudaine passion pour les tomates.
— Tu restes dans ton domaine de prédilection.
— Et oui…
— c'est du rhum qui date de la Martinique? Tu ne m'en as jamais proposer auparavant.
— Y'a un début à tout!
— C'est bizarre de se dire que quand il a été mis en bouteille, tu n'avais que 10 ans.
— Nous avons vieilli tous les deux.
— Lui, sûrement moins que toi…
— Merci du compliment! se fâche pour de faux Atif.
— Ce que je voulais dire, c'est que tu as dû plus changé en 15 ans, se rattrape Séverine.
— Ca, je ne peux pas te le dire. J'étais trop petit pour en goûter à l'époque.
— Alors, on ne saura jamais; fait pensive Séverine.
— Quoi?! dit Atif qui n'a rien entendu puisqu'il cherchait deux verres dans la cuisine.

« Il y a tellement de choses que l'on ne connaîtra jamais », une autre maxime tue.

— Alors, tu prends quoi?
— J'vais prendre ce fameux rhum coupé avec du coca.
— Bien, pour être en osmose avec toi, j'vais faire pareil.
— Ton père ne va s'apercevoir de rien?
— Il y en a une caisse pleine depuis trop longtemps. S'il manque une bouteille, il ne s'en rendra pas compte, la rassure Atif.
Feyazudin a acheté la caisse entière pour faire une bonne affaire. Mais comme le rhum n'a pas la vogue chez les Indiens(contrairement au whisky mais tout comme le pastis), elle reste sur les bras. Il n'a pas dû l'ouvrir souvent depuis toutes ces années.
Un détail, comme tous les indiens musulmans, il est relativement laxiste sur l'alcool, par rapport aux préceptes de l'Islam qui le prohibent. C'est qu'à l'armée, musulman ou pas, on boit. Si l'on a trop d'interdits, on ne rentre pas dans le moule. Alors qu'il n'avait jamais bu dans son adolescence, Feyazudin y goûta pour la première fois car, ne pas manger du cochon, c'était déjà assez pour se faire remarquer.

Quant à Atif, éternel enfant, il est abonné au verre de martini. Il en aura un de whisky le jour où il deviendra un homme, c'est-à-dire, quand il se mariera.
Les beaux frères ont ce statut et ça fait enrager Atif qui se saoule sûrement beaucoup plus durant les fins de semaines. En plus, comme il y a une substance proche de la nicotine dans le martini, un extrait d'écorce; ce n'est pas une bonne chose pour lui qui a arrêté de fumer. Ca pourrait le relancer.
Dans les mariages ou autres fêtes de la communauté, il arrive à ruser en se pointant au bar une fois ses parents installés dans la salle ou, quand la foule le dissimule. De plus, un whisky-coca ça ressemble à du coca de loin et, il peut se le permettre car il y a toujours de vieilles connaissances pour s'isoler.
Séverine fait partie de celles-ci et, c'est depuis belle lurette qu'ils se fréquentent sans que leurs parents aient entretenu une amitié particulière.
La première fois qu'ils jouèrent ensemble remonte aux 12 ans d'Atif. Elle en avait 9, ses cousins 11. Comme il n'était pas encore mal vu de se mélanger à cet âge, se furent Bernard et Alain qui l'enrôlèrent dans l'affaire. C'était les fiançailles d'une connaissance d'un membre des Mehmood. Là où l'on ne se connaissait que par des relations intermédiaires, les jeunes sympathisaient plus vite.
A quoi jouait-on? Encore à « cache-cache » et à « touché, c'est toi le chat! ». En mettant un peu trop de vigueur dans ce dernier jeu, Atif fit tomber Séverine. Elle ne pleura pas beaucoup mais, lui s'était fait du souci à cause des égratignures rouges qu'elle avait sur le genou.
Déjà à l'époque il lui faisait mal mais elle ne bronchait pas, solide comme un roque.

Après cet incident, Atif et Séverine se revirent plus d'une fois et l'adolescence rendit un peu gauche le garçon. Il ne dédaigna quand même pas lui parler souvent, chose autorisée car, trois ans, ça faisait une différence, quoique Séverine s'était développée assez rapidement. Au niveau des autre garçons, comme il sentait sa différence, il n'y avait pas là non plus la même connivence qu'avant entre eux.
Et alors qu'il était presque adulte, 17 ans, il se confia à sa cadette. Ils étaient seuls car il n'y avait pas trop de jeunes à cette fête. Ils s'étaient isolés dans la cour d'école déserte à une heure relativement tardive. Il y avait de la musique à l'intérieur du réfectoire qui tenait lieu de salle de danse. Pour protéger ses oreilles, on était sortis. On continua la conversation sur leur futur dehors. Atif se voyait bien médecin mais il peinait en Maths avec juste la moyenne en section scientifique. C'est ainsi qu'il exhorta Séverine à être assidu et concentré en classe le plus tôt possible. Elle lui dit qu'elle s'intéressait plutôt aux langues et qu'elle ne savait pas trop ce qu'elle voulait faire.
«Pense-y vite, on ne voit rien arriver! », la mit-il en garde.
— C'est comme tout, bientôt on sera mariés.
Après avoir employé un «on » ambigu, elle rectifia le tir pour ne pas suggérer qu'elle était entrain de lui faire des propositions ou que son inconscient se manifestait à son insu:
— Les indiens n'ont pas beaucoup de temps pour profiter de leur jeunesse.
Il les engloba l'un l'autre à son tour «Je crois qu'on en aura pas » puis, ajouta:
— Chez nous la vie, c'est l'école, le lycée, les études supérieures puis le mariage.
— On peut toujours frauder, se fit impertinente Séverine.
— Non, c'est encore pire quand on se rend compte à quoi on doit renoncer après.
— T'es très pessimiste sur le mariage.
— Tu veux te marier?
— Bien sûr mais avec quelqu'un que j'aime.
— Un vélé kar?(un homme blanc)-question très indiscrète.
— Si ça arrive, si je tombe amoureuse, je pourrais rien y faire; constata Séverine.
_Tes parents accepteraient? Ils ne seraient pas un peu déçu? Ils se diraient pas que c'est mauvais pour les futurs enfants? l'assomma-t-on de questions.
— Ils sont assez tolérants mais ça devra être du solide.
Un silence s'ensuivit. Sur les platines, on passait « Everlasting love» des Worlds Apart.
Atif n'attendit pas la fin de la chanson pour formuler la question qui lui brûlait les lèvres:
— Et si t'étais homosexuelle, ils l'accepteraient?
Séverine marqua un temps de réflexion puis répondit:
— Ca serait la cata pour eux. Mais heureusement pour eux, je pense que je le suis pas. Par exemple, je craque sur le leader des Worlds Apart, le plus rigolo. Même si comme toutes les filles, je sais pas trop c'est quoi l'amour. C'est dans la tête.
— Un garçon sait plus facilement ces choses-là.
— Mais là, tu me parles d'un cas extrême. Ca doit pas arriver à beaucoup d'indiens.
— Ca doit arriver à au moins l'un d'entre eux.
« Est-ce que… » commença Séverine pour s'interrompre en plein milieu de sa pensée.
— Tu penses qu'y a quelqu'un dans c'cas-là? Tu en connais un? poursuivit-elle.
Séverine ne fut pas prompte d'esprit et, après tout, c'était peut-être normal. L'homosexualité ne se lisait pas sur son visage.
— Ce garçon, c'est peut-être moi.
Ca y était, il l'avait dit à quelqu'un, à une fille plus qu'à un garçon parce qu'il paraissait qu'elles étaient plus mures, même quand elles étaient plus jeunes que soit. Et avec les copains du lycée, quand on avait commencé à faire partie du groupe en faisant semblant d'apprécier les blagues misogynes ou sexistes, il était difficile de se faire déclarer du jour au lendemain homosexuel pour au final sûrement entendre dire: « les seins de Pamela Anderson, ça ne te fait rien?». La promiscuité dans laquelle vivait Atif au lycée l'obligeait à se soumettre aux goûts de la normalité, même s'il n'aimait pas ça, sous peine de rester seul à la cantine. Heureusement, on ne parlait pas que de ça… On parlait aussi de cosinus et sinus, d'autres formes d'angles qui passionnaient les boutonneux qui voulaient faire Maths Sup.
Dans les fêtes, il avait le choix de ne discuter qu'avec Séverine. A l'école, comme les filles mettaient tous les garçons dans le même lot, il n'en avait aucun.
Ce choix s'est raréfié au fil des années pour devenir presque nul à présent à cause des contraintes sociales et, aujourd'hui; il a renoué avec les Bernard et les Alain en leur causant de boulots, de choses sérieuses, les filles étant une histoire d'adolescence. De façon analogue, il a des collègues de travail des deux sexes qui ne s'imaginent rien de sa double vie.
Des gens qui connaissent son homosexualité, il n'y en a pas 10000. Il y a, au premier chef tous ses amants qui ne sont dans le fond pas si nombreux que ça mais, pour qui il a été bien utile d'avoir cette indication sans quoi il n'y aurait eu aucune aventure possible et, chez les hétérosexuels, Séverine seulement-n'en cherchez pas d'autre et, ceci depuis la soirée où à son annonce, elle ne sut que répondre.
Elle fit part de son embarras:
— Je vais pas te dire que c'est pas grave, ça serait mentir. Mais comme t'es un mec sympa, chuis sure que tu vas trouver quelqu'un de bien.
Ils retournèrent dans la salle des fêtes après avoir parlé cinéma et musique pour se changer les idées. Mais, Séverine, qui se sentit redevable de quelque chose puisque Atif lui avait révélé son lourd secret, l'invita à la rencontrer plus souvent.
Elle lui communiqua son nom et la ville où elle habitait. Il les connaissait déjà mais, cet échange se voulait avant tout formel: l'autorisation à voir une jeune fille quand il le voulait.
Elle précisa que ça ne dérangerait pas son père qu'il lui téléphone car elle avait aussi des copains garçons dans sa classe.
Ah! Epoque préhistorique où le portable n'existait pas! Comment la jeunesse faisait-elle pour vivre?
Un bémol à l'affaire, il fallait quand même planifier ses rendez-vous sur l'agenda d'une semaine sur l'autre pour ne pas éveiller trop de doutes.
Sur quoi? Sur rien en fait, puisque rien n'était possible.
Du côté du fils Mehmood, être bien ordonné et ponctuel dans ses rendez-vous qu'il prenait régulièrement comme ceux chez le kiné était aussi une bonne chose car Feyazudin demandait le détail du relevé téléphonique.
Enfin, nous parlons d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…
Depuis, Atif et Séverine ne se sont plus quittés, même si avec le portable, ils leur arrivent de se décommander à l'occasion de certains plans.
La magie de l'agenda a un peu passée…


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