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« -Debout feignasse ! »

Sympa dès le réveil. Seb, mon colocataire, venait juste de me lancer un oreiller sur le visage. Je regardai le réveil : 7 heures 50. Ouh la vache ! J’avais mon premier jour à mon nouveau job aux alentours de 8 heures. Heureusement pas loin mais tout de même.

Assis dans mon lit, la couette sur mes jambes, je grattais mes cheveux bruns en pagaille de la main droite, main gauche sur le lit à me retenir. C’est ce qui s’appelle un réveil rapide et brusque. Très vite debout, en boxer rouge, il me fallait trouver quoi mettre. Un boxer propre vite enfilé, un jean et premier tee-shirt trouvé allaient faire très bien l’affaire.

Marchant d’un bon pas dans la rue, je repensais à ce que j’allais dire pour ce premier jour. Un truc du style : « bonjour à tous et à toutes, moi c’est Indy ». Ouai, bon début… Restait plus qu’à trouver la fin alors que le bureau où je devais exercer mes talents journalistiques approchait à grand pas. Ca continuerai comme ça : « ça va bien ? ». Classique mais efficace.

La semaine dernière j’avais été embauché pour faire quelques articles au sein d’un organisme de presse gay. Pour un magazine et sa version Internet. Vu la misère que j’étais payé, je me doutais bien que niveau nombre de lecteurs ce n’était pas Paris Match…

J’étais rendu devant la porte. Huit heures à peine passées et la respiration saccadée par tant de marche rapide. Interphone : je sonne.

L’endroit du rendez-vous était minuscule. Un petit immeuble sur un grand boulevard de Paris avec un petit étage pour nous. Le petit vestibule d’entrée donnait sur une salle que je supposais être ‘’de vie’’ vu la cafetière et la table (sans oublier la plante verte, essentielle dans le décor). Dans une autre pièce étroite il y avait un ordinateur et pas mal de papiers. Une salle de bain terminait le tour du propriétaire.

Fred, mon patron, m'avait accueilli et présenté à Julien, mon autre collègue. Comment caractériser Julien ? Une sorte de bombe sexuelle. Oui, c’est pas mal résumé… Grand brun, yeux marron, barbe naissante, pull léger qui colle et ce je ne sais quoi qui m’attire.

On m'avait confié ma première mission le soir même pour l'inauguration d'un bar gay. Julien arriva en scooter. Il ôta son petit casque. Il portait un blouson serré avec un sac à dos et un jean délavé.

Il s’approcha de moi et déboutonna un bouton de ma chemise

« -Monte un peu de torse, ça passera tout de suite mieux ! »

Il rigola et fonça vers l’entrée du bar. Arrivé à la porte il se tourna vers moi.

« -On s’éternise pas trop. N’oublie pas que le bar s’appelle ‘’le Complexe’’ et que le patron est Sumo. Tu apprendras vite à le connaître, c’est un sacré phénomène. »

* * * *



Le bar était surpeuplé et surchauffé. Julien semblait connaître beaucoup de monde à l’intérieur et en particulier le propriétaire qui nous accorda ce qu’on peut qualifier une interview lorsqu’on est très indulgent.

Autrement dit, ce soir là il eut à répondre à huit questions que même un élève de quatrième aurait mieux formulé que moi. Julien tenait la caméra et fut indulgent à mon égard. De mon côté je m’enfonçais au fur et à mesure que mon entretien devenait pitoyable jusqu’à la délivrance : le champagne d’inauguration qui mit fin au calvaire.

D'autres missions m'étaient confiées dont la couverture d'une manif de transsexuelles où mon fessier fut peloté par un sosie de Donna Summer à la voix d'Amanda Lear. Dans les premiers jours nous avons aussi été faire un tour à une exposition d'une artiste lesbienne.

L'événement du début de mon job est resté la rencontre avec Qboy, un chanteur gay de passage dans la capitale et que je rencontrais à son hôtel. Il a voulu monter dans sa chambre pour l'interview... Un piège ! Après avoir commandé une bouteille de champagne, il avala tout au goulot en me laissant un fond de mousse. Complètement rond et assez vulgaire, il voulut m'apprendre des insultes en anglais -moi qui peinais à sortir quelques phrases. Une catastrophe professionnelle et malgré la crainte de revenir avec une feuille blanche, j'ai préféré partir.

Au bureau, on m’avait aménagé un petit coin : c’est à dire une petite table dans un recoin, dos à une affiche d’un DVD porno. L’idée d’être assis contre un poster d’acteur tchécoslovaque habillé de cuir me perturbait assez.


  • * * *



A l'appartement, ma vie en collocation avec Sébastien se déroulait bien. J'étais suffisamment cool pour subir ses frasques. Même lorsqu'il m'annonça l'arrivée de son jeune cousin Mathieu pour quelques jours, je fis un effort pour ne rien dire et tenter un sourire. Cela ne cachait pas suffisamment mon agacement de voir un autre colloc bruyant et sale sous mon toit.

Apparemment je n’avais pas le choix. Même si l’appart est minuscule et Mathieu un homme inconnu, je devais faire avec. Eh puis, il fallait bien après tout être ouvert aux autres…

La présentation avec son ado de cousin m'a laissé rêveur. Cheveux mouillés et en serviette de bain, il est venu me serrer la main. C'est très cliché mais c'est ainsi ! Trop jeune pour moi (un lycéen), d'accord, mais il m'empêche : le végétarien peut regarder la vitrine de la boucherie.

Toutefois, à deux heures du matin, alors que je revenais dans la nuit fraîche de Paris, Mathieu était resté éveillé à l'appartement.

« -Tu es debout à cette heure ci toi ?

Il rigola. –Je n’ai pas 10 ans non plus… Tu es plus vieux, mais pas de beaucoup.

-Je ne disais pas ça pour ça. Je vais me coucher.

-Tu ne veux pas faire un jeu ? »

C’est à ce moment là que j’ai réalisé que je pouvais être très lubrique. Sans trop savoir pourquoi, mon esprit songea de suite à un jeu auquel je ne pouvais pas me permettre avec le cousin de Seb.

« -Un jeu ? Comment ça ? » Ma voix a dû me trahir car il enchaîna vite

« -De société ! Un jeu pour passer le temps, je n’ai pas sommeil. »

J’étais vraiment trop gentil. J’avais cédé. Par terre en tailleur au milieu de la nuit, je faisais Une bonne paye avec un ado en tee shirt. Entre deux coups de dé, j’observais son visage qui luisait légèrement par la chaleur de la pièce et la lampe à nos côtés. A la fin de la partie il m'embrassa à pleine bouche, peu farouche le petit hétéro !

Heureusement Mathieu ne restait pas plus de temps à squatter et je n'avais pas couché avec lui. Histoire close, je tournais la page.


  • * * *



Comme la fin d'une histoire signe souvent le début d'une autre, c'est dans une salle de sport que tout a commencé. Je devais me défouler après mes débuts professionnels et ce moment étrange avec Mathieu. Au bout de 45 minutes je course, j'étais déjà à terre mais le regard perçant d'un beau brun en face me forçait à poursuivre mes efforts.

Paris est si efficace avec ses techniques de drague éculées que Daniel -le beau brun- et moi buvions un verre le soir-même de la rencontre et aussi accessoirement... nous faisions l'amour ensemble.

Passant dans une supérette au retour de chez lui pour prendre une petite bouteille d'eau, un pauvre type est entré armé et a ordonné la caisse. Un braquage en plein Paris, en pleine journée, en plein devant moi. Le braqueur était pris à son propre piège. Visiblement diminué mentalement il nous avait enfermé à l'intérieur.

En tentant une médiation, je m'étais reçu un paquet de purée chimique à la figure. Qui plus est il avait tiré dans un radiateur, transformant l'épicerie en sauna. Il est évident qu'une histoire pareille devait m'arriver et à personne d'autre ! Les plans foireux sont pour moi...

La police est intervenue via téléphone et j'ai eu le beau rôle de l'intermédiaire qui fait liaison entre forces de l'ordre et malfrat. Le type a ouvert la porte, a jeté son revolver et s’est fait gentiment cueillir par la police. Tout simplement. Personne n’a vraiment compris ce qui s’était passé.

J’étais à dire vrai un peu déçu. J’aurais préféré jouer le négociateur, perlant de sueur, pour avoir au moins un encart dans ‘Le Parisien’. Nous retenir douze heures pour se rendre sans panache, c’était vraiment inutile.

Une fois sorti, des micros et caméras se sont tendus vers moi pour recueillir mes réactions de jeune libéré moite. Sans avoir le temps de parler, deux policiers me prirent et m’emmenèrent dans un fourgon pour m’interroger.

C'est là que mon histoire avec Daniel s'est arrêtée. Déjà, oui. Ce fut très rapide mais deux nuits et quelques heures avaient suffis pour expédier nos sujets de conversassions en commun.


  • * * *



Comme la fin d'une histoire signe souvent le début d'une autre, c'est dans la rue que tout a commencé. Ou plutôt à l'aéroport quand je suis allé chercher Jun, mon meilleur ami de retour de Corée. Si Jun n'avait pas été là, je ne serais pas allé au cinéma. Sans ciné, pas de glace à la sortie. Sans glace, pas de Jun qui me tape dans le coude pour me prévenir que Benjamin est juste devant nous. Et Benjamin... c'est mon ex, premier grand amour, quitté dans la douleur en coupant toute relation.

courriel : indysansjones @ voila.fr