Il cliqua rageusement sur sa souris pour fermer le sempiternel message que lui renvoyait Rémy en réponse à ses provocations et menaces : « Que me veux-tu ? » Il avait inventé mille manières de diffuser la séquence vidéo de ces amours cachés, il était déçu que Rémy ne veuille toujours pas jouer à son jeu ; la souris restait terrée dans son trou laissant le chat gesticuler au dehors.
La fin de l’année scolaire proche l’obligeait à passer sans tarder à l’attaque car la souris allait bientôt s’envoler vers quelques facultés lointaines. Il sourit à cette image en tirant une bouffée sur son joint pour prendre de l’inspiration.
Il sortit son téléphone portable et après avoir pris soin de dissimuler son identité, il envoya un SMS à Rémy : « Je vais enfin te dire ce que je veux, demain, 18 h, dans un bar appelé la Cagnotte. Tu as intérêt de venir seul. Sinon … ».


***

Rémy entra presqu’en courant dans le bar « La Cagnotte » qui ne semblait pas très fréquenté malgré l’approche de l’heure de l’apéritif. La décoration était modeste, défraichie et démodée. Une odeur d’haleine rance et alcoolisée flottait dans l’air. Une grande télé plate, offerte par le PMU, jurait avec les rideaux à grands carreaux rouge et vert et à auréoles indéterminées. Le barman, un homme rougeaud, la cinquantaine décharnée, le crâne dégarni de neurone, discutait des perspectives footballistiques de la soirée avec un client. « La Cagnotte » sembla à Rémy être un de ces bars où l’on buvait son désespoir en toute convivialité.
Le jeune homme fit le tour de la salle du regard à la recherche d’un de ses camarades judokas. Personne ! Inquiet d’être arrivé légèrement en retard, il s’assit à une table, face à la porte d’entrée, et à la télé. Le barman vint immédiatement donner un coup de torchon à peine plus propre que la table et lui demanda ce qu’il désirait boire. « Une pression … non un coca-light, sans glaçon » commanda Rémy. Il lui fallait avoir les idées claires.
Le judoka était impatient d’enfin en découdre. Après deux semaines d’une vaine enquête, il s’était empêché à chaque nouveau message de provoquer inutilement son corbeau virtuel. Après avoir relevé la marque de tous les portables de ses camarades, il avait prétexté avoir perdu son carnet d’adresses, et après avoir tenté une analyse psychologique à partir de sondages trop discrets pour être efficaces, Rémy avait restreint les possibilités à trois membres du club sans vraiment les départager.
Portant seul le fardeau du chantage, il se sentait désemparé car ignorant des intentions de son tourmenteur. Si le maitre-chanteur était aussi proche qu’il le pensait, il devait savoir que le jeune homme était boursier, ses parents n’étaient pas riches, et bien que sa grand-mère lui octroie une petite pension, et qu’il travaillait chaque été, sa fortune n’était pas grande. Quant aux parents de Cindy, il ne lui était impossible de leur demander plus que le gîte, le couvert et la main de leur fille. D’ailleurs, Rémy connaissait à peine le père de Cindy, un monsieur au regard sévère rencontré pour la première fois au moment du Nouvel An dernier ; il ne se rappelait même pas de son prénom. Si son futur racketteur pensait décrocher la timbale à « la Cagnotte », il se trompait lourdement.
Le bar se remplissait pendant qu’il vidait son verre de coca à peine gazéifié et nul ne semblait faire attention à lui. Rémy bondissait intérieurement à chaque tintement de la clochette de l’entrée espérant qu’elle lui dévoile enfin l’identité de son maître-chanteur. La télé dispensait des images de chevaux et des tableaux de chiffres qui n’avaient aucun sens pour lui.
Maitre Corbeau était arrivé un quart d’heure en avance à leur rendez-vous et s’était posté devant ce bar miteux au nom parfait pour un chantage, se dissimulant dans l’encoignure de l’entrée d’une ruelle. Alors qu’il peaufinait le discours direct et efficace qu’il allait tenir à son rival, il vit Rémy entrer précipitamment dans le bar. Il attendit pour s’assurer qu’il était venu seul. De plus, il souhaita le laisser mariner dans le jus de son angoisse pour qu’il ait de meilleures prédispositions pour l’écouter.
Rémy repassa mentalement la liste des suspects. Restaient en lice, Pietro, Cyril et Louis-Marie. Ce dernier avait toujours le dernier gadget à la mode, mais il fréquentait un lycée privé alors que Rémy allait au lycée public. Ils n’avaient en commun que le club de judo et ne se fréquentaient que pendant les fêtes entre judokas. Il ne pouvait donc pas le compter parmi ses amis proches.
Pietro était trop direct, trop franc pour se prêter à ce jeu pervers. S’il avait voulu obtenir quelque chose de lui, il serait venu le voir directement. Rémy se souvint aussi que son ami avait été incapable de publier sur internet une vidéo captée un soir de beuverie un délire collectif.
Restait donc Cyril. Ils se connaissaient depuis l’enfance, ils étaient dans le même lycée dans des sections différentes, ils étaient tous les deux judokas, ils participaient ensemble souvent à des soirées. Ils s’entendaient bien mais un manque de complicité les empêchait d’être de vrais amis. Connaissant son blog, Rémy savait que son suspect maniait la vidéo et il jugea son esprit suffisamment tordu pour organiser cette mascarade.
Cette dernière déduction éclata dans son cerveau en mille morceaux de réminiscences et d’éclairs de compréhension. Certaines réflexions et certaines attitudes inconsciemment enregistrées ces dernières semaines lui revinrent en mémoire. La porte du bar tintinnabula une fois de plus et Rémy eut la satisfaction tardive d’avoir percé l’identité de son maître-chanteur. Cyril, après un tour d’horizon de la clientèle joviale, se dirigea vers sa victime qui ne cilla pas à son approche.
« Maitre Corbeau », enfin révélé, héla le barman débordé par la pression des pressions commandées à tour de gosiers assoiffés, pour obtenir un coca-cola. Les deux garçons étaient maintenant assis face à face, les yeux dans les yeux dans un bras de fer oculaire intense.

- Salut
- Que me veux-tu ? demanda Rémy réitérant le contenu laconique de ses messages.
- Cindy
- Quoi Cindy ?
- Je veux sortir avec Cindy. Tu vas la quitter sinon je déballe tout et à tous.

Pour Rémy, la revendication ne fut pas réellement une surprise. Il savait que Cyril tournait autour de Cindy depuis très longtemps.

- Ce n’est pas possible, nous sommes amoureux de l’un de l’autre.
- Alors il va me falloir m’aider à rendre cela possible.
- Ce que tu me demandes est au-dessus de mes forces.
- Il fallait y penser avant de baiser avec quelqu’un d’autre. Je pourrais utiliser la manière forte. Cela me serait facile tu le sais ! Une petite vidéo bien placée, et bye bye Cindy !

Rémy affichait une assurance qu’il était loin de ressentir. Ne pas flancher, garder son sang-froid, lui montrer la vanité de son désir.

- Si tu fais cela, elle sera tellement mal que tu ne serais pas prêt de sortir avec elle.
- C’est bien pour ça que nous avons des intérêts en commun. Moi je l’aime complètement ! Je n’aurais pas besoin d’aller baiser ailleurs, avec un mec en plus ! Tu croyais que tu pouvais continuer longtemps ton petit manège !?
- Que veux-tu que je fasse ?
- Je veux que tu m’invites un peu plus dans votre cercle d’amis. Je veux que tu me valorises devant elle. Je veux que tu t’éloignes, que tu lui fasses des coups de vache comme nous inviter au cinoche et nous planter là afin que nous passions la soirée ensemble ! Ou alors qu’en soirée tu ne t’occupes pas d’elle, voire que vous vous engueuliez alors que moi je serais là bien sage pour la consoler. Je veux qu’elle soit furieuse après toi. Et puis, après un mois de ce régime-là, où tu arrêteras de coucher avec, tu partiras avec tes affaires. Et tu m’enverras chez elle pour récupérer des trucs que tu auras oubliés. C’est simple, non ?!
- Tu es fou.
- Fou d’amour pour elle. Je l’aime depuis toujours, je crève de vous voir ensemble alors que moi je ne me tape que des conasses qui ne lui arrivent pas à la cheville. Je veux qu’elle soit heureuse mais avec moi !
- Je vois. Tu crois franchement que cela va être possible ? On est ensemble depuis 4 ans, elle ne t’a jamais vraiment calculé.
- Oui mais si tu n’es plus là, j’ai le champ libre.
- Tu te rends comptes de ce que tu me demandes ?
- Tu te rends compte de ce que tu lui fais ? Tu crois que vous allez pouvoir continuer comme ça. Tu dois la quitter. Tu es un pédé que tu le veuilles ou non, tu n’as rien à faire avec elle ! Si dans deux jours, je ne vois pas les premiers signes que tu m’obéis, je balance !

Rémy se tut. Il savait que Cyril avait en partie raison ; il ne se sentait pas homosexuel alors que Valentin se l’était enfin avoué. Son cache-cache amoureux entre son amant et Cindy ne pouvait plus durer éternellement. II lui faudrait rapidement prendre une décision mais obéir à Cyril lui sembla impossible. Que faire ? Il sut que la réponse n’allait pas venir ici et maintenant, dans ce bar PMU bruyant, avec son tourmenteur goguenard en face de lui. Il se leva, jeta 2 euros sur la table et partit sans dire un mot.
Cyril le regarda partir un peu interloqué. Il finit rapidement sa consommation et se jura de ne pas attendre 2 jours pour faire plier Rémy à sa volonté. Il allait passer maintenant à la seconde phase de son plan : faire peur à Valentin.


***

La mère de Cindy lui ouvrit rapidement la portière et la fit descendre en la houspillant. « Nous sommes très en retard, dépêche-toi, sinon tu auras un mauvais point ! » glapit-elle. La sonnerie de début de journée de l’école primaire cessa de retentir au moment où Cindy, le cartable mal bouclé, ses cheveux roux ébouriffés, un bouton de son manteau qui avait « le lundi avec le mardi », franchissait le portail avec ses petites jambes et passait devant le surveillant, un homme entre deux âges, à grosses lunettes et à l’air sévère. Il la laissa passer en la réprimandant « C’est bon pour cette fois ! » bien que ces derniers jours elle fut toujours en retard.
Cindy se tenait la tête avec ses deux mains, et ne percevait rien de ce que l’institutrice enseignait à la horde de bambins disciplinés qui lui faisaient face. Son esprit revivait la soirée de la veille. La dispute quotidienne était la plus intense qu’elle n’ait jamais entendue. Elle avait eut tellement peur qu’elle s’était réfugiée au fond de son lit, avec son doudou, un ourson à la fourrure râpée, comme elle le faisait quand le tonnerre faisait trembler les vitres de sa chambre. Néanmoins, l’échange furieux et tonitruant avait percé à travers sa couette couverte de petits cœurs et de Bisounours, une bien maigre protection contre le monde adulte.
Si la petite fille n’avait pas perçu les paroles exactes, elle en avait saisi le sens : son père partait et ne reviendrait plus. Elle en voulait à sa mère. Depuis près d’un mois, sa mère pleurait tous les jours et, son père se faisait disputer à chaque instant. Comment pouvait-il avoir envie de rester avec cette femme de plus en plus acariâtre et invivable ? Quand Cindy avait demandé à sa mère pourquoi elle agissait comme cela, elle lui avait répondu que son père avait fait de grosses bêtises et qu’il avait été méchant. Cindy savait que tout le monde faisait souvent des bêtises. Alors pourquoi sa mère ne pardonnait pas à son père plutôt que de le faire partir, les laissant toutes les deux si malheureuses ? Quand Cindy faisait une sottise, elle avait une punition avec un sermon et tout rentrait dans l’ordre ! Pourquoi n’était-ce pas aussi simple avec les adultes ?
Quand les bruits de la dispute avaient cessé, elle était ressortie de son cocon protecteur. Puis, la petite fille avait semblant de dormir quand son père était entré dans sa chambre. Il avait déposé un baiser sur son front après lui avoir caressé ses cheveux. Elle l’avait vu repartir les épaules voutées comme s’il portait sur lui le poids de leur tristesse. Elle savait qu’elle ne le reverrait pas avant longtemps. Sa mère n’était même pas venue après, elle l’avait entendue sangloter dans le salon et le tintement d’une bouteille sur un verre lui apprit qu’elle se consolait avec le whisky ; une habitude qui s’installait.
Elle était triste dans son cœur car son monde semblait s’écrouler. « 2 et 2 font ? » demanda l’institutrice à la cantonade. Cindy s’en moquait. Elle s’était persuadée que si sa mère n’avait pas été aussi méchante tous les jours, peut-être que son père n’aurait pas claqué la porte hier soir.
Cyril, son voisin, la regardait fixement. Il avait le regard plein de douceur et semblait partager la peine qu’elle avait. Mais elle l’ignora, car il ne pouvait pas comprendre : c’était un garçon et elle n’avait rien à lui dire. Elle retira prestement sa main quand il avait tenté de la lui prendre. Il détourna la tête et se concentra à nouveau sur la leçon, le feu aux joues.
Cindy laissa couler les larmes qui s’étaient invitées contre son gré.


***

Après la rencontre avec son maitre-chanteur, Rémy roula avec sa moto sur des chemins de campagne pour tenter de calmer son désarroi et réfléchir à ce qu’il allait faire. Obéir aveuglément à Cyril ? Il ne pouvait se résoudre à quitter Cindy sous des prétextes mensongers ou, pire, sans aucune explication. Il ne voulait pas trahir l’amour qu’ils se portaient et la promesse d’un avenir dont ils avaient dessiné ensemble un contour heureux. Cyril ne pouvait comprendre que Rémy et Cindy étaient des âmes sœurs, et que même sa passion bouleversante pour Valentin ne remettait pas en cause ce lien très fort.
Il lui fallait prendre une direction que Cyril n’avait pas prévue. Sans doute que le salut, s’il existait, se trouvait dans un chemin de traverse, une autre voie, une tangente au cercle infernal dans lequel son maître-chanteur l’avait enfermé.
Quand Cindy leva le nez de son ordinateur portable sur lequel elle rédigeait la dissertation de philo qu’elle devait rendre quelques jours plus tard, elle perçut immédiatement le malaise profond de son petit ami. Tremblant comme une feuille, pâle comme un linge, le regard éteint d’une victime d’un cataclysme, Rémy se planta devant son amoureuse assise sur le clic-clac encore en position canapé, une pile de livres de philosophie à coté d’elle.
« Il faut que je te parle » déclara-t-il d’une voix atone. La jeune fille pressentant une conversation qui nécessiterait toute son attention, replia l’écran de l’ordinateur et le posa sur la table à coté du clic-clac. Rémy l’embrassa longuement sur la bouche et vint s’assoir à coté d’elle après avoir écarté les livres.
Il se força à la regarder droit dans les yeux en espérant qu’elle puisse lire en lui sa sincérité.

- Je voudrais d’abord te dire que je t’aime. Tu es la femme de ma vie, mon âme-sœur, ma moitié, celle avec qui je voudrais passer toute ma vie et avoir des enfants.
- Mais ? demanda-t-elle calmement.

Rémy hésita un instant mais il devait se lancer.

- J’ai rencontré quelqu’un qui m’a fait découvrir une facette de moi-même que je n’avais jamais perçue ni même imaginée. Une sorte de second moi tapi qui a surgi sans crier gare et que je ne peux nier ni dominer.
- C’est une secte ?
- Non rien de cela. C’est … une rencontre … euh… sentimentale.
- Ca fait combien de temps ?
- Depuis fin novembre.
- Près de 6 mois, ce n’est pas une simple coucherie ! s’exclama Cindy devenue rouge de colère. Vous avez couché ici, chez nous, dans notre lit ?
- Non ! Evidemment ! Je te respecte trop !
- Ben voyons !

Elle prit une inspiration pour se maîtriser et contenir son envie de le gifler mais en réaction contraire à celle de sa mère quand elle était petite au moment de l’annonce de la liaison de son père, elle voulut rester digne.

- Je l’aime aussi mais de manière différente, susurra Rémy. Une passion intense me ravage mais qui curieusement ne t’efface pas et n’éteint pas celle qui me lie à toi. Je ne comprends pas trop ce qu’il m’arrive. Je t’aime et je l’aime aussi ; chacun complétant l’autre. C’est très étrange. Je ne savais pas que c’était possible. J’ai réfléchi comme un fou et je n’ai pas la force de sacrifier l’amour que je porte pour l’un afin de sauver l’autre. L’idée de te perdre m’est insupportable et quitter l’autre m’amputerait d’une partie de moi-même.
- Elle s’appelle comment cette charmante personne qui t’inspire autant ? persifla la petite amie trompée et rongée par la jalousie.
- Valentin.

Cindy crut qu’elle avait mal entendu mais l’attitude de Rémy attendant son absolution la détrompa. Elle tomba des nues : Rémy était amoureux d’un garçon ! Rien dans leur relation n’avait laissé présager une telle inclinaison. Imaginer son petit ami dans les bras de Valentin se révéla inconcevable. Toutefois, un éclair de soulagement la parcourut : elle n’était pas en concurrence avec une autre fille ! Valentin était très beau, charmant, sensible, intelligent … Elle fut bien obligée d’admettre le bon goût de son petit ami et, en un éclair, elle comprit en quoi cette liaison complétait son couple. « La pauvre Ludivine, si elle savait » se dit-elle.

- Et pourquoi me le dire maintenant ? Vous avez décidé de nous lâcher, Ludivine et moi, pour avoir plus de temps pour vous enculer ? lança-t-elle, écœurée, avec cette ironie glaciale dont elle pouvait faire preuve.
- Non ! cria Rémy épouvanté. Nous avons un autre problème !
- Un autre problème ? Parce qu’il y a un autre problème que de m’annoncer, alors que ça fait 4 ans qu’on est ensemble, que tu couches avec un autre mec depuis près de 6 mois, que tu ne peux pas le quitter, et tout ça à quelques semaines avant le bac ?
- Cyril nous a surpris un soir au dojo.
- Et ?
- Il a tout filmé avec son téléphone. Il me fait chanter : il menace de diffuser la vidéo au lycée, sur internet, partout !
- Que veut-il ?
- Toi.
- Moi ? C’est-à-dire ?
- Il veut que je te quitte et que je l’aide à sortir avec toi

Cindy éclata d’un rire nerveux. La situation lui sembla complètement absurde et surréaliste.

« Ce n’est pas drôle car il croit réellement que c’est possible, il t’aime depuis toujours, tu le sais » pré-vint Rémy. « Avec sa vidéo, il est persuadé qu’il va me forcer à te quitter. Si je le laisse la diffuser, notre futur proche à tous va être un peu compliqué. Si les parents de Valentin apprennent qu’il est pédé, il sera jeté dehors, son avenir en sera compromis. En plus, … s’il est malheureux, je le suis aussi. Certes mes parents vont faire la gueule mais ils me défendront. Ta mère va boire un peu plus et aura un grief supplémentaire envers toi. Ton père risque de venir me casser la gueule pour t’avoir trahi. Et puis nous trois, nous serons montrés du doigt par tous les copains, cela va nous suivre à l’université c’est sûr ! Valentin et moi, allons certainement être mis à la porte du dojo. Et toi, au mieux tu attireras peut-être la commisération de tous mais plus certainement leur raillerie pour avoir joué les cache-tapettes, penseront-ils, alors que ce n’est pas cela du tout. Je serais dégoûté, et profondément triste, de voir sali notre amour. Et puis, bah … Cyril aura toujours barre sur moi, sur Valentin, sur toi aussi, car s’il est capable de me faire chanter, de quoi est-il capable ? Je ne sais pas comment faire pour récupérer ce film ni le forcer à l’effacer et à ne pas s’en servir. »
Cindy réfléchit car elle acquiesçait au raisonnement de Rémy. Elle se moquait bien du devenir de Va-lentin mais elle ne doutait pas que Rémy serait détruit s’il arrivait quelque chose à son amant. Une autre pensée lui déplut souverainement : Cyril était persuadé qu’il pouvait disposer d’elle et de ses sentiments aussi facile-ment.
Après avoir exploré rapidement les différentes solutions qui s’offraient à elle, il lui apparut qu’une seule possible. « Dégage. » Le ton de la jeune fille était posé et froid.

- Mais … tenta de protester Rémy
- Prends tes affaires et va-t-en ! Je ne veux plus te voir ici.

Rémy obéit à sa condamnation sans appel et n’essaya pas de plaider sa cause. Cindy ouvrit son ordina-teur et tenta de se replonger dans sa dissertation. La conversation était terminée. Le jeune homme prit son sac de sport et y fourgua rapidement quelques vêtements indispensables, ses affaires de toilette et quelques livres. Il prit son sac de lycée, son ordinateur et déclara qu’il viendra chercher le reste de ses affaires plus tard. Elle ne leva pas les yeux quand il claqua la porte. Quand elle l’entendit dévaler l’escalier qui menait à la rue, elle referma son ordinateur et se laissa aller à pleurer à gros sanglots, allongée sur le clic-clac, en dessous du pêle-mêle de leurs photos, témoignage de leur amour.

Suite