Fables volées de JMB
vendredi 22 mai 2009, 13:56 - JMB - Lien permanent
Ces fables trouvent leur origine dans celles, autrement célèbres, de Monsieur Jean de La Fontaine qui, lui-même, les tirait des écrits d'un certain Ésope.
FABLES VOLÉES
De JMB
Avertissement: Ces fables trouvent leur origine dans celles, autrement célèbres, de Monsieur Jean de La Fontaine qui, lui-même, les tirait des écrits d'un certain Ésope. Ici, je commets, en quelque sorte, un sacrilège en les plagiant avec un manque de respect total pour les œuvres d'autrui. Toutefois, j'ai tenté d'en conserver l'orthographe, la syntaxe, même si j'ai dû, malheureusement, chambouler de-ci, de-là certains passages. Enfin, ces fables revues et corrigées sont le résultat d'un amusement. J'aimerai que l'on n'y voit aucune leçon de morale de ma part, pas plus que de moquerie. Tous les "travers" ici décrits sont également les miens, ou l'ont été ou le seront peut-être un jour.
La brute et le minet *
Ne forçons point notre talent,
Nous ne ferions rien avec grâce:
Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,
Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens, que le Ciel chérit et gratifie,
Ont le don d'agréer, infus avec la vie.
C'est un point qu'il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à la brute de la fable,
Qui, pour se rendre plus baisable
Et plus cher à l'objet de son cœur, alla le caresser.
<< Comment! disait-il en son cerveau,
Ce minet, parce qu'il est mignon,
Vivra de pair à compagnon
Avec Monsieur que je porte haut;
Et j'aurais dénégation!
Que fait-il? Il se pavane sans raison;
Puis aussitôt il est baisé:
S'il en faut faire autant afin d'attirer l'attention,
Cela n'est pas bien malaisé. >>
Dans cette admirable pensée,
Voyant le mec de ses pensées en joie, il s'en vient lourdement
Se dandine telle mousmée
Se frotte contre l'autre amoureusement,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement,
De sa grosse voix cassée cette action hardie.
<< Oh! Oh! quelle souplesse! et quelle mélodie!
Dit l'amant convoité. Holà! garde baston! >>
Le garde accourt. Le balourd change de ton.
Ainsi finit la comédie.
- Tirée de la fable: "L'âne et le chien"
La donneuse et la maréchaussée*
La tarlouze ayant baisé
Toute la nuitée
Se retrouva, jetée dans la rue
Son petit cul nu.
Pas un seul petit aperçu
De mouchoir ou de fichu.
Elle alla tendre sa mimine
Chez les flics ses copines,
Les priant de lui prêter
Quelque tissu pour s'en aller
Jusqu'à sa maison nouvelle.
<< Je moucharderai, leur dit-elle,
Indic je serai, juré sur mes balles,
Vous dirai détails et principal. >>
Les flics n'aiment pas les donneuses:
C'est là leur moindre défaut.
<< Autre chose voulons, mon tout beau. >>
Dirent-ils à cette donneuse.
<< Et mon cul à tout venant? >>
Les flics aiment la baise
<< Te sauter? Nous sommes fort aise.
Eh bien! Suce-nous dès maintenant. >>
- Tirée de la fable "La cigale et la fourmi"
L'apollon devenu vieux *
L'apollon, merveille des gays,
Chargé d'ans, et pleurant son antique prouesse
Fut enfin attaqué par ses propres amis,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le bedonnant s'approchant lui dit son mépris;
Le grêlé, une insulte; le bouffi, un trait de fiel.
Le malheureux apollon, triste supplie le ciel,
Peut à peine réagir, par l'âge estropié
Il subit son destin, sans faire aucunes plaintes;
Quand voyant un idiot contre lui accourir:
<< Ah! C'est trop, lui dit-il, je voulais bien souffrir;
Mais c'est souffrir deux fois que supporter tes atteintes. >>
- Tirée de la fable "Le lion devenu vieux"
Le chaste qui a perdu son trésor*
L'usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion
Est d'éviter toujours, le pécher de la pomme,
Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme.
Le coucheur-né est aussi riche qu'eux.
Et le chaste ici vit malheureux.
L'homme à l'amant caché, que l'on nous propose,
Servira d'exemple à la chose.
Ce chaste malheureux attendait
Pour jouir de son bien une seconde vie;
Ne possédait pas l'amant, mais l'amant le possédait.
Il avait dans une maison un Adonis enfoui,
Son cœur avec, n'ayant autre déduit,
Que d'y ruminer jour et nuit,
Et rendre sa virginité à lui-même sacrée.
Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât,
On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât
A l'endroit où vivait l'éphèbe claquemuré.
Il y fit tant de tours qu'un beau voyeur le vit,
Se douta du dépôt, l'enleva sans rien dire.
Notre chaste au matin ne trouva que le nid.
Voilà mon homme aux pleurs: il gémit, il soupire,
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
<< C'est mon trésor que l'on m'a pris.
<< Votre trésor? où pris? >> << Dans la maison de pierres. >>
<< Eh! Sommes-nous en temps de guerre
Pour le loger si loin? N'eussiez-vous pas mieux fait
De le laisser chez vous en votre cabinet,
Que de le changer de demeure?
Vous auriez pu sans peine l'aimer à toute heure. >>
<< À toute heure, bons dieux! ne tient-il qu'à cela?
L'amour vient-il comme il s'en va?
Je n'y touchais jamais. >>
<< Dites-moi donc de grâce,
Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant:
Puisque vous ne touchiez jamais à cet amant,
Mettez une statue à la place,
Elle vous vaudra tout autant. >>
- Tirée de la fable "L'avare qui a perdu son trésor"
Le gay paré des habits du roi*
Un roi se dévêtait: un gay prit son habillage;
Puis après se l'accommoda;
Puis parmi d'autres gays tout fier se pavana,
Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut: il se vit bafoué,
Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par messieurs les gays griffé d'étrange sorte:
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
Il fut par eux mis à la porte.
Il est assez de gays à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui:
Ce ne sont pas là mes affaires.
- Tirée de la fable "Le geai paré des plumes du paon"
Le fou qui vend la grandesse*
Jamais auprès des fous ne te mets à portée:
Je ne puis te donner un plus sage conseil.
Il n'est enseignement pareil
À celui-là de fuir la tête éhontée.
On en voit souvent tous les jours:
Les naïfs y prennent plaisir; car ils donnent toujours
Quelque raison aux fripons, aux sots, aux ridicules.
Un fou allait criant par tous les carrefours
Qu'il vendait la beauté, et les mortels crédules
De courir à l'achat; chacun fut diligent.
On espérait en vue de soirées salaces;
Puis on avait pour son argent,
Avec un rafistolage, un mol vit long de deux brasses.
La plupart s'en décevaient; mais que leur servait ce vit?
C'étaient les plus moqués: le mieux était d'en rire.
Ou de s'en aller sans dire
Avec son rafistolage et son mol vit.
De chercher du sens à la chose,
On se fût fait railler ainsi qu'un ignorant.
La raison est-elle garant
De ce que fait un fou? Le hasard est la cause
De tout ce qui se passe en un cerveau fêlé.
Du rafistolage et du mol vit pourtant embarrassé,
Un des dupes un jour alla trouver un sage,
Qui, sans hésiter davantage,
Lui dit: << Ce sont ici artifices tout purs.
Les gens bien emmanchés, et qui voudront bien faire,
Entre eux et tous les fous mettront, pour l'ordinaire,
La longueur de ce mol vit; sinon, je les tiens sûrs
De quelque semblable bassesse.
Vous n'êtes point trompé: ce fou vend la grandesse. >>
- Tirée de la fable "Le fou qui vend la sagesse"
Le mec de ville et le mec des champs*
Quelque fois le mec de ville
Invita le mec des champs,
D'une façon fort virile,
À des ébats de géants.
Dans un hammam en furie
Le paysan se trouva pris.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
L'orgie fut fort honnête,
Rien ne manquait aux mâtins;
Mais un vieux troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils le virent tâtant la nuit:
Le mec de ville s'emballe;
Son camarade le suit.
Le vieux s'éclipse, on se retire:
Mecs en mollesse, sans bravade;
Et le citadin de dire:
<< Achevons nos enculades . >>
<< C'est assez >> dit le rustique;
<< Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De toutes vos baises de roi.
Mais rien ne vient m'interrompre;
Je baise tout à loisir
En la simple nature. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre! >>
- Tirée de la fable "Le rat de ville et le rat des champs"
Les deux minets*
Deux minets cheminaient, l'un d'ornements chargé,
L'autre portant vêtement simple mais bel.
Le premier, glorieux d'une parure si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas déhanché,
Et faisait sonner sa quincaillerie;
Quand l'ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l'argent,
Se jette sur le minet couvert d'orfèvrerie,
Le saisit au rein et l'arrête.
Le minet, en se défendant,
Se sent roué de coups; il gémit, il soupire.
<< Est-ce donc là, dit-il, ce que je m'étais promis?
Ce minet qui me suit du danger se retire,
Et moi, j'y tombe et je péris! >>
<< Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon de se pavaner en haut arroi:
Si tu n'avais revêtu qu'un simple habit, comme moi,
Tu ne serais pas si malade. >>
- Tirée de la fable "Les deux mulets"
Les dragueurs et l 'Adonis*
Pour un bel Adonis deux dragueurs se battaient:
L'un voulait l'acheter, l'autre le voulait vendre.
Tandis que coups de poing trottaient,
Et que nos champions songeaient à se défendre,
Arrive un troisième larron
Qui saisit le magnifique garçon.
L'Adonis, c'est quelquefois une tête fort mince;
Les dragueurs sont tel ou tel prince,
Comme le sur-de-soi, le brut, et le matois.
Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois:
Il est assez de cette friandise.
De nul d'eux n'est souvent la beauté conquise:
Un quart dragueur survient, qui les accorde net
En se saisissant du minet.
- Tirée de la fable "Les voleurs et l'âne"
Commentaires
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