Géométrie variable (3/3) de Farfalino
vendredi 11 septembre 2009, 20:07 - Farfalino - Lien permanent
Valentin eut la présence d’esprit d’éteindre la lumière du garage et la pénombre vint les protéger. En-hardis, ils s’enlacèrent fougueusement et leurs baisers se firent plus profonds, plus violents, se révélant ainsi l’un à l’autre ainsi qu’à eux-mêmes.
Quand Cyril rentra du collège, il trouva sa mère en colère. Elle lui tendit une feuille à l’entête du collège : « On vient de recevoir ton bulletin. Tu es vraiment un paresseux et un bon à rien ! Tu vas avoir du mal à passer le BEPC alors que ton frère va avoir son bac avec au moins la première mention si ce n’est la seconde. File dans ta chambre ! Essaie de rentabiliser l’ordinateur qu’on t’a payé et buche ton BEPC ! »
Cyril rougit en pensant « gna gna gna gna ». Après être passé à la cuisine pour prendre son goûter, il monta les escaliers qui menaient à l’étage. A peine fut-il entré dans sa chambre, que Baptiste, son frère, pénétra dans son antre et sans même le saluer lui lança :
- Ce soir, je sors avec des copains, c’est la dernière fois avant le bac. J’ai besoin que tu me prêtes 30 euros.
- Il faudrait d’abord que tu me rendes les 50 euros que tu me dois !
- Plus tard ! Le bac passé, j’aurais bien un petit bonus de papy et de mamie. Tu peux bien me les avancer, frérot !
- Non.
Baptiste se jeta sur Cyril qui n’eut pas le temps d’utiliser sa science du judo pour se défendre. De plus, la carrure et la force de son grand frère vint rapidement à bout de sa détermination à ne pas se laisser faire. Son grand frère lui tordit le bras « Tu vas me les donner ! Tout de suite ! Benjamin va arriver d’un moment à l’autre » - Benjamin était un de ses meilleurs amis de Baptiste. « Alors ?! » houspilla le tortionnaire. Cyril laissa échapper un « oui » à travers l’oreiller dans lequel sa tête était enfoncée. Baptiste relâcha la pression et laissa son petit frère se relever.
Rouge de colère, Cyril chercha son portefeuille dans un des tiroirs de son bureau. Son grand frère le lui arracha des mains et prit 40 euros au lieu des 30 euros demandés. « De toute façon, tu n’en as pas besoin » estima-t-il. « Je vais le dire aux parents ! » menaça Cyril. « Et moi je leur dirais que tu as déjà réglé le compte du programme de contrôle parental et que tu te tires sur la nouille avec des photos de cul trouvées sur internet » rétorqua Baptiste qui claqua la porte de la chambre.
Cyril pleura de rage et d’impuissance. En sempiternelle position d’infériorité, il rêvait d’une vengeance pour toutes ses années de brimades, de la part de son grand frère et aussi de ses parents qui le rabaissaient sans cesse.
Après un diner maussade, Cyril monta dans sa chambre et se connecta à MSN comme tous les soirs. Il retrouve Kevin qui était lui aussi connecté et il engagea la conversation :
- Salut, envoya Cyril
- Salut ! Ca va ?
- Comme un jour de mauvais bulletin. Et toi ?
- Moi ça va. Mon bulletin est assez bon pour que les darons me foutent la paix. Au fait, je viens de voir ton frère chez Anna, tu sais la grande rousse ?! C’est chez elle qu’ils font la fête. Ca picole sec ! Baptiste était déjà bien parti quand j’y suis allé. Et puis ils ne fument pas que des cigarettes, la moquette y passe.
- Mes parents le prennent pour un saint alors qu’il fait tous ses coups en douce ! Je le sais bien.
- S’ils le voyaient, ils changeraient d’avis.
- Comment ça se fait que tu y étais ?
- Sammy, le frère d’Anna avait un problème avec sa mobylette. Je suis venu le dépanner, il aurait été très embêté demain. Et puis, il dort chez moi maintenant car là-bas c’est la foire.
Sammy passa la tête devant l’objectif de la webcam pour le saluer. Une idée venait de germer dans le cerveau de Cyril.
- Sammy, tu me donnes ton adresse ?
- Si tu veux. Qu’est-ce que tu vas faire ?
- Rien de spécial, c’est juste au cas où il ne rentrait pas à l’heure promise. Je me ferais une joie de donner l’adresse à mes parents.
Kevin réapparut et Cyril reçut un courriel avec l’adresse demandée.
- Je te revaudrais ça. Bon je vais me pieuter.
- A lundi alors ! Ou sur MSN d’ici là ?!
- Bye
Il était tard et ses parents étaient déjà dans leur chambre. Cyril se glissa subrepticement dans le salon, prit le caméscope familial, lui mit un nouveau disque vierge et entra dans le garage d’où il extirpa son vélo le plus discrètement possible. Ameuter ses parents serait d’abord embarrassant pour lui.
Il se rendit à l’adresse de Sammy où la fête battait son plein. Cyril se dirigea vers les fenêtres mais elles étaient occultées. Il se rendit compte que le portillon qui menait au jardin n’avait pas de verrou. En catimini, il passa alors de l’autre coté de la maison. Les fêtards disséminés sur la pelouse profitaient de la douceur du mois de mai. Il vit alors son frère vêtu d’un simple caleçon tentant de boire de la bière sans utiliser les mains, le gobelet coincé entre les mâchoires. Il déclencha le caméscope. Heureusement, la lumière dispensée par deux lumignons sur la terrasse, était suffisante pour capter la scène. « Et glou et glou et glou et glou » scandait la demi-douzaine de braillards qui étaient autour de lui, dans le même état d’ébriété et presque aussi nu. Son grand frère ayant perdu tout sens de l’équilibre déversa toute la bière sur son torse dans un grand éclat de rire aviné.
Benjamin les rejoignit avec une sorte de grande de bouteille de verre au col très long. Son frère emboucha le goulot et son ami alluma une sorte de mèche fixée au cul de la bouteille qui contenait un liquide transparent. La bouteille se remplit immédiatement de fumée que Baptiste aspira goulument. Il la garda quelques secondes et recracha un gros nuage de fumée. Benjamin reprit l’objet et ralluma la mèche pour en aspirer lui aussi les vapeurs. Son frère s’écroula sur le sol, hurlant un rire presque dément, se tenant les côtes et sa tête dodelinait dans tous les sens. Avec ses yeux et ses joues rouges il était visiblement très alcoolisé et très drogué.
Cyril se promit de fouiller la chambre de Baptiste pour lui prendre un peu d’herbe, histoire d’en expérimenter les effets et ne pas mourir idiot.
Il repartit satisfait, la scène parfaitement filmée. Il se sut pas encore comment il allait l’utiliser mais Il se coucha avec l’immense espoir que son frère ne lui extorquerait plus jamais d’argent, et le laisse tranquille. Enfin.
***
L’heure du bac approchait. Les ruptures entre Cindy et Rémy, et celle entre Valentin et Ludivine étaient maintenant connues de tous.
Rémy vivait chez Pietro qui l’hébergeait amicalement au moins jusqu’au bac. Il lui avait raconté son histoire et Pietro l’avait écouté sans sourciller. Il ne fit qu’un commentaire : « et bien mon salaud, moi qui croyait que tu avais la vie rangée d’un père de famille … Je te le dis tout de suite, tu ne m’intéresses pas du tout ! ». Avant le chantage, son hôte n’appréciait pas Cyril particulièrement, maintenant, il le haïssait à cause des moyens employés et ses vues délirantes sur Cindy. Rémy convainquit Pietro de ne pas intervenir et de continuer à traiter Cyril de la même manière : les deux amants ne pouvaient pas prendre le risque que le maître-chanteur diffuse la vidéo en rétorsion.
Cyril était très mécontent de la tournure des événements. Rémy aurait du l’aider mais la rupture brutale avec sa dulcinée l’en empêchait. Il fut tenté, par dépit, de diffuser la vidéo compromettante. Le maitre-chanteur avait sermonné sa victime et bien que son plan se soit déroulé partiellement, il devait maintenant le finir seul. Rémy toutefois avait donné des indications des goûts de Cindy afin que le prétendant puisse lui être agréable.
Valentin avait rompu avec Ludivine n’ayant plus l’envie ni le besoin de continuer une relation qui l’insupportait. Le soir de la rupture entre Rémy et Cindy, Cyril lui avait envoyé un message avec la vidéo attachée de ses ébats, qui l’enjoignait d’aider son amant dans la tâche qu’il lui avait assignée. Sa peur avait été grande et Valentin avait paniqué. Rémy était venu le voir juste chez lui après avoir été mis à la porte et ils s’étaient disputés. Valentin lui en voulait de ne pas lui avoir fait confiance, d’avoir tenté de régler l’affaire par lui-même et de ne pas pris le temps de discuter de la conduite à suivre plutôt que de tout révéler à Cindy sans aucune précaution. Le jeune homme se sentant trahi avait suspendu leur relation pour ne plus risquer un nouveau faux-pas. Il n’avait pas repris les entraînements de judo prétextant le bac à préparer. Rémy en fut mortifié. Ses deux amours semblaient être perdus et Pietro était bien incapable de lui remonter le moral.
Cindy ignorait Rémy et ne fréquentait plus du tout Valentin. Bien qu’elle paraisse très affectée par la rupture, elle était restée discrète, au grand soulagement des deux amants, auprès de ses amis quant à la raison de sa séparation. Pour se remonter le moral, elle laissa Cyril se rapprocher qui prétextait de l’aider et d’être à son écoute. Elle semblait répondre favorablement à son amitié : ils se voyaient beaucoup depuis qu’elle avait mis à la porte son ancien petit ami. Ils allaient au cinéma ensemble, se retrouvaient souvent au CDI pour réviser, Cyril l’avait même accompagnée à une soirée d’anniversaire qu’ils avaient passée à danser. Finalement, Cyril se réjouissait du réchauffement de leur relation. Il voulut passer maintenant à l’étape finale : sortir officiellement avec elle.
Cindy accepta enfin de passer la soirée dans la chambre de Cyril pour une révision commune. Le jeune homme espéra pouvoir en profiter pour lui déclarer sa flamme et initier la vraie liaison amoureuse dont il rêvait depuis sa tendre enfance.
La jeune fille arriva à l’heure, à 20h30, avec une bouteille de coca et des muffins qu’elle avait cuisinés. Le jeune homme avait rangé et briqué sa chambre pour la venue de sa future promise. Chacun avait fait discrètement un effort vestimentaire. Ils discutèrent un moment puis se mirent au travail pianotant sur leur ordinateur respectif. Cyril n’avait pas de portable et sur son bureau trônait un monstre de technologie, tout en lumières et en personnalisation tapageuse.
Cindy était bien meilleure en mathématique que Cyril qui l’aidait en anglais. Ils travaillèrent de concert jusque 23h en dégustant les muffins. La fatigue se fit sentir et les deux jeunes gens décidèrent d’arrêter leurs révisions pour la soirée.
Pour se laisser le temps de rassembler son courage, Cyril invita Cindy à regarder les deux épisodes de sa série fétiche qu’il avait enregistrés pendant leur révision afin qu’elle ne les manque pas. Ils étaient confortablement installés dans le petit canapé étroit présent dans la chambre. Cyril l’observa pendant qu’elle vibrait au suspens de l’histoire. Intimidé, il n’osa pas se lancer. Plusieurs fois, elle capta son regard et il se sentit rougir. Au cours du second épisode, elle posa sa tête sur son épaule. Quand le générique de fin apparut, Cindy tourna sa tête vers Cyril et le remercia pour la soirée. Attiré par les yeux gris intensément rivés dans les siens, il répondit par un baiser qu’elle lui rendit. Ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre ; la nuit promettait d’être courte.
Cindy ne s’endormit pas après qu’ils eurent fait l’amour. Elle se leva sans réveiller Cyril qui ronflait un peu et chercha dans son pantalon une clef USB préparée par Guy, un ami internaute, un pure geek qui était amoureux d’elle. Elle connecta sa clef sur l’ordinateur de Cyril et cliqua sur le programme qu’elle contenait. Après 3 minutes, une main décharnée macabre apparut avec le message « connexion avec Black Hand établie ». Son ami lui avait concocté un programme indétectable qui allait lui permettre de prendre le contrôle de l’ordinateur de Cyril à distance et à son insu ; la connexion à internet était permanente. Il ne lui restait plus ensuite qu’à chercher et à détruire la vidéo des ébats de Rémy et de Valentin. Elle profita du sommeil profond de son amant pour examiner son téléphone, laissé là sur le bureau. Par chance, aucun mot de passe ne le protégeait, elle effaça toute trace de la vidéo dans la mémoire.
Elle se recoucha au coté de celui qu’elle venait de manipuler pour arriver à ses fins. Elle réalisa, contrairement à ce qu’elle redoutait, que coucher avec Cyril n’avait pas été ni un calvaire ni un traumatisme et qu’elle y avait même pris du plaisir. Cette incartade ne la culpabilisa pas bien que cela lui apparaisse comme mesquin ; elle eut la satisfaction de rendre une partie de la monnaie de sa pièce à Rémy. Elle s’endormit avec la pensée joyeuse que son opération de sauvetage se déroulait sans accroc.
***
Le lendemain, au réveil, Cyril voulut recommencer à faire l’amour mais Cindy prétexta qu’elle devait rentrer chez elle pour se changer car elle n’avait pas prévu de passer la nuit chez lui. Il la laissa partir un peu contrit mais sa déception fut effacée par la satisfaction d’avoir réalisé un de ses rêves les plus fous. Leurs ébats avaient été passionnés et son plaisir, qu’il pensait être partagé, avait été intense.
Quand il arriva au lycée, Cindy se jeta dans ses bras et ils s’embrassèrent sur la bouche au vu et au su de tout le monde. Rémy était sceptique de tant de démonstration d’amour en public. Cindy voulait sans doute le faire souffrir mais il ne put croire qu’elle s’était vraiment amourachée d’un type aussi malsain. La revanche de son ex-petite amie lui parut basse et indigne : lui, au moins, aimait Valentin.
Puisque Cyril était dans les bras de Cindy, Rémy lui réclama par SMS d’effacer la vidéo. Le maitre-chanteur n’y était pas disposé car sa victoire était fragile et cette nouvelle relation devait s’affirmer dans le temps. Déçu et énervé, s’ils avaient été dans la même pièce, Rémy se serait jeté dessus pour lui administrer une correction. Durant la journée, il prit le parti d’éviter autant que possible le nouveau couple sur lequel tout le lycée glosait déjà en catimini.
A la fin de la journée, en sortant du lycée, Cindy reçut un SMS de son ami geek qui lui demandait de se connecter au plus vite : il avait réussi sa mission ! Alors qu’ils se dirigeaient vers la maison de Cyril, elle planta son amoureux en prétextant devoir aller chez Ludivine qui était au plus mal. Le nouvel amoureux en fut désappointé car il aurait bien aimé passer la soirée ensemble et confirmer charnellement leur liaison. Cindy était très indépendante et il lui faudrait composer avec.
Arrivée dans son studio, Cindy ouvrit rapidement son ordinateur et se connecta au net avec sa webcam. Guy était lui aussi devant sa webcam, vêtu comme d’habitude très élégamment, aujourd’hui d’une superbe chemise blanche très travaillée, avec une coiffure impeccable et recherchée, son éternel sourire accroché à sa face de jeune homme honnête. Elle avait connu cet informaticien, freelance de génie qui s’occupait de sécurité des réseaux et des ordinateurs, une sorte de pirate ayant pignon sur rue, sur un forum quand elle s’était intéressée, pour un exposé sur le piratage informatique sous toutes ses formes. Elle savait peu de choses de lui, sinon qu’il avait la trentaine, qu’il vivait seul et qu’il organisait régulièrement des orgies virtuelles, auxquelles il la conviait sans cesse, dans un salon privé qu’il avait créé, avec des internautes de tous les sexes.
- Salut Poulette, dit-il dans le micro vissé à ses lèvres
- Salut Gikounet, répondit-elle en clignant de l’œil. Tu as quelque chose pour moi ?
- Oui. La pêche est fructueuse. Son ordi est mal protégé quand on y accède de l’intérieur. En plus j’ai rapidement trouvé un fichier même pas crypté avec tous ses mots de passe !
- Alors raconte !
- J’ai trouvé ta vidéo sur son ordinateur, sur son espace de sauvegarde et aussi sur un site FTP appelé « malle-aux-trésors » qui contient d’autres vidéos. Je l’ai regardée, ton Rémy a l’air doué avec les mecs ! L’est-il autant avec toi ? » Sans réponse de Cindy, il continua. « Ensuite j’ai regardé le contenu de ses disques durs. Rien que de très classique : des films, des séries, de la musique, des vidéos et des images pornos tout ce qu’il y a plus d’hétéros, sans déviance particulière. A noter, il a une tendance à aimer les gros seins.
Cindy se dit in petto que Guy n’était pas forcément la meilleure personne pour juger de ce qui était déviant de ce qui ne l’était pas.
- Il y a quoi dans « la malle aux trésors » ?
- Des vidéos qui pourraient être compromettantes ou gênantes prises pendant des soirées de beuverie. Je n’ai pas vraiment regardé. Les vidéos de jeunes branleurs alcoolisées ce n’est pas ma tasse de thé, bien que certains aient un beau cul.
- Ok, je regarderai tout de même. Quoi d’autres ?
- Ensuite, j’ai trouvé un autre site ftp qui contient des tas de photos de toi ainsi que d’autres vidéos. Tu étais déjà mignonne quand tu étais petite. Il t’a dans la peau, à la limite de l’obsession ! Ah j’oubliais, il a aussi une vidéo qui vous montre tous les deux en train de forniquer. C’était … euh très intéressant.
- Putain, le salaud nous a filmés !
Cindy fut certaine que Guy avait gardé une copie de cette vidéo. Elle chassa immédiatement des images dérangeantes de Guy.
- Eh oui ! J’ai encore poussé un peu plus loin mes investigations : l’ordinateur parental est sur le même réseau et encore moins bien protégé que celui de ton gus. Ils ont constitué un album de famille avec des photos, des vidéos récentes et des films super 8 numérisés. La captation en film est une tradition dans cette famille. Il y a peut-être des choses qui peuvent t’intéresser. Le père et le grand frère ont aussi chacun un répertoire privé avec du porno dedans, tout aussi sainement hétéro que ta cible.
- Comment j’accède aux deux ordi ?
- Je vais t’envoyer les informations de connexion ainsi que le moyen de te connecter chez lui directement. Tu pourras faire le ménage. J’ai mis aussi sur un de mes espaces une copie intégrale des emails qu’il a échangés depuis ces 3 dernières années ; il ne jette rien. Tu pourras aussi jeter un œil aux autres adresses qu’il utilise, enfin celles consignées dans son fichier de mot de passe.
- Je t’en remercie de tout cœur !
- Tu me dois un service. Je compte sur toi pour la partouze virtuelle de samedi soir ?
- Non merci ! Tu sais très bien ce que j’en pense : tu devrais te trouver une nana (ou un mec) en réel plutôt que de fantasmer sur des inconnus dont tu ne connais que ce qui a en dessous du cou voire de la ceinture.
- Bien maman ! Dommage ! Ce sera donc pour une autre fois ! Je vais devoir te quitter, on m’attend sur World of Warcraft (un jeu en ligne)
- Ok, cowboy, je te revaudrais ça. Je te tiens au jus dès que j’ai fini.
- Bises partout
- Une bise sur les 2 joues car tu as bien travaillé aujourd’hui.
Elle reçut un courriel immédiatement après avoir raccroché. Elle appela Ludivine qui, au lieu de réviser, vite remise de la rupture d’avec Valentin, roucoulait déjà avec un nouveau petit ami qu’elle lui présenterait bientôt. Elle accepta de couvrir Cindy si Cyril l’appelait sans poser de question. Elle non plus ne l’aimait pas beaucoup.
Cindy se mit au travail et connecta un disque dur externe pour y enregistrer tout ce qu’elle trouverait d’intéressant. Grâce au programme de Guy, elle espionna l’écran de Cyril. Elle se sentait comme une intruse et une voyeuse. Il chercha à savoir si elle était sur le net ou si Ludivine était connectée. Elle le vit aussi relever une dizaine de messagerie dont elle put noter les mots de passe. Dans l’une d’elle, elle nota que les messages parlaient de « matos » à livrer. Puis il parcourut des photos d’elle et il regarda la vidéo de leurs ébats. Après quelques minutes, l’écran de veille se mit en route ; Cyril avait du aller se coucher ou regarder la télé. « Sans doute les doigts collants » pensa-t-elle avec un haut le cœur.
Parallèlement, elle examina les espaces de fichier repérés par Guy, en regardant les vidéos, les photos et les textes qui l’intéressaient. Elle copia certains fichiers et en supprima d’autre comme tous ceux des sites « malle aux trésors » et celui qui contenait des photos d’elle.
Quand elle éteignit son ordinateur, son disque dur était plein et l’aube commençait à poindre. Elle avait tout ce dont elle avait besoin pour déjouer les chantages de Cyril.
La jeune fille en avait la nausée. Le spectacle des débordements d’une jeunesse cherchant ses limites n’était pas très ragoutant. De plus, elle ressentait comme un viol, le visionnage de l’intimité du maitre-chanteur, à travers ses propres enregistrements et ceux de ses parents. Aujourd’hui, la technologie permettait à n’importe qui de fixer des moments personnels ou familiaux. Ces tranches de vie gravées dans les mémoires des ordinateurs rendaient les personnes beaucoup plus vulnérables que par le passé. Connaitre l’intimité d’une personne donnait un pouvoir sur elle et Cindy comprit le sentiment de puissance enivrant que devait ressentir Cyril derrière son écran. Mais, grâce à l’attaque très ciblée de la jeune fille, ce temps était pour lui révolu.
Avant de se coucher, elle termina par un message de remerciements à Guy et elle envoya un texto à Rémy, Cyril et Valentin pour les convoquer chez elle en fin de matinée. Personne n’avait plus cours, les épreuves du bac commençaient dans quelques jours.
***
Cyril avait été heureux de trouver un message de Cindy au réveil qui lui demandait avec des mots charmants de venir le rejoindre chez elle à onze heures. Il avait hâte d’être à nouveau dans ses bras.
Rémy, lui, devait venir impérativement pour « régler leur situation ». Comme Il avait laissé des affaires chez elle, il supposa que c’était pour faire le ménage. Pietro lui fournit plusieurs sacs et se proposa de venir le chercher en voiture dès qu’il serait prêt.
Valentin fut surpris du message de Cindy qui lui demandait de venir chez elle pour une raison importante qu’elle préférait lui communiquer de vive voix. Elle lui avait même rappelé son adresse et avait tellement insisté sur l’heure qu’il arriva avec cinq minutes d’avance.
Cindy lui fit la bise et le fit assoir sur le clic-clac. Elle s’assit sur un pouf en face de lui. Elle prétexta que d’autres invités n’étaient pas encore présents, pour lui indiquer le but de cette entrevue. Ce fut autour de Cyril d’arriver et fut interloqué quand il constata la présence de Valentin. Cindy, glaciale, lui intima l’ordre de s’assoir sur le clic-clac. Le ton peu amène de la jeune fille fit taire toute velléité aux deux garçons de poser de plus amples questions. Cyril était sur ses gardes, Valentin dubitatif. Ils attendirent en silence l’arrivée d’une troisième personne, chacun perdus dans ses pensées.
Cyril se demandait à quoi cela rimait. La présence de Valentin et le ton de Cindy ne lui augurait rien de bon. Quant à lui, Valentin se serait volontiers jeté aux pieds de Cyril pour l’implorer de bien vouloir détruire la vidéo compromettante. Il était extrêmement gêné d’être en présence des deux personnes, en dehors de son amant, à connaitre son secret.
Puis finalement, Rémy arriva avec une demi-douzaine de sacs de supermarché et deux sacs de sport. Quand il ouvrit la porte, les trois garçons se regardèrent en chien de faïence puis se tournèrent vers leur hôte. Cindy invita calmement au nouvel arrivant de prendre place sur le clic-clac, entre Valentin et Cyril.
« Bon, nous voilà tous réunis ici, car j’ai des choses importantes à vous dire. Tout d’abord, je vais vous annoncer une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, pour vous Rémy et Valentin, c’est que j’ai mis la main sur la vidéo que Cyril a enregistrée ainsi que ses bidouillages et les copies qu’il a pu en faire. La mauvaise pour toi Cyril c’est que j’ai tout effacé. Ton chantage odieux n’a plus de matière. » déclara la jeune fille d’un ton péremptoire et sec.
Elle leur laissa le temps de digérer la nouvelle. Les trois garçons n’en crurent pas leurs oreilles : comment ce maléfice s’était-il produit ? Lisant leur incrédulité sur leur visage, Cindy poursuivit.
- Grâce au programme d’un copain très versé dans la sécurité des données – c’est un euphémisme – que j’ai introduit dans ton ordinateur Cyril, j’ai pu l’explorer et faire le ménage. Pour te débarrasser de ce qu’on peut considérer être un virus, il te faudra reformater ton disque dur et réinstaller ton système. C’était la seconde mauvaise nouvelle du jour pour toi. Et il y en …
- Salope ! Tu as couché avec moi uniquement pour pouvoir accéder à mon ordinateur. C’est vraiment dégueulasse ! explosa Cyril qui fit mine de se lever pour frapper Cindy mais Rémy le retint d’une poigne ferme et le repoussa au fond du clic-clac
- Il n’y avait pas d’autres choix, ton ordinateur est quand même bien protégé de l’extérieur. Ce qui est vraiment dégueu c’est de profiter de la connaissance de secrets intimes pour obtenir des faveurs et de l’argent même. Ce sinistre individu qui ose me donner des leçons de morale en a fait chanter plus d’un ! J’ai effacé « ta malle aux trésors » et le temple numérique que tu m’as érigé. Je me demande comment tu as pu te procurer certaines vidéos d’ailleurs. Tu es vraiment un vicelard tordu.
Cyril bouillonnait de rage. Il pensa aux CD gravés de sauvegarde qu’il faisait régulièrement. Il aurait tôt fait de reconstituer « sa malle aux trésors » même s’il regrettait de ne pas avoir sauvegardé plus tôt la vidéo de Rémy et Valentin.
- Si tu penses à tes sauvegardes sur CD dont tu consignes soigneusement le catalogue sur ton disque dur, je pense qu’elles ne vont te servir à rien. Moi aussi je connais quelques uns de tes petits secrets. J’ai donc envoyé un message aux victimes de tes chantages pour les informer de ce que j’avais fait et je leur ai aussi demandé de m’avertir si tu les tenterais de les faire à nouveau chanter.
- Tu es vraiment qu’une sale pute ! La vengeance est un plat qui se mange froid. Je vais te le faire payer très cher. J’ai NOTRE vidéo sur ma clef USB, je vais bien trouver un moyen de l’utiliser. Un jour, tu ramperas et tu me supplieras de te pardonner !
- Tu crois que tu me fais peur ? demanda-t-elle d’une voix posée et froide dans laquelle sourdait une indicible menace. J’ai des vidéos de toi très intimes puisque tu t’es aussi filmé ; espèce d’obsédé de l’image. J’ai l’historique de tes emails dans la douzaine de messagerie dont tu te sers. J’ai donc pu reconstituer plusieurs de tes affaires de chantage. J’ai un mail prêt à partir à destination du lycée, de ta famille, de tout ton carnet d’adresse dont j’ai la copie, qui révèle comment tu as piégé un certain K. et ce que tu as obtenu de lui. Qu’est-ce que tu crois qu’il va se passer quand j’aurais mis en ligne ce texte ? Comment réagiraient tes parents et la police s’ils savaient que tu trafiques un peu d’herbe pour payer ta consommation ? J’ai le contenu de ta messagerie réservée pour cela. Et puis tes chers parents ont fait des vidéos très gentilles de toi en train de faire ton premier popo, de ton déguisement en drag-queen pour le nouvel an, de toi chantant du Michel Sardou devant ta télé, … Ce n’est que gênant certes mais tu vas être la risée de tous … Tu veux que je continue ?
Cyril était livide. Toute sa vie pouvait être exposée au grand jour en un clic de souris. Des images embarrassantes défilèrent devant ses yeux. Il sentit épinglé comme un papillon exposé au muséum d’histoire naturelle. Il avait sous-estimé cruellement ses adversaires.
Valentin ne faisait qu’écouter, soulagé de voir son épée de Damoclès disparaître. Il en serait éternellement reconnaissant à la jeune fille.
Rémy était fier de Cindy même si la confirmation qu’elle avait eu des relations sexuelles avec Cyril lui donnait un pincement au cœur. Elle ressemblait à une grande reine guerrière avec ses yeux gris qui lançaient des éclairs. Il n’eut aucun mal à mettre un prénom derrière la lettre K : K pour Kevin. Il savait, à mots couverts, que celui-ci avait vendu à Cyril, il y a deux ans, un scooter pour une bouchée de pain. Il lui semble d’ailleurs que « K » continuait gratuitement ou presque l’entretien du scooter. Il était curieux de connaitre le fin mot de l’histoire mais il savait par avance que Cindy ne lui raconterait rien.
Cindy continua : « N’aie aucune crainte quant à tes secrets. Tant que tu resteras inoffensif, je les garderais pour moi. Je ne suis pas faite du même bois pourri que toi. Pour en finir, comment as-tu pu croire un seul instant que je puisse être un jour amoureuse de toi ? Nous ne partageons rien ! Tu ne t’intéresses qu’à tes jeux en ligne, à internet et au judo, tu n’as même jamais regardé un journal télévisé en entier, le monde ne t’intéresse pas, tu es d’une inculture crasse, tu as 5 livres dans ta bibliothèque, tu n’as aucune compassion à la misère des autres, tes blagues ne sont pas drôles, tu as un vocabulaire de 100 mots, et certaines de tes idées puent. Je ne remercie pas Rémy pour m’avoir obligée à fréquenter cette larve. Et puis ton inclinaison au chantage et à la manipulation te présente à mes yeux comme une merde, un résidu de capote que tu ne mets pas toujours d’ailleurs. Si nous étions seuls sur une île déserte, je me pendrais de suite plutôt que de coucher à nouveau avec toi. Alors dégage ! Je ne veux plus te voir sur mon passage. Sinon … »
Cyril se leva précipitamment avec les poings fermés prêt à en découdre. Rémy et Valentin sautèrent sur lui pour le plaquer au sol. Ils durent esquiver les coups que leur ancien maitre-chanteur donnait pour se libérer. Les deux gaillards eurent le dessus rapidement et Cyril se retrouva coincé à plat ventre. Rémy le fouilla et exhiba deux clefs USB. Il les lança à Cindy qui les écrasa d’un coup de talon.
« Ca fera ça de moins qui circulera » déclara Cindy soulagée.
Rémy et Valentin libérèrent Cyril qui, après s’être relevé, renversa un vase qui se brisa et se rua sur la porte d’entrée du studio pour descendre 4 à 4 les escaliers qui menaient à la rue. Il pleurait de rage et de dépit. Il avait été démasqué, dépouillé, trainé plus bas que terre. Cette femme l’avait comme émasculé.
La porte d’entrée de l’immeuble claquée, le silence et le calme retombèrent dans le studio. Cindy sécha quelques larmes inopportunes. Employer ce moyen-là pour contrer Cyril avait été douloureux et montrait une facette inconnue d’elle-même qui l’effrayait. Si elle avait aussi peu de sens moral que le maitre-chanteur, elle aurait pu lui détruire sa réputation et peut-être même sa vie. Elle se sentit salie par ce qui s’était passé ces derniers jours.
« A nous trois maintenant ». La voix de Cindy s’était radoucie et l’expression belliqueuse avait disparue. Elle prit une grande inspiration.
- Cette séparation m’a appris quelque chose de fondamental : indubitablement, je t’aime Rémy. Tu as raison, nous sommes des âmes-sœurs. J’ai réfléchi à comment réagir à ta liaison avec Valentin. Soit je te largue et nous serons toi et moi très malheureux ; je suis persuadée que ce serait l’erreur de ma vie. Soit je te demande de larguer Valentin mais tu en serais tout aussi malheureux et tu m’en voudrais. Notre couple n’aurait aucune chance de tenir bien longtemps. Et après Valentin ? Une fois que tu as goûté à … ça, quelles sont les chances pour que tu n’en aies plus envie ou que tu ne fasses plus de nouvelles rencontres ? J’ai détesté la tromperie vaudevillesque toujours un peu sordide dans ces cas-là. Par-dessus tout, j’ai été choquée par ton manque de confiance, Rémy, en ne me parlant pas tout de suite de ce qui se passait avec Valentin. Je n’ai pas aimé être cocufiée comme la dernière des connes.
- C’est vrai que tu ne nous fais pas confiance en fait, or l’amour c’est aussi avoir confiance, reprocha Valentin à Rémy.
- Je t’aime alors je te pardonne pour cette fois, reprit Cindy. Aimer pleinement c’est aussi accepter tous les aspects de l’autre, bons ou mauvais. On peut en combattre certains, j’en conviens, mais ce n’est pas à moi de te faire renoncer à cette facette de ta sexualité. Alors il ne me reste plus qu’à accepter que toi, mon homme, tu aies Valentin comme petit ami régulier.
La déclaration de Cindy resta suspendue en l’air. Aucun des garçons ne savait que dire. Rémy n’osait y croire et Valentin jugeait la situation embarrassante car complètement à l’opposée de la morale qu’on lui avait inculquée.
- Il faudra bien, toi et moi, Valentin, que nous acceptions de partager l’amour du même homme. Même si ce n’est pas très ordinaire et dans les voies bien balisées de la bienséance, nous n’inventons rien, d’autres avant nous ont vécu et accepté des situations similaires. Je n’ai pas encore réfléchi aux détails pratiques mais il faudra éviter que l’affaire avec Cyril ne se reproduise. Je vous demanderai aussi de me respecter, pas de mensonge ni de faux-semblant, et de respecter l’endroit où je vis avec Rémy ; je ne veux pas vous retrouver tous les deux dans mes draps. Qu’en penses-tu Valentin ?
- Tu sais moi … je partage Rémy avec toi depuis le début alors cela ne me changera pas beaucoup. A l’heure actuelle, je ne peux pas lui demander plus, de toute façon, sans mettre la puce à l’oreille à ma famille qui ne supporterait pas ... ce que je suis. Je ne sais pas si plus tard, j’accepterais encore cette situation. J’aurais rêvé d’avoir Rémy pour moi tout seul mais c’est impossible puisqu’il t’aime aussi. Comme toi, je dois accepter de le partager avec quelqu’un d’autre. Ca fait partie de lui.
- C’est heureux, nous sommes sur la même longueur d’onde, apprécia Cindy. J’ai bien conscience que c’est un pari risqué, un choix de vie hors norme, dont la pérennité est hasardeuse et je ne sais pas si confrontée à la réalité quotidienne, je vais pouvoir accepter ce partage. Mais chaque problème à la fois.
- Et moi personne ne me demande mon avis ? s’inquiéta Rémy.
- Que veux-tu de plus ? répliqua Cindy un peu sèchement.
Rémy se jeta à ses pieds. « Je serais ton compagnon tant que tu veux de moi. Je t’aime et te respecterais ». Il se releva, caressa le visage de Cindy et lui posa un langoureux baiser. Après que leurs lèvres se soient séparées, elle lui chuchota « Va le voir, il doit être malheureux ».
Le jeune homme aux deux amours se tourna vers Valentin qui regardait ailleurs, visiblement très gêné, et se mit à ses genoux « Je serais ton compagnon tant que tu veux de moi. Je t’aime et je te respecterais » débita-t-il une seconde fois. Il se releva et apposa ses lèvres avec passion sur celles de Valentin.
Cindy en regardant les deux garçons s’embrasser, pensa que tout cela était très simple finalement : Elle aimait Rémy qui aimait Valentin qui aimait Rémy qui l’aimait, elle. Tout cela n’était qu’amour véritable et elle sut que le cercle de leur bonheur serait indestructible.
Commentaires
même si elle n'est pas courante, mais c'est la meilleure fin que cette histoire pouvait avoir, cela me plaît bien..
Et bé la Cindy lorsqu'elle règle ses comptes elle n'y va pas par 4 chemin,le Cyril en fait les frais.
Et l'Amour qu'elle porte à Rémy lui fait accepter un "ménage à 3"
Belle fin où tout les trois y trouve leur "conte"
merci à tous pour vos commentaires.
la situation finale m'a été inspirée par celle d'un ami, amant d'un homme marié, au vu et au su de sa femme, au point même qu'il était le parrain de leur enfant.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour les nombreuses coquilles que j'ai découvertes après avoir envoyé le texte à Pedro.
Pour informations, je prépare une version 2, avec pas mal de corrections de formes et surtout un début différent : Cyril découvre le secret car il subodore qu'il y en a un.
Vivement la version deux
je suis comme Dominique et j'attends la suite