Le Satyricon de Pétrone
vendredi 13 août 2010, 17:08 - Pétrone - Lien permanent
Encolpe et Ascylte, deux étudiants qui vivent de rapines, se disputent les faveurs de leur jeune esclave Giton.
Caius Petronius Arbiter, dit
Pétrone
(12-66 après J.C.)
Le Satyricon
Traduction : Charles Héguin de Guerle., 1861
Roman picaresque du Ier siècle de notre ère : Dans la Rome antique,Encolpe et Ascylte, deux étudiants qui vivent de rapines, se disputent les faveurs de leur jeune esclave Giton.
Les trois comparses, tour à tour désunis et réunis, vont vivre différentes aventures étranges et érotiques. Notre fragment se situe à la sortie d'une orgie de mets sophistiqués et de vins servis par de jeunes esclabves dociles, c'est le Banquet de Trimalchion, un nouveau riche grandiloquent.
Inoubliable, le film de Federico Fellini, Satyricon (1969, avec Max Born (18) dans le rôle secondaire de Giton, et la superbe nudité statuesque de l'acteur anglais, ceint d'un seul cache-sexe doré.
Chapitre 79 -141
- N'ayant pas de flambeaux pour nous guider, nous errions à l'aventure. Il était minuit, et le silence qui régnait partout ne nous laissait aucun espoir de rencontrer quelqu'un qui nous procurât de la lumière. Pour surcroît de malheur, nous étions ivres, et nous ignorions les chemins qui, en cet endroit, sont difficiles à trouver, même en plein jour. Aussi ne fut-ce qu'après avoir marché pendant près d'une heure, à travers les gravois et les cailloux qui nous mirent les pieds en sang, que l'adresse de Giton nous tira enfin de ce mauvais pas.
En effet, la veille, en plein midi, craignant de s'égarer, il avait eu la sage précaution de marquer, chemin faisant, tous les piliers et toutes les colonnes avec de la craie dont la blancheur, victorieuse des plus épaisses ténèbres, nous indiqua la route que nous cherchions.
Arrivés au logis, nouvel embarras. Notre vieille hôtesse, qui avait passé la nuit à boire avec des voyageurs, dormait si profondément, qu'on aurait pu la brûler vive sans la réveiller. Nous courions donc grand risque de coucher à la porte, si le hasard n'eût conduit en ce lieu un des messagers de Trimalchion. Cet homme, riche pour son état (il possédait dix chariots), se lassa bientôt d'appeler en vain, et, brisant la porte de l'auberge, il nous fit entrer avec lui par la brèche.
Je ne fus pas plutôt dans ma chambre, que je me mis au lit avec mon cher Giton. Le repas succulent que je venais de faire avait allumé dans mes veines un feu dévorant que je ne pus éteindre qu'en me plongeant dans un océan de voluptés :
Dieu d'amour, quelle nuit ! quels transports ravissants ! Rien ne pouvait calmer la fièvre de nos sens ; Nos lèvres s'unissaient dans des baisers de flamme, Et, pour jouir, nous ne formions qu'une âme. Ah ! que ne puis-je encore, au gré de mon désir, Dans les bras de ce que j'aime, Goûter ce bonheur suprême, Et mourir à l'instant même, Mais y mourir de plaisir !
J'avais tort, cependant, de me féliciter de mon sort ; car, profitant du sommeil léthargique où le vin m'avait plongé, Ascylte, toujours fertile en inventions pour me nuire, enleva Giton d'entre mes bras engourdis par l'ivresse, et le porta dans son lit. Là, foulant aux pieds tous les droits humains, il usurpa sans scrupule des plaisirs qui n'étaient dus qu'à moi, et s'endormit sur le sein de Giton, qui ne sentit pas, ou peut-être feignit de ne pas sentir l'injure qu'Ascylte me faisait.
À mon réveil, je cherchai vainement dans ma couche solitaire l'objet de mon amour : pour me venger des deux parjures, je fus tenté de leur passer mon épée au travers du corps, et de les envoyer du sommeil à la mort ; mais enfin, prenant le plus sage parti, je réveillai Giton à coups de houssine ; puis, jetant sur Ascylte un regard farouche : - Scélérat, lui dis-je, puisque, par un lâche attentat, tu as violé les lois de l'amitié, prends ce qui t'appartient, pars, et cesse de souiller ces lieux de ta présence.
- Ascylte parut y consentir ; mais dès que nous eûmes partagé nos nippes de bonne foi : - Maintenant, dit-il, partageons aussi cet enfant.
Je crus d'abord que c'était une plaisanterie, et qu'il allait partir ; mais lui, tirant son épée d'une main fratricide : - Tu ne jouiras pas seul, s'écria-t-il, de ce trésor que tu prétends t'approprier. Il faut que j'en aie aussi ma part, et ce glaive va sur-le-champ me la donner.
- Je saute aussi sur mon épée, et, roulant mon manteau autour de mon bras, je me mets en garde. Pendant ces transports furieux, le malheureux enfant embrassait nos genoux, et, baigné de larmes, nous suppliait de ne pas faire de cette méchante auberge le théâtre d'une nouvelle Thébaïde, de ne pas souiller du sang d'un frère nos mains qu'unissait naguère la plus tendre intimité. - Oui, s'écria-t-il, si la mort d'un de nous est nécessaire, voici ma gorge, frappez, plongez-y vos épées ; c'est à moi de mourir, à moi qui ai brisé les liens de votre amitié mutuelle.
- Désarmés par ces prières, nous remîmes nos épées dans le fourreau. Ascylte, prenant alors l'initiative : - J'ai trouvé, dit-il, un expédient pour nous mettre d'accord. Que Giton soit à celui qu'il préférera ; laissons-le, du moins, choisir librement celui de nous deux qu'il veut pour son frère.
- Plein de confiance dans l'ancienneté de mes liaisons avec cet enfant, qui semblaient m'unir à lui par une sorte de parenté, j'acceptai avec empressement le parti qu'Ascylte me proposait, et je m'en rapportai au jugement de Giton ; mais lui, sans balancer, sans paraître hésiter un seul instant, choisit Ascylte pour son frère. Foudroyé par cet arrêt, je n'eus pas même l'idée de disputer Giton par la voie des armes, et, tombant sur mon lit, je me serais donné la mort, si je n'eusse craint d'augmenter le triomphe de mon rival.
Fier du succès, Ascylte sort avec le trophée de sa victoire, laissant un ancien camarade, le compagnon de sa bonne comme de sa mauvaise fortune, qu'hier encore il appelait son ami, seul et sans secours dans un pays étranger. L'amitié n'a d'attraits qu'autant qu'elle est utile. Comme au jeu l'échec quitte ou suit l'échec mobile, Tel, l'ami qu'à son gré la fortune conduit, Nous sourit avec elle, avec elle nous fuit. Telle encor, sur la scène affichant la sagesse, La plus vile Phryné parle, agit en Lucrèce : Mais baissez le rideau, le rôle est terminé : Lucrèce disparaît, et fait place à Phryné.
Cependant je séchai bientôt mes larmes ; et craignant que, pour comble de malheur, Ménélas, notre répétiteur, ne me trouvât seul dans cette auberge, je fis un paquet de mes hardes, et j'allai tristement me loger dans un quartier peu fréquenté, sur le bord de la mer. Là, je restai trois jours sans sortir : le souvenir de mon abandon et des mépris de Giton me revenait sans cesse à l'esprit ; je me frappais la poitrine en poussant des sanglots déchirants ; et, dans mon violent désespoir, je m'écriais souvent : Pourquoi la terre ne s'est-elle pas ouverte pour m'engloutir ? pourquoi la mer, si funeste même aux innocents, m'a-t-elle épargné ? J'ai tué mon hôte, et cependant j'ai échappé au châtiment ; je me suis sauvé de l'arène où l'on me croyait mort, et, pour prix de tant d'audace, me voilà seul, abandonné comme un mendiant, comme un exilé, dans cette méchante auberge d'une ville grecque !
Et quel est celui qui me plonge dans cette horrible solitude ? un jeune homme souillé de toute espèce de débauches, qui, de son propre aveu, a mérité d'être banni de son pays ; qui n'a dû sa liberté et son affranchissement qu'aux plus honteuses complaisances ; dont les faveurs furent vendues à l'encan, et que l'on acheta, le sachant homme, pour s'en servir comme d'une fille. Et que dirai-je, grands dieux ! de cet autre, de ce Giton, qui prit la robe de femme à l'époque où l'on prend la toge virile ; qui, dès sa plus tendre enfance, renonça aux attributs de son sexe ; qui, dans une prison, s'abandonna aux caresses des plus vils esclaves ; qui, après avoir passé de mes bras dans ceux d'un rival, abandonne tout à coup un ancien ami, et, comme une vile prostituée, ô honte ! dans l'espace d'une seule nuit, sacrifie tout à sa nouvelle passion ? Maintenant, couple heureux, ils passent les nuits entières dans les plus douces étreintes. Peut-être même qu'en ce moment, épuisés par l'excès du plaisir, ils se raillent de mon triste abandon. Les lâches ! ils ne jouiront pas impunément de leur trahison. Ou je ne suis pas un homme, et un homme libre, ou je laverai mon outrage dans leur sang infâme.
A ces mots, je ceins mon épée, et, de peur que mes forces ne trahissent mon ardeur belliqueuse, pour augmenter ma vigueur je fais un repas plus copieux que de coutume ; puis, prenant mon essor, je m'élance hors du logis, et, comme un furieux, je parcours à grands pas tous les portiques. Je marchais d'un air effaré, avec des gestes menaçants ; je ne respirais que sang, que carnage ; à chaque instant je portais la main à la garde de mon épée, de cette épée vouée aux furies vengeresses.
Un soldat me remarqua ; j'ignore si c'était un vagabond ou un voleur de nuit :
- Qui es-tu, camarade ? me dit-il ; quelle est ta légion, ta centurie ? –
Moi, sans me troubler, je me forgeai sur-le-champ une légion et un centurion.
- Allons donc, répondit-il, est-ce que dans votre troupe les soldats portent des souliers de baladin ?
- La rougeur de mon visage et le tremblement de tous mes membres trahirent bientôt mon imposture.
- Bas les armes ! et prends garde à toi, me cria le soldat.
- Me voyant ainsi désarmé et privé de tout moyen de vengeance, je rebroussai chemin vers mon auberge ; ma colère se calma peu à peu, et je ne tardai pas à savoir bon gré à ce coupe-jarret de son audace.
Ce ne fut toutefois qu'avec peine que je triomphai du désir de me venger, et je passai une partie de la nuit dans une grande agitation. Vers le point du jour, pour chasser ma tristesse et le souvenir de mon injure, je sortis et je parcourus de nouveau tous les portiques. J'entrai dans une galerie ornée de divers tableaux très-remarquables. J'en vis, de la main de Zeuxis, qui résistaient encore à l'injure du temps, et je remarquai des ébauches de Protogène, qui disputaient de vérité avec la nature elle-même, et que je n'osai toucher qu'avec un frissonnement religieux. Je me prosternai devant des grisailles d'Apelles (espèce de peinture que les Grecs appellent monochrome). Les contours des figures étaient dessinés avec tant d'art et de naturel, que l'on eût cru que le peintre avait trouvé le secret de les animer. Ici, sur les ailes d'un aigle, on voyait un dieu s'élever au plus haut des airs. Là, l'innocent Hylas repoussait les caresses d'une lascive Naïade. Plus loin, Apollon déplorait le meurtre commis par sa main, et décorait sa lyre détendue d'une fleur d'hyacinthe nouvellement éclose.
Au milieu de toutes ces peintures de l'amour, oubliant que j'étais dans un lieu public, je m'écriai : Ainsi donc l'amour n'épargne pas même les dieux ! Jupiter, ne trouvant dans les cieux aucune beauté digne de son choix, descend sur la terre pour satisfaire ses caprices ; mais du moins il n'enlève à personne un objet aimé. La Nymphe qui ravit Hylas eût sans doute imposé silence à sa passion, si elle eût pensé qu'Hercule viendrait le réclamer. Apollon fit revivre dans une fleur l'enfant qu'il adorait ; enfin toutes les fables sont pleines d'amoureuses liaisons qui ne sont point traversées par des rivaux ; mais moi, j'ai admis dans mon intimité un hôte plus cruel encore que Lycurgue.
Tandis que je prodiguais aux vents mes plaintes inutiles, je vis entrer dans la galerie un vieillard à cheveux blancs, dont le visage annonçait la réflexion et semblait promettre quelque chose de grand, mais dont la mise n'était pas très-soignée : tout dans son extérieur trahissait au premier abord un de ces hommes de lettres qui, pour l'ordinaire, sont en butte à la haine des gens riches.
Il s'arrêta près de moi : - Je suis poëte, me dit-il, et, je me flatte, poëte de quelque mérite, s'il faut en croire ceux qui m'ont décerné des couronnes publiques : il est vrai qu'on les accorde souvent par faveur à des ignorants. Pourquoi donc, me direz-vous, êtes-vous si mal vêtu ? Par cela même que je suis poëte ; l'amour des lettres n'a jamais enrichi personne :
Le marchand qui brava les fureurs de Neptune, Après mille dangers, arrive à la fortune ; Mars de l'or des vaincus enrichit le vainqueur ; Aux frais d'un vil Crésus s'engraisse un vil flatteur ; Tandis que tour à tour, trafiquant du scandale, Un fat à vingt beautés vend sa flamme banale. Seul, hélas ! le savant, dans ce siècle pervers, Ébloui par l'appât d'une gloire stérile, Mal nourri, mal vêtu, sans patron, sans asile, Invoque les beaux-arts dans leurs temples déserts.
Cela n'est que trop vrai : qu'un philosophe, ennemi du vice, marche droit son chemin dans le sentier de la vie, le contraste de ses mœurs avec celles du siècle lui attire aussitôt la haine générale (qui pourrait, en effet, approuver dans autrui les vertus qu'il n'a pas ? ). Ensuite, ceux qui sont uniquement occupés du soin d'amasser des richesses veulent persuader à tous les hommes que cet or qu'ils possèdent est le souverain bien. Qu'on prône donc, disent-ils, tant qu'on voudra, les hommes de lettres, pourvu que, dans l'opinion publique, ils cèdent le pas aux hommes d'argent.
- Je ne sais comment il se fait que la pauvreté soit sœur du génie, dis-je à Eumolpe en soupirant.
- Vous avez raison, reprit le vieillard, de déplorer le sort des gens de lettres.
- Ce n'est pas cela, répliquai-je, qui me fait soupirer ; j'ai bien d'autres sujets d'affliction ! - Et, par ce penchant naturel qui nous porte à déposer nos chagrins dans le sein d'autrui, je lui fis sur-le-champ le récit de ma triste aventure, et je lui peignis sous les plus odieuses couleurs la perfidie d'Ascylte. - Plût au ciel ! ajoutai-je en gémissant, que l'ennemi cruel qui me force à la continence fût assez honnête homme pour se laisser attendrir ; mais c'est un scélérat endurci qui en remontrerait aux débauchés de profession !
- Ma franchise ingénue me gagna le cœur de ce vieillard : il se mit à me consoler ; et, pour faire diversion à mon chagrin, il me raconta en ces termes une aventure galante de sa jeunesse :
Dans un voyage que je fis en Asie à la suite d'un questeur, je logeai chez un habitant de Pergame. Je me plaisais beau coup chez mon hôte, moins à cause de l'élégance des appartements que de la beauté merveilleuse de son fils. J'eus recours à cet expédient, pour que le bon père ne soupçonnât pas la vive passion que m'inspirait cet enfant. Toutes les fois qu'il était question à table de l'amour des jolis garçons, je me répandais en invectives si violentes contre cet infâme usage, je défendais d'un ton si sévère que l'on tînt devant moi ces discours obscènes qui blessaient, disais-je, mes chastes oreilles, que tous, et surtout la mère de mon élève, me regardaient comme un des sept sages.
Je fus donc bientôt chargé de le conduire au gymnase : je réglais ses études, je lui donnais des leçons ; et je recommandais par-dessus toutes choses à ses parents de n'admettre chez eux aucun séducteur de la jeunesse.
Un jour de fête, après avoir terminé nos travaux plus tôt qu'à l'ordinaire, nous étions couchés dans la salle à manger (car la nonchalance, suite ordinaire d'un long et joyeux festin, nous avait empêchés de remonter dans notre chambre) ; lorsque, vers le milieu de la nuit, je m'aperçus que mon élève ne dormait pas. Je fis alors à voix basse cette prière à Vénus : O déesse ! si je puis embrasser cet aimable enfant, sans qu'il le sente, je fais vœu de lui donner demain une paire de colombes !
L'espiègle n'eut pas plutôt entendu quel était le prix de cette faveur, qu'il se mit à ronfler. Pendant qu'il feignait de dormir, je m'approchai de lui, et je lui dérobai plusieurs baisers.
Content de cet essai, je me levai de bonne heure le lendemain, et, pour combler son attente, je lui apportai une belle paire de colombes. C'est ainsi que je m'acquittai de ma promesse.
La nuit suivante, encouragés par sa facilité, mes vœux changèrent de nature : Si je puis, disais-je, promener sur son corps une main lascive, sans qu'il le sente, pour récompense de sa docilité, je lui donnerai deux coqs gaulois des plus acharnés au combat.
A cette promesse, le bel enfant s'approcha de lui-même : il semblait, je crois, appréhender que je ne m'endormisse. Pour dissiper son inquiétude, je parcourus tout son corps avec un plaisir au delà de toute expression. Puis, dès que le jour parut, je le comblai de joie en lui apportant ce que je lui avais promis.
Dès que la troisième nuit vint ouvrir une nouvelle carrière à mon audace, je m'approchai de l'oreille du prétendu dormeur : Dieux immortels ! m'écriai-je, faites que je puisse, au gré de mes vœux, goûter dans ses bras une jouissance complète, sans, toutefois, qu'il en sente rien ; et, pour prix de tant de bonheur, je lui donnerai demain un beau bidet de Macédoine.
Jamais mon élève ne dormit d'un sommeil plus profond. D'abord je promenai mes mains avides sur son sein d'albâtre, puis je le couvris d'ardents baisers ; enfin je concentrai tous mes vœux dans le siége même du plaisir.
Le lendemain, assis dans sa chambre, il attendait avec impatience mon offrande ordinaire. Il n'est pas aussi facile, vous le savez, d'acheter un petit cheval que des colombes et des coqs gaulois : outre la dépense, je craignais qu'un cadeau de cette importance ne rendit ma générosité suspecte à ses parents. Donc, après m'être promené quelques heures, je rentrai chez mon hôte les mains vides, et, pour tout présent, je donnai un baiser à mon jeune ami ; mais lui me saute au cou pour m'embrasser, et, jetant de tous côtés des regards inquiets :
- Mon cher maître, dit-il, où donc est le bidet ?
- La difficulté d'en trouver un beau m'a forcé, lui répondis-je, à différer cette emplette ; mais, d'ici à peu de jours, je tiendrai ma parole. - L'enfant comprit fort bien ce que cela voulait dire, et l'expression de son visage trahit son secret mécontentement.
Bien que mon manque de foi m'eût fermé ce cœur où j'avais su m'ouvrir un accès, je ne tardai pas cependant à reprendre les mêmes libertés. En effet, quelques jours après, un heureux hasard m'ayant de nouveau procuré l'occasion que j'épiais, dès que je vis son père profondément endormi, je priai ce cher enfant de faire sa paix avec moi, en me laissant lui procurer plaisir pour plaisir ; enfin j'employai tous les arguments qu'inspire une ardente passion ; mais, pour toute réponse, il me dit du ton le plus courroucé : - Dormez, ou je vais appeler mon père.
- Il n'est point d'obstacle dont ne triomphe une audace persévérante. Tandis qu'il me menace d'éveiller son père, je me glisse dans son lit ; il ne m'oppose qu'une faible résistance, et je lui arrache les plaisirs qu'il me refusait. Il parut prendre goût à cette violence, et se plaignant, pour la forme, de ce que, par mon ingratitude, je l'avais exposé aux railleries de ses camarades, auxquels il avait vanté ma générosité :
- Pour vous prouver, ajouta-t-il, que je ne vous ressemble pas, vous pouvez recommencer, si cela vous plaît. - La paix étant faite et mon pardon obtenu, j'usai de la permission qu'il m'accordait, et je m'endormis dans ses bras. Mais l'adolescent, déjà mûr pour l'amour, et que l'ardeur de l'âge excitait au plaisir, ne se tint pas pour content de cette double épreuve. Il m'éveilla donc : - Eh quoi ! me dit-il, vous ne demandez plus rien ? - Je me sentais encore un reste de vigueur ; je m'évertuai donc du mieux que je pus, et, couvert de sueur, hors d'haleine, je parvins enfin à satisfaire son envie ; mais alors, épuisé par cette triple jouissance, je me rendormis.
Une heure n'était pas écoulée, qu'en me pinçant, il me dit : - Est-ce que nous en restons là ? - Fatigué d'être si souvent réveillé, j'entrai dans un violent accès de colère, et, lui rendant
la monnaie de sa pièce : - Dormez, lui dis-je à mon tour, ou j'éveille votre père.
…
Source: fr.wikisource.org/Antiquité
Commentaires
la philosophie est une bonne école de la vie ! à condition de savoir perdre la tête à l'occasion...
et là l'occasion était vraiment trop belle pour ne pas en profiter
Ce film est au contraire très "oubliable" ! Fellini ne comprenait RIEN à l'homosexualité, et s'y intéresse très peu dans son film. Ce qui l'attire, et comme d'habitude, ce sont les monstres (l'hermaphrodite), les personnages et comportements laids ou déviants, et les scènes d'orgie (le festin chez Trimalcyon). En fait, on a là un film presque totalement raté, où seuls les décors ont un intérêt.
(Le jeune Giton est laid, ce qui montre bien que Fellini ne s'intéresse pas à lui)
Je signale en outre à l'auteur de cet article qu'il est tombé dans le piège : c'est le film qui s'intitule "Satyricon", avec un "y" (imposé par la production, qui voulait suggérer l'idée d'UN satyre), alors que le livre parle de LA satire comme genre littéraire, et s'intitule "Satiricon" (avec un "i").
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