Le bal de fin (6) d'Angel of Ys
dimanche 26 avril 2009, 15:23 - Angel of Ys - Lien permanent
À mon premier entraînement de base-ball de cette année, il m'a vu, il m'a regardé, il m'a observé. Je sais qu'il s'est passé quelque chose.
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La neige tombe et s’accumule sur le sol, comme elle a pris l’habitude de le faire depuis le début de la semaine. Eben le vampire ne fait plus parler de lui, non pas qu’il l’ait déjà fait, volontairement ou non, mais il n’y a plus de traces de la « créature ». Je n’ai pas cherché à en savoir davantage sur Albane, comme je me l’étais promis. Je ne peux pas nier que je n’y ai pas pensé mais jamais je n’ai formulé de questions à son propos. Ç’a été difficile étant donné qu’il a fallu que je surveille mes paroles mais également mes pensées. Maintenant que j’ai la certitude que mon petit ami lit en moi, je ne veux pas prendre le risque qu’il me réponde. Mes cauchemars quant à mon agression enfin évanouis, je n’ai pas vraiment envie que d’autres suivent, bien plus terrifiants ceux-là. Respectant mes craintes, Eben n’a pas cherché à m’expliquer. Je lui en suis reconnaissant d’ailleurs. L’heure tourne. Je constate qu’il est encore temps de commencer cet examen. Je me suis complètement laissé absorber par la lente chute de flocons derrière la vitre. Essayant de prêter plus attention avec ma copie, j’aperçois Eben dans le reflet de la fenêtre. Sa côte de popularité a vraiment baissé depuis son interpellation par la police. Bien qu’il soit encore le garçon le plus prisé du lycée, le changement est visible. En effet, les rumeurs circulent toujours autour de la mort d’Ambre. Sans compter que, du fait qu’il passe le plus clair de son temps au bahut avec Allison et moi, on commence à lui donner une relation amoureuse avec elle. Voilà qui contribue grandement à la hausse d’intérêt qu’on porte à mon amie, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Elle en joue beaucoup et nous fait bien rire avec ses « essais ». De sa tentative d’entrée au sein du club très restreint des pom-pom girl à la drague du leader de l’équipe de natation, elle a pas mal baroudé. Pour ma part, je commence à devenir quelque peu jaloux de cette liaison imaginaire entre Eben et Allison. Non pas parce que je suis royalement ignoré, cela me convient très bien, mais pour la simple et bonne raison qu’Eben est avec moi point final. En même temps, les rumeurs qui murmurent ici et là que je suis le responsable des deux meurtres continuent de circuler. Il ne serait donc pas vraiment judicieux pour moi de leur donner un mobile supplémentaire en m’affichant au bras d’Eben. Même si ce n’est pas vraiment l’envie qui me manque. D’ailleurs, je ne sais pas exactement si ces racontars se sont tus ou s’ils poursuivent leurs déplacements dans les couloirs de l’Emerson High. Quoiqu’il en soit, peu m’importe ce qu’il se dit tant que rien ne vient gâcher ce peu de sérénité qui s’est installé depuis que je sais. Pour l’heure, il me reste une demi-heure pour terminer ce devoir. Ensuite, et avant même que je ne l’ai vraiment réalisé, je serai dans ma chambre. Et je ne serai pas seul.
La journée a été longue aujourd’hui et il n’a pas cessé de pleuvoir depuis ce matin. Enfin débarrassé des cours, alors que j’espérais pouvoir retrouver les bras d’Eben, Nicholas m’a appris que toute l’équipe devait se rendre aux vestiaires. Là, je montre ouvertement que je n’ai pas envie d’être là. Je sens même que je ne vais faire aucun effort pendant cet entraînement. Quand ma mine est renfrognée, je remarque que mes coéquipiers affichent un air inquiet. C’est étrange comme, après des morts inexpliquées, on en vient à redouter chaque imprévu. On ne peut nier que c’est naturel et pourtant, à force d’y penser, on va finir par voir le mal partout. Un autre jour, j’aurais tenté de détendre l’atmosphère. Pas aujourd’hui. Je visualise la scène qui aurait pu arriver si je n’avais pas été là : Eben m’aurait serré contre lui, il m’aurait souri avant de m’embrasser et de parcourir les courbes de mon visage… Je secoue la tête. J’imagine que le coach Adamson va encore nous sortir un discours sur notre dernière chance à nous, élèves de terminale, de faire remporter le championnat au lycée. Il nous parlera avec émotion des deux précédentes années où l’équipe est passée si près du trophée sans l’emporter. Je me souviens d’ailleurs de l’an passé. Nos adversaires du lycée de Weltown n’ont rien laissé passer. On ne pouvait qu’admettre leur supériorité. Ils étaient tout simplement meilleurs que nous. Lorsque la description de ces deux défaites successives sera terminée, Adamson ne saura que trop nous conseiller de ne pas faire les cons en récoltant une interdiction de jouer pour avoir tapé dans l’œil de la direction, que ce soit une moyenne trop basse ou de une bagarre dans les locaux. En suite et fin, il donnera quelques conseils individuels avant de nous rendre la liberté sur un « à samedi pour l’entraînement ». Peut-être parlera-t-il de Jay… Ça, je l’ignore. Il l’a très peu fait jusqu’à présent. Aucun de nous n’était vraiment à l’aise, pas même lui. Certes Jay faisait partie de l’équipe mais il n’était que très peu sollicité – ce qu’il semblait apprécier – et ne se joignait jamais à nous en dehors des entraînements. Quant au coach, je crois que la seule fois où il a vraiment pu lui parler, ce fut lorsqu’il est devenu membre de l’équipe. Je suis persuadé qu’Adamson se reproche de ne pas l’avoir placé plus souvent en jeu, de ne pas l’avoir fait sortir du banc des remplaçants où il ne faisait finalement qu’intervenir lors d’une éventuelle et rarissime expulsion ou blessure. Au dernier match, Jay avait remplacé Matt, le bras dans le plâtre. Triste ironie de ne se souvenir de lui non pas de sa performance au base-ball mais de sa mort peu après, pour une fois qu’il avait l’occasion de jouer du début à la fin…
La sonnerie d’un téléphone fait soudain sursauter tout le monde. La musique est un des cartons du moment. Cela suffit à faire revivre le vestiaire. Nicholas commence à entonner les paroles en secouant la tête. Bradley vérifie que le coach n’est pas en vue pour extirper son cellulaire de son casier, le couper et le fourrer dans la poche de son jean. Je n’ai pas le temps de me demander pourquoi il avait rangé son mobile là qu’un bruit sourd retentit à l’extérieur. Personne ne se pose de question et nous sortons comme un seul homme voir ce que c’est. C’est désert. La lumière un peu bleutée du ciel orageux traverse les carreaux pendant qu’une pluie furieuse bat les vitres des portes, à chaque extrémité du couloir. Un des néons grésille en clignotant au dessus de nous. Tellement d’eau est tombée aujourd’hui que nous entendons son écoulement dans le tuyau de récupération sous nos pieds. Alors que Brett commence à parler, Cole le fait taire d’un sifflement sec. Il longe le couloir vers le bureau du coach. Le bruit de ses pas résonne dans le boyau bleu nuit, ses semelles mouillées couinent à chaque enjambée. Devant la porte, Cole pose son oreille contre le contreplaqué. Son cri se répercute contre la paroi et semble s’amplifier. Le choc de son épaule contre la porte lorsqu’il la pousse pour l’ouvrir plus rapidement est celui d’une bombe. Ses cheveux blonds disparaissent dans l’ouverture pendant que le reste de l’équipe entre à son tour. À l’intérieur, l’environnement se fige et le silence s’installe. Le néon s’est tu, l’eau ne s’écoule plus dans la canalisation, la pluie elle-même est devenue muette. Tout le monde comprend ce qu’était le bruit sourd. La chaise tombée devant nous en est l’explication. Aucun de nous ne bouge. Le coach aussi a cessé de bouger. La seule différence, c’est que lui ne bougera plus jamais.
Sans que le silence ne soit brisé, Brett et Drew se précipitent pour dénouer le nœud autour de la gorge de notre coach. Bradley sort son portable et compose le numéro des urgences. Nous autres restons tétanisés devant ce spectacle. Le son revient progressivement avec les voix d’outre-tombe de l’équipe, abasourdie par la vision de cet homme que nous avons appris à respecter dès les premières minutes qui s’est vraisemblablement donné la mort. Son corps ramené au sol, Drew prend son pouls d’une main tremblante. Dans le même état, sa voix annonce que le cœur ne bat plus. Il commence alors un massage cardiaque mais Brett l’arrête. Il dégage la corde autour du cou de notre coach et lui montre quelque chose au creux de l’épaule. Il a la nuque brisée. Je m’approche de Drew pour le faire s’écarter du corps. Avec douceur, je pose ma main sur son épaule et l’entraîne à l’extérieur du bureau. L’équipe me suit et nous nous affalons contre les murs donc la peinture commence à s’écailler. La lumière extérieure paraît avoir baissé d’intensité. Le couloir est gris à présent. Le néon défectueux s’est éteint, laissant l’entrée du bureau dans une pénombre que les autres lampes peinent à chasser. Cole a encore les yeux fixés sur la porte marquée « Coach P. Adamson», Bradley sur l’écran de son téléphone, Drew sur ses doigts qu’il bouge au ralenti, Brett sur la sortie, Nicholas sur le bout de ses baskets, Matt les garde clos… Si aucun ne fixe la même chose, chacun a le regard vide. Pour ma part, je contemple tous mes coéquipiers. Drew, vraiment secoué par ce qu’il vient d’arriver, demande pourquoi il a fait ça. Nous savons évidemment de qui il veut parler. Cole reformule la question qui devient « pourquoi nous a-t-il demandé de venir s’il comptait se pendre ? » et à laquelle personne ne peut répondre. Une autre question est posée : à qui le coach a-t-il demandé de prévenir les autres pour se réunir ici ? Là encore, aucune réponse ne suit. Mais après quelques minutes, alors que les sirènes nous informent de l’arrivée imminente de l’ambulance, Bradley murmure qu’il a juste trouvé un mot signé par le coach dans son casier du bâtiment principal. Cette affirmation me laisse pantois, moi comme les autres d’ailleurs. Les secours entrent dans le couloir et cette intrigue n’a soudain plus d’importance. Alors que les portes se referment, une silhouette passe rapidement derrière. Si rapide que j’aurais juré que c’était Eben, à la seule différence qu’il n’a pas les cheveux si longs.
Sur le siège passager, je m’évertue à faire un lien entre les évènements pendant que mon vampire de petit ami nous conduit chez lui. J’ai réussi à le convaincre que ça me ferait davantage de bien de passer la nuit dans sa chambre en sa compagnie que seul dans ma chambre, à ruminer mes pensées. Je n’ai pas à parler pour exposer mes théories fumeuses mais je ne peux pas m’en empêcher. C’est une façon pour moi d’exorciser tout ça, de ne pas risquer de faire surchauffer mon cerveau. Et puis, je préfère m’entendre réfléchir, c’est comme si j’étalais des post-it sur un tableau. Tout ce que je pense est à portée. Malgré tout, je n’arrive à rien. Quel rapport peut-il y avoir entre le suicide du coach et la présence d’une dangereuse suceuse de sang ? Aurait-elle pu l’enjoindre à se pendre ? Si c’était le cas, pourquoi ? Lui avait-il fait du tort d’une manière ou d’une autre ? Rien ne m’apparaît limpide. Je secoue la tête et réalise que nous sommes déjà dans le parking sous terrain. Nous marchons jusqu’aux ascenseurs en silence. Eben n’a pas décroché les mâchoires depuis le lycée. J’oublie brusquement toute cette histoire, pris d’une crainte subite. Il ne m’a pas embrassé quand je suis monté dans la voiture. Il ne m’a pas une fois regardé pendant le trajet et là, il semble être en colère. Est-ce qu’il n’avait pas envie que je reste avec lui cette nuit ? Je sens que je m’enflamme pour peut-être pas grand-chose mais je ne peux contenir la flammèche qui s’embrase. Et si je lui étais passé ? S’il n’avait plus envie que je sois à ses côtés ? S’il ne m’aimait plus ? Nous entrons dans l’espace confiné de l’ascenseur quand il se penche vers moi pour murmurer :
— L’amour d’un vampire est éternel.
À l’autre bout du parking, un rire féminin éclate. Le rire le plus effroyable qui me soit jamais parvenu aux oreilles. D’un geste automatique, si rapide qu’il en est presque invisible, mon copain me fait reculer et s’avance d’un pas, à la limite des portes, où il scrute les voitures. Quelques secondes s’écoulent avant qu’elles ne se referment enfin. Pendant notre ascension, Eben n’esquisse pas un mouvement. Il ne se détend que lorsque nous arrivons dans son salon. Il a pris soin de boucler la porte avant de me suivre. Son visage marque une grande inquiétude et c’est avec les sourcils froncés qu’il m’accompagne jusqu’à sa chambre. Là, il s’assied sur le rebord du bureau, pensif. Je m’allonge sur le lit et commence à jouer avec le coin d’un des oreillers. Après deux minutes, mon petit ami me rejoint et m’enlace. Je m’efforce de ne penser ni au coach Adamson, ni à la silhouette derrière la double porte, ni à la voix de cette silhouette qui a résonné dans le parking. Parce que je ne me fais aucune illusion. Je sais très bien qui à qui appartient cette voix. Au souvenir du timbre, j’imagine un somptueux visage, sans imperfection aucune. J’imagine une princesse vampire style Kate Beckinsale. Mais une Kate Beckinsale très vilaine. Miss Cruauté. Si elle t’attrape, tu as le droit à tout le toutim, torture et compagnie. Un truc à se souvenir de sa mort avec tous les détails croustillants. J’enfouis mon visage contre le torse d’Eben qui dépose un baiser sur le sommet de mon crâne. À ne pas vouloir y songer, je n’ai fait que ça. Comme à l’examen d’hier. Je resserre mon étreinte. Mon cerveau a emmagasiné trop de choses en l’espace de deux heures. Tout s’est passé si vite en réalité. Sur le moment, tout me semblait durer une éternité. Mes paupières se ferment petit à petit jusqu’à m’entraîner hors des bras d’Eben pour me mener dans ceux de Morphée.
Lorsque je m’éveille, le soleil n’est pas encore levé. Mais apparemment, c’est le cas de mon petit ami. Je me lève, un peu dans le coltard, et titube vers la porte. D’un revers de la main, je me frotte les yeux, histoire d’y voir plus clair. Je sais qu’Eben ne dort pas. Il m’a expliqué qu’il le pouvait s’il le désirait mais qu’il n’en avait pas besoin. La plupart du temps, il s’assoit dans son fauteuil, au bout du lit, et feuillette un livre en me regardant dormir. Et s’il peut lui arriver de quitter la chambre pendant mon sommeil, jamais il ne sort de l’appartement. Arrivé dans le salon, je l’appelle doucement. Avec son ouïe, inutile de crier. Je pénètre dans la cuisine et me sers un verre d’eau. La lourde porte du réfrigérateur est entrouverte. Ça, ça ne ressemble pas à Eben, lui qui est si consciencieux à ce propos. J’ai eu le droit de savoir ce qu’il contenait mais pas celui de pouvoir le voir. De plus, il m’a confié qu’il ne supporterait pas que je le voie se nourrir. Pas dans le sens où il me tuera si cela arrive un jour mais dans celui où il n’accepte pas que sa condition de vampire me soit exposée de cette manière. Je pense qu’il a peur que je trouve ça tellement peu ragoûtant que je ne m’éloigne un peu ou que je rechigne à l’embrasser par la suite. Ce genre d’explication est stupide. Il doit en avoir de bien meilleures. Il m’a appris que seuls ses instincts primaires subsistent pendant qu’il « mange ». Si j’apparais devant lui, il pourrait se jeter sur moi comme il l’a déjà fait… Cette raison me semble bien plus plausible que les précédentes. Je me contente alors de frapper à la porte du réfrigérateur en l’appelant de nouveau. C’est censé faire quel bruit un vampire qui boit ses poches de sang ? Un désagréable bruit de succion je présume. Pourtant, je n’entends rien. Je n’ose pas entrer ou ne serait-ce que passer ma tête dans l’entrebâillement pour jeter un coup d’œil. Je choisis de sortir de la pièce en attendant qu’il termine son repas et pourquoi pas, prendre une douche pendant ce temps ?
Frais comme un gardon, je retourne du côté de la cuisine. Une forte odeur d’hémoglobine me pique le nez. Une mare de sang sort du réfrigérateur et se propage sur le sol. La main plaquée contre mon visage pour ralentir les effluves de liquide vital qui commencent à me faire tourner la tête, je recule de plusieurs pas quand je heurte quelque chose. Je n’ai pas le souvenir que le mur était si proche. Deux bras fins m’entourent bras et torse fermement. Je ne peux plus faire aucun mouvement. Je sens alors un souffle froid sur ma nuque remonter jusqu’à mon oreille. Au plus profond de moi, je sais que je suis déjà mort. À cette pensée, le rire d’Albane emplit la pièce. J’ai la chair de poule, une sueur glacée me brûle le dos et je revois ces tortures que j’imaginais hier soir défiler devant mes yeux. J’essaie de me faire à cette idée, puisque de toute évidence, cela va arriver et je n’y pourrai rien. J’imagine le visage souriant de Kate Beckinsale et je me dis que mourir par une si belle femme, c’est peut-être pas si mal. Je déglutis avec difficulté. C’est du n’importe quoi ! Je vais bientôt être tué sauvagement par un monstre avide de sang ! Chacune de mes pensées est ponctuée par un nouveau ricanement qui ne fait qu’attiser ma peur. Où est Eben ? Est-ce qu’elle a réussi à l’avoir ou a-t-elle simplement profité d’un moment d’inattention de sa part pour attaquer ? Et s’il était mort ? Cette idée ne plaît visiblement pas au vampire dans mon dos puisqu’il resserre sa prise. Une vive douleur enflamme l’épaule où elle a enfoncé ses ongles.
— Ne t’en fais pas pour lui… Ça ne s’est pas fait mais ça ne saurait tarder. Pour le moment, tu es tout à moi. Merveilleuse nouvelle, tu ne trouves pas Willen ?
Cette façon de prononcer mon nom… C’est exactement l’opposé de ce que j’ai pris l’habitude d’entendre depuis quelques semaines. Je n’ose pas répondre. Je n’en ai pas besoin. Comme Eben, elle lit en moi. Mon autre épaule subit l’assaut de ses ongles lorsque le prénom de mon petit ami se forme dans mon esprit. Sans l’appellation, je me demande où il est et comment il va. Alors que son visage apparaît, le vampire qui me tient contre elle me lance à travers le salon. J’atterris violemment sur un petit meuble qui se brise sous mon poids. Sonné, je ne sens qu’à peine Albane attraper mon bras et me faire passer par-dessus son corps. Avant de m’écraser sur le sofa, mon épaule émet un horrible craquement et la douleur qui prend possession de moi est abominable. Je ne ressens même pas le choc de mon dos sur la banquette. La souffrance me vrille la tête. C’est à peine si je vois clair. Albane vient s’asseoir près de moi. Avec un sourire resplendissant, elle commence à observer négligemment ses ongles.
— Je ne sais vraiment pas pourquoi il s’est entiché de toi. Soyons sérieux deux minutes, même si je trouve que tous les humains sont franchement repoussants, il y en a certains qui méritent d’être sauvés mais toi, tu ne fais pas partie de ceux là. Tu dois te demander pourquoi je te dis ça. Je vais t’expliquer. Vois-tu, mon frère et moi sommes les derniers de notre espèce. Or il s’avère que, pour une raison qui m’est inconnue, lui seul est encore capable de créer de nouveaux représentants de notre nation disparue. Je suis donc venue ici pour apprendre pourquoi. Mais, tu es là. Alors autant en profiter un peu. D’ailleurs, je m’ennuie à parler toute seule. Allez, je vais t’emmener en balade. Tu as déjà visité le toit ?
Devant mon air terrifié, son rire cristallin éclate de nouveau. Je ne sais pas si je peux me permettre de reprendre ma respiration ou non.
— Finalement, je peux comprendre pourquoi Eben est avec toi. Tu as des réactions vraiment très drôles. Bon, il ne va pas tarder à revenir et je voudrais avoir quitté les lieux avant. Pour lui laisser la surprise d’une visite de courtoisie. Je lui demande pardon pour avoir vidé son frigo… Tu lui diras de ma part, tu veux bien Willen ? Ah ! Mais tu seras déjà mort… Désolée de te l’apprendre de cette manière. Ainsi va la vie ! Bon, je te promets de faire ça vite. Après tout, ton seul tort a été de t’éprendre de mon grand frère. Il est vrai que mon aversion pour lui n’a d’égale que la haine que je voue à la race humaine mais… Je m’en voudrais de le tuer sans avoir éliminé la cause de son bonheur avant ça. Je te dis adieu petit Willen. Je ne te demande pas de faire tes prières, j’ai toujours tenu les bondieuseries en horreur.
Sur ce discours, elle se lève d’une extrême lenteur et s’approche de moi. Elle prend soin de saisir l’épaule qu’elle m’a cassée pour me lever. Son beau visage avance vers le mien puis descend sur mon cou. Je sens sa bouche s’étirer en sourire avant qu’elle ne plante ses canines dans ma peau. La douleur me fait perdre la vision. Mes sens me lâchent peu à peu à mesure que mon sang s’échappe de mon corps. Pour savourer son repas, Albane me repose sur le canapé et, sans cesser d’aspirer mon essence, elle se couche sur moi. La dernière chose que je parviens à sentir, c’est le parfum boisé de ses cheveux qui recouvrent mon visage.