Paul et Steve: notre histoire de Aimé
vendredi 31 juillet 2009, 17:45 - Aimé - Lien permanent
L'histoire que je raconte ici est authentique. Nous sommes frère jumeaux identiques, très ressemblants sauf que par un caprice de la nature, l'un est blond et l'autre brun.
L'histoire que je raconte ici est authentique. Ce n'est que récemment que j'ai pris la décision de l'écrire car je crois qu'elle est unique et qu'elle intéressera les lecteurs. Je suis du genre plutôt intellectuel tandis que mon frère est plus terre-à-terre; je me suis donc mis à la tâche, avec son accord, de vous livrer notre parcours de vie jusqu'à aujourd'hui.
Nous sommes frère jumeaux identiques, très ressemblants sauf que par un caprice de la nature, l'un est blond et l'autre brun. Depuis notre naissance, nous avons toujours tout partagé, n'avons jamais été séparés et nous ne sommes qu'un. Nous discutons beaucoup entre nous mais le plus souvent, aucune parole n'est nécessaire car nous pouvons nous comprendre sans parler. Nous avons 25 ans, nous subvenons à nos besoins matériels grâce à notre travail sur notre petite ferme. Nous sommes gays, très heureux et ne pouvons imaginer d'autre vie pour nous que la nôtre.
Nos parents étaient turcs, musulmans et nés dans un petit village d'Anatolie au voisinage du pays kurde. La famille de mon père était plutôt ouverte sur les idées modernes mais devait tout de même se limiter aux contraintes de la tradition et de la religion. Il avait trois frères et deux sœurs, presque tous mariés, à l'exception de lui et de son frère dernier-né. Au moment où on peut dire que cette histoire débute, il avait 19 ans et venait de compléter sa première année d'université car il voulait devenir enseignant. C'était la fin de l'été et le retour à l'université approchait. Pour payer ses études, il travaillait au garage de son oncle comme pompiste et faisait aussi de petites réparations mécaniques sur les voitures des clients de son oncle. Il avait toujourss eu un faible pour la mécanique et en avait des prédispositions naturelles. Il occupait ainsi ses étés depuis quuelques années déjà et maintenant qu'il étudiait à l'université, il payait de ses gains un partie de ses frais scolaires, en plus de bénéficier d'une bourse du gouvernement. Mon père était d'un caractère joyeux, serviable, apprécié de ses amis et de sa famille, sans histoires. Il était un peu rêveur et souhaitait un grand avenir à son pays qu'il espérait voir vivre en paix avec la complète disparition de l'analphabétisme et des tarditions rigides et contraignantes. Pour lui, la religion était une affaire personnelle et ne devait pas contrecarrer les aspirations de chacun à une plus garnde liberté de penser et d'agir. Cependant, la plupart du temps, il devait taire ses opinions car il estimait que son entourage n'était pas prêt à les partager, surtout en ce qui a trait à la religion. À la fin de ses études, il souhaitait se marier, s'établir dans les environs et enseigner au primaire.
Ma mère était née dans le même village que mon père. Ils se connaîssaient depuis toujours et vers l'âge de 15 ans s'étaient épris l'un de l'autre. Dès cette époque, ils savaient qu'ils uniraient leurs vies et auraient des enfants. Leur relation étant connue de tous, leurs parents avaient conclu d'un commun accord qu'éventuellement ils se mariraient lorsque mon père aurait complété ses études. Cependant, leurs fréquentations devaient se faire selon la tradition, dans le respect de l'honneur et dans les limites de la moralité. Dans ce coin perdu de la Turquie, la tradition était encore extrêmement vivante et incontournable et nul y échappait. Ma mère, avait les cheveux noirs et avait la peau du visage plutôt pâle. Mon père avait coutume de dire que dans cette région du pays, bien des familles avait gardé le souvenir qu'ils étaient descendants de soldats d'Alexandre-le-Grand qui, lors de leur retour d'Orient, s'étaient établis dans le pays et en avaient épousé des filles. Elle était belle et dans mon souvenir elle portait bien son nom qui signifie noir. Elle était la cadette de six enfants, la dernière à marier et comme toutes les filles de cette région, elle n'avait fréquenté l'école que quelques années, le temps d'apprendre à lire et écrire et d'en savoir un peu plus sur le reste de l'humanité. Elle aidait donc sa mère à la maison, en plus de traire les chêvres, nourrir la volaille et entretenir le potager. Son père, bien qu'étonnament aussi ouvert sur les idées modernes, restait très attaché au sens de l'honneur, le sien et celui de sa famille, selon les presciptions religieuses. Ils était un musulman très pieux et veillait sur sa famille comme un véritable chien de garde.
Donc, cette année-là, mon père revint de l'université tout heureux d'avoir complété avec succès sa première année, de retrouver les siens mais surtout Kara Ils se rencontrèrent furtivement sur la colline dominant le village où quelques arbres donnaient une ombre pauvre en fraîcheur. Il lui parla de la ville, de la vie à l'université, des voitures, du bruit, de la pollution. Il lui parla aussi de l'amour, lui dit qu'il l'aimait et la demanda en mariage. Ma mère acquiesça à tout et c'est peu de temps après qu'ils conçurent mon frère et moi. Une lueur nouvelle brillait dans les yeux de ma mère que sa propre mère ne manqua pas d'apercevoir. Mon père vaquait à son travail, accumulant expérience et quelque argent. Les deux tourtereaux continuaient de se voir fréquemment mais chaperonnés afin de ne laisser rien deviner par leur entourage. Cependant, à quelques occasions, il se retrouvaient dans l'intimité, échangeant propos, opinions et moments d'amour. Puis vint l'échéance du retour aux études que les amis de mes parents devaient souligner au cours d'une soirée entre jeunes, chaperonnée bien sûr, un soir autour d'un feu. Fait bien surprenant en cette Turquie d'un autre âge à cette époque. C'est ce soir-là que ma mère annonçat à mon père qu'elle était enceinte, laissant ainsi présager du drame qui se préparait et qui devait changer radicalement leur vie. Mon père reçut la nouvelle avec une joie aussi grande que ma mère en eut pour lui annoncer. Par contre, penseur et prévoyant comme il était, il lui demanda de lui accorder la nuit pour réfléchir à ce qu'ils devaient faire, lui et elle, dans l'immédiat et de leur vie. Il y a 25 ans, on tuait les filles qui s'étaient déshonnorées soit par lapidation soit par simple meurtre au couteau. Le père de la malheureuse s'en chargeait la plupart du temps, son nom et son existence était à jamais effacée et nul n'en parlait plus. Quant au père, s'il était inconnu, tout continuait comme si de rien n'était mais dans le cas de mon père, il serait banni pour toujours sous l'opprobe de sa famille et de tout le village. Adieu la bien-aimée, les études, les beaux projets. L'avenir prometteur s'arrêterait là, mort à cause des traditions surranées, de la religion et de l'ignorance.
Il ne restait que deux jours avant son départ pour l'université et mon père allait passer le reste de cette nuit-là à réfléchir au meilleur parti à prendre pour sauver la vie de Kara et assurer leur future vie commune. Chose certaine, elle ne pouvait s'épanouir ni n'avoir lieu en cette Anatolie si rétrograde. Le lendemain, il revit ma mère et lui proposa la fuite, ce qu'elle accepta d'emblée, toute confiante dans les plans de mon père et certaine de sa détermination à faire de leur union une union heureuse. Non seulement ils fuyaient la région mais aussi le pays et se réfugieraient quelque part en Europe, dans un pays à déterminer au fil des évènements. Le sort leur fut favorable. Nanti du salaire de son travail de l'été et d'une partie de sa bourse d'études, mes parents se retrouvèrent dans un autocar en direction d'Ankara. Munis du strict minimum afin de ne pas éveiller de soupçons et utilisant un quelconque stratagème, ils avaient réussi à fuir leurs familles sans réels problèmes. Avec une simple carte d'identité, sans passeport, ils ne pouvaient quitter la Turquie mais ils trouveraient un moyen. D'Ankara, ils prirent le train pour Istanbul et après trois jours de péripéties, ils débarquèrent dans la métropole. Étant musulmans et turcs, mon père estima qu'il serait plus sage de passer en Syrie plutôt qu'en Grèce. Sans s'arrêter sur les détails, ma mère nous raconta, à mon frère et moi, qu'après avoir abouti finalement à l'Ambassade de Grande-Bretagne, après avoir demandé le statut de réfugié, après bien des attentes , de nombreuses incertitudes, sans jamais même penser revenir en arrière, avec de l'aide, de la compassion et un coup de pouce du destin, ils se retrouvèrent en bout de ligne à l'aéroport de Heathrow. Puis, par une suite d'évènements inattendus et inespérés, une nouvelle fois en train, ils firent route vers l'Écosse où nous sommes nés. Presque au terme de la grossesse de ma mère et au bord du manque total d'argent, mon père dénicha un emploi comme aide-mécanicien dans un garage, trouva un logement convenable et comme tout heureux parents, attendirent notre venue. C'est avec une surprise inattendue qu'ils acceuillirent leurs deux enfants. Le patron de mon père appréciait beaucoup ses talents naturels pour la mécanique et ce dernier, pour parfaire ses connaissances entreprit même d'étudier dans des livres traitant du sujet, en même temps qu'il perfectionnait son anglais. Après quelques années, son expérience et son trvail lui permit d'amasser un petit pécule qui cette fois, changerait le destin de toute la famille. Mécanicien, il va de soi que mon père ne tarda pas à se "fabriquer" littéralement une automobile avec des pièces récupérées au garage. Ainsi, au fil des saisons et de nos ballades en campagne, nous découvrimes notre pays.
Dans l'année de nos 10 ans, mon père, fortement encouragé par ma mère, acheta une petite ferme dans les Basses-Terres d'Écosse. Du jour au lendemain, il devint propriétaire de quelques vaches Highland, de deux chevaux, quelques moutons, de volaille et d'un chien. Ma mère se plût à cultiver le potager, traire les vaches et entretenir son jardin de fleurs magnifiques. Mon frère et moi fréquentions l'école du village, étions toujours ensemble dans la même classe, formions une paire solide, élevés comme de purs écossais, parlant le turc à la maison mais ignorant tout de l'ancienne vie de nos parents. La ferme rapportait suffisamment pour nous permettre de vivre décemment et les revenus se complétaient par de petits travaux mécaniques que mon père accomplissait occasionellement. Nous étions tous parfaitement intégrés à la société écossaise, nous étions heureux et mon frère et moi, nous plaisions tant à voir nos parents s'aimer autant. Parfois, lorsqu'en hiver la neige recouvrait les landes, que les animaux reposaint à l'abri dans leur étable, qu'un feu de cheminée répandait sa douce chaleur dans la maison, mon père nous parlait de la Turquie. À de nombreuses reprises il nous recommanda de ne jamais oublier nos origines mais d'aussi se rappeler qu'avant toute chose que nous étions écossais et que pour nous deux, la Turquie était un pays étranger. C'est ainsi qu'il nous apprit la glorieuse histoire de l'Empire ottoman qui avait détrôné les byzantins, celle de ses valeureux sultans et de leur chute dramatique. À cette époque-là, nous ignorions tout de l'histoire personnelle de nos parents; dans nos têtes d'enfants, nous imaginions qu'il en avait toujours été ainsi. C'est beaucoup plus tard que notre mère nous raconta tout. Mon père, peu enclin à la vantardise et à se mettre en avant, avait un peu honte, je crois, d'étaler devant ses enfants le fait que l'arriérisme de son pays natal l'avait poussé à le fuir afin de sauver la vie de celle qu'il aimait. Bien sûr, il entretenait une grande nostalgie de son pays et peut-être songeait-il que de nos jours, les choses se seraient passées autrement, sans avoir à quitter les siens ni sa patrie. Par contre, jamais il ne semblait regretter son geste et dans son esprit peut-être pensait-il que pour nous deux à naître il avait fait le meilleur choix. Nous étions libres, vivant dans un pays libre et où nous pouvions faire des choix sans contraintes.
Mes parents n'étaient pas très religieux et ils n'appartenaient à aucune dénomination. Quant à ma mère, elle nous parlait souvent de Dieu et nous a inculqué cette recherche constante de l'Unique. Dans des mots simples pour enfants, elle nous expliquait la différence entre le bien et le mal; autrement dit, elle nous éduquait dans le spiritualité mais pas dans l'ostentation. Parfois, le dimanche, ils nous enmenaient à l'église presbytérienne du village. Sans pour autant y adhérer, ils la fréquentaient pour nous, avec nous, pous nous apprendre qu'il y a d'autres chemins pour aspirer à Dieu. Je présume que les traditions et les diktats religieux de leur pays les avaient dégoûtés à tout jamais de toute religion, sachant où ceux-ci les avaient menés. Socialement, mes parents avaient des amis et, comme ils ressemblaient physiquement à un certain type accidental, ils passaient peu ou à peu près pas pour des turcs. Mon père était membre d'une association de fermiers et ma mère avaient ses plus proches amies chez leurs conjointes.
Quant à nous, nous étions des garçons pleins de santé, vivant à la campagne, joueurs dans l'équipe locale de soccer junior, échangeant coups de poings avec d'autres garçons, de réussite moyenne à l'école et, somme toute, tout-à-fait normaux. L'été nous allions pêcher dans la rivière (plutôt torrent que rivière) dont l'eau glacée descendue des Hautes-Terres coulait près de chez-nous. Usant de l'audace de cet âge, nous n'hésitions pas à nous jeter nus dans l'eau froide, ignorant toute pudeur puisque nous ne formions qu'un. C'est à cette époque, à l'âge où les premiers tremblements du corps montent à la surface du cœur, que nous primes conscience de cette autre partie de soi qu'est le corps. Jusque là, seules nos âmes se regardaient, aveugles et sourdes à notre partie humaine. Ensemble, nous avons découvert notre beauté masculine et c'est ensemble que nous avons vus pour la première fois la sève propre à l'homme s'écouler de nos entrailles. C'est ensemble aussi que nous avons progressé dans la découverte de soi à travers l'autre, et étant jumeaux, il nous était facile de se voir dans l'autre qui est ton portrait. Et cela devint notre secret.
Mais encore, nous avions 15 ans maintenant et non seulement nous ne formions qu'un mais tout en chacun de nous n'était qu'un: nos pensées, nos paroles, nos convictions, nos goûts, tout. Seul la couleur de nos cheveux nous différenciait, l'hablillement parfois et quelques préférences alimentaires. Autrement, nous étions Paul-Steve et Steve-Paul. Nos parents nous adoraient, nos amis recherchaient notre compagnie, les filles du village nous lorgnaient avec envie bien que notre inmanquable prestance soulevait aussi des jalousies. Grâce à notre gémellité et de ce que les gens en pense généralement, le monde actuel, étant ce qu'il est, nous a épargné de la moquerie, des soupçons et des railleries. Nous avons donc vécu nos années d'ados en toute quiétude, heureux comme des rois dans leur royaume secret dont personne n'avait la clef. Nous avons découvert ensemble la sexualité entre hommes et jusqu'à maintenant, nous ne l'avons partagé avec personne d'autre. À ce jour, nous avons des amis gays, toujours étonnés de constater notre (presque) parfaite unicité en tout, nous vivons une vie heureuse et harmonieuse, à nous occuper de notre ferme mais j'y viens plus loin.
À la fin du secondaire, nous avions convenu de ne pas poursuivre nos études. Seule la ferme nous intéressait et nous ne demandions pas mieux que d'aider notre père. À trois, la ferme grandit quelque peu bien que mon père n'envisageat jamais d'en faire une entreprise industrielle. Pour nous faire comprendre son point de vue, il disait souvent qu'on ne vit pas pour travailler mais qu'on travaille pour vivre…Et nous en avons toujours été convaincus.
Un soir que mon père s'était absenté pour assister à une réunion, notre mère, à notre grande surprise, nous confia que bien des années auparavant, elle avait pris contact par lettre avec ses parents en Turquie. Longtemps après sa mère lui avait répondu, attendant pour le faire que son mari ne soit plus de ce monde. Elle pardonnait à sa fille mais lui reprochait son péché et d'avoir abrégé la vie de son père par le déshonneur et la honte qui l'avait tué à petit feu. Comme elle était morte pour sa famille depuis sa fuite avec notre père, elle se disait contente de la savoir heureuse, d'être grand-mère de deux jumeaux mais qu'elle ne souhaitait pas avoir d'autres nouvelles de Kara. Je me souviens de cette époque pendant laquelle ma mère avait semblée bien triste et pleurait souvent. Mon père était au courant et partageait sa peine. Pour eux, cela mettait un point final à leur ancienne vie dont ils ne conservaient que les souvenirs. De même, ce soir-là, notre mère nous dit aussi qu'elle était particuluièrement heureuse de nous avoir donné la vie en Écosse. Si cela avait eu lieu en Turquie, nous aurions été très malheureux à cause….de ce que nous sommes! Nous aurions du nous marier quand même ou nous exiler dans une grande ville pour vivre notre vie dans la clandestinité sous les raillerires des gens, faisant de nous des marginaux. Mon frère et moi étions sans voix: elle savait! Depuis toujours. Lorsque la ferme sera à vous, ajouta-t-elle, vous aurez de quoi vivre dans la sécurité. Je ne connaîtrai pas les petits-enfants que j'aurais pu avoir mais à vous deux, vous en vallez bien cinquante! Votre père sait aussi mais vous aime tellement que l'important pour lui, tout comme pour moi, est de vous savoir heureux. Vivez votre vie, mes enfants, et que Dieu soit toujours avec vous.
Et c'est ainsi que notre secret, que nous pensions secret, était connu de nos parents! Mais chez-nous, l'amour régnait en si grand que ce même amour qui unissait nos parents depuis si longtemps et qui avait débordé sur nous, avait fait qu'ils nous aimaient tels que nous étions en ne souhaitant que notre bonheur. Puis, elle entreprit de nous raconter leur aventure de jeunesse qui les avaient amenés en Écosse. Elle n'omit aucun détail sur leur vie en Turquie et ce qui en aurait découlé s'ils y étaient restés et si nous étions, au pire, nés là-bas. Si nous sommes gays ici, nous l'aurions été là-bas…à condition que notre mère ait eu la vie sauve!
Les quelques années qui suivirent furent tout aussi heureuses que les précédentes mais en plus, cette fois, dans l'harmonie familiale totale. Il n'y avait plus de secret. La ferme était prospère, à 20 ans nous jouions toujours au soccer, avions des amis au village qui nous visitaient et passions pour des jumeaux bien particuliers, sans plus ni moins.
Un an plus tard, la vie entraîna mon père dans la mort. Une bordée de neige comme il en tombe souvent en Écosse en hiver, avait rendue les routes glissantes et la visibilité sur celles-ci plutôt étroites, les rendaient hasardeuses. Une voiture emboutit celle de mon père qui mourut sur le coup. Dire l'intensité du deuil qui nous accabla pendant des mois, l'infinie tristesse qui s'abattit sur notre mère serait difficile à décrire. Celle-ci ne se remit jamais complètement de la perte de son bien-aimé, de celui qui lui avait prolongé la vie. Deux ans plus tard, elle s'éteignit suite à une maladie pernicieuse et foudroyante, sereine à l'idée de rejoindre son époux. Nous nous retrouvions orphelins mais maîtres de notre vie dans un pays libre.
Puis, quelque temps après, afin de régler des détails qui concernaient l'héritage que nous léguaient nos parents, nous avons du nous rendre dans la capitale, Edimbourg. Comme nous devions nous absenter de la ferme pendant deux jours et que les animaux avaient quand même besoin des soins habituels, des voisins se sont offerts généreusement à s'en occuper. Donc, en soirée, après une journée passée d'abord chez le notaire, puis à magasiner et à fureter en ville comme des enfants, suivi d'un bon repas au restaurant, nous avons flâné dans quelques boîtes gays. Ça a été pour nous une découverte. Voir tous ces mâles que la même orientation rapproche nous fit chaud au cœur en nous réconfortant dans ce que nous sommes. Simplement s'imaginer l'effet produit dans une boîte gay par deux jumeaux identiques fait rêver. En quelques heures, nous avons établi des liens comme jamais dans toute notre vie. Nous avons même échangé des adresses en plus de quelques adresses de couriels. Il va s'en dire que les avances et propositions n'ont pas manqué non plus mais toujours, poliment et à l'occasion avec fermeté, nous les avons repoussées, bien que…comme n'importe qui d'autre, nous avons été tentés. Il était impensable que Paul perde Steve de vue, ne fusse que quelques heures, et inversement. Ça n'était jamais arrivé auparavant et c'était inconcevable pour nous deux. Nous avons bien bu quelques verres ce qui nous a passablement éméchés avant le tard de la nuit. Puis, aux petites heures du matin, en joyeux lurons, nous sommes revenus bras dessus bras dessous à l'hôtel, trop amortis par l'alcool pour ne souhaiter autre chose que de dormir. En début d'après-midi, nous avons repris le chemin du retour, nous relayant à conduire parcequ'encore nos têtes étaient très douleureuses…
Nous étions très contents de notre séjour dans la capitale. Non seulement nous avions réglé des affaires importantes mais nous nous étions egalement ouverts sur le monde, créant des contacts avec nos semblables, criant à la face du monde que nous sommes gays et heureux…et heureux que la vie soit ainsi.
Le retour nous a fait prendre conscience que nous avons tout : notre maison, nos animaux, nos amis, la vie, le bonheur. Désormais, nous vivons notre vie commune comme tout autre couple avec le privilège cependant d'être nés frèrers jumeaux et d'avoir suivi le chemin que nos parents nous ont proposé et non imposé. Alors, afin de garder ce contact avec ce monde, avec cette humanité qui nous entoure, avec ses dissemblances, ses disparités et ses différences, nous avons eu l'idée de nous procurer un ordinateur. Comme je l'ai dit plus haut, étant plus intello que mon frère, j'ai donc appris par moi-même, avec mon frère, comment l'utiliser. C'est en visitant des sites gays de partout au monde, souvent de langues différentes, que j'ai eu l'idée d'écrire cette histoire. Nous échangeaons des couriels avec nos amis d'Édimbourg, participons à des forums de discussion et étendons nos connaissances par la magie du Web. Bien sûr, nous ne dédaignons pas scruter avec attention les beautés mâles du monde entier. Cela nous a fait réaliser que quelque soit le ciel, la terre ou les lieux qu'on visite virtuellement, que nous sommes tous semblables, en dépit des différences de race, de langue, de religion et de continent. Être gay, ce n'est pas une maladie; l'homophobie en est une.
Finalement, je crois que notre histoire est une belle histoire. Nous sommes pleinement contents de l'avoir partagée avec vous et mon frère et moi souhaitons à tous d'être heureux toujours.
Commentaires
il ne faut pas douter car votre histoire est belle, soyez heureux
Quel beau texte, et quelle belle vie vous avez, soyez heureux et que votre bonheur jaillisse partout.<
Si votre bonheur et la réaction de vos parents pouvait-être pareil pour tous,combien de malheurs seraient évité
La beauté de cette histoire me laisse sans voix.
bonjour a vous deux et merci pour cette bel hitoire qui et tres bien ecrite et raconté jai u les larme au yeux encor merci je vous envie soyer heureux jemere bien etre amis avec vous deux votre histoire ma touche sincement
Oui, votre histoire est très belle, et même exemplaire de ce nous pourrions vivre si ce monde était meilleur qu'il n'est.
J'ai été moi-même professeur en Turquie quand j'ai fait mon service dans la coopération et j'en garde un excellent souvenir.. Mais le pays était ( et peut-être encore) bien coincé sur le plan des moeurs.
Mais dîtes-moi. Comment se fait-il que vous écriviez si bien en Français? Car votre langue maternelle est plutôt l'Anglais ( et le Turc).
Iyi günler. Size çok seviorum.
en réponse à XENER:
merci pour tes intéressants commentaires. Je regrette quasiment la forte apparence d'authenticité de l'intrigue de "Paul et Steve: notre histoire". Cette histoire est effectivement une pure fiction, inventée, je le regrette, de toute pièce et dictée uniquement par l'inspiration. Je suis flatté de son impact sur les lecteurs mais quelque peu embarassé par sa presque duperie.
L'auteur.
Embarassé ? vous devriez avoir honte d'abusé ainsi de vos lecteurs, ces braves gens qui rêvent, nous tous,des amours possibles.Prenez la scène finale de ce merveilleux film anglais, "Beautiful Thing", Jamie qui dansent tendrement enlacés sur la piazza de cette cité t'East London : on sait que les lendemains seront terribles, mais pour l'instant, le conte de fées fait sourire de bonheur.
Ce n'est pas bien de déniaiser, de Dire que le Père Noel n'existe pas, que Karl May n'a jamais été dans l'Erg tunisien, à la Steve et Mecque et dans le Far Ouest seulement après avoir écrit Winnetou.
Vous vous êtes moqué de vos lecteurs, de moi. Et vous avez tout gâché. Fallait dire dès le début que c'était une fiction, ou répondre au camarade critique (qui n'a pas remarqué les fautes de frapphe) que notre grand ami Pedro l'a traduit de l'écossais.´
Le mieux serait de supprimer ces deux derniers commentaires, et laisser rêver la soeurs...
Pawl
A la lecture, il me semblait bien que c'était ni un turc, ni un écossais qui l'avait écrite... Il n'y a que les québécois pour dire "magasiner" au lieu de "faire les magasins"
et du reste, c'est une histoire parlant d'inceste... Il vaut peut-etre mieux que ça reste dans le domaine des fantasmes.