Sentiments troubles (2) de KH Brillant
vendredi 30 mai 2008, 00:02 - KH Brillant - Lien permanent
Jeune, beau et audacieux, Jensen Backles sait très bien que ces mots le décrivent.
Sentiments troubles (2)
de KH Brillant
3
Comme prévu, lundi après les cours, Jensen se rendit au bureau du père de Matthew situé au dernier étage d'une gigantesque tour du centre ville. Sur la place desservant l'immeuble, une plaque trônait, signalant l'appartenance et le nom du bâtiment : Mettner Corporation. Jensen ne put s'empêcher de sourire, puis d'un pas décidé il prit la tour d'assaut armé d'un tee-shirt rouge, un peu juste, soulignant ainsi la courbe de ses muscles et d'un jean bleu foncé délavé, qui contrairement à son tee-shirt, se trouvait être de la bonne taille.
Arrivé au dernier étage, l'ascenseur s'ouvrit sur les bureaux "des grands" de l'administration et de sa secrétaire particulière. Des gens allaient de bureau en bureau, des dossiers ou des feuilles à la main, pressés comme s'ils participaient à un championnat d'athlétisme, une vraie petite ruche. Mais où pouvait bien se cacher celui pour qui ses petites ouvrières travaillaient ?
- Je peux vous aidez, demanda la secrétaire, d'un certain âge, vissée derrière son bureau.
- Oui, répondit Jensen en s'avançant vers elle avec un large sourire. Je voudrais voir monsieur Mettner.
- Vous avez rendez-vous ?
- Regardez moi ai-je l'air d'avoir pris un rendez-vous, fit-il en rigolant. Non, je n'ai pas de rendez-vous, je suis un ami de son fils.
- Il est très occupé, mais je vais le prévenir.
- Dites moi simplement quel couloir suivre et je lui ferais la surprise.
- Je veux d'abord le prévenir.
Efficace comme un chien de garde songea Jensen.
- Ce ne serait pas une surprise si vous le prévenez. Vous auriez du voir la tête de Matthew quand il m'a vu de retour en ville, dit-il enthousiaste avant de rajouter, vous ne voudriez pas que monsieur Mettner soit privé de la même réaction de joie.
Pour plus de crédibilité, Jensen afficha une petite moue de supplication.
Après une légère hésitation, Sarah la secrétaire presque sexagénaire lui indiqua le chemin à prendre, sous son regard il disparu dans le couloir.
En passant devant la salle des maquettes Jensen aperçu celui pour qui il se trouvait ici. Monsieur Mettner, toujours aussi chic, se tenait devant la représentation miniature d'un immeuble en construction situé dans un quartier de la ville. Absorbé par ses pensées, il ne vit pas tout de suite Jensen qui l'observait l'œil conquérant.
- Jensen ?
- Monsieur Mettner, dit-il en s'approchant afin de lui serrer la main.
- Quelle surprise ! Matthew est avec toi ?
- Non, répondit Jensen en regardant la maquette.
- Comment alors as-tu pu passer Sarah ?
- Sarah ? Votre cerbère je suppose. Et bien c'est notre petit secret.
Jensen le regard captivé, s'avança vers la maquette.
- C'est impressionnant, c'est vous qui l'avez imaginé ?
Monsieur Mettner se tourna vers la maquette avec un sourire de fierté sur les lèvres.
- Oui. Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Samedi soir on avait convenu de se voir à votre bureau. Me voilà.
- Tu es un rapide.
- Disons que je n'aime pas faire traîner les choses. Cet immeuble est vraiment fascinant. Cette partie est-elle suspendue dans le vide, demanda-t-il en pointant son index.
- Oui, quelques étages de cet immeuble voient leur surface se prolonger dans le vide, une prouesse architecturale.
- J'aimerais bien voir ça de près.
- L'immeuble sera livré d'ici la semaine prochaine. Il faudra attendre un bon mois pour l'ouverture au public qui viendra dans la partie commerciale de celui-ci. Juste ici, il y aura un restaurant, dit-il en pointant du doigt.
- Un mois. J'aimerais bien le visiter avant les autres.
Jensen s'en fichait éperdument de cet immeuble, il désirait seulement se retrouver seul avec lui.
- Pourquoi pas me le faire visiter ce week-end, comme je dormirais chez vous ça sera pratique pour tout le monde.
Bien que surpris, monsieur Mettner n'y voyait aucune objection.
- Tu es comme ça avec tout le monde, demanda-t-il en glissant ses mains dans les poches de son pantalon accentuant ainsi la courbe de son postérieur.
- Comme quoi, s'enquit Jensen distrait par le reflet de celui-ci sur l'armoire de verre.
- Culotté, presque insolent, imposant.
Les yeux mi-clos Jensen se frotta un instant le menton.
- Oui, lâcha-t-il avec un large sourire. Plus tard quand on se connaîtra mieux vous ajouterez d'autres adjectifs, tout aussi flatteur.
- Je n'arrive pas à croire que mon fils soit ami avec toi.
- Et moi, à croire que vous êtes son père, répliqua Jensen en se rapprochant de lui.
Si proche, il pouvait sentir le souffle de la respiration de monsieur Mettner lui caresser le visage. Presque de la même taille, ils n'affichaient pas la même corpulence, la carrure de monsieur Mettner en imposait bien plus que la sienne. Jensen d'une musculature fine et dessinée ne pouvait prétendre à celle imposante et développée que monsieur Mettner cachait sous ses costumes de grand couturier.
Jensen l'observa longuement. D'abord intrigué le père de Matthew ne comprenait pas ce regard fixe posé sur lui, il esquissa un semblant de sourire avant que ses sourcils ne commencent à s'interroger.
- Aucune ride et vous êtes père, dit Jensen mettant fin à la gêne qui se profilait. Va falloir me donner le nom de votre chirurgien plastique.
- Mère nature, répondit monsieur Mettner d'un air plus détendu.
Jensen l'observait de nouveau silencieusement recréant cette gêne, lorsque quelqu'un frappa à la porte. Si monsieur Mettner eut le réflexe de regarder en direction de celle-ci, Jensen lui restait impassible. Sarah venait annoncer à son patron qu'un important financier le demandait au téléphone.
- Je dois te laisser.
- Pas de problème, de toute façon on se voit ce week-end.
Monsieur Mettner réfléchit un instant.
- Ha oui, pour la visite, dit-il après réflexion.
- Oui, et sans costume.
Monsieur Mettner toucha l'encolure de sa veste en l'interrogeant du regard.
- Je vous vois tout le temps en costume trois pièces, c'est à se demander si vous savez qu'il y a d'autres vêtements.
- Ce n'est pas parce que tu viens de découvrir le jean et le tee-shirt que tu dois me faire des leçons de stylisme. N'es-tu pas l'ami de mon fils qui traîne en longueur de journée chez moi en short de bain ou en caleçon ?
Toujours dans l'embrasure de la porte, Sarah ne pouvait entendre ce qu'ils se disaient. Elle trépignait d'impatience. L'importance de la personne au bout du fil la fit se manifester une nouvelle fois avec succès.
Monsieur Mettner quitta la pièce avec un sentiment bizarre, ce qui venait de se dérouler, cette promiscuité, cette façon d'être regardé, relevait du bizarre. Il mit cela sur le compte de la désinvolture dont Jensen faisait preuve. Très vite il n'y pensa plus.
La vue incroyable donnait l'impression de dominer le monde. Seul face à ce spectacle, tout semblait à la merci de Jensen. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres, ses yeux conquérants et déterminés laissaient entendre que tout se déroulait comme il le souhaitait. Pour preuve la dernière question de monsieur Mettner démontrait qu'il avait remarqué son habitude vestimentaire, assez légère, sous son toit. La prochaine étape consisterait à dévoiler la partie d'épiderme encore cachée.
Tenant à peine sur ses pieds lorsqu'il descendit de voiture, Matthew avait tous les symptômes d'une personne ivre. Jensen un bras autour de sa taille essayait de le soutenir. Tous deux revenaient d'une fête, visiblement bien arrosée, mais en vérité Matthew ne tenait pas l'alcool, deux verres avaient suffit pour avoir raison de sa sobriété. Ce vendredi soir il allait s'en souvenir comme celui de sa première cuite.
Arrivés non sans peine jusqu'à la chambre, Jensen le coucha aussitôt en prenant soin de le déchausser et de le recouvrir d'une couverture qu'il china dans un placard. La situation lui paraissait drôle, d'habitude c'était lui que l'on couchait dans cet état. Pensant au réveil qu'il allait avoir, Jensen, prévenant, alla tirer les rideaux pour lui éviter un réveil aveuglant et inconfortable, son mal de crâne serait amplement suffisant. Il aperçu alors une silhouette dans la piscine, en une fraction de seconde il se rappela que monsieur Mettner nageait le soir quand il n'arrivait pas à dormir. Il se pressa de le rejoindre en ayant l'espoir que se soit lui le remplaçant de Morphée, tout en sachant très bien qu'il se berçait d'illusions, pour l'instant.
Debout au bord de la piscine, dont l'éclairage invitait à la baignade, Jensen contemplait monsieur Mettner dont le dos athlétique s'offrait à lui. Le nageur insouciant ne l'aperçut pas tout de suite, si bien que Jensen fit son entrée dans l'eau sans être remarqué.
A l'occasion d'une énième prise d'air lors de son crawl, monsieur Mettner le vit et s'arrêta aussi sec.
- Jensen ?
- Vous nagez drôlement bien.
- Merci. Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Je n'arrivais pas à dormir, je voulais donc tester votre méthode. Ça ne vous dérange pas au moins ?
Monsieur Mettner balança la tête et passa une main dans ses cheveux.
- Matthew n'est pas là ?
- Il dort. Je l'ai couché, il ne tient pas l'alcool, mais vous en fait pas il va bien. C'est juste sa première cuite.
- A ce point, s'enquit son père.
- Rien de bien méchant. Vous en faites pas je veille sur lui.
- C'est ce qui me fait le plus peur, fit le père de Matthew en nageant jusqu'à avoir pied. L'eau lui arrivant au niveau du cou, il s'ébroua les cheveux d'une main vigoureuse et s'adossa à la paroi.
- Qu'est-ce que vous voulez dire exactement, lui demanda Jensen lorsqu'il arriva à sa hauteur.
Monsieur Mettner se mit à sourire.
- Juste que depuis que tu fréquentes mon fils, il se met à draguer les filles et à boire.
- Vous avez tout simplement du mal à le voir grandir.
- Non, c'est une bonne chose, simplement j'aimerai que tu ne le corrompes pas.
- Dois-je comprendre que je suis un mauvais exemple ?
Jensen s'avançant vers lui, seul une trentaine de centimètre les séparait.
- Non, pas si néfaste que ça, répondit-il en souriant.
Jensen le dévisagea encore une fois, silencieusement il détailla à nouveau son visage ruisselant de fines gouttelettes d'eau. Monsieur Mettner ressentit une nouvelle fois la gêne qu'il avait eut au bureau, Jensen portait dans son regard un air qui le mettait mal à l'aise. Dos au mur, il ne pouvait pas mettre la distance qu'il aurait souhaité, il se sentait fait comme un rat.
- Comment était la soirée, demanda-t-il pour mettre fin à ce silence.
- Comme toutes les autres, de la musique, de la boisson, des filles en quête de garçons et des garçons en quête de filles, des chambres dignes des pires bordels. Une soirée entre jeunes.
- D'accord, fit monsieur Mettner consterné par la dépravation de la jeune génération.
A son époque les relations fille/garçon n'étaient pas si frivoles et désinhibées.
De nouveau, Jensen le fixa, et de nouveau il se sentit mal à l'aise.
- Et toi, où étais-tu dans tout ça ?
- A côté de Matthew, à lui servir de béquille.
- Tu n'as pas pu profiter alors.
- Vous savez les fêtes se ressemblent toutes, une fois qu'on y a été, on les a toutes faites. Vous n'êtes pas de mon avis ?
- Si, mais moi j'ai 36 ans et toi tu n'en as que 18, tu ne devrais pas être aussi las.
Jensen, sous le regard peu rassuré de monsieur Mettner, s'adossa au mur en veillant à ce que son épaule frôle la sienne. Son regard posé sur l'immense villa, lui donnait l'impression de ne pas rechercher volontairement le contact physique qu'il instaurait.
- Je suis plus mûr que les jeunes de mon âge, j'ai envie d'autre chose, dit-il d'une voix pleine de sous-entendu, mais avec le regard toujours posé sur la bâtisse.
- Comme quoi, demanda monsieur Mettner en se tournant vers lui.
- Comme visiter le fameux immeuble demain, répondit Jensen sans le regarder.
- Tu as l'air d'avoir une véritable passion pour l'architecture.
- Possible, répliqua-t-il en croisant son regard.
La passion dont faisait preuve Jensen concernait plus l'architecte que l'architecture.
- Je monte me coucher, dit-il en s'éloignant.
Plus il avançait vers l'escalier, plus le niveau de l'eau baissait. Monsieur Mettner le regardait en se disant que son fils avait pour ami un phénomène. Sa pensée se confirma aussitôt à la vue de ses fesses musclées, Jensen s'était visiblement baigné sans maillot. Tandis qu'il montait les marches, l'eau s'écoulait sur son corps d'athlète, son dos carré ne laissait aucun doute quant à sa condition de nageur. Monsieur Mettner n'en revenait pas, Jensen démontrait une audace rare. Combien d'adolescent se baignerait nu avec un parent de leurs amis ? La réponse se résumait à : personne. C'était sans connaître Jensen. Il eut un sourire amusé et consterné, ce garçon dénudé et dénué de toute inhibition, incarnait vraiment tout le contraire de son fils. Lui-même dans son jeune temps n'aurait commis de telle frasque.
Comme de convenu, monsieur Mettner et Jensen allèrent visiter la fameuse tour en milieu de matinée. L'architecte décida de lui faire voir l'un des endroits les plus attrayant du bâtiment. Il s'agissait de l'étage où un restaurant cinq étoiles devrait s'installer dans les prochaines semaines.
L'une des particularités de cet étage résidait dans le fait qu'une partie de la salle se trouvait dans le vide. Le sol d'un verre épais soutenu par des tiges de fer dont la minceur laissait à douter de leur solidité, représentait une accumulation de prouesses techniques et esthétiques. Les différents testes de rigueur ne laissaient aucune incertitude quant à la fiabilité et la sécurité. Le marbre constituait la partie la plus conventionnelle des lieux, Jensen bien qu'habitué à ce genre de fantaisie paraissait pour le moins impressionné par ce faste.
Monsieur Mettner emballé par ce résultat, fruit de son travail, s'avança directement vers la partie en verre et contempla le travail des ouvriers et ingénieurs.
- C'est fantastique tu ne trouves pas ? Les clients auront l'impression de manger dans le ciel, être entre ciel et terre. Je pense que ce lieu sera prisé pour les demandes en mariage.
Jensen ne faisait que sourire et ne bougeait pas de la partie conventionnellement solide.
- Approche, vient voir ça de plus près, fit monsieur Mettner avec enthousiasme.
- D'où je suis le spectacle est suffisamment impressionnant.
- Viens voir par la baie, la vue sur la ville et l'océan est grandiose, dit monsieur Mettner en s'y rendant.
Ce dernier se sentait comme transporté face à ce qu'il avait sous les yeux, le soleil et le ciel incroyablement splendides sublimaient la mer au loin. Instinctivement, il prit une bouffée d'air comme s'il se trouvait à l'extérieur debout sur l'un de ses nuages qu'il voyait à l'horizon.
- Dépêche toi Jensen, dit-il en regardant par-dessus son épaule.
Ne le voyant toujours pas arriver, monsieur Mettner se retourna. Impassible Jensen ressemblait à statue de marbre.
- Pourquoi tu ne viens pas ?
- Pourquoi tenez vous absolument à ce que je vienne ?
- Pour admirer la vue et être un des premiers à fouler cette prouesse technique.
Jensen avança son pied sur la partie en verre à quelques centimètres de lui, l'effleura et recula aussitôt.
- Voilà, j'ai foulée "la prouesse technique." On peut s'en aller maintenant ?
L'ayant connu plus cavalier, Jensen semblait avoir perdu de son aplomb. En effet, celui qui avait pour habitude de foncer tête baissée, n'en menait pas large aujourd'hui. Monsieur Mettner, les mains dans les poches, s'avança un sourire sur les lèvres, le regard suspicieux.
- Est-ce que tout va bien ?
- Tout va parfaitement bien, je veux simplement rentrer, répondit Jensen le regard fuyant.
Lui qui avait toujours soutenu son regard, qui avait toujours fait en sorte de le rendre mal à l'aise, n'emmenait vraiment pas large pour une fois. Drôle de revirement de situation.
- Tu aurais du me dire pour le vertige.
- Le vertige ? Mais vous rigolez. J'ai juste envie de rentrer et puis je me fis à votre jugement de professionnel, je n'ai pas besoin d'aller jusqu'à la baie, fouler ce sol en verre soutenu par de frêle barre de fer, tout ça pour savoir que vous avez raison.
Monsieur Mettner se mit à sourire, Jensen n'avait pas trop perdu de son assurance.
- Regarde moi, lui dit-il d'une voix rassurante. J'ai fait tout ce que tu m'as demandé, je nous ai emmené ici, et puis regarde je porte même un jean et un tee-shirt, maintenant c'est toi qui vas faire ce que je te demande.
- Rentrer chez moi ?
Monsieur Mettner balança la tête en souriant. Il approcha sa main de celle de Jensen, il l'effleura dans un premier temps avant de la saisir doucement, mais fermement. La main de Jensen légèrement tremblante ne pouvait cacher son anxiété, au regard du père de Matthew, il comprit qu'il allait devoir affronter sa peur du vide. A son tour, il lui serra la main, signe qu'il se sentait prêt.
Monsieur Mettner l'attira à ses côtés, marchant à tâtons vers la baie vitrée, il gardait la main de Jensen au creux de la sienne. De toute façon il lui était impossible de faire autrement, Jensen la tenait fortement. Les yeux fixés sur l'horizon, Jensen semblait prier intérieurement pour que le verre ne craque pas. Trop absorbé par sa peur il ne voyait pas les regards que monsieur Mettner lui adressait. Ce dernier le découvrit sous un nouveau jour, le masque qu'il portait en permanence venait d'avoir sa première fêlure. Les idées qu'il s'était faites de ce garçon n'étaient en fait que des idées. Jensen ne maîtrisait pas toutes les situations. Il n'était pas le surhomme que tout le monde croyait. Loin de cette image qu'il se donnait, Jensen était un jeune homme tout simplement, avec ses forces, ses faiblesses, et ses peurs.
- Très bien on y est presque.
- Je vous serai reconnaissant de ne pas me parler comme à un débile. Je ne suis pas aveugle, j'ai juste le vertige, je le vois bien qu'on y est presque.
- Tu n'es pas en position de me parler sur ce ton, je peux te laisser là tout seul comme un grand, dit-il en faisant mine de lui lâcher la main.
- Monsieur Mettner je vous en supplie, cria Jensen d'effroi.
- Je t'embête, le rassura-t-il en rigolant. Voilà on y est. Regarde la vue.
Jensen bien que soufflé parce qu'il voyait ne pouvait empêcher ses jambes de flageoler.
- C'est une jolie vue. On peut retourner de l'autre côté à présent ?
Monsieur Mettner se mit à sourire.
- D'accord, mais avant, un dernier effort.
Jensen sourcilla en se demandant quel autre effort devait il encore fournir. Il avait foulé le sol suspendu, atteint la baie vitrée, admirer la vue. Que pouvait-il bien faire de plus ?
- Regarde en bas.
- Hein ? Mais vous êtes fou ?
- Essaye de regarder ta peur en face.
- Mais vous êtes un psychopathe ma parole, ramenez moi de l'autre côté, ordonna-t-il.
Même dans les situations les plus extrêmes, Jensen ne perdait en rien de son autorité.
- Jensen, fit-il en agitant leurs mains jointes.
Le regard effaré, Jensen n'arrivait pas à croire que cet homme se livrait à une sorte de chantage.
- Votre fils sait-il que vous êtes un tordu ?
- Tu n'es pas très poli, dit-il en jetant un regard à leurs mains.
- Vous me le paierez.
- Tu ne devrais pas faire de telle menace dans une telle situation.
Jensen se rendit à l'évidence toute tentative d'intimidation de sa part resterait vaine. Il prit donc une profonde inspiration et hésita de longues minutes avant de regarder sa peur en face. Quand monsieur Mettner lâcha sa main, il se sentit tomber. Dans un geste désespéré il s'agrippa à lui. Ses mains, entourant son corps robuste, formaient une prise que nul n'aurait pu défaire. Sa tête calée au creux de son cou, les yeux fermés, il ne voulait plus voir sa peur en face. Monsieur Mettner l'enlaça à son tour en s'excusant, ses mains réconfortante lui caressèrent le dos pour le rassurer. Jensen tremblotant, pétrifié par la peur, ne pouvait plus avancer, impossible de mettre un pied devant l'autre. Monsieur Mettner le souleva autant qu'il pu, à l'image d'un enfant qu'un père porte dans ses bras, ses jambes autour de sa taille. Les yeux fermés il se sentait avancer, le parfum de son "sauveur" l'enivrait, tout comme son corps qu'il sentait plaqué contre le sien, un corps solide et fort.
- On est arrivé.
- Vous êtes sûr ? Où c'est encore une de vos blagues ?
- Je te le promets, on est sur le sol bien dure bien compact que tu affectionnes tant.
Jensen ouvrit à demi un œil et regarda avec un peu d'hésitation, effectivement le sol en marbre se trouvait sous ses pieds. Son regard d'abord revanchard ne tarda pas à se radoucir lorsqu'il croisa le regard bleu et coupable de monsieur Mettner. Leur visage n'avait jamais étaient aussi proche. Un centimètre les séparait d'un baiser.
Jensen se décramponna sans pour autant s'éloigner de lui, leur corps restèrent l'un contre l'autre pendant de longues secondes. De longues secondes pendant lesquelles Jensen s'appliquait à garder l'une contre l'autre leur virilité.
- Si je ne devais pas organiser une fête chez vous le week-end prochain, je vous détesterai.
- Une fête ?
- Une fête "surprise" pour l'anniversaire de Matthew, l'informa Jensen en se décalant sur le côté. Comme il tombe en pleine semaine, on va fêter ça le week-end.
Le regard posé vers les baies vitrées, il souriait à ce qui venait de se passer.
- Je crois que je te dois bien ça.
- Et ce n'est que le début, dit-il en le regardant droit dans les yeux. Bien entendu ceci reste entre nous.
- Sinon ?
- Sinon vous passeriez pour un bourreau. Je suis sûr que c'est le genre de réputation dont vous vous passeriez bien.
Les mains au fond de ses poches, Jensen affichait un sourire triomphal.
- Ceci reste entre nous.
Monsieur Mettner constata que Jensen reprenait le contrôle de la situation sans se douter une seule fois qu'il ne l'avait véritablement jamais perdu.
La mise au point effectuée, Jensen regarda une dernière fois les lieux avant de rejoindre monsieur Mettner devant l'ascenseur. Le regard satisfait, un sourire en coin, tout se passait comme il le souhaitait. Bientôt, pensait-il, bientôt.
Après un réveil difficile, Matthew avait réussi à se traîner dans la cuisine. Faire fonctionner la machine à café, dans son état, relevait du défit. Il avait eu beau appeler à l'aide personne n'était venue, il arriva à la conclusion qu'il se trouvait seul, avec pour seule compagnie une effroyable migraine.
A leur retour son père et Jensen le trouvèrent devant sa tasse, l'air mal en point, jurant à qui voulait bien l'entendre qu'il ne toucherait plus à un verre d'alcool de toute sa vie.
- On dit tous ça, fit Jensen en prenant une petite bouteille d'eau minérale dans le réfrigérateur.
- Où étiez vous passez, j'aurais pu mourir en tombant dans les escaliers.
Jensen leva les yeux au ciel.
- Fais pas ta chochotte, tu verras on se remet de la gueule de bois, qu'est-ce que tu peux être douillet. Petite nature va !
- C'est vrai, intervint son père, on se remet de la gueule de bois comme on se remet du vertige, dit-il en se versant une tasse de café.
Matthew au contraire de Jensen ne comprit pas l'allusion, peu importe, dans son état cela ne lui semblait pas essentiel.
- C'est vrai, fit Jensen, écoute ton père c'est un homme plein de bon conseil, un homme droit et sage qui ne ferait jamais rien allant à l'encontre de la morale.
- Pour l'instant j'ai beau vous écouter, je ne comprends strictement rien.
Dans un élan de bonté Jensen lui prépara une mixture à base de divers fruits et légumes, qui selon ses dires, se révélait efficace pour ce qu'il avait. Monsieur Mettner quant à lui se retira dans son bureau qu'il ne quitta pas de toute la journée, sauf lorsqu'il se rendit dans la cuisine afin de s'abreuver de son café italien.
Cette pause qu'il s'autorisait, lui permettait de recharger ses batteries et de renouer contact avec le monde environnant. Lorsqu'il se mettait au travail, la notion d'heure n'existait plus, le temps qui s'écoulait, il ne le voyait pas, ce qui par le passé lui value certaines réflexions de la part de son ex-femme. Tout comme le café, son acharnement au travail se comparait à une mauvaise habitude.
La tasse à la main, il s'avança sur la terrasse, le soleil de fin d'après midi teinté les lieux d'une atmosphère dorée.
Son fils allongé sur un transat essayait de revenir à lui, tandis que Jensen faisait des longueurs dans la piscine. Visiblement plus à l'aise dans l'eau qu'entre ciel et terre, le capitaine de l'équipe de natation confirmait que l'expression "comme un poisson dans l'eau" lui allait comme un gant.
Alors qu'il s'avançait vers son fils pour prendre de ses nouvelles, Jensen sortit de l'eau non sans faire de vague. Conscient de sa plastique enviable, il l'exhibait quand il s'agissait de séduire. Le timing parfait, lui permit de se montrer dans le slip de bain de l'équipe du lycée, petit artifice au combien révélateur. Monsieur Mettner arrivant, il le voyait de plein pied, impossible pour lui de ne parcourir que la partie supérieure de son corps.
- Vous venez prendre des nouvelles du malade ?
- Oui, je profite de ma pause, dit-il en soulignant cet état de fait en montrant sa tasse.
Jensen regarda au niveau de la chaise longue, Matthew étendu, semblait continuer sa sieste.
- Il est venu me rejoindre tout à l'heure, mais à un moment en tapant la discute je me suis rendu compte qu'il ne me répondait plus, j'en ai conclut qu'il cuvait. Dans ces cas là, la sieste est tout ce qui vous reste.
- Encore une fois tu parles par expérience ?
Jensen passa une main énergique dans ses cheveux afin de se débarrasser de l'eau qu'ils contenaient, ce qui éclaboussa au passage son interlocuteur.
- On ne peut rien vous cacher, mais cette époque est révolue. Je me suis vite rendu compte que pour apprécier une fête, il ne fallait pas se saouler. Mais vous en faites pas pour Matthew, c'était juste une expérience, un truc à vivre, juste pour voir comment ça fait. Il y a un tas de trucs auquel on s'adonne juste pour ne pas mourir idiot.
- J'ai pu voir que tu débrouillais bien. La natation c'était aussi un truc à vivre ?
- Non, la natation c'est une passion que j'ai depuis mon plus jeune âge. Et en effet, il s'avère que je me débrouille.
Monsieur Mettner hocha la tête.
- Tu dois être la coqueluche de ton lycée.
- Non, pas du tout, ceux qui ont droit à une attention sans égal, se sont les rois du ballon. Il n'y a qu'à voir, les foules qu'ils déplacent quand ils disputent un match.
- Mais en natation aussi.
Jensen haussa les épaules.
- D'accord, mais dans une moindre mesure. On déplace essentiellement les curieux.
- Les curieux, se demanda monsieur Mettner.
- Contrairement aux autres sportifs, notre corps est dévoilé dans son intégralité, ce n'est pas ce petit bout de lycra qui peu prétendre le contraire. Du coup les gens viennent voir si on est bien monté ou pas, au lycée on voit de nouvelle tête à chaque entraînement. Elles font irruption pour constater de leurs propres yeux si la rumeur est vrai, si untel à de si jolies fesses, s'il a un beau corps ou une belle bite.
Tout en l'écoutant parler, monsieur Mettner se demandait comment une discussion anodine avait pu arriver à une tirade au dessous de la ceinture.
- En ce qui me concerne je n'ai rien à cacher, la nature n'a pas été radine avec moi, autant en faire profiter les autres.
- Par contre elle a omis de te donner un peu d'humilité.
- Ce n'est qu'un constat.
- C'est le nouveau nom que l'on donne à la prétention ?
Jensen sourit à sa remarque.
- Vous savez, à notre époque les gens sont tellement plus complexer qu'avant. Je ne suis pas d'une beauté parfaite, je ne serais jamais le gars que je vois sur les couvertures de magazine. Comme tout le monde, il y a des choses en moi que je n'aime pas, mais ce ne sont que des détails, comme les complexes sont détails auxquels on attache trop d'importance. Et moi, je ne veux pas leur donner cette importance, du coup je suis bien dans ma peau, et c'est sans prétention aucune que je vous dit que j'aime mon corps. Et si la vue de mon corps apporte du plaisir aux gens et bien j'en suis ravi. Ce qui fait que tout le monde y gagne.
- Ton ego le premier.
Jensen prit sa serviette posée sur l'une des chaises longues, la passa autour de son cou avant de revenir débattre.
- On dit qu'il faut s'aimer soit même pour que les autres vous aime. Vouloir que les autres vous aime est-ce faire preuve de prétention ? Si c'est le cas, alors oui je suis prétentieux, mais à mon avis pas encore assez pour que l'amour veuille de moi.
Monsieur Mettner ne su quoi répondre, Jensen avait l'air sincère, peut-être était-ce une nouvelle faille qu'il acceptait de lui montrer.
- Faites pas cette tête monsieur Mettner, je suis simplement célibataire. C'est un truc que je voulais vivre.
Le visage de monsieur Mettner, qui ne savait plus sur quel pied danser, apparu plus détendu, un sourire se dessinait sur ses lèvres dont Jensen se faisait une promesse de trouver le chemin.
- Tu es vraiment surprenant, fit monsieur Mettner.
- Je le prends pour un compliment.
- C'est plutôt un constat, rétorqua-t-il avec un sourire entendu avant de retourner à son travail.
Paré de sa serviette, Jensen le regarda s'éloigner, le rictus qu'il affichait sous entendait une nouvelle fois que tout se passait comme il le souhaitait. Bientôt, pensa-t-il.
4
Quand au lendemain, vers la fin de matinée, Jensen se présenta devant Sarah, la secrétaire sexagénaire, cette dernière n'avait pas oublié leur première rencontre et le côté suffisant que dégageait ce garçon. Un sourire de circonstance sur les lèvres, elle était décidée à ne plus se laisser avoir comme la première fois.
- Bonjour Sarah, je viens voir monsieur Mettner.
- Il est en réunion.
- Je peux l'attendre dans son bureau.
- Il serait préférable que vous l'attendez ici, à moins bien sûr que vous ayez quitté la ville entre temps depuis la dernière fois. Mais je vous rassure sa joie sera là même qu'il vous voit ici à côté de la plante verte ou dans son bureau, lui précisa-t-elle avec un grand sourire.
- Vraiment trop aimable. J'espère que cette plante n'est pas aussi carnivore que vous semblait l'être.
- Rassurez vous mon petit elle n'attaque que quand je lui en donne l'ordre.
- Je vais m'assoire en face alors.
Jensen lui fit une œillade avant d'aller s'installer dans la salle d'attente, c'était de bonne guerre pensait-il.
Après avoir éplucher les différents magazines, Jensen se leva au bout d'une heure et alla voir sa nouvelle amie Sarah.
- Il est toujours en réunion, l'informa-t-elle avant même qu'il ne lui pose la question.
- Elle va durer encore longtemps ?
- Je ne sais pas.
- Mais encore ?
Sarah le regarda avec un visage pour le moins expressif.
- Je retourne m'assoire, conclut Jensen.
Lorsqu'il fit demi-tour, un groupe de personnes sortirent du couloir, parmi elles, monsieur Mettner.
- Jensen, s'étonna-t-il, mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Il faut que je vous vois.
- A quel sujet ?
Monsieur Mettner fit signe à ses collaborateurs de descendre et qu'il les rejoindrait.
- Le lycée exige que l'on fasse un mini stage dans le monde du travail, et comme les prochains mois j'ai des compétitions, je n'ai que cette semaine pour l'effectuer, du coup j'ai pensé à votre multinationale. Je me suis dis que peut-être je pourrais vous être utile un peu comme un assistant, vous observer travailler, un truc dans ce style.
- Un truc dans ce style, répéta monsieur Mettner. Pourquoi pas, mais pour l'heure j'ai un important déjeuné, je te revois en début d'après-midi.
Il se retourna vers sa secrétaire.
- Je vous le confie, donnez lui quelque chose à faire en attendant mon retour, je compte sur vous.
- Très bien monsieur Mettner, répondit Sarah avec un large sourire.
Sa main viril et puissante tapota l'épaule de Jensen avant de disparaître dans l'ascenseur.
- Jubilez Sarah, jubilez, profitez en car après je serais dans, son bureau, à ses ordres, et pas aux vôtres.
- Commence par distribuer les courriers avant de te voir bras droit.
- Vos désirs sont des ordres très chère.
- La lèche ça ne marche pas.
- Et si je vous offre une plante verte ?
Une fois encore Sarah lui fit son regard des plus parlant.
En début d'après midi, Jensen se retrouva dans un fauteuil en cuir, en face de monsieur Mettner qui fixait par téléphone une prochaine réunion de chantier. Le bureau situé au dernier étage de la tour proposait un panorama incroyable sur toute la ville. Résolument moderne, la pièce comptait des mobiliers design, ceux de la tendance actuelle et à venir.
Jensen observa monsieur Mettner pendant qu'il parlait au téléphone, le ton déterminé ne se voulait pas pour autant intimidant, il se dégageait de cet homme une assurance sans borne, le sourire dent blanche qu'il eut en raccrochant lui donna l'envie de se jeter sur lui. Mais il n'en fit rien, il était encore trop tôt.
- A nous maintenant, dit-il en s'adressant à Jensen. Je dois dire que tu m'as pris au dépourvu.
- Ma conseillère d'orientation également. Ce qui fait que nous sommes deux. Vous savez c'est le genre de stage d'observation où on peut tricher, confia Jensen affalé dans le fauteuil.
- Si tu crois que tu vas te tourner les pouces et regarder les mouches voler, tu rêves.
- Je ne pensais pas regarder les mouches mais, vous plutôt.
Ce cheval de Troie n'eut l'effet escompté.
- Si j'avais un département humour je t'aurais affecté là-bas.
- Plus sérieusement, fit Jensen, je suis prêt à m'investir avec vous dans tous ce que vous ferez. Je sais me servir d'une cafetière, faire des photocopies ce n'est pas la mer à boire, je peux taper plus de deux mots à la minute…
Adossé à son fauteuil, monsieur Mettner écoutait Jensen se vendre, il souriait à la fantaisie qu'il apportait à sa démarche.
- Plus sérieusement Jensen, étant donné que tu portais, la dernière fois, un certain intérêt aux projets architecturaux, je te demanderais de me faire un compte-rendu des études récemment entreprises sur les nouvelles prouesses technologiques et d'imaginer en quoi elles pourront nous être utiles.
- Vous n'avez pas quelqu'un de plus qualifié pour ça, quelqu'un qui a une vie déjà ennuyeuse.
- Etagères Jensen, bouquins Jensen, potasse Jensen.
- C'est vous le boss, fit Jensen en se levant avant de se diriger vers la fameuse étagère.
Il se posa ensuite dans le sofa, une feuille et un crayon à la main.
Ni réellement inquiet, ni réellement convaincu, monsieur Mettner regarda ce jeune homme atypique en se demandant s'il avait bien fait de le prendre comme vacataire.
A la fin de la journée, alors que la majorité des employés avaient quitté le navire, Sarah vint annoncer à son patron qu'à son tour elle rentrait chez elle. Un coup d'œil vers le petit salon, elle vit Jensen, un crayon sur l'oreille, lui offrant son plus beau sourire. Elle lui répondit d'un sourire narquois sous le regard quelque peu interloqué de monsieur Mettner.
- Qu'est-ce qu'il y a entre vous, demanda ce dernier une fois Sarah partie.
- Un petit jeu.
- Elle n'a pas l'air de t'apprécier réellement, constata-t-il.
- Je ne cherche pas à ce qu'elle m'apprécie.
Jensen posa le livre et s'étira avant de faire quelques pas vers la baie vitrée.
A cette heure de la journée, les premières lumières des bâtiments alentours s'allumèrent les unes après les autres, la nuit peu à peu tissa sa toile sombre. La lune pas totalement pleine prenait place dans un ciel sans étoile.
- Vos petites abeilles sont toutes parties, ça ne vous mine pas le moral d'être seul dans ce bâtiment bien vide, demanda Jensen en regardant le reflet de monsieur Mettner dans la baie.
- Si c'était le cas je ne serais pas là.
- D'accord, mais par moment ça doit vous faire quelque chose. Vous savez, il y a une vie en dehors de cette tour de verre.
Monsieur Mettner se leva de son fauteuil, Jensen suivit son reflet s'avancé vers lui. Les mains dans les poches de son pantalon noir, il contempla la vue.
- Quand je me sens seul, je regarde en bas, je regarde les gens, je me plaît à imaginer leur vie, vers qui ou vers quoi ils marchent à cette heure de la nuit.
- D'ici on voit pas grand-chose, mais la folie à ses débuts.
- Quand je les regarde, aller et venir, ils ne sont pas différents de moi en haut de ma tour, ils sont aussi seuls, ils ont beau aller vers quelqu'un ou quelque chose, sur le trajet il y aura un moment où ils se sentiront seuls. Et même quand tu es avec quelqu'un, tu peux te sentir seul. En ce qui me concerne, du haut de ma tour de verre, je ne me sens pas seul.
Jensen stupéfait par ses réflexions aperçut après quelques secondes un sourire se dessiner sur ses lèvres.
- Vous vous foutez de moi, dit-il en lui donnant un coup poing sur l'épaule.
- Tu aurais du voir ta tête. Franchement, j'aime ce que je fais, et je ne me sens pas seul quand il n'y a plus personne, je me sens chez moi et je m'y sens bien. Travailler jusqu'à tard que je sois accompagné ou pas ne me pose aucun problème. Mais il est vrai que d'avoir de la compagnie rend le travail plus agréable.
- Merci.
- Merci pourquoi, demanda monsieur Mettner surpris à son tour.
- Merci de dire que je rends le travail plus agréable.
- Je parlais de la compagnie des gens qui travaille réellement et qui ne font pas semblant.
Jensen se dirigea vers le canapé, prit la feuille volante qui s'y trouvait et la pointa sous le nez de son boss.
- A moins que le crayon n'écrive tout seul, je l'ai quand même aidé.
Monsieur Mettner se mit à sourire.
- Tu devrais rentrer te reposer car visiblement tu as fourni du travail aujourd'hui.
Un sourire taquin, un regard malicieux, monsieur Mettner charmait malgré lui son jeune assistant qui encore plus conquis à cet instant sentait grandir en lui l'excitation de ses pensées. Conscient qu'aucun sous entendu ne perçait ses paroles, Jensen appréciait néanmoins cet air sur ce visage qu'il ne lâchait pas des yeux. Un homme dans toute sa splendeur, un homme d'un charisme impressionnant, un homme d'un sex-appeal débordant. Le plus excitant dans cette histoire se trouvait être cette sexualité droite et palpable. Monsieur Mettner dont l'amour des femmes se dégageait donnait à Jensen une impression d'impossible conquête, d'impossible aventure. Ce challenge accroissait d'avantage le désir de cet adolescent fougueux.
Les jours suivants, Jensen se sentait de plus en plus conquérant, côtoyer monsieur Mettner jour après jour lui permettait de laisser son empreinte dans son esprit encombré par le travail. Il profitait du moindre moment de la journée, pour lui adresser un regard, mais pas n'importe quel regard, celui que l'on pourrait traduire par "je suis là", obligeant monsieur Mettner à y regarder à deux fois.
Souvent sur le terrain pour des contrats importants, il ne réapparaissait qu'en fin d'après-midi, bien qu'exténuer il se remettait aussitôt à la tâche et Jensen le bombardaient de regards.
Au dernier soir de leur collaboration, soir d'une journée particulièrement bien remplie, monsieur Mettner soupirait de fatigue, les yeux fermés il se dénouait la nuque. Profitant de l'occasion qui s'offrait à lui, Jensen abandonna son canapé pour se poster derrière l'objet de ses plaisirs solitaires. Sans rien dire, il apposa ses mains au niveau de ses trapèzes ce qui le fit sursauter.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je fais ce que mon coach fait après chaque entraînement. Au cours des différentes nages, nous les nageurs, nous sollicitons énormément notre cou pour les prises d'air, du coup, notre nuque est toute endolorie. Il n'y a rien de tel qu'un massage pour soulager tout ça. Je vais vous montrer.
Masser à travers la chemise n'étant pas ce qu'il préfère, Jensen de sa propre initiative, approcha sa main du premier bouton de la chemise bleu marine, la réaction de monsieur Mettner ne se fit pas attendre.
- Qu'est-ce que tu fais, demanda-t-il en repoussant sa main.
- Je veux juste déboutonner deux ou trois boutons afin de vous dégager les épaules.
- Laisse je vais le faire.
Un sourire satisfait traversa les lèvres de Jensen, pendant que monsieur Mettner déboutonnait un à un les premiers boutons.
Au son d'un tissu qui se froisse, il dégagea ses épaules d'où Jensen approcha ses mains. La chair musclée qui se tenait sous ses yeux correspondait à l'idée qu'il se faisait. Ses doigts d'abord effleurant et tâtonnant, devinrent plus malaxant mais, des caresses s'y glissèrent par moment. Un peu sceptique, monsieur Mettner avait du mal à se détendre mais, ses yeux très vite se fermèrent par à coup puis complètement, il semblait apprécier ses doigts de fée, il se laissa de plus en plus aller à la décontraction. Les muscles de ses trapèzes se déraidirent peu à peu pendant que d'autres chez Jensen avaient la poussée inverse. Ses mains, d'une douceur insoupçonnable, partaient de la nuque jusqu'aux trapèzes dans un mouvement régulier et tendre. De temps à autre le bout de ses doigts s'aventurait sur la naissance du torse voluptueux. Dans un état de relaxation certaine, monsieur Mettner ne protesta pas, il ne s'en rendait même pas compte. De légers gémissements laissaient croire qu'il appréciait les biens faits que Jensen lui prodiguait.
Le silence de la pièce et le charme du massage se brisèrent au son du téléphone. Le portable de monsieur Mettner s'affolait à côté de son ordinateur. Il se redressa pour le prendre, ce qui obligea Jensen à retirer ses mains sur ce corps qui suscitait en lui le désir, à en juger par la bosse de son jean.
La conversation téléphonique, personnelle, fut brève et se termina par un "à tout de suite".
- Votre blonde, émit Jensen.
- Oui.
Monsieur Mettner se leva de son siège et se tourna vers Jensen tout en reboutonnant sa chemise, son corps devenait encore plus appétissant vu de face.
- Merci pour ce massage, je dois dire qu'il m'a fait beaucoup de bien, je ne sens même plus la tension au niveau de mes cervicales. Tu as des doigts de fée.
- Et une baguette magique.
Monsieur Mettner ne comprit pas l'allusion réelle qu'avait fait Jensen, il prit sa veste sur le portemanteau et la passa. Il ajusta son col et invita Jensen à rentrer chez lui.
Dans l'ascenseur Jensen s'adonna à son jeu favori, ses regards rendant mal à l'aise, à cela, il ajouta un petit compliment sur la musculature entrevue. Il eut en réponse un sourire gêné et, un regard fuyant qui semblait demander à l'ascenseur de descendre plus vite.
Ils se séparèrent dans le parking souterrain, complètement désert à cette heure de la nuit, et presque effrayant par la froideur du béton et des lumières blanches.
- Sois prudent, recommanda monsieur Mettner.
- Vous pouvez en être sûr, quant à vous sortez couvert.
- Rentre bien Jensen, répliqua-t-il en allant de l'autre côté du parking.
Jensen le regarda s'éloigner en maudissant son téléphone. Il se réconforta en pensant à ses prochaines tentatives.
Quelque peu troublé, monsieur Mettner regagna sa voiture. Lorsqu'à l'intérieure de cette dernière il passa devant Jensen qui se rendait à la sienne, il ne pu s'empêcher de se poser des questions. Ce garçon lui inspirait un sentiment d'étonnement. Il le trouvait presque intrigant dans sa façon d'agir. L'insolence de sa jeunesse peut-être.
Courriel : kh.brillant @ hotmail.fr