Le quatrième livre de Mar Swooney (3) d'Andrej Koymasky
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"Voici l'endroit choisi pour notre combat." "C'est ton privilège." Dit Mar et il remit à Tha la bannière de défi. "Tirons au sort quel défi nous ferons, le tien ou le mien." Ajouta Mar.
par Andrej Koymasky © 2007
écrit le 2 Août 1980
Traduit en français par Eric
CHAPITRE 5
Vokka et la gentillesse
A peine le Technarque Wole fut-il sorti, Nilko gronda Vokka : "Tu n'aurais pas dû dire cela au Technarque..."
"Pourquoi ? J'ai toujours dit la vérité et rien d'autre, et puis même lui m'a donné raison, à la fin."
"Oui, mais... tu aurais pu le mettre en colère. Tu t'en sors bien."
"S'il se mettait en colère parce que je lui dis ce que je pense, il ne devrait pas faire le Technarque." Conclut Vokka, tranquille.
"Mais être Technarque est très difficile..." suggéra alors Ayenzy, mi sérieux, mi facétieux.
"Faire le Premier aussi, est difficile, tu sais ? Mais je le fais."
Mar le corrigea : "Tu l'es, avant de le faire. Cela n'a pas été ton choix."
Vokka le regarda, sérieux, presque déçu : "Non, papa, si je voulais je ne ferais pas le Premier et je m'amuserais bien plus. Les enfants peuvent se promener sales, manger en public, rire entre eux et dire des gros mots, ils peuvent dire 'qui es-tu ?' à un inconnu et ne pas dire bonjour s'ils n'en ont pas envie et ils n'ont pas toujours un maître sur le dos à leur dire : ça oui, ça non..."
Mar écouta cet épanchement, consterné : "Mais, Vokka, si tu n'es pas heureux à l'école des Kétol, si tu veux, on peut en parler... tu peux revenir sur Boar..."
"Oh non, je suis ton Premier. Je dois vivre comme ça. Pour vivre autrement, il faudrait que tu sois ouvrier, travailleur, manœuvre... ou alors chômeur. Mais tu ne peux pas laisser tes affaires et je ne peux pas ne pas faire... ce que fait un Premier."
"Mais tu le regrettes ? Ça te pèse ?"
"Non, c'est comme ça !"
"Mais tu voudrais qu'il en soit autrement ?"
"Même si je voulais avoir des ailes, il m'en pousserait ?" répondit Vokka, sérieux. "Et puis tu joues bien ton rôle, alors je jouerai bien le mien, papa. Même le Technarque ne semble pas plus libre que nous... et un ouvrier non plus ne l'est pas plus."
Ayenzy lui demanda : "Mais sais-tu ce qu'est la liberté, Vokka ?"
"Non, mais j'espère le comprendre un jour. Et toi, Ayenzy, tu le sais ?"
"Je ne me suis jamais posé la question..."
"A ton âge ? Mais qu'attends-tu, alors ?"
Nilko et Mar, comme un seul homme, dirent : "Vokka ! Ne lui manque pas de respect..."
"Non, je ne dis que la vérité. Ayenzy doit penser aux choses importantes, non ?"
"Il a déjà beaucoup de choses à quoi penser..." répliqua Nilko.
"Oh, je vois, des choses plus importantes ?"
"Et bien non, mais peut-être plus urgentes." Dit Nilko.
"Moi, à sa place, je n'aurais rien de plus urgent."
"Mais tu n'es pas à sa place !" insista Nilko.
"C'est vrai;" admit Vokka.
Mar dit alors : "Tu sais, trésor, aucun de nous n'a le droit de juger un autre."
"Même pas un jugeur ?"
"Même pas. Il doit juger les faits, pas les personnes."
"Mais il condamne et donne une peine aux personnes, pas aux faits !"
"C'est son travail, son devoir, Vokka."
"Peut-être !" conclut Vokka en haussant les épaules.
Mar rentra sur Boar avec Vokka et leur suite. Ils étaient depuis quelques jours au château Sun quand arriva le Régent.
A son troisième jour au château, ce dernier demanda à Vokka : "Pourquoi te voit-on si peu au château, petit Sunney Wyvok ?"
"Parce que j'étudie ailleurs."
"Et où donc ?"
"Ailleurs !"
"Oui, mais dans quelle ville ou château ?"
"Loin d'ici..."
Le Régent insista, au grand embarras de Nilko, surtout quand les questions se retournèrent lourdement vers lui.
Mais Vokka intervint : "Tu es très curieux, Eku Men. Pourquoi ?"
"Mais non, c'est juste pour parler... Que veux-tu que ça me fasse, au fond."
"Et si ça ne t'importe pas, pourquoi le demandes-tu ?"
A présent le Régent était gêné, mais Vokka ne semblait pas encore satisfait.
"Mon Maître dit que la curiosité n'est utile que si elle fait grandir. Savoir où j'étudie te ferait grandir ? Si je te disais que j'étudie à... Aiguevive, tu vaudrais plus qu'avant ?"
"Mais non, quel rapport ?"
"Tu vois alors que l'on peux parler de choses plus utiles."
Nilko se sentait mal : "Vokka, que dis-tu ! Excuse-le, Régent, c'est un enfant..."
"Oui, mais un enfant plutôt impertinent, je constate, certainement pas aussi gentil que son père." Répondit aigrement le Régent.
"C'est important d'être gentil ?" demanda Vokka, l'air candide.
"Bien sûr, sans gentillesse il n'y a pas de vie civilisée." Répondit le Régent, sûr de lui.
"Oh, je ne savais pas... Et alors, si quelqu'un pose une question, on doit répondre pour être gentil, c'est ça ?"
"Bien sûr, naturellement." Répondit le Régent avec suffisance.
"Ah... Mais dis-moi, Régent..."
"Oui ?"
"Un enfant peut poser une question à un adulte ?"
"Bien sûr, si la question est gentille." Répondit-il prudemment.
"Et comment faire pour savoir si une question est gentille ou pas ?" demanda Vokka sans perdre sa candeur.
Nilko, qui le connaissait bien, semblait sur des charbons ardents : "Vokka, il faut que nous allions nous entraîner..."
Vokka le regarda, puis regarda le Régent : "J'ai posé une mauvaise question ? Je ne voulais pas..."
"Mais non, petit." Répondit le Régent en souriant.
"On y va ?" insista Nilko.
"Oui, d'accord. Pardon, Régent, ce sera pour une autre fois..."
"Bien sûr. Bon entraînement."
"Merci, Eku Men, tu es très... gentil !" répondit Vokka et il sortit.
A peine seul avec Nilko, Vokka lui fit un grand sourire : "Celui-là, la prochaine fois, il y repensera à deux fois avant d'insister autant sur certaines questions." Lui dit-il, triomphant.
Nilko fit non de la tête : "On dirait que ça t'amuse de rendre les gens fous..."
"Mais je ne pouvais pas lui dire que j'étudie dehors, si ?"
"Bien sûr que non, mais..."
"Et alors, que pouvais-je lui dire ? Tout mensonge aurait pu être découvert..."
"Oui. Il faut chercher une couverture pour nos voyages dehors."
"Le truc d'Aiguevive pourrait marcher, n'est-ce pas ?"
"Peut-être."
"Là-bas ils me connaissent tous et ils sont tous fidèles à papa. Mais pourquoi les gens veulent toujours savoir qui tu es, ce que tu fais, où tu vas ?"
"C'est de la curiosité normale, pour être gentil avec les gens."
"Mais moi ça m'embête, parce que je ne peux pas toujours répondre. Et embêter les autres, ce n'est pas... gentil."
"Oui, Vokka, mais tu ne peux pas maltraiter les gens tout le temps."
"Je ne les maltraite pas toujours... Je t'ai déjà maltraité ?"
"Non, mais quel rapport ?"
"Oh si, il y a un rapport !"
"Mais parfois tu me mets dans des situations qui..."
"Tu es en colère contre moi ?"
"Un peu..."
"Je regrette. J'essaierai d'être plus... gentil. Mais pour certaines personnes... bon, j'essaierai."
Nilko sourit et ils s'en allèrent.
Dès que le Régent vit Mar, il se plaignit du comportement de Vokka.
Mar s'excusa : "Il a un caractère difficile, mais il n'est pas méchant. Il est... têtu... il faut lui pardonner..."
"Oui, bien sûr, et puis surtout ce n'est qu'un enfant. Je lui ai juste demandé où il allait quand il n'est pas au château... quel mal à cela ?" dit le Régent.
"Aucun, évidemment, une question banale à laquelle il aurait pu répondre sans faire tant d'histoire... Mais vois-tu, ça ne lui plait pas trop d'être aussi souvent loin de moi et il se défoule comme il peut... même s'il fait mal, bien sûr."
Le Régent acquiesça et changea de sujet : "Ces derniers temps, Eke Sun, le nombre de défis aux Châteliers a augmenté... et c'est presque toujours des gens devenus Armés depuis peu... Tu ne trouves pas ça étrange ?"
Mar le regarda dans les yeux : "Tu crois ? En quel sens, étrange ?"
"Cette histoire que Shent est contre nous... et puis ce fait..."
"Tu crains que ce soient des agents des Temples infiltrés ?" demanda Mar.
"Et bien, ça me paraît une explication logique. En trois ans neuf de nos châteaux ont changé de Châtelier. Ça ne t'étonne pas ?"
"Mais alors, moi aussi je dois être dans la liste des suspects..." dit Mar.
"Non, pas toi... je ne dis pas que tous les neuf... et puis tu as largement fait preuve d'être un excellent Châtelier et d'avoir notre peuple à cœur..."
"Et les autres ?"
"Rien de concret... juste un vague soupçon, une idée... Quelque chose que je crois utile de vérifier, quoi qu'il en soit."
Mar acquiesça et dit : "Il y a un moyen de mettre à l'épreuve de quel côté sont les nouveaux Châteliers."
"Vraiment ? Lequel ?"
"Organiser l'attaque d'un Temple de Shent en demandant que chacun des seize châteaux participe avec deux compagnies. Ceux qui refuseront pourront être soupçonnés et tenus à l'œil, surtout vis à vis du risque qu'ils soient des espions des Temples..."
Le Régent avait l'air horrifié : "Une attaque ouverte contre Shent ? Ce serait de la folie pure !"
"Mais c'est la seule façon de vérifier la loyauté des Châteliers."
"Non, non, par pitié... Shent est puissant et a des Temples qui étudient de nouvelles armes, étranges et extraordinaires... et puis la population des villes pourrait se soulever contre nous, poussée par Shent. Le Fédéral lui-même nous interdirait une telle action... Et en le faisant nous trouverions le reste de la Fédération des Armés contre nous... Il ne faut même pas en parler !"
"Oh, bien, ce n'était qu'une idée. N'en parlons plus..." se hâta de dire Mar. "Mais alors comment pourrions-nous vérifier ce qui te préoccupe ?" demanda-t-il.
Le Régent était encore troublé : "Préoccupé est un grand mot, c'est plutôt l'ombre d'un vague soupçon, rien de concret... Pas assez pour être vraiment préoccupé et encore moins de faire un pas aventureux..."
Mar était satisfait : "Mais Régent, tu m'as donné à penser. Si ce n'est pas Shent qui est derrière tout ça, qui cela peut-il être ?"
"Mais... mais... personne ! Shent n'a rien à voir et personne d'autre sur Boar ne pourrait avoir un plan de si longue haleine... Non, non... c'était juste une idée, j'avais tort... oui, j'avais tort."
"Peut-être, espérons-le. Mais moi, à ta place, j'en parlerais au Fédéral ou au moins à notre Président..."
"Non, on ne peut pas parler de simples idées, d'idées farfelues... Non, oublie ce que je t'ai dit, Eke Sun. C'est certainement un hasard qu'il y ait eu autant de défis ces derniers temps..."
Mar acquiesça avec sérieux. Le Régent s'empressa de passer à un sujet moins sensible. Puis, avant de partir, il voulut prendre congé de Tha et des enfants de Mar, du difficile Vokka, qui salua très poliment, de Frem et Tova de maintenant quatre ans et qui s'amusaient à faire que les hôtes les confondent, de Selte de deux ans et du dernier, Belm, de quelques mois.
Puis vint le jour où Vokka dut rentrer à Niukétol.
Avant de partir il demanda à son père : "Pourquoi mes frères ne viennent-ils pas étudier sur Niukétol avec moi ?"
"Parce que l'invitation reçue n'était que pour mon Premier, toi."
"Mais si j'en parle au Chef de Famille Kétol ni Inkol, je suis sûr qu'il me dira oui."
"Vokka, tu es le Premier et si tu es assez doué un jour tu devras prendre ma place. Alors il est important que tu connaisses bien la Galaxie et ses problèmes, comme Boar et ses problèmes. Je sais qu'avec les Kétol tu fais beaucoup de voyages sur d'autres planètes et c'est bien, utile et important. Mais si c'était possible, moi j'aimerais que tu sois ici avec moi, toi aussi..."
"Oui, je comprends. Mais Selte, au moins ... elle aussi est un peu la Première... le Première de Tha comme je suis le Premier de Njeiry... C'est injuste que les enfants de Tha doivent tous rester ici."
Mar sourit : "Selte n'a que deux ans, deux sur Boar, même pas deux ans standards..."
"Bon, penses-y. Quand elle aura quatre ans elle pourrait venir avec moi. Ce serait juste. Et puis si je n'étais pas un bon Premier, au moins tu l'aurais elle..."
Mar l'embrassa : "J'y penserai, je te le promets. Tu te sens seul sur Niukétol ?"
"Mais ce n'est pas pour ça ! Et puis je ne me sens pas seul ! Penses-y, pour Tha et pour Selte."
"Heureusement que toi tu penses à ces choses, Vokka, merci. J'y penserai, je te le promets."
Enfin, Mar décida de se prendre un mois de repos avec Tha et tous ses enfants. Il emporta les transcriptions complètes des écrits du Fondateur des Armés et alla à Aiguevive dans une petite maison en demandant qu'on ne lui parle pas des problèmes du Cenco, sauf s'il arrivait quelque chose de vraiment grave et urgent. De toute façon, avant de rentrer au château Sun il descendrait au Cenco rencontrer les différents responsables.
Une fois à Aiguevive ils s'installèrent dans une petite maison choisie exprès, entourée d'un grand jardin et proche de la porte de la ville. Il y passa la plupart du temps à jouer avec les enfants, à faire l'amour avec Tha et à lire avec lui les textes.
Ils étaient écrits dans un style archaïque, suggestif malgré la traduction en langue moderne.
"Le Fondateur était un grand homme, un homme exceptionnel." Dit-il à Tha.
"Jaloux ?" lui demanda son époux.
"Ne sois pas bête !" répondit Mar un peu agacé.
"Je plaisantais ! Ne me prends pas toujours au sérieux !" protesta Tha et ils s'embrassèrent.
"Ecoute ça : Boar aura une complexe et difficile histoire, mais de Boar peut naître le sang neuf qui vivifiera et purifiera l'entière galaxie... Il suffira qu'une opportune pompe le fasse circuler." Cette phrase était écrite dans les caractères mystérieux. Et plus bas : "Je prépare la structure et si le temps ne la dévaste pas avant, dans cent ans ou mille ans ou dix mille ans viendra quelqu'un qui en fera usage et mon travail sera accompli..." lut Mar.
"C'était un prophète ?"
"Je ne sais pas, mais sa vision est suggestive. Je voudrais être celui qu'il attendait, et pas celui qui dévastera tout. J'ai comme le frisson à lire ses mots, et même un peu peur..."
"Tu fais déjà ce à quoi il pensait..." dit Tha.
"Espérons. Ecoute : les Shentistes sont nés dans le même dessein, mais leur structure s'enraye. Ils étaient lymphe pure mais se sont transformés en cancer. J'espère qu'ils ne dégénèreront pas trop vite et que leur organisme saura produire les nécessaires anticorps... Et plus loin : extirper un cancer n'advient pas sans douleur, mais ne pas l'extirper provoque la mort de l'organisme où il se développe... Cet homme avait vraiment une vision claire. Mais pourquoi donc écrit-il ces lignes dans cette étrange langue morte ?
"Et cela encore : Boar devra sa vraie richesse à sa pauvreté. Saura-t-elle jamais le réaliser ? Seul l'humble connaît pleinement sa puissance et sait l'utiliser. Le Béat Bosatzu a dit que l'homme doit se libérer de ses cent huit passions et le Saint de Dieu a dit que l'humble possèdera le monde. Ma créature arrivera-t-elle à vaincre ses passions et à conquérir cette humilité ? Viendra-t-il, l'Humble, prendre possession de la galaxie ?
"On dirait presque un texte sacré, Tha. Ces écrits ont une énorme valeur. Comment ont-ils pu rester cachés de si longs siècles ? Je me suis déclaré Penseur, sur Boar... mais face à ceci, que valent mes pensées ? Guère plus que des balbutiements décousus... Tha, je crains de ne pas être l'homme qu'attendait le Fondateur, tu sais. Cet homme était grand, un surhomme, je ne suis qu'un..."
Tha lui mit un doigt sur la bouche : "Toi, Mar, tu ne dois pas te préoccuper de ce que tu es, d'être ou non le Grand Swooney... Tu dois seulement faire ton chemin. D'autres diront un jour si tu es grand ou non. Ça n'a aucune importance, tu sais. Et même les grands hommes, après tout, n'étaient-ils pas que des hommes qui aimaient et détestaient, s'amusaient ou souffraient, étaient bien et pleins de défauts à la fois, comme tout le monde ? Même le Fondateur, que savons-nous de lui ? Il pouvait être vicieux et inepte sur d'autres plans... ne reste de lui que le meilleur... Que nous importe aujourd'hui qu'il ait été pouilleux ou tricheur ? Ennuyeux ou antipathique ? Avare ou ivrogne ? Pour nous, il est ce qu'il a dit et fait de bien, et c'est tout."
"C'est possible. Mais moi, je me connais assez..."
"Moi aussi je te connais assez bien et je crois bien qu'il n'y a rien à jeter, en toi... Ce que tu fais me plait, et ta façon de le faire aussi. Et à toi aussi ça te plait, et à tes hommes... alors, quoi d'autre importe ? Fais du mieux que tu peux sans t'occuper du reste."
Mar soupira. Il poursuivit la lecture en silence, attentif, en buvant les mots de ces textes. Cette nuit, Tha se coucha avec plus de tendresse que d'habitude. Mar sentait que son époux, son aimé, tâchait de le libérer des vagues d'émotions que les écrits du Fondateur avaient provoquées en lui.
"Tha, je t'aime."
"Redis-le moi..."
"Je t'aime, Tha."
"Même si je ne suis en rien exceptionnel ?"
"Mais tu es exceptionnel, pour moi." Protesta Mar.
"Bien sûr. Et c'est ce qui compte. Les autres... qu'ils pensent ce qu'ils veulent."
"J'aime te sentir aussi près, vraiment près... m'unir à toi et sentir que... que toi et moi ne sommes plus un toi et un moi, mais un nous. Savoir que ton plaisir c'est moi, et toi le mien... Celui qui a inventé l'amour était grand, c'était... un dieu ! C'est de la pure communication, une communion, une fusion... Tha, pourquoi ne pouvons-nous pas rester unis ainsi à jamais, pourquoi faut-il, à un moment, arrêter pour dormir, manger ou quoi que ce soit ?"
Tha le caressait et le serrait contre lui : "Mar, c'est parce que ces émotions sont trop belles et trop fortes pour pouvoir les supporter longtemps. Parce que nous sommes des êtres faibles..."
"Mais moi, quand nous sommes unis, je me sens fort !"
"Bien sûr... Mais tais-toi, maintenant, laisse parler nos corps pour nous..." chuchota-t-il et enfin ils firent l'amour.
Les jours suivants, quand les enfants dormaient ou jouaient entre eux, il continua la lecture en prenant souvent des notes dans le vieux bloc moléculaire offert par Vieux et Soufflet. Souvent il parlait avec Tha des extraits les plus significatifs.
Un jour, en lisant une lettre du Fondateur à son épouse, il dit à Tha : "Ecoute ça : Souviens-toi d'apprendre notre antique langue à l'Héritier, mais à lui seul. Et qu'il lise mes écrits jusqu'à les connaître par cœur mais qu'il n'en parle à personne. Et que le temps venu il apprenne notre antigue langue à son épouse, ou son époux, et à son Héritier mais à eux seuls, et qu'il fasse lire mes écrits à l'Héritier.
"Puis il lut cet extrait d'une autre lettre : Le temps venu, l'Elu comprendra ces écrits et en parlera à l'Héritier et l'Héritier se mettra à son service comme je le ferais moi... Il reprend ce disours dans la quarante et unième lettre : l'Elu en effet ne s'arrêtera pas devant la difficulté de notre antique écriture et il en révèlera le sens et il ne se contentera de déchiffrer ces mots, mais il trouvera le Signe et le présentera à l'Héritier pour que ce dernier le reconnaisse... Le Signe... De quoi peut-il s'agir ?"
"Peut-être qu'il lui fera comprendre être l'Elu en sachant lire..."
"Non, en fait il dit qu'il ne se contentera pas de déchiffrer les mots. Il parle d'Elu, mais élu par qui ? Et comment ? Comment l'Elu peut-il savoir que c'est lui l'Elu ?"
"Lis encore, Mar, peut-être trouveras-tu aussi la réponse à ces questions."
"Bien sûr. Mais si je découvrais être ce... cet homme mythique..."
"Si ce devait être toi, ne t'en préoccupe pas, à ce stade. Si par contre ce n'était pas toi... tu n'as pas à t'en faire, n'est-ce pas ?"
"Bien sûr... Mais quand le Châtelier Asa actuel m'a parlé, il semblait ne pas connaître le contenu de ces lettres et ces textes."
"Il est possible que la tradition se soit perdue au cours des siècles... tout comme il est possible qu'il suive la consigne écrite et n'en parle donc à personne."
"Oui... mais plus j'avance dans la lecture plus je me sens mal, Tha. Pourquoi ?"
"Pense à une femme, plus l'accouchement approche, plus elle a peur... mais après, à la naissance de son enfant, elle sent avoir accompli une grande chose... Peut-être est-ce pareil pour toi."
"Ou peut-être n'est-ce que la peur de découvrir que c'est moi qui... dois encore naître."
Tha lui caressa le bras : "Ne t'en fais pas, mon amour, va de l'avant..."
Mar reprit la lecture.
Souvent les volontaires le voyaient se promener à Aiguevive ou aux alentours, absorbé, penseur, et ils en parlaient entre eux.
L'un d'eux dit un jour à Tha : "C'est un homme merveilleux, notre chef. Il suffit de le regarder pour le sentir..."
"Ne lui dites jamais ça, vous l'horrifieriez ! Suivez-le, si vous avez foi en lui, mais souvenez-vous qu'il n'est que l'un des nôtres, ni plus, ni moins. Ne le mettez pas sur un piédestal... il aurait le vertige."
"Mais il est déjà sur un piédestal, pour nous !" répliqua un autre.
"Ce n'est pas lui qui y est monté." Répondit Tha.
"Mais il y est !"
"Alors faites en sorte qu'il ne le sache pas, qu'il ne regarde que devant, jamais en bas, si vous ne voulez pas lui faire de mal."
"Nous, lui faire du mal ?"
"Sans le vouloir. Mar est grand... quand il ne sait pas l'être."
"Mais comment un grand homme peut-il avoir peur de l'être ?" demanda un autre volontaire.
Tha sourit : "C'est une question de hauteur... et il n'a pas peur de ce qu'il est, mais de ce que les autres croient qu'il est... Il a peur de décevoir, de ne pas pouvoir répondre aux attentes, de ne pas pouvoir donner autant qu'on attend de lui... Et, voyez-vous, celui qui n'a pas peur n'est pas courageux, il n'est qu'inconscient. Le vrai courage est d'avoir peur mais de savoir vaincre sa peur et d'avancer quand même. Et Mar y arrive. Du moins jusque là, il y est toujours arrivé."
"Mais comment fait-il pour rester si... si simple, si humain ?"
Mar arriva alors : "Qui est simple et humain ?" demanda-t-il.
Tha sourit : "Nous parlions de Teskar, mon chéri."
Mar s'illumina : "Oui, c'est vrai. C'est un vrai ami, Teskar. Quand je l'ai connu, c'était un jeune chômeur de Quaryel. C'était un chouette garçon, sérieux mais joyeux... simple, humain, c'est exact. Et il l'est resté... n'est-ce pas merveilleux ? C'est pourquoi je me fie complètement à lui et je l'aime bien. Je voudrais en avoir beaucoup d'autres comme lui autour de moi. Il est facile à vivre, Teskar, vous l'avez remarqué aussi. Un homme qui sait rester lui-même qu'il soit chômeur ou Responsable Général d'un secteur important d'une planète. Teskar peut être un bon exemple pour vous..."
Les volontaires l'écoutaient attentivement, en essayant de cacher leur amusement à entendre Mar faire ces louanges, à son insu, à lui-même. Tha acquiesça avec sérieux. Mar arrivait avec Selte, Frem et Tova. Selte était dans ses bras et jouait avec les boucles de Mar. Puis elle lui donna un bisou mouillé sur le nez. Mar s'interrompit en rigolant, pour s'essuyer du dos de la main.
"Excusez-moi, à présent, mes enfants me réclament. Tu viens, Tha ?"
"Belm dort ?"
"Oui, Eduhin le garde."
"Tu as envie de sortir de la ville ?"
"Bien sûr. On va à notre clairière ?"
"Avec les enfants ?"
"Cette fois-ci, oui... n'avons-nous pas tout le temps pour nous ?"
"Si. Tu as trouvé quelque chose sur le Signe ?"
"Il en parle dans la cinquante-huitième lettre. Il dit : Ne pourra avoir le Signe avec lui que quelqu'un venu de dehors, que quelqu'un qui connaît la Voie. Maintenant c'est plus mystérieux encore : c'est dans toute la galaxie qu'il faut chercher le Signe."
"Peut-être suffit-il de chercher sur Kyora..."
"Peut-être. Mais qu'est donc cette Voie ?"
"Il n'en dit rien ?"
"Si, parfois, mais si ça peut être clair pour qui sait à quoi il fait allusion... ça ne l'est pas pour moi."
"Peut-être que cela veut dire que tu n'es pas l'Elu, ou que les temps ne sont pas encore mûrs..." dit Tha.
Ces jours passèrent vite et Mar alla au Cenco, comme promis, avant de rentrer au château Sun. Il commença par les nouvelles de la galaxie. Le Technarque avait donné ordre d'isoler la planète Tale, de la Famille Foon, pour avoir refusé son arbitrage dans un conflit avec les Protecteurs.
Par ailleurs une nef espion de l'UPO avait été interceptée avec à bord une arme nouvelle : un neutralisateur de volonté. C'était une arme psychique qui pouvait lancer un rayon directionnel à un cinquième d'année lumière pour annihiler la capacité de raisonnement de tout être humain touché, au point de faire de son cerveau une feuille blanche comme le cerveau d'un nouveau-né. Les nefs de la Technarchie patrouillant à la frontière n'avaient pu capturer la nef ennemie que suite à une erreur des techniciens de l'arme, encore expérimentale, qui en l'activant avaient frappé la salle des commandes de leur propre nef. L'équipage d'une nef Techno et les officiers supérieurs de l'UPO, pour un total de deux cents soixante trois hommes, se retrouvaient ensemble dans un hôpital, soignés comme des nouveaux nés...
L'arme était analysée sur Arom, la planète du Technarque. Les Techniciens UPO, conscients de leur erreur et se voyant perdus, avaient tenté de la détruire puis s'étaient suicidés pour ne pas en révéler les secrets. Mar frissona. Il décida de prendre contact avec le Technarque pour le prier de détruire cette horreur. Mais il n'y arriva pas. Alors il lui laissa un message.
Il reçut une réponse laconique du secrétaire du Technarque : "Dès qu'une parade sera trouvée, ta requête pourra être prise en considération. Le Technarque te remercie de ton intérêt et te prie de ne pas t'en faire."
Puis Mar, encore retourné par cette nouvelle, examina l'état de la situation sur Quaryel. Ayenzy et son Ilay avaient échappé à un attentat. Le peuple de Quaryel avait spontanément manifesté contre l'attentat. Mar en fut doublement heureux. Il envoya à Ayenzy un message de félicitation avec en post-scriptum : "Mais n'en profite pas. Punis mais ne persécute pas et ne t'acharne pas sur les coupables, si tu les trouves. Tous mes vœux, Mar."
Puis il voulut des nouvelles de Vieneuve. Les choses allaient plutôt bien. Il n'y avait eu que deux suicides et un mort dans une rixe entre vigilés. Mais déjà sept vigilés avaient été libérés et tous s'étaient portés volontaires pour rester en ville, dans une autre unité, comme Rééducateur ou Maître d'Art. Mar remarqua que ces sept-là étaient parmi les plus jeunes. La ville comptait maintenant mille vingt trois vigilés, dont quarante deux Désaxés.
Centremer comptait déjà deux cents soixante onze fabricants de marroues et quarante trois éleveurs d'arrapés. On lui soumit des extraits des dernières communications entre le Grand Temple et le Daïgo. Le Grand Luminaire insistait sur le danger que les hostels présentaient pour eux, mais le Daïgo ne partageait pas son avis. Le ton montait. Le Daïgo insistait pour que le Grand Luminaire vienne discuter en personne. Le Grand Luminaire avait promis qu'il viendrait tôt ou tard, mais il persistait à temporiser.
Mar demanda au responsable et aux techniciens s'il serait possible d'interférer dans les communications. Ils lui répondirent que c'était techniquement possible, mais qu'ils ne voyaient pas à quoi ça pourrait servir, sinon à alarmer encore plus les Temples.
Mar acquiesça : "Nous devons protéger les hostels et calmer Shent d'une façon ou d'une autre, ou l'effrayer assez pour le tenir tranquille. Si les Shentistes se mettaient à dissuader les gens d'utiliser les hostels, ce serait une méchante perte pour nous... d'ailleurs je suis stupéfait qu'ils ne l'aient pas encore fait..."
"C'est vrai, et nous analysons déjà le problème." Répondit Lidje Burgalar, et il ajouta : "Je change de sujet, Mar, sais-tu qu'il paraît qu'il y a une ville de mes coreligionnaires ? On dit qu'elle est au nord, dans les terres froides, et qu'elle s'appelle Vraitemple. J'essaie de vérifier... mais le mieux serait d'organiser une expédition."
"Tu aimerais la diriger ?"
"Et bien, naturellement..."
"Bon, alors aies patience, encore un peu. Je te promets que d'ici un an, deux au plus, nous irons ensemble..."
"Vraiment ? Toi aussi ? Tu me le promets ?"
"Bien sûr, ne te l'ai-je pas dit ?"
Lidje était heureux comme l'enfant qui, majeur, accède au monde des adultes.
CHAPITRE 6
Vokka et son livre
Mar vérifia encore certains points au Cenco, puis rentra avec Tha, les enfants et les autres au château Sun. En fin d'année, Vokka revint, il avait maintenant huit ans révolus.
Dès son arrivée il demanda à son père : "Tu as décidé pour Selte ?"
Mar sourit : "Oui, j'en ai parlé avec Tha."
"Et alors ?"
"Nous avons décidé d'attendre que tu affrontes la première course au château. Selte sera plus grande et alors elle viendra sur Niukétol avec toi pour essayer."
"Quel que soit mon résultat à la course ?"
"Bien sûr."
"Bien. Je te crois, hein !"
"T'ai-je jamais menti ?"
"Non, jamais."
Alors tu peux être tranquille."
"Bien sûr. Vous allez tous bien ?"
"Oui, et toi ?"
"Moi aussi. Tu m'emmènes à Ville-Close ?"
"C'est faisable. Pourquoi ?"
"Pour voir Rel et ses livres. Je veux lui demander s'il en ferait un juste pour moi."
"D'accord."
Vokka releva des doigts la mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux. Mar le regarda.
"Tu n'utilises pas le pèlemolécule ?"
"Non, je n'aime pas ça. Je préfère l'eau comme sur Boar. Pourquoi ?"
"En utilisant le pèlemolécule on n'arrive pas à avoir les cheveux aussi longs. Tes amis ne te disent rien ?"
"Non, ils ne s'y essaient pas."
Mar sourit, amusé : "Toujours le même caractère, Vokka, hein ?"
"Non. J'apprends à être... gentil."
"C'est si difficile ?"
"Oui. Et parfois ça me fait enrager."
"Quoi ?"
"D'être gentil ! Comment peut-on dire : cette journée s'écoule quand ce jour-là tout va de travers ? Ou quel sens ça a de demander comment vas-tu ? quand tu sais qu'on te répondra toujours : bien, même si l'autre a mal au ventre ou vient de se disputer avec son meilleur ami !"
Mar rit : "Mais, Vokka, c'est une façon de dire. Le vrai sens est : je suis ton ami, ou au moins : je n'ai rien contre toi. Tu comprends ? C'est un signal de paix."
"Peut-être. Mais ne serait-il pas plus simple de le dire vraiment au lieu d'une phrase qui signifie autre chose ?"
"Vokka, ce n'est qu'une habitude..."
"Oui, oui..."
Vokka avait apporté en cadeau à ses frères et sœur quelques petits objets en bois de shuber taillés par lui. Pour Frem et Tova il en avait sculpté deux identiques qu'il leur lança en disant : "Ceci est pour Frem et cela pour Tova !"
Les deux jumeaux les avaient vus tomber et rouler et ils demandèrent tous deux : "Lequel est pour moi ?"
"Celui-ci est pour Tova."
"Alors c'est le mien !" dit l'un d'eux.
Vokka rit, regarda le tatouage au poignet et dit : "Oui, d'accord."
Puis il demanda aussitôt à s'entraîner pour les courses. Vokka s'appliquait avec ténacité à tout ce qu'il faisait. Il ne s'intéressait pas à être meilleur que les autres, mais à s'améliorer lui-même. Quand il faisait une erreur d'évaluation, il s'énervait. Ses Maîtres disaient qu'il était impossible de le punir, tant il était sévère avec lui-même. Et il faisait preuve de la même sévérité envers les autres, y compris ses professeurs.
Un jour où un Armé lui apprenait à utiliser les piques et qu'il la saisit loin de son barycentre, Vokka lui dit : "Si tu ne fais pas attention en la maniant, tu ne peux pas me demander d'être moi attentif. Si tu étais dans une bataille, tu gâcherais une lance et peut-être même te serais-tu déjà fait tuer."
L'Armé répliqua : "Mais à la bataille on est forcément plus attentif."
"C'est faux, tu y serais bien moins tranquille qu'ici. Et si tu n'apprends pas à l'entraînement à manier les armes les yeux fermés, que gagneras-tu à les ouvrir grands dans la bataille ?"
L'Armé amusé répondit : "Tu veux m'apprendre à moi ?"
Vokka le regarda, sérieux : "Ce que je viens de te dire, oui !"
De même que Vokka était attentif dans toutes ses activités, il était ordonné à l'excès et n'entreprenait rien sans être bien sûr de ce qu'il devait faire. Il était bien avec les garçons plus grands, moins avec ceux de son âge. Envers les plus petits, comme ses frères, il était toujours très doux et patient.
Tous le respectaient, en partie parce qu'il était impossible d'en faire la victime des blagues que les garçons se faisaient souvent : Vokka était toujours si attentif et réfléchi, présent et observateur, qu'il savait éviter, démonter ou retourner les blagues qu'on essayait de lui faire. Il était respecté, mais pas aimé. Tha en était inquiet et il en parla longuement avec Mar. Aussi Mar décida-t-il d'en parler à Vokka.
L'enfant l'écouta attentivement puis il répondit : "Toi, Tha, les frères et sœur et Nilko m'aimez et je vous aime... les autres m'importent peu. Celui qui ne m'aime pas, tant pis pour lui."
"Mais on a tous besoin de donner et de recevoir de l'affection, Vokka. C'est aussi parce que mes hommes m'aiment bien que je peux être un chef."
"S'ils ne t'aimaient pas, tu serais quand même leur chef."
"Mais pas un bon chef, parce qu'un bon chef doit aussi savoir se faire aimer."
"Non, un bon chef doit savoir se faire obéir." Répliqua l'enfant.
"Mais l'obéissance sans amour est... froide, vide. Un homme ne peut pas vivre sans un peu de chaleur autour de lui. On peut obtenir l'obéissance par la force ou la peur, mais alors elle n'est plus constructive et elle cesse à peine disparue la peur."
Vokka acquiesça, mais répondit : "Mais on ne peut pas demander l'affection des autres comme on demande un service."
"Bien sûr que non, mais on peut la mériter."
"Et comment, papa ?"
"En donnant de l'affection. Je ne connais aucun autre moyen."
Vokka resta un moment songeur, sans répondre, puis il dit : "Je vous aime bien... parce que vous êtes... parce que vous vous en faites pour moi..."
"Justement, Vokka, et quand tu t'en feras pour les autres, tu auras leur affection..."
"Mais pas toujours. Souvent ils ne disent même pas merci. Alors, pourquoi s'en faire ?"
"Parce que celui qui sait aimer grandit, devient un vrai homme, plus que celui qui sait faire ou qui sait commander."
"Mais seul celui qui sait faire et commander est utile aux autres."
"En es-tu vraiment sûr, Vokka ?"
"Toi pas, papa ?"
"Non, je crois aussi que qui sait aimer est très utile aux autres."
"Bien... si c'est toi qui le dis..." conclut Vokka, songeur.
Un peu avant le retour sur Niukétol, Mar accompagna Vokka, comme promis, à Ville-Close, chez les Introw. Vokka alla aussitôt parler à Rel.
"Je dois te demander un service, Rel."
"Dis-moi quoi, si je le peux..."
"Je voudrais que tu fasses un livre pour moi."
"Quel genre de livre ?"
"Un livre un peu spécial... je t'ai apporté mes notes..."
"Tu les as ici ?"
"Oui, les voilà."
Il sortit de son sac un rouleau de feuillets. Rel le prit et se mit à les examiner.
"C'est une histoire ?"
"Une espèce. Il faudrait que tu fasses les dessins et peut-être un peu l'ajuster..."
Rel continuait à lire : "C'est toi qui l'as écrite ?"
"Oui."
"C'est un livre pour enfants ?"
"Non, pour les grands... s'ils savent le comprendre."
"Ce garçon qui fugue, ce Wylad, c'est toi ?"
Vokka rougit : "Jamais je ne fuguerais de la maison !"
Rel acquiesça : "J'essaierai, Vokka. A ton prochain passage je te montrerai mes dessins. Mais je ne sais pas comment c'est, dehors... je devrai les placer sur Boar."
"Ça ira, mais ça doit être un Boar... qui peut être n'importe où, tu comprends ?"
"Un peu... Tu as choisi un titre ?"
"Oui... mais je ne vais pas encore te le dire."
"D'accord, nous avons le temps."
"Merci, Rel. J'avais peur que tu me dises non..."
"Pourquoi ?"
"Parce que je suis encore un enfant."
"C'est une bonne raison ?"
"Pour bien des gens, il semble que oui."
"Pas pour moi, Vokka, et pour ta famille non plus, je crois."
"C'est certain."
"Mar a lu cette histoire ?"
"Non, personne... tu es le premier."
"Et il ne doit pas la lire ?"
"Peu importe. La lise qui veut. Je reviens au dixième mois de l'année. Tu arriveras à le finir ?"
"Bien sûr, à ton retour tout sera prêt pour que tu puisses me dire si je peux l'imprimer ou s'il faut changer quelque chose."
Vokka était satisfait. Il regarda les derniers livres faits par les Introw puis rentra avec son père au Cenco où l'attendait Nilko avec qui il repartit pour l'école sur Niukétol.
Au septième mois de l'année le Président alla au château Olz où il convoqua tous les Châteliers du peuple Men et le Régent. Ce dernier terminait son mandat aussi remit-il au président ses insignes : le rouleau de nomination et la bannière. Il fallait procéder à l'élection du nouveau Régent. La coutume permettait à chaque Châtelier de proposer un candidat. Mar proposa tout de suite la candidature de l'ancien Régent, à présent Châtelier Eke Aal.
Un volontaire de Mar, le Châtelier Rys de Mont-Haut, proposa la candidature de Mar. Sept candidats en tout furent désignés par les seize Châteliers. Alors le Président fit dresser la table de vote : un carré en bois avec seize trous. Autour des seize trous fut écrit le nom des seize Châteliers. Neuf trous étaient fermés par un petit cylindre de bois. Sous chacun des sept autres, il y avait un cylindre pouvant contenir seize sphères, et le tout était dans une grande caisse qui tenait le carré incliné à quarante-cinq degrés.
Chaque Châtelier, un à un, dut aller devant la table, parcourir les seize trous des deux mains et faire tomber les deux sphères qu'il avait, la cyan dans le trou de celui qu'il voulait voir élu Régent et l'autre, la verte, dans le trou de celui qu'il ne voulait pas voir Régent de son peuple. Ils devaient bouger les deux mains de façon à ce que personne ne remarque où tombaient les deux sphères.
Quand ils eurent tous voté, le Président vérifia : Sun avait cinq sphères cyan et trois vertes, pour un total de plus deux, Ylen deux cyan et une verte, donc plus un, Aal quatre cyan et quatre vertes, Olz deux et deux, Tar et Krof un et un donc tous à zéro et enfin Yad un et quatre pour un total de moins trois. Yad éliminé le vote fut recommencé. Cette fois Tar et Krof furent éliminés. Au troisième tour Aal et Ylen furent éliminés, ne restaient plus en champ que Sun et Olz. Au dernier tour Mar eut onze votes cyan et cinq verts et le Châtelier Olz cinq cyan et onze verts. Ainsi Mar fut-il élu Régent avec six points d'avantage.
Le Président fit alors rédiger le "mémorial des élections" qui fut signé par tous les Châteliers et le Président en personne et sur le champ expédié à Primchâteau. Puis eut lieu l'investiture solennelle. Ils appelèrent quatre Armés de chaque château comme témoins, le Président leur fit officiellement part du résultat des votes que tous les Châteliers confirmèrent.
Puis fut posée la question rituelle : "Eke Sunney Wymar, tu as été choisi pour régir le peuple Men de la nation Tol de la Fédération des Armés pour trois ans à compter de ce jour. Acceptes-tu cette nomination ?"
Mar se leva : "J'accepte, pour la gloire des Men."
"Le Fondateur a dit : chaque peuple se reconnaît en son Régent comme chaque Armé doit se reconnaître en son Châtelier."
Tous les présents dirent : "Il doit en être ainsi !"
Le Président continua : "Le Fondateur a dit : Chaque Régent doit se reconnaître en son Président tout comme ce dernier se reconnaît en le Fédéral."
Mar répondit : "Ainsi est-ce et ainsi sera-ce."
"Alors, Eke Sunney Wymar, dépouille-toi de tes vieilles couleurs."
Mar enleva le ruban vert de ses tempes, la manteline et le kilt aux couleurs du château Sun, les sandales vertes, et resta avec son seul pagne. Alors le Président lui tendit un kilt blanc et rouge, bordé d'or.
"Tu perds les armes de ton château puisque tu es au-dessus des partis et tu gagnes le liseré d'or pour te rappeler que ton exemple doit briller sur les châteaux."
Mar passa le kilt puis le Président lui tendit la manteline, elle aussi blanc et rouge bordée d'or : "Souviens-toi que, tant que cette manteline repose sur tes épaules, tu dois régner sur ton peuple avec patience et énergie."
Mar passa la manteline. Et il lui tendit le ruban et les sandales cyan : "Cette couleur dira à tous que tu es le nouveau Régent, pour qu'ils te traitent avec le respect et l'honneur qui te sont dus."
Mar les prit et les passa. Puis lui fut donnée la bannière blanc et rouge bordée d'or : "Garde haut le nom des Men pour qu'ils n'aient pas à se repentir de t'avoir choisi comme Régent."
Mar prit la bannière et entonna : "Le Fondateur a dit : dans tes mains se trouve la vie de beaucoup, dans tes mains leur sécurité, dans tes mains est leur sérénité. Que tes mains soient fortes et délicates, sûres et prudentes comme ton cœur et ton esprit. S'il n'en était pas ainsi, cède ta bannière à un autre plus digne que toi et grand sera l'honneur qu'en recevra ton nom. Qu'il en soit comme il est dit !"
Et tous reprirent : "Qu'il en soit comme il est dit !"
Puis Mar reçut l'obédiance des châteaux, et en premier de celui d'Aal. Puis un autre courrier fut envoyé à Vieux-Château avec un "Message de Dévotion" au Fondateur et à ses descendants, de la part du nouveau Régent.
Après les cérémonies, il y eut une grande fête offerte par le Châtelier Olz. Mar, pendant la fête, fit part de son intention de rendre viste non seulement à tous les Châteliers de son peuple, mais aussi aux autres Régents de sa nation ainsi qu'au Président lui-même. Certains se montrèrent surpris par ce projet et Mar fit alors remarquer que le Fondateur lui-même parlait dans ces écrits de cette antique coutume.
"Je crois que nous tous devrions lire plus souvent les écrits du Fondateur et bien les connaître. Aussi ai-je demandé aux Introw de Ville-Close d'en faire des copies qu'ils donneront à tous les Châteliers Men, à tous les Régents Tol et à notre Président."
Ce dernier loua l'idée de Mar et tous les autres opinèrent. Puis Mar annonça qu'il organiserait aussi un pèlerinage de tous les Châteliers au mausolée du Fondateur. Après la fête, Mar quitta le château Olz et rentra à Sun avec son escorte. La bannière du Régent fut reconnue de loin au château, à côté de celle du château elle leur annonça que Mar avait été élu Régent aussi préparèrent-ils une fête pour l'accueillir.
Dès son arrivée au château, Mar ordonna le rassemblement général sur la place du château et nomma Tha Châtelier délégué à sa place. Puis il choisit des collaborateurs pour former la compagnie du Régent, selon l'usage. Il fit préparer une salle du Régent, où donner audience et tenir les réunions, avec les coussins prêts pour les Châteliers. Puis il reçut une délégation de citoyens de Port-Salut, dont Pendory, qui voulaient féliciter Mar.
Il était d'usage que chaque château envoie au Régent, pour ses frais, une contribution annuelle de dix valeurs. Chaque Régent en envoyait la moitié au Président, lequel renvoyait la moitié de ce qu'il recevait au Fédéral qui en utilisait une partie, en envoyait une autre à Vieux-Château et utilisait le reste pour la fondation de nouveaux châteaux.
Le transfert de ces sommes d'un château à l'autre présentait toujours un risque, car souvent les bandes de Pillards, si elles venaient à l'apprendre, attaquaient la caravane qui transportait l'argent. D'ailleurs, une fois par an une grosse somme voyageait du château du Régent à celui du Président et une encore plus grande partait vers le château du Fédéral et Vieux-Château.
Mar connaissait le problème, juste là jugulé par de grands déplacements d'Armés à grand risque puisque parfois, bien que peu souvent, il arrivait qu'une embuscade réussisse. En outre, même si l'attaque des Pillards échouait, chacune provoquait des pertes chez les Armés.
Mar voulut tester une autre solution, différente, pour contourner le problème tout en facilitant les contacts entre Châteaux et Hostels. Il proposa d'abord que chaque château verse à l'hostel voisin les dix valeurs à lui envoyer, il recevrait sa part, c'est à dire quatre-vingt valeurs, de l'hostel de Port-Salut, et l'hostel voisin du château du Président remettrait à ce dernier les quatre-vingt autres valeurs. De sorte que l'argent transféré ne serait soumis qu'à de très courts déplacements, ce qui diminuerait beaucoup tant les risques que les dommages.
Au début les Châteliers du peuple Men se montrèrent méfiants et perplexes. L'idée de confier leur argent à des étrangers ne les convainquait pas.
"Mais s'ils gardaient l'argent ?"
"Ils n'ont rien à y gagner, ils seraient attaqués par le château et ils ne pourraient pas se défendre."
"Mais s'ils disent n'avoir pas reçu l'argent ?" objecta un autre Châtelier.
"Fais-toi donner une lettre établissant combien ils ont reçu."
Il y eut des discussions sans fin. Mais tous les Châteliers acceptèrent et il apparut que le système marchait bien. Aussi les hostels commencèrent-ils peu à peu à assurer aussi la fonction des antiques banques. En échange de ce service, ils obtenaient une protection gratuite. De plus, peu à peu les gens de la ville et les Marchands se mirent aussi à utiliser les hostels d'une ville à l'autre pour leurs paiements ou autre.
Au début ce système de paiement par les hostels marcha presque seulement sur le territoire Men, mais vite Mar donna ordre à ses volontaires Châteliers dans d'autres peuples d'utiliser le même système, et les Marchands dans leurs tournées en propagèrent l'utilisation, de sorte qu'en quelques années d'autres Régents, Présidents et particuliers se mirent à utiliser cette méthode. Pour les particuliers, les hostels demandaient en paiement du service un pour cent de la somme transférée. Mais Primchâteau et Vieux-Château n'avaient pas d'hostel et le système n'y était pas applicable. Mar décida de ne pas pousser le bouchon trop loin et de laisser du temps au temps. Un jour peut-être le Fédéral lui-même demanderait-il l'ouverture d'un hostel à Primchâteau.
Mar poursuivait ses visites de château en château avec sa compagnie d'escorte, entièrement formée de ses volontaires, en utilisant le transfert par transmen entre les hostels chaque fois qu'il pouvait. Il faisait alors parcourir à pieds le trajet à sa compagnie pour que les Châteliers le voient arriver et repartir. Mais lui, en passant près d'un hostel, y entrait et en profitait pour passer au Cenco, puis il sortait de l'autre hostel rejoindre sa compagnie pour la fin du voyage jusqu'au prochain château.
Le seul point délicat du système était l'éventualité de croiser un autre groupe d'Armés ou de gens qui veuillent lui parler le long du chemin. Aussi avait-il fait préparer une chaise à porteurs, proche de celles des Shentistes, ou prenait place un quasi sosie à lui, habillé en Régent, qui si nécessaire feignait d'être malade et de ne pas vouloir parler à des étrangers. En une dizaine de voyages la circonstance s'était produite deux fois et le subterfuge avait été efficace. Une fois à l'hostel ils faisaient la substitution. De sorte que, bien qu'assurant sa mission de Régent, il avait assez de temps pour travailler aussi au Cenco. Mais ce qui lui pesait était d'avoir bien peu de temps à passer avec sa famille.
Parfois, en passant par l'hostel, sa famille le retrouvait au Cenco. Ce fut le cas quand Vokka revint pour les vacances. Le garçon allait sur ses neuf ans de Boar, et Mar lui dit qu'à l'occasion de ses prochaines vacances il devrait affronter les premières épreuves, celles du premier tour, avec les enfants du château âgés de neuf à onze ans. Mar voulait être présent aux courses de son fils et il le lui promit.
Vokka alla avec Nilko à Ville-Close voir le travail que Rel avait fait pour lui. Il observa chaque dessin avec attention, et les commenta avec Rel. Il suggéra quelques changements, puis revit le texte que Rel avait réécrit en suivant ses notes et il l'approuva. Puis il lui demanda d'imprimer le livre pour son prochain retour, quand il viendrait passer les premières courses de sa vie d'Armé.
Puis il lui dit le titre : "Je veux l'intituler : L'enfant qui voulait s'échapper de Sa Planète..."
Rel le regarda : "Mais alors toute l'histoire prend un autre sens..."
"C'est ce que je veux."
"Mais Wylad s'enfuit de sa maison, pas de sa planète."
"Mais sa maison est toute la planète. C'est pour ça que je t'ai demandé de changer un peu quelques dessins. Est-ce que maintenant ce que dit et fait Wylad ne devient pas plus clair ?"
"C'est vrai. Mais tu crois que les gens comprendront ?"
"Certains oui... ceux qui voudraient s'échapper, oui... même si ce sont des adultes."
"Mais alors Wylad ce n'est pas toi... toi tu peux entrer et sortir quand tu veux."
"Je te l'avais dit. Mais c'est quand même un petit peu moi... parce que je suis boarien et ça ne me va pas que toi, par exemple, ne puisses pas venir dehors avec moi."
"Mais je suis bien ici, moi."
"Tant mieux. Et puis tu es bien parce que tu sais bien que tu ne peux pas sortir et quer tu t'en contentes. Mais si tu pouvais, je parie que tu aimerais voyager... Et tout le monde ne se sent pas bien comme toi."
"Et cela te préoccupe beaucoup ?"
"Bien sûr. Cela ne devrait pas me préoccuper ?"
"Peut-être que si... tu connais bien plus de choses que moi..."
"Non, j'en connais d'autres. Toi aussi tu connais tellement de choses que j'ignore."
"Parce que tu es encore petit."
"Non, il en sera toujours ainsi. Chacun doit bien connaître ce qu'il fait. Moi les armes et les châteaux, toi tes dessins et tes livres."
"Mais toi un jour tu deviendras Châtelier..."
"C'est possible. Mais je ne serai jamais volumiste. Bah, c'est comme ça !"
"L'idée d'être Châtelier - ou au moins Armé - ne te plait pas ?"
"C'est comme ça. D'autres ont choisi pour moi."
"Si tu n'as pas envie, tu peux toujours t'arranger pour rater les courses."
"Non, je ne peux pas. C'est ma voie et je dois la suivre. Et puis papa ne serait pas content."
"C'est drôle, moi enfant je voulais devenir Armé et j'ai raté les courses... Toi tu ne voudrais pas mais tu vas les réussir..."
Vokka le regarda : "Tu échangerais avec moi, si tu pouvais ?"
"Aujourd'hui... je ne sais pas. Peut-être quand j'étais enfant... A présent je suis bien ici et j'aime beaucoup être volumiste."
"C'est cela. Peut-être qu'un jour j'aimerai beaucoup être Armé et peut-être même Châtelier. C'est comme ça !"
"Mais dis-moi, Vokka, tu es heureux ?"
"Quand tu as raté les courses, tu l'étais ?"
Rel acquiesça : "Je comprends."
"Mais je ne suis pas malheureux, tu sais. Et puis il y a une chose dont je suis heureux..."
"Quoi donc ?"
"De ne pas être un Kétol mais un Swooney, ou un Sunney, mais c'est la même chose."
"Je te crois. Toi, ton père est très bien."
"Oui, papa est le meilleur homme que je connaisse. Mais il est difficile d'être comme lui..."
"Que veux-tu dire ?"
"Je ne sais pas... Je voudrais être comme lui, mais je n'y arrive pas, je le sais, je le sens."
"Chacun doit être soi-même, pas comme un autre !"
"Tu crois ? Mais si l'autre te plait plus que toi-même ?"
"Tu ne te plais pas, toi ?"
"Comme ça... Papa voudrait que je sois différent."
"Mais non, Vokka. Mar est très fier de toi, il t'aime comme tu es, il t'aime beaucoup."
"Bien sûr, je sais... mais il dit qu'il y a des choses que je n'arrive pas à faire."
"Comme quoi ?"
"Que je dois aimer tout le monde... pas seulement ma famille."
"C'est si difficile ?"
"Oui."
"Pourquoi, Vokka ?"
"Si je le savais... je sais juste que je n'y arrive pas."
"Tu peux essayer, non ?"
"Mais je n'y arrive pas. Tu vois, je crois que tu es un type très bien, gentil, sympathique aussi, je suis bien avec toi... mais je ne peux pas dire bien t'aimer, ce serait un mensonge."
"Mais sais-tu ce que veut dire bien aimer quelqu'un ?"
Vokka ne répondit pas puis dit : "Alors tu travailleras à mon livre ?"
"Bien sûr, avec grand plaisir."
"Merci. Tu es un ami."
"Un ami on l'aime bien..." suggéra Rel.
"Non, ce n'est qu'une personne avec qui on est bien, à qui on fait confiance... et c'est tout."
" Mais tu sais ce que veut dire bien aimer, Vokka ?" insista Rel en le regardant dans les yeux.
Vokka détourna le regard : "Je dois partir... nous nous verrons dans une dizaine de mois de Boar." Dit-il, et il s'en alla.
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